Relancer le multilatéralisme et réformer l'ONU

Point de vue par Hubert Védrine et Henri Nallet
LE MONDE - Horizons & débats, jeudi 6 janvier 2005

Après la réélection de George W. Bush, la réforme de l'ONU paraît moins que jamais à l'ordre du jour, et pourtant les seize sages que Kofi Annan avait chargés de réfléchir à une réforme institutionnelle du mécanisme de sécurité dans le monde lui ont remis leur rapport début décembre 2004.

Plusieurs propositions ont été élaborées ces dix dernières années, depuis qu'avec la fin de la guerre froide l'espoir est réapparu d'organiser une "communauté internationale" enfin opérationnelle. Jusqu'ici elles sont restées toutes sans suite faute d'accord des membres permanents et des éventuels bénéficiaires de la réforme.

Mais l'opportune initiative du secrétaire général - très injustement pris pour cible ces jours-ci par quelques sénateurs républicains néoconservateurs militants de l'unilatéralisme - nous rappelle que concevoir une réforme de l'ONU qui redonnerait à l'organisation légitimité, crédibilité et efficacité reste indispensable. Car il ne suffit pas d'invoquer l'ONU face à l'unilatéralisme américain ou autre ni de se lamenter ; encore faut-il comprendre pourquoi l'ONU est si souvent impuissante, si aisément contournable, et chercher à y remédier.

Les sages énumèrent les risques qui pèsent sur la sécurité du monde : les dangers socio-économiques, les conflits inter-étatiques de type classique, les conflits internes, l'érosion du régime de non-prolifération, le terrorisme et le crime organisé, comme principales menaces à la paix. On pourrait y ajouter certains comportements unilatéralistes. Et souligner les conséquences néfastes entre toutes de la non-résolution persistante du conflit israélo-palestinien.

Concernant la réforme cruciale, celle du Conseil de sécurité, les sages avancent prudemment deux propositions : la première consiste à créer six nouveaux membres permanents sans droit de veto, un Européen, un Latino-Américain, deux Asiatiques et deux Africains et de nouveaux membres non permanents. La seconde prévoit huit semi-permanents de plus (deux par continent) et un membre non permanent.

Par ailleurs, ils proposent la formation de spécialistes de la médiation dans les conflits ethniques ou religieux et la création d'un nouvel organisme intergouvernemental chargé de la reconstruction post-conflit, initiatives judicieuses. En revanche, ils jugent irréalisable la création d'une force permanente de maintien de la paix.

Pour notre part, après avoir travaillé plus d'un an sur ces questions, nous sommes arrivés à la conclusion que concernant le Conseil, la solution optimale consisterait à créer six nouveaux membres permanents : Japon, Inde, Allemagne, un Latino-Américain, un Africain et un Arabe, car le découpage par continent les exclut artificiellement. Le siège des trois derniers serait permanent, mais le titulaire pourrait changer tous les trois ou quatre ans si le groupe régional correspondant ne se mettait pas d'accord sur un seul pays. Il serait irréaliste de ne pas prévoir que ces nouveaux permanents disposent du droit de veto, comme les membres actuels. On aura noté à ce sujet, sans surprise, que Gerhard Schröder ne voulait pas "deux poids, deux mesures". Mais en même temps la Charte serait réformée pour permettre que souveraineté nationale et veto puissent être suspendus pendant un temps limité, si cela était nécessaire pour porter assistance à une population en danger imminent, même contre le gré de son gouvernement. Cette disposition serait déclenchée par une déclaration d'alerte solennelle, à l'initiative, par exemple, des Nobel de la paix ou des secrétaires généraux des organisations multilatérales.

En quelque sorte, il s'agirait d'insérer l'ingérence dans la Charte, tout en l'encadrant. Rien n'empêche cependant le Conseil de sécurité, dans l'état actuel des textes, de se saisir de toute situation de crise au titre du chapitre VII, à condition, bien sûr, que les membres permanents s'entendent.

Nous pensons aussi qu'il ne faut pas s'en tenir à la seule modernisation du Conseil de sécurité et que d'autres réformes accroîtraient l'efficacité des institutions multilatérale. D'abord au sein des Nations unies elles-mêmes :

- la relance du Conseil des tutelles, conçu autrefois pour conduire des territoires colonisés à l'indépendance et qui, réactivé, pourrait utilement coordonner l'action internationale de nation rebuilding dans les pays "faillis" ou décomposés, nombreux aujourd'hui, plutôt que cette tâche soit laissée à l'initiative de tel ou tel Etat membre puissant ;

- la transformation du Conseil économique et social, qui, réuni à un plus haut niveau, deviendrait de facto le Conseil de sécurité économique que préconisait Jacques Delors. Selon l'article 63, il est déjà chargé de coordonner et d'harmoniser l'action des diverses branches du système des Nations unies. Il pourrait devenir l'instance où s'organiseraient les régulations économiques mondiales qui font défaut aujourd'hui, car les marchés ne peuvent pas s'autoréguler ;

- la création d'une assemblée consultative mondiale, regroupant des représentants qualifiés de la société civile mondiale et qui pourrait saisir et interpeller ce Conseil Ecosoc rénové, par exemple avant chaque Assemblée générale. Cela permettrait ainsi que se développe à l'intérieur du système multilatéral et pour son plus grand profit, entre la société civile, les altermondialistes et les responsables politiques, ce dialogue qui se cherche depuis quelques années à travers manifestations de rue et polémiques.

Des réformes sont également nécessaires au Fonds monétaire international, à la Banque mondiale, à l'Organisation mondiale du commerce (qui doit se concentrer sur ses compétences), etc., concernant leurs attributions, leur fonctionnement et leurs relations mutuelles.

Elles sont à peu près toutes bien connues et répertoriées et, sans entrer ici dans leur détail, parfois assez techniques, elles s'ordonnent principalement autour de deux axes majeurs : transformer les instances de décision afin qu'elles soient plus représentatives de l'état du monde actuel et leur insuffler plus de légitimité et de responsabilité, notamment à celles qui sont appelées à imposer des politiques douloureuses de réforme des structures économiques aux pays en voie de développement.

De même qu'il faut réhabiliter le rôle de l'Organisation internationale du travail et créer une organisation mondiale de l'environnement.

Le point faible de toutes les propositions de réforme de l'ONU et des institutions multilatérales est connu : l'acquiescement des membres permanents dotés du veto est requis, et l'on ne voit pas la Russie, la Chine, ni les Etats-Unis actuels, approuver les changements proposés.

Depuis plus de dix ans, tous les plans ambitieux ont ainsi sombré dans les oubliettes. Mais le statu quo n'est pas acceptable. Les propositions évoquées ici sont ambitieuses, mais réalisables. La mise au point d'un grand projet de renouveau du multilatéralisme, l'équivalent d'une nouvelle Charte de San Francisco et de nouvelles institutions de Bretton Woods, par un large groupe de pays réformateurs dont les Vingt-Cinq de l'Union européenne, plusieurs membres permanents du Conseil de sécurité, des membres du G7 et du G20, plusieurs grands pays émergents, constituerait un fait politique et diplomatique majeur et aurait un retentissement mondial.

Certes, il serait dans un premier temps ignoré, moqué ou bloqué par plusieurs membres permanents. Mais cette idée "ferait son chemin" dans cette opinion mondiale en formation, car elle correspond aujourd'hui à une attente croissante, et offrirait un débouché politique à tous ceux, si nombreux, qui ne se satisfont ni de l'unilatéralisme des puissants ni de la sauvagerie des marchés gouvernés par les seules nécessités financières à court terme.

Un jour, cette pression fera sauter les verrous et, dans un marchandage plus général, une négociation s'engagera, y compris avec des dirigeants américains plus éclairés ou instruits par l'expérience sur les limites de l'hyperpuissance.

Il nous faut être prêt pour ce grand rendez-vous et, d'ici là, ne pas renoncer un instant à affirmer la supériorité du multilatéralisme sur les autres formes d'organisation des relations internationales, et _uvrer à sa modernisation.

Hubert Védrine est ancien ministre des affaires étrangères ; Henri Nallet est vice-président de la Fondation Jean-Jaurès.




La radicalisation flamande sonne-t-elle le glas de la Belgique fédérale?

VLAAMS BELANG
La Libre Belgique 05/01/2005

Opinion - Dans le discours du VB, la baisse d'agressivité à l'égard des allochtones est compensée par sa croissance à l'égard des Wallons et francophones. Avec la scission en ligne de mire.
LUDO DIERICKX, Secrétaire politique de "B Plus" Asbl

Vu à la loupe, le Vlaams Blok - Vlaams Belang présente toutes les caractéristiques d'un parti nationaliste traditionnel. Il n'apporte rien de neuf. Le VB ne se définit pas par contraste avec les autres partis flamands, mais bien en s'opposant aux Nord-Africains, Turcs, réfugiés, demandeurs d'asile, Wallons et francophones.

Il est remarquable que dans les textes récents, l'expression est plus agressive lorsqu'il s'agit de Wallons et francophones que lorsqu'il est question "d'autres" étrangers. On a l'impression que la baisse d'agressivité à l'égard des allochtones est compensée par sa croissance à l'égard des Wallons et francophones. Le VB s'en prend encore toujours parmi les étrangers aux criminels (chiffres à l'appui), aux illégaux et aux demandeurs d'asile, mais dans ses publications n'apparaissent plus de généralisations négatives concernant "tous" les Marocains ou "tous" les Turcs. Bien sûr, tous les étrangers doivent apprendre le néerlandais, et se soumettre à un sévère examen d'intégration. "Ils doivent devenir des Flamands parmi les Flamands." Le VB ne veut manifestement plus être accusé de racisme. Il constate bien encore que le chômage est 5 à 6 fois plus élevé parmi les allochtones que parmi les Flamands. Ils sont qualifiés d'opportunistes, mais on ne dit plus d'eux qu'ils sont voleurs ou profiteurs, mais on le dit bien des Wallons.

Allochtones et francophones

Les non-Belges sont dans une certaine mesure épargnés, mais pas les Wallons et les francophones. On trouve dans tous les textes des déclarations dénigrantes et agressives concernant la Wallonie, les Wallons et les francophones. Il n'y a pas ici de nuance. Tous les Wallons et tous les francophones sont visés et jugés à la même aune. Rien que des généralisations négatives et agressives. Les préjugés négatifs sont entretenus. Les Wallons, les francophones sont tous (en général) des voleurs, des profiteurs, peu fiables, empêcheurs de tourner en rond, impérialistes orgueilleux, bref des gens infréquentables.

Pas de résistance

Il est clair que le propos est de donner une image négative de l'autre communauté linguistique et de susciter chez les Flamands un sentiment de rejet. Le but est de faciliter la scission, mais non d'améliorer la gestion. Le VB utilise la technique nationaliste, consistant à élever les compatriotes flamands en leur permettant de porter un regard contempteur sur les autres, et de les mépriser.Ce qui est grave n'est pas tant qu'un parti nationaliste s'exprime de manière dangereusement agressive à l'égard des Wallons; mais bien qu'il puisse le faire impunément au regard des partis démocratiques, universalistes et pro-européens flamands. Et également des médias flamands. Ils ne souhaitent apparemment pas traiter des déclarations du VB à l'égard des Wallons. Pourquoi? Ce serait cependant souhaitable, car ce n'est pas aux Wallons qu'il appartient d'entamer le débat avec le Blok. Ce sont les Flamands, les Flamands progressistes qui doivent le faire.

La question se pose de savoir quelle serait la réaction des autorités compétentes si le VB s'en prenait aux Turcs et aux Marocains dans les mêmes termes que vis-à-vis des Wallons et des francophones. Dites que les Turcs sont des profiteurs et vous êtes un raciste; dites-en autant des Wallons et vous êtes un bon Flamand. Il faut aussi reconnaître que les nationalistes flamands apparaissent aux Wallons et aux francophones comme agressifs et hostiles bien plus par leurs exigences que par leurs outrages et insultes. Pensons à la scission de la sécurité sociale, qui appauvrirait la Wallonie, et aux prétentions sur Bruxelles.

Nous ne devons pas oublier malgré tout qu'un langage agressif est pratiqué également en Belgique francophone. C'est aux francophones de réagir de manière critique à cet égard. Songeons à certaines déclarations de José Happart, André Cools, Guy Spitaels, Jean-Maurice Dehousse. De même, une mise en question de la frontière linguistique est à considérer comme agressivement nationaliste.

La Belgique est-elle immunisée?

Presque personne ne dénonce à l'heure actuelle dans notre pays les dangers que représentent les déclarations nationalistes haineuses qui concourent à développer les ressentiments dans l'opinion. Il se forme des fronts dans les esprits. Ceux-ci se trouvent renforcés par les institutions: communautarisation et scission sur une base linguistique.

Une étincelle peut suffire pour commuer la violence verbale en violence physique. La population belge est-elle de nature supérieure, immunisée contre les excès et les défis du nationalisme? Est-elle immunisée contre les manifestations agressives qui peuvent entraîner des réactions en chaîne? Voyez seulement les Pays-Bas, avec leur population calme et bien élevée. L'assassinat de Theo Van Gogh a déclenché une escalade de violence. Et qu'en est-il dans d'autres pays?

Il faut mentionner la nature de la réaction de nombreux Flamands aux déclarations du VB, mais aussi du N-VA concernant, par exemple, la "rapine wallonne", une accusation couramment rencontrée.

Personne n'insiste sur le caractère dangereux d'une telle accusation. Non, mais que fait-on? On s'empare de chiffres relatifs aux transferts. Le caractère dangereux du langage nationaliste n'est pas dénoncé, mais est habilement détourné avec le concours de professeurs d'université qui évaluent les montants des transferts. On examine si les Wallons sont de modestes ou de grands voleurs, de petits ou de gros mendiants. On ne discute pas du caractère antisocial des accusations, mais de son exactitude, de manière à pouvoir établir la culpabilité d'un peuple sur base du montant des transferts.

