«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Un banal cas de figure qui devient cas d’espèce

Welcome ! in Pharmacies Brunet

Tribune libre de Vigile
lundi 26 décembre 2016
647 visites 3 messages

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« Faut être chez-soi pour dire Welcome ! »
Gilles Vigneault / Robert Bibeau, Tu peux ravaler ta romance [1992]

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Destinataire « privilégié »

Pharmacie Brunet
Propriétaires : Nancy Champagne / Jean-Pierre Fontaine

Établissement sis en secteur Limoilou
1000, 3e avenue, ville de Québec
Québec, G1L 2X4

Communication via :
consommateurs@metro.ca
www.brunet.ca/fr/a-propos/nous-joindre.html
www.brunet.ca/fr/trouver-pharmacie/quebec/limoilou-3e-ave.html

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Le 20 décembre dernier, j’ai repéré deux « Père Noël » de bonne dimension dans la vitrine de cette Pharmacie Brunet de Québec (secteur Vieux-Limoilou).

Lesquels personnages de carton tenaient dans leurs bras, non pas des étrennes ou une ribambelle d’enfants. Mais un formidable message d’amour et de fraternité… : WELCOME !

Je n’épiloguerai pas longtemps sur l’insulte : depuis que la bannière des Pharmacies Brunet a été rachetée par METRO il y a maintenant plusieurs années, il en est chez Brunet comme il en est à la « maison-mère » : Le français ? rien à cirer !

Ou si peu. Tel un inconfortable caillou dans la chaussure. In the Shoe.

En voici le détail, pour rappel : http://vigile.quebec/Chaine-alimentaire-ou-chaine-de-l
et
http://vigile.quebec/La-chaine-METRO-Metonymie-de-nos-76244

Deux textes fouillés, publiés à sept ans d’intervalle. Qui démontrent hors de tout doute, ce me semble, et jusqu’à l’injure même, que le conglomérat METRO-Pharmacies Brunet — une entreprise québécoise, eh oui : qui l’eût cru ? — estime la langue (officielle) du Peuple du Québec, à toutes fins utiles, comme une langue seconde. Une simple langue parmi d’autres, dans le meilleur des cas.

Quand elle n’est pas (de radix, à la racine) radicalement éliminée, bien sûr : WELCOME Brunet’s Customers !

Hélas, non seulement l’extrême volonté anglo-défrancisante des lieux se maintient. Mais également à la faveur d’une extraordinaire obstination.

En effet…

Il faut savoir que j’ai poliment mentionné l’irrecevable de la chose, dès le 20 courant, à la pharmacienne responsable des lieux au moment de ma visite. Une certaine Maude. Je lui aurais conversé en sanskrit ou en wolof, voire en wallon, que son visage aurait trahi la même mine déconfite semblant répliquer (à part soi) : So, What’s the Problem ???

Le lendemain, le 21 décembre, rien n’a changé (y a-t-il des étonnés dans la salle ?) : Je me vois toujours reçu aux WELCOME !

J’en ai plein les bras, en effet. De ce mot qui me nie sans vergogne.

Je rencontre alors l’assistant-gérant de l’établissement. Un certain Pierre (je tairai son patronyme par courtoisie). Il ne voit pas très bien non plus où est le problème : « Question d’opinion… », me rétorque-t-il.

Eh oui. Nous en sommes là, messieurs/dames : notre langue, une simple question d’opinion.

« Help ! ! », sir Paul.

À n’en pas douter, John James et Philippe, sans compter nos radios-poubelles, ont accompli un prodigieux travail à la faveur des treize dernières années. Une opinion, disons-nous. À l’instar du choix de la coupe, du tissu ou de la couleur d’un vêtement à la mode. Et bientôt démodé…

Pourquoi dans les circonstances, je le demande, ne pas opter, disons, pour l’arabe classique ? Histoire de dévoiler au monde tout entier combien nous, Québécois, sommes un peuple ouvert. Pas xénophobe pour trois sous (faire l’appoint jusqu’à cinq, svp). Juste imbécile. Mais rassurons-nous. On n’y verra que du feu. Puisque nous passerons au mandarin dans six mois. Et le gaélique (Ah ! il est fort John James, qui se fichait éperdument de la Fête nationale du Québec mais qui ne ratait jamais une St-Patrick), m’apprend-t-on en dernière heure, se bouscule déjà au portique. De 2018.

