«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

L’autre version des faits

Venezuela : C’est tout le contraire

mardi 2 mai

Sur le sujet du Venezuela, pays-leader de l’Alliance bolivarienne, l’hystérie le dispute à la désinformation. Alors, nous sommes partis à la pêche aux infos sur le pays de Maduro. Et nous avons trouvé un tout autre son de cloche que celui de nos médias — avec, pour l’exprimer, un emploi de mots comme « extrême droite » ou « fasciste » qui peut sembler excessif, démagogique ou idéologique en France, mais qui se justifie pleinement dans un pays d’Amérique latine menacé depuis des décennies par des tentatives de coups d’État et d’impositions de dictatures militaires – comme tous ses voisins de la région.

***

Par Pascualina Curcio
Sources : 15 y Ultimo, Investig’action pour la version française.

Devant les actes de violence organisés par des agents locaux qui cherchent à déstabiliser le pays économiquement, socialement et politiquement, le président de la République (en plein exercice de ses fonctions, dans le cadre d’un mandat de 6 ans) a invité les secteurs de l’opposition à un dialogue pour la paix. L’opposition n’a pas répondu à l’appel, elle préfère organiser des violences dans la rue. Le président est un tyran et un dictateur, les démocrates sont les opposants.

1. Le Venezuela est l’un des rares pays si ce n’est le seul avec un régime dictatorial dont le dictateur exerce la tyrannie après avoir abandonné son poste. Mais en plus, en étant dictateur, il se fait lui-même un coup d’Etat : en janvier 2017, l’Assemblée Nationale, avec le vote des députés majoritairement opposés au Gouvernement National, a décidé que le président Nicolás Maduro avait abandonné son poste. Un mois plus tard, les mêmes députés ont intégré dans leur discours que nous sommes en présence d’une dictature dirigée par le président de la République (celui-là même qui a abandonné son poste un mois plus tôt). Un mois pus tard, étant encore dictateur et selon les mêmes députés, ce président fait un coup d’Etat.

2. Entre 1958 et 1998, en 40 ans, 24 élections ont eu lieu, 1 élection tous les 2 ans en moyenne. Depuis 1999, en 18 ans, 25 élections ont eu lieu comprenant des referendum révocatoires et constitutionnels, 2 élections par an en moyenne. Il y a eu 3 élections pendant ces 4 dernières années, depuis 2013. Selon les agents qui s’opposent actuellement au Gouvernement National, les Vénézuéliens ont été soumis, depuis 1999, à un régime dictatorial de plus en plus tyrannique, surtout depuis 2013.

3. Sur les plus de 1 000 stations de radio et chaînes de télévision auxquelles le Gouvernement a accordé l’autorisation d’émettre, 67% sont privées, 28% sont aux mains des communautés et 5% sont propriété de l’Etat. Sur les 108 journaux qui existent, 97 sont privés et 11 publics. 67% de la population vénézuélienne a accès à internet. Selon les opposants au Gouvernement, au Venezuela, il n’y a pas de liberté d’expression.

4. Le président de la République en plein exercice de ses fonctions, dans le cadre d’un mandat de 6 ans, devant les actes de violence organisés par des agents locaux qui cherchent à déstabiliser le pays économiquement, socialement et politiquement, a invité les secteurs de l’opposition à un dialogue pour la paix. L’opposition n’a pas répondu à l’appel, elle préfère organiser des violences dans la rue. Le président est un tyran et un dictateur, les démocrates sont les opposants.

5. Tous les partis politiques sont engagés dans un processus de renouvellement. Une convocation réalisée par l’un des 5 pouvoirs publics, le Conseil National Electoral. Tous se ont répondu à l’appel de renouvellement. Les élections régionales et municipales sont imminentes. Pendant ce temps, les dirigeants et les partisans de l’opposition vocifèrent : « Nous sommes sous une dictature ! »

6. Au Venezuela, tous les droits de l’homme sont violés, il faut lui appliquer la charte Démocratique Inter-américaine. C’est ce qu’affirmait à Washington Luis Almagro, secrétaire général de l’Organisation des Etats Américains. Au même moment, à Genève, l’Organisation des Nations Unies approuvait à une majorité écrasante l’Examen Périodique Universel présenté par le Venezuela. Un examen qui a pour but de vérifier la situation des droits de l’homme dans chacun des 193 de ses pays membres.