Ne pas améliorer, mais scinder

On ne s'efforce pas même d'approfondir l'étude des causes. On oublie ostensiblement que la responsabilité fondamentale des transferts réside dans le système de sécurité sociale que tous les partis, tous les syndicats, les mutuelles, les organisations patronales, la FEB et les fédérations de médecins ont établi (entre autres dans le comité de gestion de l'Inami) et non dans le chef des patients, des hôpitaux, ou même des médecins (mais peut-être dans l'Ordre des médecins, qui exerce un pouvoir non négligeable dans tout le pays, également en Flandre). Si les choses ne marchent pas correctement, il n'est pas exclu de critiquer le système de sécurité sociale. Mais de cela, on s'abstient, car on ne souhaite pas améliorer le système, mais plutôt le scinder, et à cet effet il est nécessaire d'accuser les Wallons plutôt que le système.

La question n'est pas de savoir si les affirmations nationalistes concernant l'autre communauté sont vraies, fausses ou un peu vraies ou fausses seulement, mais bien si elles ne servent en fait qu'à développer du ressentiment, de manière à favoriser, dans une phase ultérieure, la rupture des liens de solidarité et d'amitié. Ce n'est pas parce qu'une affirmation dénigrante contient une part de vérité qu'elle peut être proclamée. Des vérités à caractère dénigrant contribuent plus encore que des mensonges au développement de ressentiments. Des démocrates doivent donc faire preuve de prudence. Personne ne s'aventurera à parler de vol grec dans l'Union européenne, même si un flux financier non négligeable s'écoule en direction de la Grèce.

La situation est grave. Si l'on dit des membres de l'autre communauté qu'ils sont des voleurs, des gaspilleurs et des parasites, il ne s'agit pas des déclarations de quelques isolés au café du coin, mais bien de celles des porte-parole du plus grand parti de Flandre, propos qui ne sont pas dénoncés par les autres partis. C'est tout simplement tragique.

En Europe, on sait mieux qu'on ne le soupçonne quelle évolution la Flandre connaît. Certains étrangers s'en émeuvent. Plus que nous.

QUESTIONS À MARC SWYNGEDOUW
Professeur de sociologie politique à la Katholieke Universiteit Leuven

Assiste-t-on à une radicalisation du mouvement flamand?

Je ne pense pas. C'est vrai que si l'on prend le cas du Vlaams Blok, aujourd'hui Vlaams Belang, ce parti n'a jamais disposé d'une telle assise populaire. Mais ses velléités indépendantistes sont d'abord le fait de ses cadres plus que de son électorat. On voit que la grande majorité des électeurs qui votent VB le font pour son discours anti-immigration, anti-politique... avant ses revendications séparatistes. Seuls 3 à 5pc des électeurs flamands demandent la scission immédiate de la Belgique.

Et dans les autres partis?

Je ne vois pas davantage de nouvelle radicalisation. Je ne pense pas qu'il soit possible de trouver aujourd'hui une majorité séparatiste, que ce soit au niveau de la population, ou de la classe politique. Du côté francophone, on porte parfois trop d'attention à un groupe de personnes au final très limité.

Les francophones n'ont donc rien à craindre d'un éventuel raidissement des demandes flamandes?

En terme de séparatisme, je ne pense pas. Par contre, les questions concernant l'organisation politique du pays resteront évidemment: que faut-il laisser au fédéral? aux Régions? Mais ce sont des discussions normales dans tout Etat fédéral. Après tout, aux Etats-Unis aussi, on peut avoir de tels débats. C'est tout à fait naturel.




Washington a bon espoir qu'Ottawa participera au bouclier antimissile

Robert Russo
La Presse lundi 10 janvier 2005

PC Ottawa - Les États-Unis ont bon espoir que le Canada ratifiera le projet de bouclier antimissile du président George W. Bush d'ici la fin du mois de mars, a confié l'ambassadeur américain Paul Cellucci à la Presse Canadienne.

M. Cellucci, dont le mandat se termine au printemps, estime que ce dossier sera réglé avant son départ. " On nous a dit que cette affaire serait classée au cours des prochains mois ", a-t-il affirmé dans un bref entretien.

Des espoirs

Quant à savoir si la teneur des discussions le laissait prévoir que le Canada participerait au projet controversé, il a répondu " oui ".

" Nous continuons d'espérer que le Canada se prononce en faveur du programme de défense antimissile, qui s'inscrit selon nous dans la mission du NORAD. "

Toutefois, le gouvernement minoritaire libéral pourrait tomber sur cet enjeu potentiellement explosif. Le Bloc québécois ainsi que le Nouveau Parti démocratique sont catégoriquement opposés à toute participation au projet américain, tandis que le chef conservateur, Stephen Harper, a déclaré qu'il veut voir les dispositions de l'entente bilatérale avant d'accorder l'appui de son parti.

Un forte proportion de la population rejette un hypothétique engagement canadien, particulièrement au Québec, où repose vraisemblablement l'espoir libéral de décrocher une majorité aux prochaines élections.

Mais même une bonne partie de la députation du PLC renâcle devant le projet.

Le premier ministre Paul Martin a indiqué que le Parlement sera consulté, mais il est resté imprécis sur le processus et sur la suite des événements.

Le porte-parole du premier ministre a rappelé hier que les parlementaires pourront s'exprimer avant quelque accord que ce soit. Cependant, il a rappelé que M. Martin et l'intérêt des Canadiens dicteront le calendrier à suivre.

" Le gouvernement n'acceptera aucune échéance artificielle, a souligné Scott Reid. L'essentiel de la décision de même que son échéancier reposent entre les mains des Canadiens. Et le Parlement jouera un rôle avant que le cabinet ne rende une décision finale. "

M. Martin a soulevé récemment quelques appréhensions à l'égard du dispositif défensif qui protégerait les États-Unis contre les salves de missiles des États " voyous ".

En décembre, la dernière tentative américaine en près de deux ans pour lancer un missile intercepteur, une des composantes du bouclier, s'est soldée par un échec.

Dans les entrevues-bilans de fin d'année, le premier ministre a fait mention de cet échec en ajoutant que le Canada n'aurait pas à ouvrir ses goussets même s'il décide de prendre part au projet. De même, il n'autoriserait pas Washington à stationner des missiles sur son territoire.

M. Martin a aussi affirmé que le Canada doit avoir son mot à dire sur la façon dont le système fonctionnerait. Enfin, en aucun cas il ne permettrait la militarisation de l'espace.

Ces déclarations ont fait les manchettes à la mi-décembre. Mais des sources ont précisé que le premier ministre avait par la suite mandaté le greffier du Conseil privé, Alex Himelfarb, en vue de rassurer les autorités américaines sur ces critiques, qui n'illustreraient en rien la position définitive du gouvernement sur le bouclier antimissile.

Selon l'une de ces sources, M. Himelfarb a dit aux Américains que le Canada annoncerait sa participation bientôt.




Le grand Israël, fin d'un mythe

Marius Schattner*
Libération lundi 10 janvier 2005

Seule une minorité imprégnée de nationalisme religieux fait pression pour maintenir le rêve.

Le Grand Israël se meurt. Non tant sur le terrain que dans les esprits. Le rêve se dissipe d'un Etat englobant Israël, la Cisjordanie et la bande de Gaza, «Eretz Israël Ha'Shlema», littéralement, la terre d'Israël complète.

Le concept d'Eretz Israël remonte à la Bible, et ses frontières ont fait l'objet d'interprétations multiples. Mais l'idée que ce territoire imaginaire revienne, dans son intégralité, au peuple juif, dans le présent, au nom de l'Histoire, de Dieu ou d'impératifs de sécurité, est tout à fait moderne.

Ce mythe, dont le pendant palestinien est la revendication d'un Etat sur toute la Palestine «min al bahar ila al-nahr», de la mer (Méditerranée) au fleuve (Jourdain), a été oublié entre 1948 et 1967, pour resurgir au lendemain de la guerre des Six Jours, dans l'ivresse d'une victoire éclair sur les armées arabes. Le Grand Israël désigne alors tous les territoires conquis durant la guerre. Pour de nombreux Israéliens, il ne saurait être question de se retirer de ces territoires «libérés».

En 1982, le retrait du Sinaï égyptien et un premier démantèlement de colonies portera un premier coup à ce mythe, coup d'autant plus sévère que c'est un gouvernement de droite, avec Sharon à la Défense, qui l'assène, après avoir conclu un accord de paix avec l'Egypte. A présent, le plan Sharon de retrait de la bande de Gaza en 2005 pourrait bien lui porter le coup de grâce. Mais la fin du mirage ne veut pas dire fin de la colonisation. Le même gouvernement qui entend évacuer 8 000 colons de Gaza et 4 implantations de la Cisjordanie, dans le cadre de son «plan de désengagement», construit des milliers de logements pour colons en Cisjordanie.

A Gaza, l'objectif est de sortir d'un bourbier, l'Etat juif n'ayant rien à gagner au maintien d'une poignée de colons, au sein d'1,3 million de Palestiniens, dont ils occupent un bon cinquième de leur territoire exigu. En Cisjordanie, le but est de renforcer les blocs de colonisation existant, où plus de deux cent mille Israéliens se sont installés, attirés par les prix de logement défiant toute concurrence. Sharon ne s'en cache pas : le retrait vise à préserver l'essentiel, garder 40 % à 50 % de la Cisjordanie, le reste étant destiné à constituer un Etat croupion palestinien.

Ironie de l'Histoire : c'est Ariel Sharon, le champion de la colonisation juive, qui plus que tout autre a remodelé la géographie des territoires occupés en tissant la trame des colonies, qui défait aujourd'hui, encore une fois et en partie, son ouvrage. «Tout retrait ou séparation unilatérale provoquerait une catastrophe pour Israël», avertissait encore Sharon, en décembre 2002. Deux ans après, le Premier ministre de droite fait, ou du moins promet de faire, ce qu'il dénonçait alors.

Qui plus est, les justifications qu'il fournit puisent dans l'arsenal idéologique travailliste. C'est ainsi, qu'il proclame sans cesse qu'Israël ne peut préserver son caractère «juif et démocratique» en gardant la bande de Gaza ou d'autres zones à forte population palestinienne. D'abord pour des raisons démographiques : dans cinq ans voire moins, les juifs seront une minorité dans le Grand Israël. Les Palestiniens ont beaucoup d'enfants, et les immigrants juifs sont de moins en moins nombreux : 22 000 à peine pour 2004. Que faire ? Les tenants du Grand Israël misaient sur une immigration massive : celle venue d'ex-URSS n'a rien changé, et désormais le flot s'est tari. Ils tablaient sur un départ, censé volontaire, de millions de Palestiniens : il ne s'est pas réalisé. Les plus extrémistes continuent à prôner un «transfert» forcé des Palestiniens vers les pays arabes. Mais pour réaliser un tel projet d'épuration ethnique, il faudrait une guerre généralisée au Proche-Orient, que rien, heureusement, ne laisse entrevoir.

Reste la séparation. C'est le retour à la conception classique du partage du territoire, celle que le créateur de l'Etat, David Ben Gourion, avait fini par imposer à l'ensemble du mouvement sioniste. Cette séparation, Sharon la conçoit comme un acte unilatéral. Il compte en dessiner les frontières, jouant de l'appui américain, de la victoire militaire sur l'Intifada, face aux Palestiniens à bout de souffle.

Le problème, c'est que la logique qui aujourd'hui conduit à sortir de Gaza peut mener demain à quitter la Cisjordanie. Les Palestiniens l'espèrent un peu, sans trop y croire. Les colons y croient et s'en désespèrent. Pour eux, Sharon a mis le doigt dans un engrenage qui, tôt ou tard, qu'il le veuille ou non, ramènera Israël à ses frontières de juin 1967, à quelques rectifications près.

Ont-ils tort de jouer les Cassandre ? La suite le dira. Mais on peut comprendre qu'ils se sentent floués, abandonnés, trahis même. Ressentiment d'autant plus vif qu'ils ne parviennent pas à mobiliser la population. «Ce ne sont pas des pionniers, mais des colons que l'Etat a gâtés depuis trente-sept ans en leur donnant des terrains et de l'aide financière, en construisant les infrastructures des colonies, en déployant des bataillons et des divisions entières pour les protéger. Nos meilleurs fils sont tombés pour poursuivre une politique qui au fil du temps nous a transformés en occupants cruels, à nos yeux et aux yeux du monde entier», a écrit Yoël Marcus le 24 décembre dans le quotidien Haaretz.

Le contraste est frappant entre ce réquisitoire et le ton dithyrambique des médias, pour relater les premières actions de colonisation, après la guerre des Six Jours. Ainsi le journal à grand tirage Yediot Aharonot titrait-il, le 27 septembre 1967 : «Les fils des vétérans du Goush Etzion sont revenus à leur terre libérée», pour la création de la première colonie de peuplement, sur le site de villages conquis par les forces arabes durant la guerre de 1948, dans le sud de la Cisjordanie. En ce même septembre 1967, les plus grands écrivains israéliens, dont Nathan Alterman, le poète emblématique du mouvement travailliste, et Shaï Agnon, prix Nobel de littérature 1966, publient un manifeste «Pour le Grand Israël», proclamant qu'à la suite de la victoire de l'armée israélienne «aucun gouvernement n'a le droit de renoncer à l'intégralité d'Eretz Israël». Le chef historique du Likoud, Menachem Begin, appelle, lui, à une colonisation massive en «Judée-Samarie (Cisjordanie), dans la bande de Gaza, sur le plateau du Golan et dans le Sinaï». Aujourd'hui, le mouvement pour le Grand Israël, issu de l'aile droite travailliste a disparu et le Likoud tient le langage de ses rivaux travaillistes.

Reste un seul des trois piliers du Grand Israël : le nationalisme religieux. Encore n'est-il pas homogène. A côté d'un noyau dur, il y a tous ceux qui sont prêts à accepter le plan Sharon, craignant d'être isolés par des actes d'extrémistes. Les autres font entendre bien haut leur voix. Ils constituent un puissant groupe de pression, disposant de relais jusqu'au sommet d'un pouvoir qui leur fut si longtemps acquis. Mais rien d'étonnant à ce que des ministres nourris de l'idéologie du Grand Israël donnent un écho complaisant à la lutte des colons, ne serait-ce que pour prouver que le retrait de Gaza est une telle «déchirure» qu'elle ne peut constituer un précédent. Les jusqu'au-boutistes ne sont pas moins une minorité. Ils se marginalisent par leurs menaces de «guerre fratricide», par leurs provocations ou leur mysticisme, si éloigné du vécu des Israéliens. Leur bataille est un combat d'arrière-garde.