Point de faits, point d’Histoire, point de conscience, point de valeurs fondamentales. De vérité, moins encore.

Just Opinions.

Et des Trump à la pochetée, par voie de conséquence tout ce qu’il y a de plus rigoureuse. Facts and Truth, or Not. Car enfin, considérer l’ignorance, ou le faux-savoir, comme la panacée ne supprime pas, comme par magie, quoi qu’on en « opine » par ailleurs, le lien de toute cause à son effet. Eh bien non. La fermeture soudaine des paupières n’est jamais parvenue à ce jour, sauf erreur (concept inexistant - veinards, va ! - dans l’univers de l’opinion) à esquiver un uppercut. Ou une ogive nucléaire. Ni même - Ô suprême menace d’extinction massive - un Philippe Couillard.

Ah… le merveilleux monde des opinions.
Comment n’y avions-nous pas pensé plus tôt… ?

Allez, Next ! Amenez-en du serbo-croate, mister Fontaine !

Bref.

M. Pierre me confirme tout de même qu’un suivi sera fait…

Or, 23 décembre, 48 heures plus tard, je vous le donne en mille, rien n’a bougé (décidément, j’ai des lecteurs perspicaces) : me voilà toujours reçu aux W… (j’allais écrire WC. Pardon Mme Champagne !).

Je reviens donc alors à la charge auprès de la même personne.
Réaction : Entrez en contact, monsieur, avec le gérant. Un certain Fauteux, paraît-il.

25 décembre, après cinq jours de démarches, me voilà toujours aux abonnés absents chez le Brunet de Mme Nancy Champagne et de M. Jean-Pierre Fontaine. Un Brunet qui, manifestement, ne comprend pas la langue de Camille Laurin (à ne pas confondre, les enfants de la télé sur glace, avec Camille Henry). Et qui reçoit encore, et opiniâtrement, ses clients dans la langue préférée du fils de monsieur papa à Ottawa.

Et visiblement, si j’ose dire, personne ne voit le problème.

Une présentation semblable en toute symétrie linguistique (I mean : « BIENVENUE ! »), à Toronto, Vancouver, Calgary, Edmonton, ou même à Ottawa, en ce pays très officiellement bilingue nommé Kanada, ce serait l’émeute. Le boycott du commerce concerné, au mieux !

Ici, en pays de Jacques Parizeau et de Pierre Falardeau, le mépris de notre langue jusqu’à l’Effacement, c’est Business as usual.

METRO-Pharmacies Brunet, c’est ça désormais.
À l’image d’un Québec qui semble avoir perdu toute Dignité.

Comme quoi il se trouve toujours de nombreux Québécois pour considérer qu’il est tout naturel, en patrie de René Lévesque, de passer de la Révolution tranquille à l’Effacement plus tranquille encore. Tel un dalot final en partie de quilles. Sorry ! De Bowling (mille excuses pour mon impardonnable déficience de vocabulaire).

Effacement, dis-je. D’une Langue et d’un Peuple.

En silence ? Même pas !
Not at all, sirr

J’ai tenté autrefois de décoder cette machination infernale (mais c’est du déjà-largement-connu pour les Vigiliens des lieux) - Résumons :

1. —> En français, il y a peu encore
(le respect élémentaire de soi-même)

2. —> Puis in English and French
(la fumisterie de l’« ouverture au monde », i.e. : l’ouverture de ses propres veines)

3. —> In English first, ensuite
(la fermeture à soi-même. Ou la communication (sic) par le biais du Non-Je)

4. —> Et enfin, in English only
(Victoire de l’« intelligence » enfin ! Délicieux sentiment de libération… Aussi appelé Servitude volontaire)

Cela étant, ne vous frottez pas les mains trop rapidement, Familiprix, Jean Coutu et autres Uniprix, indistinctement, « grandes » Québécoises sans âme, apatrides et anglolâtres jusqu’à la servilité : votre éthique de la langue n’est pas, mais vraiment pas du tout plus reluisante que celle de la maison commerciale ici prise à partie… Même la très american IGA se révèle plus respectueuse de la Langue française, ici, que vous, vous les Québécoises de pacotille ! C’est dire. De fait, vous interprétez toutes le même rôle au sein du pays naguère réclamé par Félix Leclerc, et aujourd’hui pleuré par son fils aîné - le grand Gilles de Natash Quand ?