7. L’extrême droite qui s’oppose au Gouvernement National finance et organise des violences et des actes terroristes : elle barre les rues, les avenues et les principales artères routières, attaque des écoles et des établissements de santé. Lors d’un acte fasciste, terroriste et démentiel, des mercenaires se débrouillent pour attaquer et incendier l’Hôpital Mère-Enfant « Hugo Chávez Frías » d’El Valle dont il a fallu évacuer 58 nouveaux-nés et accouchées asphyxiés par la fumée. Selon ces opposants, c’est la faute du Gouvernement National parce qu’il a contrôlé la situation, dispersé les mercenaires et évacué les enfants et les femmes.

8. Il y a pénurie de certains aliments, médicaments et produits d’hygiène. Les entreprises chargées de leur production, de leur importation et de leur distribution, les grandes transnationales ont reçu, de la part du Gouvernement National, les devises à un taux préférentiel, ont reçu les matières premières à un prix subventionné, ont augmenté le prix de leurs produits de presque 4 000% en moins d’un an (2016) et le peuple vénézuélien fait de longues queues pour acheter ces produits. Les produits n’apparaissent toujours pas dans les rayons. Au Venezuela, ceci n’est pas une inefficacité de l’entreprise privé, c’est un « échec du modèle socialiste ».

9. Bien que le prix de la farine de maïs précuite pour « l’arepa » (pain vénézuélien) ait augmenté de 3 700% (elle est passée de 19 bolivars en mars 2016 à 700 bolivars en décembre, un chiffre très supérieur à celui de l’inflation annuelle), des centaines de clients font de longues queues pour en acheter. Les patrons des entreprises, voyant tous leurs clients faire de longues queues pour acheter leur marque ont diminué leur production de farine de 80%.

10. On entend dans les émissions d’opinion des radios, surtout sur celles qui ont une ligne éditoriale manifestement opposée au Gouvernement National : « Nous subissons la pire crise économique, nous avons besoin d’aide humanitaire, nous mourons de faim, il n’y a pas de nourriture, nous exigeons qu’on ouvre le canal humanitaire. » Ensuite, on entend : « Et maintenant, la publicité… nous vous invitons à vous rendre au restaurant X, situé dans la rue Untel. Là, vous pourrez déguster des variétés de viande et de poissons, des desserts délicieux. Amenez-y toute votre famille ce week-end… » « Cher ami, chère amie, partez-vous en vacances pendant cette Semaine Sainte ? N’oubliez pas de passer par le supermarché Y. Là, vous trouverez tout ce que vous cherchez, de la variété et de la fraîcheur à de bons prix pour profiter d’excellentes vacances et vous reposer comme vous le méritez. » Fin de la publicité : « Nous revenons avec notre invité du jour, un expert en économie et nous continuons à parler de la nécessité urgente d’ouvrir le canal humanitaire au Venezuela à cause du manque d’aliments. »

11. Ces 4 dernières années, les paysans ont approvisionné en fruits, en légumes, en légumes verts, le peuple vénézuélien. Ce sont de petits producteurs sans beaucoup de possibilités financières pour résister aux situations économiques et financières difficiles. Les grandes entreprises nationales et transnationales de l’agro-industrie, les grands monopoles et les grandes oligopoles qui peuvent se réunir en cartels et ont certainement de grandes possibilités financières n’ont pas approvisionné le peuple bien qu’ils aient reçu des matières premières subventionnées et des devises à taux réduit.

13. Entre 1980 et 1998, dans le cadre du système capitaliste néolibéral, la pauvreté augmentait en même temps que la croissance économique. En 1999, avec la nouvelle Constitution, le modèle économique et social a changé pour un modèle de justice sociale. Depuis cette année-là, les augmentations de la production impliquent une diminution de la pauvreté. Pour certains Vénézuéliens, le modèle socialiste, celui qui a été approuvé en 1999, a échoué.

13. La principale entreprise de l’Etat vénézuélien, Petróleos de Venezuela, fournit 95% des devises du pays, les autres entreprises de l’Etat en fournissent 4%. Les entreprises privées fournissent le 1% restant. Au Venezuela, les entreprises privées sont efficaces et réussissent, celles de l’Etat sont inefficaces.