L'idée de séparation d'avec les Palestiniens se hisse ainsi au rang de «pensée unique» en Israël. Dans l'absolu, elle relève, elle aussi, du mythe, vu l'imbrication des deux populations. Elle n'a rien de sympathique, rien d'exaltant puisqu'il s'agit d'un divorce. Mais on peut négocier un divorce, pas une fausse coexistence, sous occupation, dans le Grand Israël.

Marius Schattner journaliste. Dernier ouvrage paru : Histoire de la droite israélienne (éditions Complexe).




Le Québec et la France main dans la main :
Les deux gouvernements vont intensifier les échanges en 2005

Éric Clément
La Presse samedi 8 janvier 2005

Missions économiques communes, réflexions sur la réforme de la fonction publique et sur le rôle de l'État, échanges commerciaux et culturels plus intenses, promotion de la diversité culturelle sur la scène internationale: la France et le Québec, sortes de conjoints de même langue, vont poursuivre en cette année encore leur idylle issue de la signature, l'an dernier, d'une alliance inédite.

" Mon mandat est centré sur la mise en oeuvre de ce qui a été conclu entre le premier ministre français, Jean-Pierre Raffarin, et son homologue québécois, Jean Charest, soit la nouvelle alliance entre la France et le Québec réalisée l'an dernier, a expliqué le nouveau consul général de France au Québec, François Alabrune, lors de sa première entrevue médiatique depuis son arrivée dans la Vieille Capitale. Les relations entre la France et le Québec sont particulières, mais si elles sont pour certains associées à des souvenirs du passé, elles sont maintenant résolument tournées vers l'avenir à travers l'économie, la culture, la modernisation de l'État et les partenariats public-privé. "

Même si la tâche politique du consul de France demeure primordiale, l'économie et le soutien à la relation économique prennent une place croissante. Pour la France, le fait que le Québec fasse partie d'un grand ensemble économique intégré en Amérique du Nord est un atout. Et vice-versa. " La visite récente de MM. Charest et Raffarin à Mexico représente un effort conjoint de pénétrer un pays émergent comme le Mexique, dit M. Alabrune. Et nous offrons aussi aux Québécois une porte d'entrée au marché européen, soit 450 millions de personnes. "

Le nouveau consul, dont la fonction va au-delà de celle attribuée ordinairement à un consul en raison de la particularité du Québec en tant que nation francophone en Amérique, insiste sur le fait que cette relation directe et privilégiée entre la France et le Québec existe depuis les années 60 et n'a pas beaucoup d'équiva- lent.

" L'intensité de la relation que nous avons avec le Québec peut presque se comparer avec celle que l'on a avec l'Allemagne, dit-il, c'est-à-dire que cela se traduit par des institutions qui n'existent qu'entre la France et le Québec ou la France et l'Allemagne, comme l'Office franco-allemand pour la jeunesse et l'Office franco-québécois pour la jeunesse. Cette relation est le fruit d'une volonté politique très forte souhaitée par le général de Gaulle. "

Le couple France-Québec valse d'autant mieux que la danse est presque à trois temps grâce à une entente Canada-Québec-France privée, depuis un an et demi, de faux pas et de tensions diplomatiques. Il faut dire que, du côté québécois, des fédéralistes sont au pouvoir et que, du côté français, l'actuel ambassadeur de France à Ottawa a été consul à Québec en 1987. " Les trois, le Canada, la France et le Québec, ont pris par exemple ensemble l'initiative de promouvoir des normes internationales sur la diversité culturelle, dit M. Alabrune. La proximité entre Français et Québécois en a été l'élément moteur. "

Toutefois, il y a quelques irritants dans la relation France-Québec-Canada, notamment en ce qui a trait à l'immigration française. Le Québec a besoin d'immigrants francophones et de nombreux Français éprouvent des difficultés, soit pour obtenir leur résidence permanente, soit pour faire accepter leurs diplômes.

" Il y a 45 000 Français inscrits officiellement au consulat général, mais l'effectif est sûrement du double, dit M. Alabrune. Entre 3000 et 4000 Français s'installent au Québec chaque année. C'est un apport très précieux, car la plupart ont des spécialités très précieuses pour le Québec. D'ailleurs, une de mes priorités est d'évoquer avec le gouvernement Charest et les ordres professionnels les conditions d'accès aux Français d'un certain nombre de professions. "

Le consul prend pour exemple le cas des vétérinaires français qui ont le droit d'enseigner la médecine vétérinaire aux étudiants québécois, mais qui n'ont pas le droit de l'exercer en raison de règles très limitatives. Ce genre de restrictions est une des raisons pour lesquelles 65 % des Français ayant immigré au Québec retournent en France avant sept ans de présence dans la province.

Mais l'immigration est un vase communiquant: actuellement, 30 000 Québécois vivent en France et certains ont aussi des difficultés à faire reconnaître leurs diplômes, reconnaît M. Alabrune.

Les échanges entre la France et le Québec sont aussi nombreux en ce qui a trait à l'éducation: 4000 élèves étudient dans les deux écoles françaises de Montréal, Stanislas et Marie-de-France. " Cela en fait pratiquement le plus grand lycée au monde, dit M. Alabrune. Il y a aussi 700 Québécois qui étudient en France. La fille du premier ministre québécois, Amélie Charest, partira d'ailleurs bientôt étudier dans une université du sud de la France. "

M. Alabrune était précédemment directeur adjoint des affaires juridiques au ministère français des Affaires étrangères après avoir travaillé à la représentation française aux Nations unies, à New York. Énarque et père de deux enfants de 8 et 6 ans, il est né au Canada car son père était consul de France à Halifax au début des années 60.

Eric.clement@lapresse.ca




Partenariats public-privé :
Un forum franco-québécois sur la santé se tiendra à Québec en mai

Éric Clément
La Presse samedi 8 janvier 2005

Un forum franco-québécois sur les réseaux de la santé, organisé en mai prochain dans la Vieille Capitale, permettra au Québec d'en savoir plus sur l'expérience française en matière de partenariats public-privé dans la gestion hospitalière et les services de santé.

Intitulé Vieillissement et santé: idées reçues, idées nouvelles et organisé par l'Observatoire franco-québécois de la santé et de la solidarité, le forum émane d'une initiative du ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, qui l'avait soumise en mars dernier à son homologue français, alors en mission d'information au Québec sur les questions de réforme du système d'assurance-maladie.

Il aura lieu les 24 et 25 mai au palais des congrès de Québec. Il réunira, sur invitation, 300 experts et acteurs du domaine de la santé provenant de France et du Canada. " En parallèle, un projet d'enquête commune, en France et au Québec, est en préparation visant à mieux documenter les liens entre l'état de santé des personnes âgées et leurs besoins de services ", explique Jean-Marc Manno, attaché de coopération technique au consulat général de France à Québec.

Le thème initialement évoqué était celui de la gestion des réseaux de santé, explique M. Manno, puis il a évolué vers Vieillissement et santé: idées reçues, idées nouvelles. Les échanges du forum tourneront donc autour du vieillissement de la population et de l'augmentation consécutive des coûts de la couverture universelle, des constats auxquels font face les réseaux de la santé français et québécois.

" L'alliance entre la France et le Québec est là pour répondre à des défis que nous avons en commun, à des problèmes comparables, le vieillissement démographique, les délocalisations d'entreprises et les problèmes de réforme de l'État sur lesquels nous échangeons nos bonnes pratiques, nos expériences en particulier sur les partenariats public-privé, un sujet sur lequel la France a une expertise utile au Québec ", a expliqué le consul général de France au Québec, François Alabrune, lors d'une entrevue.

L'an dernier, le Québec et la France ont signé plusieurs ententes de collaboration visant à réformer la taille et la fonction de l'État. " Sur la réforme de l'État, nous avons eu tout récemment à Québec une rencontre de l'ensemble des responsables des différents ministères concernés, en France comme au Québec, notamment les ministères de l'Économie et des Finances, qui ont travaillé ensemble et continuent de travailler ensemble à distance grâce à la magie de l'Internet ", explique M. Alabrune.

La réforme de l'État conjuguée à une gestion transformée du réseau de la santé trouve au Québec des adeptes éclairés au sein du gouvernement Charest. La présidente du Conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget, est l'auteure d'un essai, Health Care, who is the master?, édité en 1998, dans lequel les " clients " (les patients) rencontrent des " agents " (médecins) du réseau de la santé devenu un vaste " marché ".

Selon une étude de 2000 de l'Organisation mondiale de la santé, la France se classe en tête de 191 pays du monde pour la qualité de son système de santé (état de santé général de la population, accessibilité aux soins, qualité des soins et équité de la contribution financière).

Le réseau de la santé français repose sur un partenariat public-privé qui existe depuis des décennies. L'été dernier, le ministre Couillard a dit ne pas être opposé à l'introduction du privé en tant que prestateur de services dans le réseau de la santé québécois, mais sous certaines conditions.




Cette année à Jérusalem...

Michel Vastel
Le Soleil mardi 11 janvier 2005

Le Canada a joué un rôle historique dans la création de deux États - l'un arabe, l'autre juif - en Palestine. Il a maintenant la responsabilité de rendre la solution, imaginée par un juge de la Cour suprême du Canada, viable. Paul Martin osera-t-il ?

La plupart des Canadiens ont oublié que c'est le juge canadien Ivan Rand qui écrivit la résolution 181 des Nations unies prévoyant la partition de la Palestine en deux États regroupés dans une union douanière, et un mandat international d'au moins 10 ans sur les agglomérations de Jérusalem et Bethléem - les lieux saints. Le sous-ministre des Affaires étrangères de l'époque, Lester Pearson, futur Prix Nobel de la paix et premier ministre du Canada, assura son adoption le 29 novembre 1947.

"Il faut revenir à l'esprit de la résolution 181", me disait la semaine dernière le sénateur Marcel Prud'homme, le parlementaire le plus versé dans cette question. On en est loin, malheureusement : États arabes voisins d'Israël, et l'État hébreu lui-même, n'ont cessé de nous en éloigner, souvent avec la complicité du gouvernement du Canada.

L'élection du successeur d'Arafat - Mahmoud Abbas - à la tête de l'Autorité palestinienne, quoique par une majorité un peu décevante de 62,3 % des suffrages exprimés puisqu'il n'avait pas d'adversaire sérieux, a été saluée comme un premier pas réussi vers l'établissement de la paix dans la région.

À 69 ans, Abbas risque d'être perçu comme un chef intérimaire. Mais il ne faudrait pas que son échec prépare la venue d'un autre Arafat... "Il y a des milliers d'Arafat parmi les enfants de l'Intifada", dit fort justement Marcel Prud'homme. "Il faut être deux pour danser le tango", disait hier le porte-parole du premier ministre Ariel Sharon. Il ne pensait sûrement pas que, dans l'esprit de bien des observateurs, le mauvais danseur est l'État d'Israël lui-même. On ne reviendra pas sur l'idée, souvent avancée, que cette paix exigera le départ et d'Arafat et de Sharon - il appartient aux Israéliens eux-mêmes de disposer du deuxième terme de l'équation. On peut seulement espérer que l'alliance avec les travaillistes de Shimon Peres, entérinée hier par la Knesset, rapprochera l'État hébreu de l'esprit de la résolution 181.

Si Mahmoud Abbas est désormais chef de "l'Autorité" palestinienne, et non de "l'État" palestinien, c'est qu'il hérite d'une parodie de pays, une sorte de mosaïque dont l'absurdité a été illustrée, ce week-end, par le déroulement des élections. Par exemple, les Palestiniens vivant dans la partie arabe de Jérusalem ne jouissaient pas de leurs droits démocratiques. Pire encore, ils subissaient l'humiliation de voter devant des scrutateurs israéliens. L'occupation de Jérusalem-Est est, bien sûr, en contradiction avec la lettre même de la résolution 181.

Il est possible que les frontières envisagées pour les deux États en 1947 ne correspondent plus tout à fait à la réalité d'aujourd'hui. La frontière actuelle, délimitée par des guerres successives, est peut-être à redessiner. Ce qui compte, c'est que les Nations unies réclament la création de deux États souverains, et non d'un seul État occupant le territoire de l'autre comme c'est le cas actuellement..

Il fut une époque - Pierre Trudeau - où le gouvernement du Canada condamnait, dans les sommets internationaux, les attaques de l'armée israélienne contre les populations civiles palestiniennes. Il fut un autre temps - Brian Mulroney - où le gouvernement du Canada condamnait la destruction des logements et des commerces palestiniens.

Aujourd'hui - et comprendre depuis Jean Chrétien dont les principaux conseillers politiques étaient juifs et dévoués à la cause d'Israël - , le Canada ne proteste même plus contre les colonies de peuplement, pourtant condamnées par les Nations unies. Aujourd'hui encore - et comprendre un Paul Martin très sensible au lobby pro-israélien de ministres influents - le Canada n'ose même plus protester contre la construction de cette sorte de mur de Berlin, condamnée elle aussi par les Nations unies.

Disons-le carrément, pour reprendre le mot du porte-parole du gouvernement israélien, "il faut être deux pour se livrer au terrorisme..." Mahmoud Abbas a autant de responsabilité de mettre fin aux attentats qu'Ariel Sharon de stopper les agressions armées en territoire palestinien.

Quant aux gouvernements du Canada, qui n'ont cessé de trahir les généreuses intentions de Lester Pearson, ils ont progressivement perdu toute crédibilité au Moyen-Orient. Ils n'y jouent plus qu'un rôle d'État satellite des États-Unis. Marcel Prud'homme le dit : "Le Canada ne jouera le rôle que les États-Unis voudront bien qu'il joue..."

Devant ce constat d'impuissance, le sénateur se résout à n'envisager le salut de la région que par les États-Unis. George W. Bush, suggère Marcel Prud'homme, avec l'appui des quatre anciens présidents pour donner plus de poids à sa résolution, devrait favoriser l'établissement d'un véritable État palestinien, et affirmer en même temps que toute agression contre Israël sera considérée comme une attaque contre les États-Unis.