Le même rôle, dis-je. Mais avec beaucoup moins de talent qu’un Luc Picard, une Sylvie Drapeau, un Julien Poulin, une Andrée Lachapelle ou un Emmanuel Bilodeau, il faut dire, voire, par l’écriture, un Marcel Dubé. Icelui disparu cette année dans la quasi-indifférence générale. Ah… Imagine (air connu…) ce qu’il serait advenu du très courtois Bob Dylan, à Non-Stockholm, si Marcel avait conçu son monde dans la langue de Leonard Cohen.

C’est que, voyez-vous, il y a encore des gens (il doit bien en rester deux ou trois, sur huit millions et demi) pour qui la Dignité constitue toujours - en dépit des gifles répétées, et au grand dam de nos innombrables Jean-Marc Fournier, ces rabats-soi on Her Majesty’s Service - un vocable signifiant. Autre chose, quoi, qu’une opinion. À démoder au plus vite.

Bien que, n’est-ce pas, a contrario, « les cheveux courts, les cheveux longs : c’était réglé déjà du temps des pharaons », comme le chantait jadis, et magnifiquement, de sa voix puissante, Frida Boccara. Une autre grande regrettée de notre époque vide tout plein. Regrettée ? M’enfin... Pour qui l’horizon mémoriel dépasse les dernières soixante-douze heures, disons (« ces chansons qui meurent aussitôt qu’on les oublie », poursuit la même depuis Les moulins de mon coeur de l’increvable Michel Legrand*). Ou sinon, la plus récente version du iPad. Il doit bien en rester deux. Ou trois. Au Québec. Allons ! soyons optimistes. Peut-être quatre.

- 

Jean-Luc Gouin
signé à Québec ce jour de Noël 2016,
célébrant religieusement - question d’opinion, je suppose - la déliquescence tranquille d’un Peuple follement empressé de n’être plus. So, Merry Christmas all of us  !

* Je défie quiconque d’écouter attentivement, sans verser une larme, l’interprétation par feue madame de Venise va mourir. Le cas échéant, au vainqueur d’un pareil exploit, je promets… je promets… euh… je promets… Eh bien je promets une sainte colère !

Commentaires

  • Gouin, 1er janvier 18h02

    - 

    Scolie

    Douze jours plus tard, soit tout près de deux semaines pendant lesquelles j’aurai procédé à trois (3) représentations verbales, puis à la remise en main propre de la lettre apparaissant ci-haut aux personnes concernées (le 30 décembre), à la Pharmacie Brunet de madame Nancy Champagne et de M. Jean-Pierre Fontaine, en Capitale nationale, nous sommes toujours - résolument, obstinément - reçus aux WELCOME  !

    C’est-à-dire : par un je m’en-foutisme on ne peut plus explicite, sinon empressé, de la clientèle. Dont la langue, l’unique langue officielle - le saviez-vous ? le savons-nous ??? - est le français.

    Mais comment s’en étonner, après tout ? Chez METRO / PHARMACIE BRUNET / LOEB / SUPER C / RICHELIEU et Cie, c’est ainsi. Le respect de la langue française n’est plus qu’une vue de l’esprit. Et, très « visiblement », les Champagne et les Fontaine de ce monde n’ont aucun problème avec cette politique de l’« Effacement volontaire de Soi ». Le respect de soi-même, après tout, ça ne s’invente pas. On en est imprégné dès le sein maternel ou le biberon. Ou point du tout. Généralement.