14. Au Venezuela, la valeur de la monnaie sur le marché illégal est ce qui fixe les prix sur le marché intérieur. Quand ces valeurs sont manipulées intentionnellement et de façon disproportionnée sur le marché illégal, cela induit de l’inflation. Le Gouvernement, face à l’inflation induite, pour protéger le pouvoir d’achat de la classe ouvrière, augmente les salaires. Le responsable de l’inflation est le Gouvernement parce qu’il a augmenté les salaires et non les terroristes de l’économie qui ont manipulé de 38 732% le change illégal depuis 2013 jusqu’à aujourd’hui.

15. La production nationale per capita, pendant ces 4 dernières années, est en moyenne de 9% supérieure à celle de ces 30 dernières années. Le taux de chômage est de 6,6%, le plus bas depuis 30 ans. Le Venezuela subit sa pire crise et son pire chaos économiques.

16. Les principales industries du secteur pharmaceutique, celles qui importent, produisent et distribuent plus de 90% des médicaments et du matériel médical et chirurgical au Venezuela, ont reçu de la part du Gouvernement National 1 660 millions de dollars US à taux préférentiel en 2008 pour importer les produits. En 2015, elles ont reçu 1 789 millions de dollars US (plus qu’en 2008). En 2008, il n’y avait pas de pénurie de médicaments, en 2015, oui. Le responsable du manque de médicaments est le Gouvernement.

17. La République a payé plus de 60 000 millions de dollars US d’engagements de dette extérieure pendant ces 4 dernières années. Elle l’a fait complètement et ponctuellement. Le Venezuela est considéré comme le pays avec le plus fort indice de risque financier au monde.

18. La Citibank a décidé subitement de fermer les comptes bancaires du Gouvernement National grâce auxquels se faisaient les paiements et les virements pour remplir les engagements financiers et commerciaux à l’étranger. La raison en était que l’Etat vénézuélien est un Etat à risque. La Citibank n’a pas fermé les comptes des particuliers privés. Peut-être l’Etat vénézuélien est-il plus à risque parce qu’il a la plus importante réserve de pétrole du monde, la seconde de gaz, celle d’eau douce, de coltan, de diamants, d’or et d’autres ressources naturelles ? De telles conditions doivent impliquer de grands risques pour la Citibank.

19. Au Salon Ayacucho du Palais de Miraflores, siège du Gouvernement, le 12 avril 2002, Pedro Carmona Estanga s’autoproclamait président de la République après avoir fait un coup d’Etat contre le président Hugo Chávez. Au moment de son auto-proclamation, on a lu le décret suivant : « Sont suspendus de leur charge les députés titulaires et suppléants de l’Assemblée Nationale, sont destitués le président et les autres magistrats du Tribunal Suprême de Justice ainsi que le procureur général de la République, l’inspecteur général de la République, le défenseur du peuple et les membres du Conseil National Electoral. » Ceux qui assistaient à cette cérémonie au cours de laquelle tous les pouvoirs publics ont été dissous par un décret qui constitue la plus grande offense à la Constitution Nationale, criaient, émus : « Liberté et démocratie ! »

20. Ceux qui criaient : « Liberté et démocratie ! » le 12 avril 2002 au Salon Ayacucho approuvent aujourd’hui le soi-disant abandon de poste du président de la République. Ce sont ceux qui crient aujourd’hui : « à bas le dictateur ! » en parlant du président élu conformément à la Constitution à la majorité des voix du peuple vénézuélien. Aux yeux de certains, ce sont les démocrates.

21. On entend certains Vénézuéliens, peut-être trompés ou mal informés : « Puisse le Commando Sud finir par prendre la décision de nous envahir. Ainsi, on en finirait avec ce modèle qui a échoué et le pays prospèrerait. » L’Irak, la Libye et la Syrie, pour ne mentionner que quelques pays bombardés et envahis par les Etats-Unis, sont en guerre, n’ont pas prospéré, sont détruits. Auraient-ils un exemple de pays envahi par les Etats-Unis qui ait prospéré ?

22. Le Venezuela est une menace extraordinaire et inhabituelle pour les intérêts des Etats-Unis. C’est ce qu’a décrété Barack Obama, président de l’Empire et de la grande puissance militaire du monde responsable des invasions et des guerres.

Nous, les Vénézuéliens patriotes, un peuple de paix, nous insistons pour dire que c’est tout le contraire qui se passe.

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos
Photo Pixabay : Statue de Simon Bolivar, Venezuela


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