Il ne servirait à rien de reprocher au nouveau leader palestinien de rester fidèle à la résolution 181 que le Canada a proposée et fait adopter aux Nations unies. Abbas se situe dans la logique du juge Ivan Rand et de Lester Pearson en réclamant pour son peuple la Cisjordanie, en plus de la bande de Gaza - et sans ces véritables tumeurs que sont les colonies juives de peuplement - , et en continuant de revendiquer, pour capitale, la partie orientale de Jérusalem. (On dira que ce n'est pas exactement ce qu'envisageait la résolution de 1947. Mais cette même résolution n'a jamais encouragé l'État hébreu à l'annexer !)

L'élection d'un nouveau leader palestinien prouve, si cela était nécessaire, que la page est définitivement tournée sur l'époque de Yasser Arafat. L'événement est assez important pour que George W. Bush ait personnellement félicité le vainqueur et qu'il l'ait immédiatement invité à la Maison-Blanche, une autre preuve que nous entrons dans une nouvelle ère.

Et qu'a dit le Canada ? Il a fallu attendre le milieu de l'après-midi pour que Paul Martin, au milieu d'une conférence de presse sur l'aide aux victimes des tsunamis, et en passant, félicite Mahmoud Abbas. Il en faudra plus que cela pour que le premier ministre soit digne du Parti libéral de son père...

Mvastel@lesoleil.Com




A la découverte du nouveau Délégué général du Québec a Bruxelles...

Xavier Beghin
LE SOIR MAGAZINE 1 décembre 2004

Et ça mange quoi en hiver, un Délégué général ?

Convivial et sympathique en diable, Christos Sirros est le nouveau représentant en Belgique de la Belle Province.

II est arrivé à Bruxelles depuis quelques jours, après un bon mois de « formation » (Après, on m'a dit, lance-toi et nage !) auprès du ministère québécois des Relations internationales. Il a pris possession de son bureau de l'avenue des Arts à Bruxelles dont la vue, en ce vendredi de novembre au froid piquant mais au ciel bleu, embrasse toute la capitale. Christos Sirros est le nouveau Délégué général du Québec à Bruxelles. Un poste auquel il fut officiellement nommé le 6 octobre après une longue carrière (23 ans) de député du Parti libéral du Québec et des expériences comme Premier vice-président de l'Assemblée nationale du Québec ou, entre autres, encore comme ministre des Ressources naturelles..

J'ai été enseignant aussi dans mon jeune temps de français et d'histoire raconte celui dont seul le nom trahit les origines grecques.

Délégué general, voilà un nom un peu étrange pour une fonction finalement pas trop éloignée d'ambassadeur. Chez nous, on dirait « Mais ça mange quoi, un Délégué général en hiver ? » (rires) Un DG ne remet aucune lettre de créance a votre Roi. Il se signale aux autorités compétentes. Si vous voulez, je représente, à Bruxelles, le gouvernement du Québec et toutes les compétences dont il dispose au sein du Canada. Mais, sans trop entrer dans les détails, on peut dire que je m'occupe d'éducation, de culture, d'économie, de recherche et de technologie, de tourisme... Je fais aussi ce que l'on appelle de l'échange d'expériences... En matière linguistique, pour étudier notre plomberie institutionnelle. Chez nous, on appelle cela de l'industrie constitutionnelle ! (rires). Il faut dire que, depuis quelque temps, cet aspect de notre société est un peu en veilleuse. Notre exception québécoise est toujours là, latente, mais on se trouve, pour l'instant, au sein d'une logique de gouvernement fédéral qui prend bien en compte la spécificité du Québec. Et donc on a moins de raisons de se plaindre. Par contre, en parlant d'expériences, je pensais, outre l'éducation et l'économie, à la santé et, surtout, à la démographie Au Québec, on est passé en quelques décennies à 12-13 enfants en moyenne par couple à 1,5 ! Ce qui nous pose, en termes de retraite, des problèmes très importants que l'on résout en partie par l'immigration. Un sujet très sensible chez vous, mais bien rodé chez nous et pour lequel tous les partis sont sur la même longueur d'onde.

Membre éminent de la francophonie et grand pourvoyeur de main-d'oeuvre, la Belgique est un partenaire de choix pour la Belle Province.

Le Benelux est, en termes d `échanges commerciaux, aussi important que la France. Et c'est vrai qu `au niveau de l'immigration, dans l'aspect défense de notre langue et de notre identité culturelle, la Belgique constitue un partenaire de choix. Sans oublier l'aspect capitale de l'Europe ! Par ailleurs, les liens entre la Belle Province et la Belgique sont étroits et anciens dans tous les domaines. Ainsi, l'Agence Québec Wallonie Bruxelles pour la jeunesse fête ses 20 ans. C'est plus de 14000 jeunes québécois, wallons et bruxellois qui ont, a ce jour participé à des missions d'échange d'un côté à l'autre de l'Atlantique.

Nommé par le gouvernement pour une durée, non écrite, de trois-quatre années, Christos Sirros avoue apprécier notre plat pays, même Si certains arcanes politiques lui semblent encore fort mystérieux.

Bruxelles est une ville à dimension humaine, où il fait bon vivre. Les gens sont accueillants et, franchement, je ne regrette pas mon choix !




Le ministre de la Torture

Jocelyn Coulon
L'auteur est professeur invité au Groupe d'étude et de recherche sur la sécurité internationale du Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal.
La Presse mercredi 12 janvier 2005

Dans quelques jours, les États-Unis deviendront la première démocratie à compter au sein de leur gouvernement un titulaire du portefeuille de la Torture. Bien entendu, lorsqu'Alberto Gonzales, sera confirmé dans ses fonctions par le Sénat, sa carte de visite ne portera pas le titre de ministre de la Torture, mais bien celui de la Justice. Pourtant, ne soyez pas dupes. M. Gonzales supervisera bien cette pratique qu'il a contribué à mettre en place depuis trois ans.

La loi du cachet

Alberto Gonzales est un ami du président George W. Bush depuis toujours. Il est aussi, dit-on, un juriste aux grandes qualités. Je n'en sais personnellement rien, mais pour de nombreux observateurs américains, Alberto Gonzales est un flagorneur plus soucieux de servir les intérêts de son client, le président, que ceux des États-Unis et de son peuple. À titre de conseiller juridique de la Maison-Blanche sous le premier mandat Bush, il a supervisé et parfois rédigé les directives adoptées par la présidence sur le traitement des prisonniers capturés par les États-Unis lors des guerres en Afghanistan et en Irak. Ces directives ont abouti à de " mauvais traitements ", un euphémisme utilisé par la présidence pour éviter de parler de torture, de meurtres et de crimes de guerre, infligés à des dizaines d'individus et dont la plupart n'ont été accusés d'aucun crime.

Comment en est-on arrivé là? Le 11 septembre a joué un rôle déterminant dans la dérive extrajudiciaire actuelle. L'administration républicaine y a vu un nouveau type de guerre et d'ennemi. Le terrorisme auquel le monde est dorénavant confronté est devenu plus aveugle et plus meurtrier. Il ne se réduit plus à des actions locales, mais se déploie à l'échelle de la planète. Il utilise des moyens techniques plus sophistiqués pour frapper et provoquer le maximum de victimes.

Enfin, les terroristes sont sans foi ni loi, ne sont liés par aucun accord ou traité, n'ont pas d'allégeance à un pays et sont disposés à se suicider pour commettre leur forfait. Ce constat a amené Alberto Gonzales à redéfinir le cadre légal national et international dans lequel l'administration Bush doit opérer pour lutter efficacement contre cette nouvelle menace.

Essentiellement, Gonzales a dit au président qu'il disposait de l'autorité pour outrepasser les lois nationales et les traités internationaux. À ce titre, le président était autorisé à reconstruire un système juridique consistant à priver les prisonniers capturés en Afghanistan de toute protection juridique. Et pour s'assurer d'un maximum d'impunité, Gonzales et d'autres juristes ont conseillé au président d'embastiller les captifs pour une période indéfinie à Guantanamo Bay, une base américaine à Cuba, où le droit américain ne s'applique pas. Il devenait ainsi plus facile de torturer ces prisonniers n'ayant ni statut, ni droit.

Enfin, des prisons secrètes, toujours inconnues aujourd'hui et jamais visitées par la Croix-Rouge, ont été ouvertes un peu partout sur la planète pour cuisiner les prisonniers à l'abri des regards indiscrets. Dans cet univers kafkaïen, nul ne peut contrôler les actions du président. En un mot, les États-Unis ont adopté la loi du cachet de l'Ancien Régime français où une simple missive du monarque autorisait l'arrestation, l'emprisonnement, l'exil ou le meurtre de n'importe qui, sans qu'un jugement ne soit prononcé.

Stupeur et dégoût

Enfin, pour couronner le tout, il était nécessaire de définir ce qu'était la torture. M. Gonzales a préféré adopter une approche restrictive. La torture, a dit le créatif juriste, est ce qui provoque " une défaillance organique, l'altération d'une fonction corporelle ou même la mort ". Le reste ne relevait pas de la torture. La porte était dorénavant ouverte à toutes les interprétations et à tous les excès. Les petits soldats, mais aussi les généraux et les civils du Pentagone et même des médecins, ont alors déclaré la chasse ouverte avec les résultats que l'on connaît.

Les laborieux distinguos juridiques de Gonzales ont provoqué stupeur et dégoût non pas seulement chez Michael Moore, mais là où l'administration américaine s'y attendait le moins. Le général Antonio Taguba a révélé qu'au centre de détention d'Abou Ghraib, en Irak, " de nombreux cas de mauvais traitements criminels, sadiques, flagrants et dégradants ont été infligés ". La Cour suprême a démoli l'argumentaire du gouvernement sur les combattants irréguliers et reconnu leur droit d'accéder au système judiciaire.

Ruth Wedgwood, éminente juriste américaine, et James Woolsey, ancien directeur de la CIA, deux durs, partisans de la guerre, ont rappelé que les États-Unis ne vivaient pas au " Moyen-Âge, à l'époque ou les hors-la-loi étaient pourchassés telles des bêtes sauvages " et qu'une démocratie " ne saurait faire place au pouvoir sans borne exercé sur un être humain, peu importe qui il est ".

La semaine dernière, un groupe de 12 anciens généraux et amiraux ont écrit aux sénateurs, et non au président car cela ne servirait à rien, une lettre soulignant le rôle dévastateur que les politiques de M. Gonzales ont sur la réputation de leur pays dans le monde et sur le danger qu'elles posent pour la collecte d'information et pour la sécurité des militaires américains. Selon eux, le respect des Conventions de Genève " repose sur les valeurs morales qui sont au coeur de la création de ce pays ".

Lors des auditions du Sénat jeudi dernier, M. Gonzales a qualifié la torture d'odieuse et promis qu'il ferait respecter les lois la proscrivant. Je n'en crois pas un mot. Après tout, il est le collègue de Donald Rumsfeld, celui-là même qui affirmait que Saddam Hussein déplaçait ses armes tous les 12 heures à travers le pays et qui jurait savoir exactement où elles se trouvaient. On les cherche toujours, mais on sait que les prisonniers irakiens eux étaient déplacés d'une pièce à l'autre lorsque la Croix-Rouge visitait les bâtiments. J'en suis persuadé, Alberto Gonzales sera bien le seul ministre de la Torture au sein des démocraties.




Le gouvernement espagnol face au défi basque du plan Ibarretxe

Martine Silber
LE MONDE vendredi 14 janvier 2005

Le projet de faire du Pays basque un Etat "associé" à l'Espagne est catégoriquement rejeté par les grands partis nationaux. Présenté devant le Congrès, il met à l'épreuve les alliances et la politique régionaliste de José Luis Rodriguez Zapatero.

Le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero fait face, pour la première fois de son mandat, à un grave problème qui touche à la structure même de l'Etat espagnol. Il doit en effet répondre au plan présenté par le président basque, le lehendakari Juan José Ibarretxe, qui veut donner un nouveau statut au Pays basque pour en faire "une nation libre et associée à l'Etat espagnol". Or, ce plan a été approuvé, le 30 décembre 2004, au Parlement régional, grâce aux voix du parti conservateur dominant, le Parti nationaliste basque (PNV) et des petits partis qui lui sont associés, mais aussi grâce aux voix de trois députés sur les six que compte la petite formation radicale Sozialista Abertzaleak (SA), qui a succédé à la coalition Batasuna, interdite pour ses liens avec l'organisation séparatiste armée ETA.

Ce projet, surnommé "plan Ibarretxe", a, dès sa présentation, été refusé par les deux grands partis nationaux, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) et le Parti populaire (PP, droite), qui considèrent qu'il s'agit d'une proposition indépendantiste, excluant la moitié de la société basque, et en outre inconstitutionnelle.

Ce plan a été approuvé par l'exécutif basque en octobre 2003, mais il paraissait alors peu probable qu'il puisse être adopté au Parlement basque, où la coalition gouvernementale autour du PNV n'a pas la majorité absolue. Pourtant, les radicaux héritiers de Batasuna en ont décidé autrement, même si leur porte-parole, Arnaldo Otegi, a maintes fois déclaré, depuis plus d'un an, qu'il ne soutenait pas le plan.

Cette volte-face ne peut s'expliquer, estiment certains analystes, que par un changement de stratégie du parti hors-la-loi, dû en partie à l'affaiblissement de l'ETA mais aussi au fait que le plan Ibarretxe, qui veut offrir aux Basques le droit à l'autodétermination, peut satisfaire une partie de l'électorat indépendantiste radical à quelques mois des élections régionales de mai. Toutefois, les sondages montrent qu'une petite majorité de 42,3 % de Basques refusent le plan, contre 39 % qui l'appuient.

Ce soutien, qui a pris par surprise, semble-t-il, jusqu'à M. Ibarretxe, qui a toujours dit qu'il ne pactiserait pas avec Batasuna, peut donc contrecarrer les perspectives électorales du PNV. Les nationalistes conservateurs pensaient, en effet, après un rejet du plan au Parlement basque, l'utiliser comme base de la campagne électorale et récupérer une bonne partie des votes de l'ex-coalition Batasuna.

Quant au plan, il va suivre la procédure normale de révision d'un statut d'autonomie. Le président du Parlement basque, Juan Mari Atutxa, devait le remettre au Congrès des députés vendredi 14 janvier. Le bureau du Congrès devra décider, le 18 janvier, si le plan peut être discuté en séance plénière. Si oui, il sera débattu, sans doute le 8 mars.

