«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Une tendance lourde au suicide culturel ?

Voulons-nous encore parler français ?

On l’a plus ou moins souligné mais lundi dernier, c’était la Journée internationale de la francophonie. On comprend le commun des mortels de s’en ficher un peu : le calendrier est aujourd’hui encombré. Chaque groupe veut avoir sa journée et en profiter pour obliger les médias à en parler. On voudrait bien avoir la paix et ne pas être toujours obligé de s’extasier pour une raison ou de s’indigner pour une autre. Il manque de place dans le calendrier pour parler de toutes les causes qui veulent rayonner avec une journée qui leur serait officiellement consacrée.

Cela dit, la Journée de la francophonie devrait quand même nous interpeller. Depuis plus de 400 ans, nous portons l’idéal d’une Amérique française. Aujourd’hui, ce projet s’incarne essentiellement au Québec. Ailleurs, il a été écrasé et est condamné au respirateur artificiel. L’histoire du français au Canada, c’est d’abord celle de sa régression. Mais au Québec, il conserve sa vigueur, même s’il est fragilisé. La politique est à la fois une affaire d’idées et de démographie. Sur les deux plans, nous reculons.

En fait, à chaque génération, c’est une bataille à mener et il arrive qu’elle ne soit plus menée que par une petite minorité absolument vigoureuse mais qu’on veut faire passer pour réactionnaire et folklorique. Une tentation nous hante : ne serait-il pas plus simple, au fond, de se laisser avaler par le continent et de se convertir à l’anglais ? La jeune génération montréalaise n’est pas loin de s’en laisser convaincre, au nom de l’ouverture sur le monde. On dépolitise la langue, comme s’il s’agissait seulement d’une préférence individuelle. C’est le point culminant d’un individualisme déréalisant.

La bataille pour le français a connu un tournant majeur en 1977. Cette année, nous commémorerons les 40 ans de la loi 101. Avec la loi 101, un principe s’imposait : notre langue ne serait plus une langue sur deux au Québec, mais la seule langue officielle. Elle s’imposerait politiquement, culturellement, économiquement. Elle s’imposerait aux immigrants. Plus jamais, nous n’aurions à nous sentir étrangers dans notre propre pays. La loi 101 aura été un des plus grands moments de notre histoire. Elle aurait dû avoir pour suite logique l’indépendance.

C’est peu dire, toutefois, que depuis 40 ans, Ottawa l’a mutilée. Il serait intéressant de comparer la loi 101 des origines et ce qui en reste aujourd’hui. À la grandeur du Canada, on a mené une guerre contre le français. C’était vrai hier, ce l’est encore aujourd’hui. Dans son ensemble, le Canada n’est pas un pays bilingue. Dire le contraire, c’est préférer un mensonge officiel à une vérité difficile. On l’a encore vu ces jours-ci : dans les aéroports canadiens, le français est négligé. Le Canada traite son bilinguisme officiel comme un bibelot idéologique.

Mais les Québécois doivent aussi se regarder dans le miroir. N’ont-ils pas le réflexe, trop souvent, de passer à l’anglais dès qu’on s’adresse à eux sans l’accent du terroir ? Ils ont de nouveau tendance à faire de leur langue celle de l’entre-soi canadien-français. Et la qualité du français n’est pas une vaine bataille non plus. Nous voyons trop souvent dans notre relâchement linguistique une forme d’authenticité. Et ceux qui le constatent et s’en désolent sont présentés comme les représentants désagréables du petit club des collets montés.

Les Québécois ne dédaignent-ils pas trop souvent la littérature française, alors qu’il s’agit d’un trésor auquel ils ont directement accès ? C’est pourtant par la fréquentation des grandes œuvres qu’on apprend sa propre langue. Le système d’éducation trahit trop souvent la langue française. Chaque fois, on peut constater sur les médias sociaux qu’il a accouché d’un désastre. Bien des Québécois massacrent la langue. D’autres se parlent anglais entre eux sans se rendre compte qu’ils renient là la part la plus intime de leur identité culturelle.

Mais qu’on ne leur dise pas qu’ils s’assimilent ! La postmodernité identitaire proscrit toute réflexion sur la déliquescence d’une culture. Elle ne veut y voir que mutation créatrice, hybridation féconde, métissage bienheureux. Le peuple québécois finirait-il par disparaître que nos élites se contenteraient de dire qu’il s’est métamorphosé et que tout cela est pour le mieux. Il y a là un fascinant déni, qui révèle une tendance lourde au suicide culturel. Comment ne pas voir dans ce relativisme militant une carence de sens national ?


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Langue française — la « dynamique du déclin »

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