«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

« Séance d’autoflagellation collective publiquement subventionnée » à la rentrée de septembre

Vous avez dit racisme ?

En politique, quoi qu’en en pense, les mots sont des armes. Ils portent une vision du monde et servent à la fois à imposer la sienne et à disqualifier celle de l’adversaire. Et c’est naturellement le cas du mot racisme, qui sera au cœur de notre vie politique au cours des prochains mois, puisque le gouvernement Couillard a entrepris une grande consultation pour convaincre la société québécoise qu’elle est traversée par la logique du racisme systémique. Il s’est ainsi rallié à la proposition portée par la mouvance multiculturaliste au Québec. Nous assisterons à un immense procès contre la société québécoise et plus particulièrement, contre les nationalistes québécois, qui seront accusés de tous les maux : il s’agit de créer un climat d’intimidation morale pour les transformer en complices du racisme systémique à la québécoise.

On aura l’occasion de revenir plus en détail sur l’appareil conceptuel qu’utilisera cette commission. Car il reposera manifestement sur une fraude. Tous conviennent, dans nos sociétés, que le racisme est une abjection et qu’il faut le condamner et le combattre lorsqu’il se présente devant nous. Mais le racisme, il faut le dire aussi, est devenu un phénomène marginal. Le progrès de notre civilisation pousse à le refouler dans les marges de la cité : il est marqué du sceau de l’infamie. Le problème, c’est qu’on a assisté, depuis quelques décennies, et plus encore depuis quelques années, à une extension insensée de la définition du racisme, sous la pression de la sociologie antiraciste qui maquille derrière un vocabulaire scientifique un militantisme clairement idéologique.

Concrètement, on utilisera le terme racisme pour identifier des phénomènes qui n’ont rien à voir avec le racisme.

Le terme racisme, aujourd’hui, est utilisé de mille manières pour disqualifier moralement ceux qui s’opposent à la conversion forcée de nos sociétés au multiculturalisme. Ainsi, on accusera de racisme ceux qui s’opposent à la discrimination positive, parce qu’on les accusera de s’opposer implicitement ou même explicitement à la promotion socio-économique des communautés issues de l’immigration. On accusera de racisme ceux qui se questionnent sur la difficile intégration de certaines communautés au Québec sans faire porter exclusivement la faute sur la société d’accueil. On accusera de racisme ceux qui exigent une intégration culturelle substantielle des immigrés à la majorité historique francophone. On accusera de racisme ceux qui se demandent s’il ne serait pas nécessaire de diminuer significativement nos seuils d’immigration.

Plus largement, l’accusation de racisme sert à censurer une inquiétude pourtant dominante dans notre époque : celle de devenir étranger chez soi. C’est pourtant la conséquence inévitable de l’idéologie multiculturaliste, qui transforme la nation d’accueil en communauté culturelle parmi d’autres dans son propre pays, et qui lui inflige une forme de dépossession identitaire et en lui interdisant de se poser comme norme d’intégration culturelle pour ceux qui la rejoignent. En associant systématiquement au racisme toute forme de critique de l’immigration massive, on veut proscrire la discussion politique sur les seuils d’immigration, comme si la simple évocation de leur réduction était scandaleuse.

On en arrive à l’essentiel : au cours des prochains mois, il faudra critiquer sévèrement le vocabulaire à partir duquel on fera le procès des Québécois, pour éviter de se laisser entrainer dans une séance d’autoflagellation collective publiquement subventionnée.


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