Il devrait être, en bonne logique, rejeté par les voix de plus de 300 élus du PSOE, du PP, de la Coalition des îles Canaries et de la Chunta de Aragon. Les postcommunistes de la Gauche unie (IU) devraient s'abstenir ou voter contre. Le projet ne devrait recueillir que les 29 voix du PNV et de ses associés, les partis nationalistes catalans Convergence et Union (CiU, droite) et Gauche républicaine de Catalogne (ERC, gauche), et le Bloc nationaliste galicien (BNG).

Que va-t-il se passer ensuite ? Le président du PNV, Josu Jon Imaz, a déjà annoncé que, si ce projet de nouveau statut était rejeté par le Congrès, son parti proposerait durant la campagne électorale de le soumettre à référendum. Et cela tout en affirmant la volonté du gouvernement basque de dialoguer et de négocier.

.../ Mais ni le PP, qui, lorsqu'il était au gouvernement, s'était opposé farouchement au plan Ibarretxe, ni le PSOE, au pouvoir, n'admettent la moindre discussion sur le texte. M. Rodriguez Zapatero a dit clairement qu'il n'avait pas l'intention de discuter "de gouvernement à gouvernement", comme l'a proposé M. Ibarretxe, qu'il devait recevoir jeudi. Simplement, il compte lui exposer la position qu'il a déjà exprimée devant la presse, le 4 janvier : "Le plan Ibarretxe ne va pas progresser parce qu'il ne respecte ni les principes essentiels de la Constitution espagnole ni les procédés établis pour modifier les lois ou les statuts. Il n'aura pas l'appui du gouvernement et du PSOE." Mais le Parti socialiste va plus loin que M. Zapatero : dans une résolution, le comité exécutif du PSOE considère que le plan Ibarretxe "rend service à l'ETA".

Les dirigeants socialistes condamnent également l'attitude "hypocrite du PP qui, après avoir assuré de son soutien le gouvernement, s'est lancé dans une campagne contre sa politique". Le PP considère en effet que le gouvernement a adopté une attitude de "passivité" et ne manque aucune occasion pour l'accuser de faiblesse et d'immobilisme.

Maria Teresa Fernandez de la Vega : "Nous utiliserons tous les instruments juridiques contre ce plan"

Entretien avec la vice-présidente (socialiste) du gouvernement espagnol.

Si le Parti nationaliste basque (PNV) gagne les élections régionales au pays basque, en mai, avec une majorité absolue, ou s'il obtient un appui important lors d'un référendum, que pourra faire votre gouvernement contre la volonté d'une majorité de Basques ?

Pardonnez-moi mais mon obligation, en tant que représentante du gouvernement, est de ne pas faire de politique-fiction. Pour le moment, ce que nous avons est un plan qui sera débattu au Congrès et qui sera, à coup sûr, refusé à une écrasante majorité. Au-delà de cette certitude, on peut se lancer dans de multiples conjectures. Ce que je peux vous garantir, c'est que le gouvernement fera usage à tout moment de tous les instruments juridiques dont il dispose pour que le plan Ibarretxe ne devienne jamais une réalité.

Que peut proposer votre gouvernement aux citoyens du Pays basque, qui vivent dans une situation de violence unique dans un Etat démocratique ?

Avant tout, leur dire qu'ils ne perdent ni espoir ni courage, parce que nous sommes à la fin de la bataille contre la violence et que nous sommes en train de la gagner. Jamais l'ETA n'a été aussi affaiblie, et nous allons continuer la lutte par tous les moyens jusqu'à sa totale disparition. En finir avec la terreur est la première chose qui doit compter pour les Basques et, de manière générale, pour tous les Espagnols. Par ailleurs, je suis convaincue que des initiatives politiques peuvent se développer au Pays basque pour améliorer son auto-gouvernement sans mettre le feu à la cohésion territoriale de l'Espagne ni diviser sa propre société.

Comment le gouvernement voit-il l'Espagne du futur, au moment où d'autres réformes des statuts d'autonomie se profilent, comme en Catalogne ?

Au gouvernement, nous croyons en une Espagne unie, mais riche et plurielle, politiquement décentralisée, c'est-à-dire l'Espagne telle qu'elle est définie par la Constitution, qui reconnaît le droit à l'autonomie des nationalités et des régions qui la composent. Plus de vingt-cinq années ont passé depuis l'approbation de notre Carta magna et nous avons pu vérifier que le modèle fonctionnait, mais il est logique que les statuts des différentes Communautés autonomes, qui ont le même âge, aient besoin de certains réajustements. Elles ont toutes exprimé leur intention d'actualiser et de réformer leurs statuts et c'est naturel. Le gouvernement a posé comme seule condition que les réformes s'inscrivent dans le cadre constitutionnel, qu'elles soient approuvées par un large consensus - comme cela a été le cas à l'origine - et qu'elles servent à augmenter la cohésion et la solidarité entre les différents territoires. Toute proposition qui ne remplirait pas ces conditions n'a aucune chance tant que ce gouvernement gardera la confiance des Espagnols.

Selon un sondage de la radio Cadena Ser, depuis l'approbation du plan Ibarretxe par le Parlement basque, le Parti socialiste a perdu un point et le Parti populaire en a gagné deux. Pensez-vous que les citoyens ne comprennent pas la position de votre gouvernement ?

Je crois que les citoyens comprennent très bien le gouvernement et spécialement son président, José Luis Rodriguez Zapatero. Je pense aussi qu'ils se rendent compte que le dialogue et le débat ne sont pas incompatibles avec ce qui est une réponse ferme et sérieuse de l'exécutif à une proposition qui ne peut être retenue. Une réponse qui doit être à tout moment rationnelle, fruit de la réflexion et de la prudence et qui ne peut donner lieu au moindre faux pas.

Propos recueillis par Martine Silber




We'll join missile shield, feds told U.S.

MIKE BLANCHFIELD, CanWest News Service
The Montréal Gazette January 14, 2005 Friday

Canada agreed 9 months ago: records; Privately declared willingness while publicly sitting on fence about controversial issue

The federal government told senior U.S. officials nine months ago that Canada was committed to joining the Bush administration's controversial ballistic missile shield, say Defence Department documents.

In fact, a package of newly declassified military documents shows the Paul Martin Liberals have been privately telling the Americans they want to join the shield, even though they have been publicly dragging their heels on making a decision on the controversial issue.

Martin faces intense pressure from some opposition critics, as well as some members of his cabinet, not to join the shield, which is intended to protect North America from a ballistic missile attack, but has been widely criticized by scientists as unworkable.

Other cabinet ministers, such as Defence Minister Bill Graham, want Canada to sign on to the shield. But Martin has postponed making a decision until the Liberals' policy convention in March.

Before last year's federal election - and less than one week before Martin's first trip to Washington to meet President George W. Bush - government officials told the ranking U.S. State Department official on Western Hemisphere relations that Canada would support the shield.

"Canada is committed to reaching an agreement on co-operation in the ballistic missile defence of North American during the coming months," says a March 23 briefing note by the

Defence Department's policy branch in preparation for a call to U.S. assistant secretary of state Roger Noreiga.

"Canada sees its participation in BMD as being anchored in Norad, which has for almost 50 years been an integral part of our partnership in the defence of North America."

Five months later, the Liberals approved an amendment to the Norad treaty to allow the joint Canada-U.S. aerospace command to serve as the command and control centre of the shield system.

On his two-day visit to Canada six weeks ago, Bush urged Canada to join the shield.

But Martin continues to delay a decision, saying only that he will act in Canada's interests and only when the time is right.

However, some defence documents, among hundreds of pages of heavily censored material that were recently released under Access to Information, show the government has been working toward joining the system.

A Feb. 6, 2004, briefing note for an informal meeting of NATO defence ministers said: "Over the past eight months, our officials have made considerable progress on exploring possible Canadian participation in ballistic missile defence of North America.

"The government of Canada wants to continue to work closely with the U.S., as we have done for over 60 years, in the defence of the continent. BMD will build on this co-operation."

Another memo says Canada's participation in the shield would not compromise national sovereignty. "Ensuring that Canada continues to take responsibility for the defence of Canadians would be an exercise in sovereignty, not a diminishment of it," the memorandum states.

The memo says the possible financial costs to Canada were not part of the discussions and that it is "not yet clear whether the U.S. would be interested in Canadian territory for future phases of the system."

So far, the U.S. has not asked for the use of Canadian soil for the shield's systems, which now relies on a series of ground based interceptor rockets in Alaska and California.

Ottawa Citizen





Bouclier antimissile

Le Canada aurait déjà dit oui aux Américains

La Presse samedi 15 janvier 2005

PC Toronto - Le gouvernement fédéral a fait savoir à de hauts responsables du gouvernement des États-Unis, il y a neuf mois, que le Canada comptait prendre part au projet américain de défense contre les missiles balistiques, selon des documents du ministère de la Défense dont faisait état hier le quotidien torontois National Post.

Des documents militaires récemment rayés de la liste des documents secrets révèlent que le gouvernement libéral de Paul Martin a, en privé, affirmé aux États-Unis qu'il souhaitait être du projet, même si, publiquement, il tarde à prendre une décision à ce sujet.

Fortes pressions

Le premier ministre Martin est soumis à de fortes pressions exercées par des députés de l'opposition, de même que par certains membres de son cabinet, afin qu'il tourne le dos au bouclier américain, devant protéger l'Amérique du Nord contre toute attaque au missile balistique, mais largement critiqué par les scientifiques, qui ne croient pas qu'il puisse marcher.

D'autres ministres du cabinet, comme Bill Graham, ministre de la Défense nationale, souhaitent que le Canada se joigne aux États-Unis. M. Martin a toutefois reporté sa décision finale jusqu'au congrès libéral de mars.

Note du 23 mars

Selon le National Post, avant les élections fédérales de l'an dernier- et moins d'une semaine avant la première visite de M. Martin à Washington afin de rencontrer le président George W. Bush- des responsables du gouvernement canadien auraient affirmé à un responsable du département d'État américain que le Canada appuierait le projet de bouclier.

" Le Canada s'engage à parvenir à une entente afin de prendre part au projet de défense de l'Amérique du Nord contre les missiles balistiques, lors des mois à venir ", est-il écrit dans une note du ministère de la Défense, datée du 23 mars et rédigée avant un appel à Roger Noreiga, adjoint au secrétaire d'État américain.




Pour une réforme du ministère des Relations internationales

Stéphane Paquin, Ph.D. Professeur associé au département d'histoire de l'UQAM et adjoint au titulaire de la chaire Hector-Fabre d'histoire du Québec
Le Soleil vendredi 21 janvier 2005

Depuis un discours à l'École nationale d'administration publique, le 25 février 2004, le premier ministre Jean Charest a réitéré la volonté de pousser plus loin la doctrine Gérin-Lajoie en affirmant que "ce qui est de compétence québécoise chez nous est de compétence québécoise partout". Le gouvernement du Québec demande depuis d'être présent à la table de négociation d'accords de libre-échange et au sein d'organisations internationales lorsque les sujets qui y sont traités affectent les champs de compétence du Québec. Même si cette proposition est souhaitable et qu'elle fait consensus au Québec, il faut se questionner afin savoir si le ministère des Relations internationales, sous sa forme actuelle, est capable de remplir une telle mission.

Ce que propose le premier ministre implique que le ministère des Relations internationales (MRI) ait la capacité de coordonner et d'imposer ses orientations en matière de relations internationales à l'ensemble de la machine gouvernementale. Or, même si le MRI assure un suivi des activités de certaines organisations internationales et de traités de libre-échange, on doit cependant noter que, pour la plus importante, l'OMC, c'est le ministère du Développement économique et régional et de la Recherche qui en est responsable. Ce dernier est également responsable du commerce international et des questions de libéralisation des échanges.

Le MRI contourné

De plus, dans de nombreux cas, et cette pratique se généralise, les ministères contournent le MRI lorsque vient le temps d'aborder des questions internationales et de déterminer la position du gouvernement fédéral dans les champs de compétence des provinces. Dans le domaine de l'éducation, qui est à l'origine de l'essor québécois en matière de relations internationales dans les années 60, la participation des provinces à des organisations gouvernementales internationales à vocation universelle comme l'ONU, l'UNESCO, l'OEA ou l'OCDE se fait par le truchement du gouvernement fédéral qui est le seul à pouvoir parler au nom du pays, et ce, même dans les champs de compétence des provinces.

Depuis 1967, un organisme de coopération interprovinciale dans le domaine de l'éducation a été mis sur pied. Il s'agit du Conseil des ministres de l'éducation du Canada (CMEC) dont le rôle est de coordonner les échanges entre provinces, de faire la gestion de certains programmes conjoints mais également, de plus en plus, d'établir la position du gouvernement canadien lors de rencontres internationales qui portent sur les questions d'éducation. Les décisions au sein du CMEC se prennent par consensus ce qui, dans les faits, se traduit par une forme de veto pour l'ensemble des provinces.

En effet, depuis 1977, le ministère des Affaires étrangères du Canada a conclu avec le CMEC une entente qui prévoit que lors de tout événement international qui traite de questions liées à l'éducation, le CMEC recommandera la composition de la délégation canadienne et désignera le chef de mission. Cette entente a été acceptée par toutes les provinces incluant le Québec. C'est cette entente qui régit depuis les relations internationales du Canada en matière d'éducation.

Cette organisation interprovinciale assume également un rôle de secrétariat permanent sur ce sujet et s'assure d'établir des contacts réguliers avec les organisations internationales. Elle est l'interlocutrice unique en la matière et assure la coordination des enquêtes comme celle dirigée par l'OCDE.

Comme on le constate, le MRI est totalement contourné par ce système intergouvernemental de représentation des intérêts internationaux des provinces. Cet exemple peut également être étendu aux questions de santé, de transport, de sécurité et de libéralisation des échanges. Dans tous ces cas, le MRI n'arrive plus réellement à coordonner les efforts du gouvernement du Québec. En somme, le MRI n'est pas en mesure de défendre convenablement les intérêts du Québec dans les organisations internationales où sont discutés des sujets qui affectent pourtant sa souveraineté interne.