    Car enfin, ce qui aurait pu être reçu ou interprété, par le client, après prompte « correction » de la Maison, comme le résultat - excusable - d’un simple manque d’attention, d’une maladresse, d’une erreur, voire, du geste malheureux, délibéré ou pas, d’un(e) employé(e) lessivé(e) du cerveau par nos radios-poubelles (ces Elvis Gratton en goguette au moins aussi disposés à l’éradication du français, en pays québécois, qu’à celle - conduite franchement criminelle des automobilistes fortement encouragée au "passage" ! - des cyclistes sur les voies carrossables...), ne tient plus la... route.

    Après moult doléances du soussigné auprès de l’Établissement, donc, pas l’ombre d’une moitié du quart de l’intention de présenter la moindre excuse. Une volonté de redressement ou de réparation de la part de la bannière BRUNET, moins encore. Il est on ne peut plus clair, par conséquent, pour le couple-propriétaire des lieux, qu’accueillir la clientèle en anglais n’est en aucune manière problématique. J’entends, et à haut volume : « C’est anglais, c’est très bien ainsi, et ça le restera. Dossier clos ! »

    Pose commune, il faut bien le dire à la manière d’Albert Memmi, à tous les colonisés de la Terre.

    Alors reconnaissance à vous, M. Éric R. Laflèche, PDG de ce puissant conglomérat… québécois. Ainsi qu’à vous, madame Nancy Champagne et M. Jean-Pierre Fontaine, pour votre propension pour ainsi dire naturelle à l’élimination tranquille du français en pays de Félix Leclerc et de Gaston Miron.

    Vous finirez bien, ne désespérez pas, par vous voir médaillés par l’individu qui nous fait office de Premier ministre !

    So, Happy New Year, fiers compatriotes québécois !

    JL Gouin,
    1er de l’An 2017

  • André Gignac , 29 décembre 2016 12h21

    Monsieur Gouin

    J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre article et laissez-moi vous dire que nous payons cher, aujourd’hui, d’avoir élu et réélu ce gouvernement PLQ, depuis 2003, qui est au service du West Island de Montréal. La loi 101 ne signifie presque plus rien aujourd’hui à cause de ce multiculturalisme à la sauce Trudeau qui nous met sur le même pied que toutes les autres minorités de ce pays.

    Ça va prendre un méchant coup de barre au Québec pour sauver notre langue et notre culture ; la seule solution, c’est l’indépendance mais ne comptons pas sur le PQ pour la réaliser. Il nous faut rapidement un autre parti politique semblable à celui de Marine Le Pen en France, un Front National Québécois (FNQ) qui n’aurait pas peur de parler d’indépendance afin de conscientiser davantage le peuple québécois. Le bilinguisme, c’est la dernière phase avant l’assimilation, qu’on se le dise bien.

    INDÉPENDANCE OU ASSIMILATION !

    André Gignac 29/12/16

  • Gilles Sauvageau, 28 décembre 2016 11h40

    Très tristement vrai et je trouve que vous avez parfaitement raison incluant la bibliothèque de votre région, monsieur Jean-Luc Gouin.

    Je me souviens que dans les années 50 à Montréal, nous nommions, entre autres, les pièces d’auto : le bumper, le windshield, les tires, etc. Les religieux qui nous enseignaient nous ont appris le bon parler français, pas « perler pointu » mais employer le mot juste. Nous avons fait les efforts nécessaires pour tenter d’éliminer, le plus possible, les anglicismes de nos conversations. Je suis devenu un passionné de la langue française.

    Ce qui ne m’empêche pas de parler couramment l’anglais, et suffisamment l’espagnol, lorsque je visite d’autres pays que le mien. MAIS PAS DANS MON PAYS, LE QUÉBEC. IL N’EN EST PAS QUESTION. Ma famille du côté maternel est franco-ontarienne et, quand j’allais les visiter alors que j’étais enfant et adolescent, personne ne parlait la langue anglaise dans ces villages de l’est ontarien. Ça a bien changé depuis ce temps, je vous l’assure.

    Je suis triste en écoutant plusieurs jeunes parler le franglais, comme si c’était la langue de l’avenir. Je pense que nous sommes sur la pente de l’assimilation comme le français hors-Québec qui est en voie d’extinction. Même au Québec, aller visiter l’Outaouais et Montréal au centre-ville, pas seulement dans le West Island. Finalement, aller au New Brunswick, vous constaterez comme moi.

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