Fusion

Afin de renforcer le MRI, il serait utile qu'il refusionne avec le secrétariat aux Affaires intergouvernementales canadiennes. Cela permettrait à ce nouveau ministère de centraliser l'ensemble des questions internationales du Québec et ainsi de déterminer une politique internationale plus cohérente que ce soit directement ou par les mécanismes intergouvernementaux. Puisque le MRI souhaite renouer avec la politique "d'affaires internationales" et donner un sens plus économique à sa mission, un peu comme à l'époque de John Ciaccia, il serait également souhaitable que ce nouveau ministère intègre les questions de commerce international afin de lui donner plus de ressources et un seuil critique. Il est vrai que cette réforme structurelle du ministère des Relations internationales est importante, mais c'est le prix à payer pour avoir une plus grande cohérence gouvernementale en matière de politique internationale.




La marche funèbre

Mario Roy
La Presse vendredi 21 janvier 2005

À Washington, jamais aucun défilé d'" inauguration " d'un nouveau mandat présidentiel n'a ressemblé à celui qui a eu lieu sur Pennsylvania Avenue, hier, après que George W. Bush eut, pour la seconde fois, prêté serment d'allégeance à la Constitution américaine.

Sous un ciel gris et dans un froid inhabituel pour le district de Columbia, la parade fut lugubre, essentiellement composée de dizaines de véhicules des agents des services secrets. Lesquels, montés sur les marchespieds, faisaient face à une foule clairsemée et silencieuse où abondaient les anti-Bush- dont certains tournaient le dos au défilé, brandissant des affiches où on pouvait lire: " Liar " (" Menteur ")...

Bush lui-même ainsi que son épouse Laura, élégamment vêtue de blanc, étaient retranchés dans une toute nouvelle forteresse mobile. Il s'agit d'une limousine Cadillac DTS totalement inédite, dont on sait évidemment peu de choses sinon que, si on se fie à son apparence, elle a été conçue comme le croisement entre un carrosse royal et un char d'assaut Sherman...

Le couple présidentiel s'en est extrait pendant quelques dizaines de secondes pour marcher vers la Maison-Blanche, selon une tradition vieille comme l'Amérique. Mais il l'a fait dans un tel luxe de protection rapprochée qu'il était visible que c'était pour la forme. Pour l'image. Et celle-ci, retransmise dans le monde entier par les grandes chaînes américaines, ne mentait pas: il y avait là davantage de tension que de joie. Moins de communion populaire que de terrible isolement d'un pouvoir terrible, lui aussi...

Les Bush se sont ensuite enfermés dans un bunker vitré pour voir le reste du défilé, qui était essentiellement ce que ce genre d'événement est toujours, en tout pays: pompeux, militaire, sans surprise, vaguement cucul, plutôt ennuyeux.

Bref, on se trouvait loin de cette cérémonie de prestation de serment 1801, la première tenue à Washington, où Thomas Jefferson avait fait à pied le trajet aller et retour, dans l'esprit démocratique et populaire des pères fondateurs de la nation américaine. Il est vrai que, depuis, il y a eu de tels événements que l'assassinat d'Abraham Lincoln. Celui de John F. Kennedy. Puis, surtout, le 11 septembre 2001. C'était en effet, hier, la première cérémonie de cette sorte depuis le massacre de New York et Washington...

Il n'y a aucun moyen de se réjouir de cette sorte de déchéance.

On peut détester Bush. On peut détester les États-Unis. On peut même détester en bloc la race américaine, si on est candidat à ce type de dérive haineuse à saveur lepéniste.

Mais on ne peut en aucun cas considérer comme un progrès de civilisation de voir le chef - aimé ou non - de la plus grande puissance démocratique, intellectuelle, scientifique, culturelle et économique du monde devoir circuler dans sa capitale comme s'il se trouvait en état de siège.

Comme s'il ouvrait une marche funèbre.




" Le multiculturalisme peut avoir, chez vous, des effets malheureux "

Propos recueillis par ALEXIS LACROIX
LE SOIR 20 janvier 2005 (et aussi dans Le Figaro Débats, mercredi 19 janvier 2005 sous le titre "Huntington : le choc du multiculturalisme ")

Auteur du " Choc des civilisations ", Samuel Huntington persiste et signe dans sa critique de l'optimisme " multiculturaliste ", avec un essai brillant et controversé sur l'identité américaine, " Qui sommes-nous ? ", qui vient de paraître en traduction française aux éditions Odile Jacob.

À la lumière de votre dernier livre, l'identité américaine apparaît presque menacée d'implosion. N'est-ce pas trop alarmiste ?

Je voudrais dire d'abord que l'Amérique est confrontée à des défis singuliers pour l'avenir de son identité. Mais l'Amérique n'est pas le seul pays dans ce cas. De nombreux pays sont confrontés à des défis qui, pour n'être pas identiques à ceux qui frappent les États-unis, s'en rapprochent. La mondialisation bouleverse beaucoup de choses et intensifie les processus d'interaction entre les différentes sociétés. Elle crée donc des situations parallèles dans les différents pays occidentaux qui traversent des crises de leurs identités nationales.

Un éditorialiste du " Washington Post ", Tamar Jacoby, vous reproche de vous livrer à une " évaluation paranoïaque de la menace " en évoquant " une reconquista démographique de territoires que les Américains avaient enlevés au Mexique ". Que répondez-vous ?

C'est justement la raison pour laquelle je tiens à souligner que Who are we ? n'est pas un livre sur les Hispaniques et les hispanophones en général. C'est un livre sur cette identité américaine que l'immigration n'a jamais cessé de façonner. Actuellement, aux États-unis, plus de la moitié des immigrants viennent de pays hispanophones. Or c'est la première fois dans l'histoire de notre pays que la moitié des nouveaux arrivants sont les locuteurs d'une seule langue qui n'est pas l'anglais. L'autre singularité de l'immigration hispanique, outre son ampleur, c'est qu'elle est en provenance de pays proches des États-unis - le Mexique et les autres pays de l'Amérique centrale.

Les Hispano-Américains ont un taux très élevé d'exogamie et, dans la mobilisation antiterroriste depuis 2001, leur patriotisme américain a rarement été pris en défaut...

Reste que, pris dans sa globalité, ce phénomène d'immigration constitue un changement immense par rapport à l'époque pas si lointaine où une large majorité des immigrants se livrait à une traversée hasardeuse de l'océan Atlantique. Les États-unis connaissent, enfin, une immigration clandestine toujours aussi massive, de part et d'autre du Rio Grande.

N'est-ce pas un combat d'arrière-garde ?

Pas du tout ! Je ne mène en aucun cas un combat d'arrière-garde ! La question qu'il faut se poser face à l'ensemble des phénomènes inédits que constitue l'afflux de ces populations est celle de l'aptitude de cette vague d'immigration à s'assimiler aussi facilement que les précédentes aux valeurs de la société américaine.

Mais si les États-unis traversent une crise d'identité, ce n'est pas seulement en raison des personnes accueillies, mais aussi des " accueillants "...

L'immigration est l'un des aspects de mon livre. Un autre aspect est le fossé grandissant entre, d'un côté, le nationalisme et le patriotisme répandus dans l'opinion américaine et, de l'autre, ce que j'appelle la dénationalisation des élites.

Les Américains, dans leur grande majorité, condamnent-ils le cosmopolitisme de leurs élites ?

Le degré d'identification des Américains avec leur pays semble avoir connu une nette augmentation à la fin du XXe siècle. Interrogés sur l'entité territoriale à laquelle ils estimaient appartenir " avant tout " - ville, région, pays dans son ensemble, continent ou monde -, 16,4 % d'Américains en 1981-1982, 29,6 % en 1990-1991 et 39,3 % en 2002 ont choisi les États-unis dans leur ensemble. Le nombre d'Américains accordant la première place à leur nation a donc augmenté de 22,9 %, pourcentage qui dépasse largement l'augmentation du sentiment d'identification nationale enregistrée dans les pays développés. Paradoxe : alors même que l'engagement national du grand public américain se renforçait, certains éléments des élites économiques et universitaires américaines s'identifiaient de plus en plus au monde dans son ensemble et se définissaient comme " citoyens globaux ". En 1927, un intellectuel français (1) avait pu accuser ses pairs de succomber aux passions partisanes du nationalisme. Aujourd'hui, l'attitude des intellectuels consiste à défendre la supériorité d'une identification avec l'ensemble de l'humanité.

Le traumatisme causé par le 11-Septembre n'y a-t-il pas mis un coup d'arrêt ?

Sur le moment, la catastrophe qui a frappé Manhattan a eu un impact certain. Mais l'intégration des élites financières et médiatiques américaines aux catégories de la mondialisation ne semble pas avoir été bouleversée de fond en comble. Il demeure difficile de prévoir ce que seront les effets à très long terme du 11-Septembre sur la conscience patriotique américaine.

Le néo conservatisme est un patriotisme...

Les néo conservateurs constituent une élite certes opposée à la tendance lourde de la dénationalisation - mais c'est un très petit groupe d'hommes, qui essuient de très nombreuses critiques de la part aussi bien des milieux académiques que des milieux d'affaires et des médias ! De ce point de vue, les néo conservateurs ne sont pas du tout représentatifs des élites américaines. Et ils ne sont pas davantage au diapason des opinions du public américain.

Pourquoi ?

Tous les sondages effectués depuis plusieurs années auprès des Américains le révèlent : dans son immense majorité, la promotion de la démocratie ne représente pas du tout une priorité pour notre peuple ; elle arrive même en avant-dernière position. Ce qui arrive en revanche toujours en tête, c'est l'importance d'une politique d'emploi, d'immigration et de sécurité nationale.

Un essayiste a défini le credo américain comme l'adhésion à un système politique fondé sur la " dignité essentielle de l'individu, l'égalité fondamentale de tous les hommes et des droits inaliénables " comme le droit à la liberté et à la justice. Cette " religion civile " garantit-elle la cohésion de la société américaine ?

Je suis fondamentalement en accord avec la définition donnée par Gunnar Myrdal, en 1944, du credo américain. Mais toute la question est de savoir si la nouvelle vague d'immigration est prête à accepter les principes de base énumérés par Gunnar Myrdal. C'est un vrai privilège de s'intégrer aux valeurs américaines. D'embrasser la culture américaine. Des éléments semblent suggérer qu'il n'est pas sûr que les immigrants récents soient tous encouragés à adopter l'échelle de valeurs et la culture américaines.

La faute aux intellectuels, que vous appelez " cosmocrates ", et à leur " déconstruction " de l'identité américaine ?

Dans les années 60, les États-unis ont abandonné la référence à la race et à l'ethnie comme critère de définition de l'identité nationale. Mais paradoxalement, ils ont été accusés de sous-estimer le rôle de la race et de l'appartenance ethnique pour certains groupes. Une fois la race et l'appartenance ethnique formellement exorcisées, les minorités ont pu commencer à affirmer leurs identités au sein d'une société désormais essentiellement définie par son credo. Ne servant plus aux Américains à se différencier d'autres peuples, la race, l'appartenance et même, dans une certaine mesure, la culture sont devenues les critères par lesquels les Américains se différenciaient les uns des autres. Sont nées les politiques dites d'" affirmative action ". Elles ont eu pour effet, avec d'autres politiques, d'élever les valeurs " subnationales " au-dessus des valeurs d'identité nationale. Pour les Américains, le credo de la " religion civile " a longtemps signifié que les individus devaient être jugés en fonction de leurs qualités propres, indépendamment de leur appartenance religieuse ou de leur origine ethnique. Avec l'avènement du multiculturalisme, c'en a été fini du primat des droits individuels.

Vous citez le sociologue Daniel Bell : " Ce qui est extraordinaire dans ce changement, c'est qu'une conception des droits totalement nouvelle a été introduite dans la vie publique, sans qu'aucun débat n'ait lieu. "

Les droits des groupes et l'égalité des conditions ont acquis dans la sphère publique le statut d'une nouvelle philosophie qui, en établissant des distinctions entre les individus selon leur appartenance, en vient à relativiser dangereusement l'importance d'un bien commun. Par exemple, les Noirs ont pu commencer à bénéficier d'avantages du simple fait qu'ils étaient noirs. Ces politiques de rattrapage, qui partaient des meilleures intentions, ont abouti à remettre en question la façon dont les Américains concevaient leur identité nationale. Elles ont participé au mouvement de sa déconstruction. La question demeure de savoir si les États-unis doivent être une nation constituée d'individus dotés de droits et d'une culture communs ou un conglomérat de groupes raciaux et culturels défendant leurs intérêts propres.

Pourquoi le multiculturalisme tente-t-il les Français, notamment les champions de la discrimination positive ?

Je ne sais pas pour quelles raisons précises la tendance au multiculturalisme s'est développée en France. Une chose est sûre : la consécration du multiculturalisme pourrait avoir, chez vous aussi, des effets malheureux. Aux États-unis, ces politiques ont eu pour effet de diviser la société américaine et, en ce qui concerne notamment le volet des mesures d'affirmative action, n'ont pas du tout obtenu les bienfaits escomptés - le " rattrapage " social des populations défavorisées. En fait, les politiques d'affirmative action n'ont pas bénéficié, par exemple, aux plus pauvres des Noirs américains, mais à la bourgeoisie noire américaine.

(1) " La trahison des clercs ", de Julien Benda (Grasset).
(c) Le Figaro
Samuel P. Huntington Professeur à l'Université Harvard, auteur du " Choc des civilisations "




États-unis - L'avenir sombre de la politique étrangère de Bush

Frédérick Gagnon
Chercheur à l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l'Université du Québec à Montréal
Jean-Frédéric Légaré-Tremblay
Chercheur à l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l'Université du Québec à Montréal
Julien Tourreille
Chercheur à l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l'Université du Québec à Montréal
Le Devoir mercredi 26 janvier 2005

Le discours inaugural du président Bush ne comporte rien de nouveau, même si certains observateurs soulignent la grandiloquence et l'audace de son message démocratique. Tous les présidents depuis la Déclaration d'indépendance de 1776 proclament les vertus de l'expansion de la démocratie et de la lutte contre la tyrannie et les dictatures. Le message a été réitéré avec force par des présidents aussi différents que Reagan ou Clinton. Bush s'ajoute à la liste déjà longue.

Les Américains sont convaincus de la justesse de ce message qui correspond à leur culture politique et leur histoire. Les apparences sont toutefois trompeuses. Les réalités de la politique intérieure et extérieure vont sérieusement obérer les ambitions du deuxième mandat Bush. Non seulement les quatre prochaines années vont voir resurgir les enjeux domestiques -- absents depuis le 11 septembre 2001 -- mais les questions internationales vont, au bout du compte, déterminer l'héritage de la présidence Bush.

Un cabinet plus équilibré ?

Les attentes de changement en politique étrangère sont mitigées dans la mesure où l'on ne retrouve aucune véritable nouvelle figure dans le cabinet Bush. En effet, le remaniement ministériel dans l'équipe de politique étrangère a été relativement modeste : Condoleezza Rice prend la place de Colin Powell au département d'État et son fidèle adjoint d'alors, Stephen Hadley, la remplace au Conseil de sécurité nationale.

Au Pentagone et à la vice-présidence, la plus puissante de toute l'histoire américaine, rien ne bouge. Rumsfeld, Cheney et leurs fidèles néo-conservateurs restent en place : ils continueront à exercer une influence considérable.

L'arrivée de Rice au département d'État pourrait cependant contrebalancer cette influence. Compte tenu de sa relation privilégiée avec le président, certains ont interprété sa nomination comme la volonté de ce dernier de renforcer son emprise sur la diplomatie. Or, la confiance du président à l'égard de Condoleezza Rice pourrait, au contraire, l'amener à accepter davantage les décisions de cette dernière : Rice ne sera plus prisonnière du jeu bureaucratique comme elle l'a été à titre de conseillère à la sécurité nationale.

En tant que secrétaire d'État, elle est désormais un acteur promouvant les intérêts et les idées de son organisation. Il faut rappeler que, même si elle dit avoir été «transformée» par les événements du 11 septembre, elle a été formée par l'école réaliste, plus encline au multilatéralisme et à la diplomatie que le néo-conservatisme ou le nationalisme agressif.

Le départ du néo-conservateur John Bolton du département d'État et le choix d'un modéré comme adjoint, Robert Zoellick, sont aussi les signes d'une tendance plus grande à la modération. Aussi est-il envisageable que Rice puisse freiner l'influence des faucons de l'administration, ce qu'elle n'a pas voulu (ou pu) faire au cours du premier mandat.

Les contraintes de la politique intérieure

Plusieurs éléments de politique intérieure vont sans doute également freiner les ambitions des faucons. En effet, contrairement à ce qu'on a pu observer dans les semaines suivant le 11 septembre 2001, la popularité de Bush est désormais assez faible. Moins de 50 % de l'électorat approuve ses politiques. [...]

Ainsi, les élus républicains (gouverneurs, représentants, sénateurs, etc.) exerceront des pressions pour que le président promeuve des politiques populaires en vue des élections de 2006 et de 2008. Les élus républicains craignent en effet d'être victimes par ricochet du déclin de popularité du président (negative coattails).

De surcroît, au Congrès, le sentiment d'urgence et le consensus bipartisan engendrés par le 11 septembre 2001 s'estompent peu à peu. Bush ne peut plus, comme ce fut le cas durant son premier mandat, obtenir des législateurs un appui inconditionnel pour mettre en oeuvre «sa» lutte contre le terrorisme.

Ainsi, d'ici la fin de l'année, les démocrates au Capitole critiqueront massivement le renouvellement du USA Patriot Act. Et contrairement à ce qu'on a vu dans les cas de l'Afghanistan et de l'Irak, des sénateurs comme John Kerry et Harry Reid refuseront assurément de voter pour une résolution autorisant la Maison-Blanche à intervenir militairement en Iran.

En outre, comme l'ont démontré les récentes négociations -- fastidieuses -- entre la Maison-Blanche et la Chambre des représentants concernant l'adoption de la loi appliquant les recommandations de la commission sur le 11 septembre, même les républicains au Congrès ne sont plus prêts à octroyer un blanc-seing au président. Tom Delay, leader républicain à la Chambre, a déjà clairement fait savoir à Bush que ses collègues et lui-même exprimeront leurs désaccords avec la présidence sur des enjeux comme l'immigration, le contrôle des armements ou encore le libre-échange. De toute évidence, ces querelles intestines lieront souvent les mains de Bush. Au gré de l'humeur politique à Washington, il devra ajuster ses positions et tempérer ses ardeurs en politique étrangère afin de conserver l'appui des membres du Congrès sur d'autres projets chers à la Maison-Blanche, comme la privatisation du système de sécurité sociale ou encore la pérennisation des réductions d'impôt. [...]

La politique étrangère

Le principal chantier demeure l'Irak, au sujet duquel Condoleezza Rice a reconnu, certes à demi-mot, que l'administration avait échoué dans la planification de l'après-guerre. Les élections du 30 janvier seront-elles utilisées comme une preuve de la réussite américaine en Irak, alors même que la Maison-Blanche a officiellement annoncé la fin et l'échec des opérations de recherche d'armes de destruction massive ?

L'administration ne prévoit, pour l'heure, aucun calendrier de retrait des troupes. [...] Toutefois, alors que la population américaine exprime des doutes croissants sur la pertinence de l'intervention en Irak, il est très envisageable que les républicains, qui vont rapidement se positionner pour les élections de 2006 et 2008, exercent des pressions pour un retour rapide d'au moins une partie des troupes.

La question des forces armées disponibles constitue, il est vrai, une contrainte importante pour l'administration Bush. Engagées sur de multiples fronts, elles sont utilisées à la limite -- sinon au-delà -- de leurs capacités. Dès lors, même si l'article de Seymour Hersh «The Coming Wars» dans The New Yorker (avançant l'éventualité d'une intervention américaine en Iran) a fait sensation, une invasion de l'Iran reste peu probable à l'heure actuelle.

De toute évidence, George W. Bush doit avant tout améliorer l'image des États-Unis dans le monde, aujourd'hui profondément dégradée. [...] La diplomatie publique, cette fameuse soft power qui semble avoir été tant délaissée, est désormais au coeur des défis du second mandat.

Il demeure cependant que le discours inaugural est un énoncé de principes, non de politiques. C'est dans son discours sur l'État de l'Union, le 2 février prochain, que Bush indiquera peut-être les moyens qu'il entend vraiment mettre en oeuvre.




Élections irakiennes sous occupation : le Canada complice

Michel Chossudovsky
Professeur à l'Université d'Ottawa et auteur, entre autres, de Mondialisation de la pauvreté et Guerre et Mondialisation, deux ouvrages parus aux éditions Écosociété et traduits en plusieurs langues.
Le Devoir mercredi 26 janvier 2005

Libre opinion: Les élections prévues le 30 janvier en Irak -- s'il est même possible de les tenir dans les conditions actuelles d'occupation militaire américaine, de violence, et dans le contexte d'un boycott important par la communauté sunnite -- ne visent qu'à légitimer l'occupation militaire états-unienne et à justifier l'invasion de l'Irak par les États-Unis sans l'autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies. [...]

Il s'agit, en d'autres termes, de justifier, ex post facto, maintenant que le prétexte des armes de destruction massive est définitivement discrédité, les violations les plus graves du droit international, dont le crime suprême d'agression, qui constitue un crime contre la paix, et ce, au nom d'une improbable «démocratie» imposée par les États-Unis.

Le Canada, même s'il n'a pas participé à la coalition des envahisseurs états-uniens, prête aujourd'hui main-forte, par son soutien au «processus électoral» (qui n'est ni «indépendant» ni l'expression d'une quelconque véritable souveraineté irakienne), à l'entreprise de légitimation de cette guerre qu'on a tenté de justifier par tant de prétextes, voire de désinformation et de mensonges.

Le Canada accepte ainsi d'être complice d'une campagne de relations publiques pour rehausser l'image de l'administration Bush en Irak qui, malgré un transfert (plutôt factice) de souveraineté à une institution «intérimaire», maintient néanmoins des effectifs de 150 000 soldats dans ce pays prétendument «souverain». [...]

On en vient à questionner ce rôle typiquement canadien, accompli avec une ferveur presque missionnaire, qui consiste à se porter au secours de ce que d'aucuns qualifient de «démocraties émergentes» et de favoriser des élections dites «libres et transparentes» comme l'a fait Élections Canada dans 94 pays, à 355 reprises, depuis la fin de la guerre froide.

Donner une reconnaissance

L'implication canadienne en Irak n'aura rien à voir avec la démocratie ou la promotion des droits de la personne. Elle vise, au contraire, à légitimer, en Irak, les structures imposées par l'occupation militaire américaine, et ce en toute connaissance de cause.

Jean-Pierre Kingsley, directeur général d'Élections Canada, décrit ainsi la fonction des missions d'observation électorales : «La participation d'acteurs internationaux auprès d'un pays en voie de démocratisation ou qui souhaite consolider ses assises démocratiques joue un rôle fondamental de légitimation à plusieurs niveaux.»

Si, selon Kingsley, le rôle fondamental est de légitimer, alors dans le cas de l'Irak, ce qui doit être légitimé -- et justifié -- c'est l'invasion et l'occupation meurtrières dont le pays a été victime ! Ainsi, l'Irak «gagne» en démocratie ce qu'il a perdu en vies humaines (100 000 selon la revue The Lancet), en infrastructures (à être rebâties à coup de millions par des entreprises américaines) et en respect de la souveraineté de son territoire, ou de ce qu'il en reste.

De plus, selon Kingsley, une participation à une mission d'observation constitue une reconnaissance de la validité d'un processus électoral en place, et sert à communiquer ce message de «reconnaissance» : «Autrement dit, accepter une mission électorale, c'est reconnaître à prime abord que l'exercice électoral est légitime, que les éléments essentiels sont présents et que les objectifs sont réalisables. Ce message de reconnaissance joue aussi bien sur la scène internationale que nationale, c'est-à-dire auprès des intervenants locaux.» [...]

D'abord une agression

Comment peut-on accepter de «légitimer» une invasion et une occupation violant les principes fondamentaux établis, il y a un demi-siècle, par le Tribunal de Nuremberg, qui qualifiait l'agression de «crime suprême» en ces termes : «L'agression est le crime de guerre suprême. Il se distingue des autres crimes de guerre seulement en ce qu'il contient en lui le mal accumulé de tous les autres.»

Et quant aux autres crimes de guerre, dont «l'accession à la démocratie» servirait d'alibi avec la complicité d'Élections Canada et de son «partenaire» dans la mission d'observation, l'International Foundation for Electoral Systems (IFES), ils sont parmi les plus graves aux yeux du droit international. Ce n'est pas un hasard si l'IFES -- qualifiée par Élections Canada de «non partisane» et d'«indépendante» --, qui tire son financement et son mandat du gouvernement américain par le truchement de USAID, a la réputation d'être passée maître dans l'art des «changements de régime».

L'invasion de l'Irak par les États-Unis constitue en premier lieu une violation de la Charte des Nations unies, qui interdit formellement aux États de recourir à la force dans le règlement de leurs différends. La guerre contre l'Irak constitue une agression. L'occupation de l'Irak s'est illustrée par des violations importantes des conventions de Genève sur le traitement de la population civile, et de la convention contre la torture à la prison d'Abou Ghraïb. Les Irakiens font l'objet de violations massives de leurs droits au quotidien. L'occupation américaine n'assure aucunement la sécurité d'une population civile terrifiée. Le Canada n'a aucun mandat qui lui permette de légitimer, de quelque manière que ce soit, ces crimes et ces violations des droits de la personne en Irak. Encore moins en engageant le pays dans une entreprise de faire-valoir pour une guerre américaine illégale et illégitime.

Et comme, de l'avis de Kingsley, les missions d'observation sont de puissants outils de légitimation, il n'est pas toujours opportun, selon lui, d'y participer : «Cette fonction de légitimation ne saurait cependant être inconditionnelle. Ainsi, lorsque les conditions essentielles à la démocratie ne sont pas présentes, en commençant par la tenue d'élections libres et justes, on devrait refuser de participer à une mission ou encore s'en retirer lorsque ces conditions ne sont plus rencontrées.»

Il ne saurait y avoir un exemple plus éloquent d'une mission pour laquelle «les conditions essentielles à la démocratie ne sont pas présentes» que la mission internationale pour les élections en Irak. Ni un exemple plus éloquent d'une politique étrangère canadienne servant -- exclusivement -- les intérêts de nos voisins du sud. Conséquemment, les signataires demandent qu'Élections Canada et le gouvernement canadien se désengagent de toute implication dans le processus électoral actuellement en cours en Irak.

Liste des personnes endossant cette déclaration :

Omar Aktouf, Sébastien Aubé, Élaine Audet, Isabelle Baez, Vivian Barbot, Normand Baillargeon, Stéphane Batigne, Isabeau Bergeron, Judith Berlyn, Louky Bersianik, Daniel Bouchard, Roméo Bouchard, Françoise Boudrias, Francine Brault, Anne-Marie Brunelle, David Chicoine, Michel Chartrand, Paul Cliche, Véronique Couture, Françoise David, Richard Desjardins, Yan Desjardins, Christian Dessureault, Tiphaine Dickson, Robert Dickson, Jean-Luc Dion, Bruno Dubuc, Gilles Dubuc, Pierre Dubuc, Rezeq Faraj, Andrée Ferretti, Normand Fleury, Benoit Foisy, Fernand Foisy, Anne-Marie Fragasso, Jean-Claude Germain, Jean-Louis Grosmaire, Clôde de Guise, Isabelle Hayeur, Christine Hudon, Amir Khadir, Robert Lachance, Micheline Ladouceur, Yves Lambert, Ève Lamont, Julie Lavallée, Nathalie Lefebvre, Raymond Legault, Paul Lévesque, Suzanne Loiselle, Sophie Maheu, David Marquis, Yves Michaud, Serge Mongeau, Julie Mongeau, Maria-Luisa Monreal, Christian Nadeau, Sam Noumoff, Lorraine Pagé, Julie Perron, Martin Poirier, André Poulin, Suzanne Renaud, Monique Richard, Claude Rioux, Normand Robert, Paul-Émile Roy, Isabelle Senécal, Sophie Thouin, Éric Vachon, Denise Veilleux, Michel van Schendel, Eric Waddell.




Le prince de Belgique en mission au Québec

Francis Vailles
La Presse mercredi 26 janvier 2005

Davos - La Belgique enverra au Québec, l'automne prochain, une délégation d'hommes politiques et de gens d'affaires pour faire de la prospection économique. La mission sera dirigée par le prince Philippe en personne.

Les détails de ce rendez-vous des décideurs belges avec ceux du Québec ont été scellés la fin de semaine dernière. Le ministre du Développement économique et régional, Michel Audet, en a fait l'annonce, hier, à Davos, en marge du Forum économique mondial. Avant son arrivée à Davos, en Suisse, en soirée, M. Audet a fait un arrêt en Belgique, où il a rencontré des hommes politiques et des industriels. Le ministre était notamment accompagné de Pierre Shedleur, PDG de la SGF, et de Jean Houde, PDG d'Investissement Québec.

Pour ce voyage d'" Équipe Belgique " au Québec, les représentants politiques des trois régions de la Belgique seront représentés (Flandre, Wallonie et Bruxelles). Divers entrepreneurs belges figureront également dans cette mission, qui se déroulera du 2 au 8 octobre. " Équipe Belgique " revient justement d'une mission semblable en Chine.

Le séjour de Michel Audet en Belgique a été chargé. En moins de deux jours, la petite équipe du Québec devait rencontrer plusieurs hommes politiques et chefs d'entreprise belges, en plus d'assister à un dîner-causerie organisé par la Chambre de commerce Canada-Belgique-Luxembourg.

" Le contact est très facile, chaleureux, semblable à celui des Québécois. Nous avons avec eux une similitude de pensée, une simplicité, une approche directe, mais sans domination ", a dit M. Audet, au cours d'un point de presse.

Plusieurs entreprises ont été rencontrées sur place, notamment le fabricant de pièces de train d'atterrissage Asco, l'entreprise de chimie fine Solvay et le manufacturier de verre plat Glaverbel.

Pierre Shedleur, de la SGF, a également discuté avec ses homologues de la Société régionale d'investissement de la Wallonie (SRIW), une société d'État semblable à la SGF. Il a notamment été question d'un projet de transformation minière au Québec avec la société Prayon, pour lequel il n'a pas été possible d'en savoir plus.

À Davos, Michel Audet répète qu'il ne devrait pas y avoir de grandes annonces de projet pour le Québec ou de signatures de contrats. Au cours des prochains jours, le ministre a l'intention d'assister à diverses présentations à saveur économique du Forum. Certaines rencontres sont au programme, notamment une avec le ministre de l'Économie du Mexique, Fernando Canales Clariond. Michel Audet en profitera également pour tenir des réunions avec les dirigeants mondiaux de certaines sociétés pharmaceutiques présentes au Québec, inquiètes de la récente politique du médicament du gouvernement Charest.

Il est également prévu que Michel Audet rencontrera le ministre du Commerce international canadien, Jim Peterson, présent à Davos. Il y sera notamment question du conflit du bois d'oeuvre, qui s'éternise. Les Américains imposent toujours un taux compensatoire de 21 % aux producteurs de bois d'oeuvre canadien et environ 5 milliards de dollars imposés en pénalités aux producteurs canadiens sont toujours en fiducie aux États-Unis. De cette somme, environ le quart reviendrait aux producteurs québécois.

C'est aujourd'hui que commence véritablement le Forum, après les inscriptions d'hier et l'accueil des décideurs de la planète. Parmi les ateliers, l'un portera sur les tendances et les défis économiques mondiaux, un autre sur le rôle économique des États-Unis durant les 18 prochains mois. Au cours d'une réunion, les décideurs établiront également lesquelles des enjeux énoncés dans le sommet sont prioritaires pour la prochaine année, selon eux (pauvreté, changement climatique, guerre au terrorisme, poursuite de la relance économique, etc.).

Certains ateliers ne sont pas ouverts aux reporters. Parmi eux, mentionnons celui sur l'islam (modération ou radicalisme), sur la pauvreté, sur l'investissement en Chine, sur les armes de destruction massive et sur le design en Asie, notamment.

Un autre atelier a un thème particulier: Pourquoi les pays riches ne peuvent-ils acheter le bonheur? Certains conférenciers tenteront d'expliquer pourquoi, en moyenne, les peuples américains, japonais ou européens ne sont pas plus heureux que leurs semblables dans les années 50, malgré la forte hausse du niveau de vie.




Le chaos et le scrutin

Jocelyn Coulon
La Presse mercredi 26 janvier 2005

L'élection de dimanche en Irak peut sans conteste être qualifiée d'"exercice futile"

Dimanche, les Irakiens en mesure de se déplacer, participeront pour la première fois depuis des décennies à des élections visant à combler les sièges de l'Assemblée nationale de transition, de l'Assemblée kurde et de 18 conseils de province. La violence, le chaos et le terrorisme provoqués par l'invasion américaine rendront cet exercice électoral futile. Les États-Unis et la Grande-Bretagne ont transformé ce pays en Vietnam, et les Irakiens subissent déjà les sanglantes conséquences de cette situation. Ils n'ont pas fini de souffrir.

Le chaos généralisé

Après la victoire des troupes anglo-américaines sur l'armée irakienne, en avril 2003, les dirigeants politiques et militaires américains y étaient allés de trois affirmations péremptoires. D'abord, l'occupation serait de courte durée. Dès septembre de la même année, le nombre de troupes diminuerait puisque les Irakiens auraient accueilli les libérateurs avec des fleurs. Puis, les attaques contre les troupes américaines n'étaient le résultat que d'une poignée de terroristes et de nostalgiques de l'ancien régime. Ceux-ci étaient sur le point de disparaître. Enfin, les revenus pétroliers et l'aide internationale permettraient à l'Irak de se remettre rapidement de la guerre et de 35 ans de dictature.

Les faits ont démenti ces pronostics. Les États-Unis ont toujours 150 000 militaires sur le terrain, et les dirigeants de l'armée de terre viennent de confirmer le prolongement du séjour de ce contingent jusqu'à la fin de 2006. Selon l'ancien général Tommy Franks, les troupes américaines devront rester en Irak entre cinq et dix ans pour " stabiliser " la situation. Un parlementaire britannique parlait récemment de 10 à 15 ans.

L'occupation n'a apporté ni la sécurité ni l'amélioration de la vie quotidienne des Irakiens. La poignée de mécontents s'est transformée en une insurrection sophistiquée forte d'environ 20 000 individus. Le ministre irakien de la Défense estime leur nombre à plus de 100 000. Les attaques quotidiennes sont passées d'une dizaine à une centaine alors qu'entre 20 et 100 Irakiens et étrangers meurent chaque jour dans ce pays. Atteindre l'aéroport de Bagdad par la route est une opération dangereuse. Sortir de la capitale pour se rendre en province en voiture relève du suicide. La situation dans le pays est telle que pour s'assurer d'un maximum de sécurité pendant les élections de dimanche, les autorités américaines et irakiennes ont décidé de fermer pendant trois jours les frontières et l'aéroport de Bagdad et d'accorder un congé de même durée à tous les Irakiens (50 % sont au chômage).

Sur le plan économique et social, le tableau est plus contrasté. Les écoles et les hôpitaux fonctionnent, certaines infrastructures sont reconstruites, la bourse de Bagdad est ouverte et les exportations de pétrole ont augmenté. Pourtant, à Bassora, deuxième ville du pays située dans la partie la plus calme de l'Irak, les habitants n'ont droit qu'à quelques heures d'électricité par jour et doivent attendre des heures pour obtenir... de l'essence. L'aide internationale arrive au compte-gouttes et 90 % des 200 milliards immobilisés par le gouvernement américain sont destinés aux opérations militaires et non à la reconstruction.

Dans ce contexte, les Irakiens sont appelés à participer à une élection bidon. Durant la " campagne " électorale, les candidats ne sont guère sortis de chez eux pour rencontrer les électeurs ou pour tenir des rassemblements électoraux. En fait, les électeurs ne connaissent pas la plupart des candidats dont l'identité reste secrète jusqu'à dimanche à cause de l'insécurité. Les sunnites- environ 20 % de la population- n'iront pas voter, les grands partis les représentant ayant décidé de boycotter le scrutin et la violence rendant tout déplacement dangereux.

Du côté chiite, les choses se présentent mieux, car cette majorité est en position de prendre le pouvoir pour la première fois depuis des siècles. Toutefois, la redoutable milice chiite du populaire Moqtada Sadr refuse de participer et promet de frapper. Cela fait beaucoup de mécontents ou d'Irakiens empêchés d'exercer leur droit de vote. Selon la Commission électorale indépendante irakienne, 7 à 8 millions d'Irakiens sur les 14 millions d'électeurs potentiels participeront aux élections. Il faut y ajouter un million d'électeurs irakiens à l'étranger. Cependant, ils ne pourront pas tous voter à cause de complications logistiques. Enfin, là où en Ukraine 8000 observateurs étrangers étaient sur place pour surveiller le scrutin présidentiel, il n'y en aura pas un seul en Irak. Même le Centre Carter a refusé de cautionner par sa présence ce scrutin.

Et les résultats?

Quel sera le résultat? Une grande avancée pour la démocratie, dit le président Bush, citant l'exemple des élections palestiniennes. Justement, parlons-en de la Palestine. Ces élections précipitées, mais qui se sont déroulées dans le plus grand calme et sous supervision internationale, ont donné au président Mahmoud Abbas l'appui de 30 % des Palestiniens résidant dans les territoires et de seulement 15 % de l'ensemble des Palestiniens en âge de voter, y compris les réfugiés et les expatriés.

Soyez assuré que les élections irakiennes seront décrétées justes et légitimes. Les communiqués de presse de la Maison-Blanche sont déjà rédigés. Ils seront distillés heure après heure, jour après jour pour convaincre les plus sceptiques. Dimanche, c'est la journée des émissions politiques à la télévision américaine. Les ondes seront envahies par une majorité de politiciens et d'experts favorables aux thèses de l'administration. Ils noteront que, malgré les bombes, les Irakiens votent et que cela est juste et bon. Puis, lundi, le président américain proclamera sa satisfaction et affirmera que, maintenant, les Irakiens ont un Parlement et pourront s'occuper de leurs affaires sans intervention étrangère. Mardi, ce sera le retour à la triste réalité. Pour reprendre une expression du sénateur démocrate Robert Byrd, ce sera le retour " du sourire carnassier de l'occupant " et de ses effets quotidiens: chaos, violence, corruption et répression.

L'auteur est professeur invité au Groupe d'étude et de recherche sur la sécurité internationale du Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal.

j.coulon@cerium.ca




Bush to agencies: Don't hire columnists to promote agendas

AP 26.1.2005

WASHINGTON (AP) — President Bush on Wednesday ordered his Cabinet secretaries not to hire columnists to promote their agendas after disclosure that a second writer was paid to tout an administration initiative.

President George W. Bush speaks during a panel discussing his health care initiatives at the National Institute of Health Dennis Brack, Getty Images

The president said he expects his agency heads will "make sure that that practice doesn't go forward."

"All our Cabinet secretaries must realize that we will not be paying commentators to advance our agenda. Our agenda ought to be able to stand on its own two feet," Bush said at a news conference.

Bush's remarks came a day after syndicated columnist Maggie Gallagher apologized to readers for not disclosing a $21,500 contract with the Health and Human Services Department to help create materials promoting the agency's $300 million initiative to encourage marriage.

Bush also said the White House had been unaware that the Education Department paid commentator and columnist Armstrong Williams $240,000 to plug its policies. That contract came to light two weeks ago.

Bush said there "needs to be a nice independent relationship between the White House and the press, the administration and the press."

And he noted that "we have new leadership going into the Department of Education."

Education Secretary Margaret Spellings started this week, replacing first-term Education Secretary Rod Paige. Paige had ordered an investigation into whether Williams should have disclosed the deal to produce television and radio ads promoting the No Child Left Behind Act.

Williams has apologized, calling it a mistake in judgment to not disclose that he was being paid by the administration but insisting he broke no laws.

Gallagher apologized to readers in her column Tuesday, saying that she was not paid to promote marriage but "to produce particular research and writing products" — articles, brochures, presentations. "My lifelong experience in marriage research, public education and advocacy is the reason HHS hired me," she wrote.

She said it never occurred to her to tell readers about her work for the government. "I should have disclosed a government contract when I later wrote about the Bush marriage initiative. I would have, if I had remembered it. My apologies to my readers."

In 2002, Gallagher contributed to an essay promoting marriage that appeared in Crisis magazine under the byline of Wade Horn, HHS assistant secretary for children and families.

Horn said Wednesday Gallagher was never paid to promote the president's marriage initiative in her own columns.

"We hired her because of her expertise in the area of marriage research in order to draw upon that expertise to help us develop materials related to healthy marriage," he said, adding that Gallagher drafted brochures and helped draft the article published under his name.

"At no time was she paid to go outside of HHS and promote the president's healthy marriage initiative," he said. "The federal government hires experts all of the time. There's nothing insidious about that."

Gallagher got another $20,000 — part of which was approved while President Clinton was still in office — from a private organization called the National Fatherhood Initiative, using money from a Justice Department grant. For that 2001 grant, she wrote a report on the institution of marriage, entitled "Can Government Strengthen Marriage?"

On Wednesday a report released by the House Committee on Government Reform looked into the use of taxpayer dollars to fund public relations campaigns.

The Bush administration spent a record $88 million on government-funded public relations contracts in 2004 — a 128% increase over 2000, according to the report prepared for House Minority Leader Nancy Pelosi, D-Calif., and other Democrats.

Democratic Sens. Edward Kennedy of Massachusetts and Frank Lautenberg of New Jersey urged the investigative arm of Congress, the General Accountability Office, to expand its investigation of the Education Department's contract with Williams to include Health and Human Services and Gallagher.

Gallagher has testified twice before the Judiciary Committee in support of a constitutional amendment to ban gay marriage without disclosing her contract with the government, the senators said in a letter to the U.S. Comptroller General David Walker.

"This abuse by HHS is just another in a long list of similar incidents of paid policy advocates supporting Bush Administration policies," the senators wrote.