«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Copains comme cochons

Couillard et Porter

Unis par la soif de pouvoir...

Et le lucratif « business » de la santé

Chronique de Gilles Paquin
lundi 31 mars 2014
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Même si Philippe Couillard a renié son amitié avec Arthur Porter à plusieurs reprises depuis l’arrestation de ce dernier à Panama, leur parcours commun et leurs nominations croisées démontrent clairement que les deux hommes étaient beaucoup plus que de simples connaissances. En fait, ils sont restés très liés jusqu’à ce que l’UPAC perquisitionne au siège du Centre hospitalier de l’université McGill (CUSM).

Du fond de la prison où il attend son extradition vers Montréal, pour faire face à des accusations criminelles dans le méga-scandale du CUSM, Porter s’est dit déçu que son bon ami Couillard lui tourne le dos dans la position où il se trouve. Le chef libéral a pour sa part dénoncé ceux qui cherchent à faire de lui un « coupable par association » dans l’affaire. Il a pourtant endossé la nomination de Porter au CUSM, l’a ensuite nommé à un autre poste clé du réseau ; l’a suivi au Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité (CSARS) ; s’est joint à lui au conseil d’administration d’une société minière et a finalement décidé d’en faire son partenaire dans une entreprise.

Arthur Porter a été recruté par le centre hospitalier en 2004 alors qu’il venait de s’extirper du scandale du Detroit Medical Health Center. Forcé de partir lorsqu’on a découvert qu’il était en conflits d’intérêts, il a quitté l’institution en laissant derrière lui un déficit de $240 millions. Malgré ce dossier peu reluisant, Philippe Couillard alors ministre de la santé, a ratifié son embauche en 2004 puis il a nommé Porter président du Réseau universitaire intégré de santé l’année suivante. Ni M. Couillard, ni l’institution n’ont jamais expliqué pourquoi on avait retenu ses services en dépit du fait que son rôle au coeur de la crise à Détroit avait fait les manchettes ici.

Dès son arrivée à Montréal, Porter a commencé à tisser des liens avec les libéraux en versant $3000. à la caisse du parti et en se rendant à Baltimore plaider la cause de l’hôpital des Shriners avec le premier ministre Jean Charest et Philippe Couillard. En 2008, Couillard se négocie un emploi dans le secteur privé puis abandonne la politique pour se joindre à la firme Persistance Capital, une entreprise qui possède des cliniques privées. Pendant ce temps, Porter étend ses ailes jusqu’à Ottawa et le 4 septembre de cette même année, Stephen Harper lui donne une place au CSARS.

Le 28 mai 2009, Couillard et Porter sont tous deux nommés membres du conseil d’administration de la société minière Canadian Royalties, une entreprise qui a des activités en Afrique. Le président de la compagnie expliquera son choix par les contacts utiles que les deux médecins entretiennent avec le monde politique. Porter continuera d’ailleurs a donner généreusement au PLQ et au Parti conservateur.

Au fil du temps les deux hommes continuent de placer leurs pions. Le 16 novembre 2009, Porter fonde la Sierra Asset Management aux Bahamas, une société qui lui servira dans ses transactions avec SNC Lavalin. Cette dernière y effectuera d’importants virements de fonds reliés à la construction du CUSM, ce que l’UPAC estime être des pots-de-vin. À la même époque, Philippe Couillard devient membre du Conseil consultatif du ministre de la Santé d’Arabie Saoudite.

Le rythme des relations entre les deux médecins s’accélère. Voyons le calendrier des événements à partir de 2010 :

- Le 21 juin 2010 : Couillard est nommé au Conseil privé de la reine, une condition d’accès au CSARS.

- Le 22 juin 2010 : Création de l’entreprise Couillard et Porter visant à faire de la consultation auprès d’intérêts étrangers.

- Le 23 juin 2010 : Porter devient président du CSARS

- Le 24 juin 2010 : Couillard devient membre du CSARS

- Le 15 juillet 2010 : SNC Lavalin obtient le contrat de construction du nouvel hôpital de $1,5 milliard

- Le 10 novembre 2011 : Porter démissionne du CSARS (le National Post vient de révéler ses liens avec un ex-trafiquants d’armes du Sierra Leone)

- Le 4 septembre 2012 : L’UPAC effectue une perquisition au siège du Centre hospitalier universitaire de l’université McGill

- Le 1er octobre 2012 : Couillard démissionne du CSARS

- Le 3 octobre 2012 : Couillard devient candidat à la direction du Parti libéral du Québec

- Le 4 octobre 2012 : Dissolution de la firme Couillard et Porter

- Le 9 novembre 2012 : McGill poursuit Porter qui est parti aux Bahamas sans rembourser sa dette de $285,000.

- Le 23 février 2013 : L’UPAC obtient un mandat d’arrêt contre Porter

- Le 27 mai 2013 : Arthur Porter et sa femme Pamela Mattock sont arrêtés au Panama et détenus en attendant leur extradition.

- Pamela Mattock est rapatriée le mois suivant, mais Arthur Porter conteste toujours son extradition et demeure incarcéré dans la prison de La Joya.

Dans une des rares entrevues qu’il a accordé depuis son arrestation, Porter a menacé en termes voilés ses anciens amis et associés :

« Je n’aime pas salir les gens. Mais si j’ouvrais mes papiers, je pourrais causer tout un tapage au Canada…C’est toujours décevant.quelqu’un qui est considéré comme un ami inconditionnel qui se distancie. Je l’ai jamais fait et je ne le ferai jamais. Dans la position où je suis, c’est très intéressant de voir qui sont les vrais amis », a déclaré Porter.

Ministre de la Santé lorsque la décision de construire deux grands hôpitaux a été adoptée, Philippe Couillard peut difficilement nier qu’il a été imprudent en appuyant l’embauche de Porter et en lui confiant la direction du CUSM, surtout après la débâcle de Détroit. C’est ce qui faisait dire à Lysianne Gagnon de La Presse qu’il était le géniteur du fiasco des hôpitaux universitaires.

Commentaires

  • Francis Déry, 1er avril 2014 04h59

    J’aurais bien apprécié la référence où Lysiane Gagnon attribue le fiasco des CHUs à Couillard. Elle est sans doute en service commandé parce que Couillard n’a pas suivi les consignes d’Hélène Desmarais pour décider de l’emplacement sur le terrain de la gare d’Outremont.

    J’ai écrit sur Vigile une thèse qui fait du lien maçonnique, le lien fondamental entre Couillard et Porter. À défaut d’être Italiens et de rejoindre la Mafia, la paire se sert de la franc-maçonnerie pour les serments de fraternité inconditionnelle et d’officine de promotions.

    Les Shriners sont supposément des philanthropes qui ne pensent qu’à faire du bien. La vérité est que cette organisation sert à reblanchir les pourris en mal de réputation. Tout comme la famille Bronfman qui s’est investi dans le Congrès Juif Canadien, puis sa version mondiale, pour faire oublier la contrebande et le poison.

    À la paire, on pouvait rajouter un troisième larron, Michael Applebaum. Avec l’article du Globe&Mail d’Ingrid Peritz, elle écrit de lui.

    Mr. Applebaum comes with business experience honed through jobs ranging from shoe salesman and jean-store owner to property manager and realtor. During his private-sector days, he adhered to the rule that a dollar found on the floor should be returned to the company – a credo that Montrealers, cheated out of millions of their taxes, should find reassuring.

    Elle cite M. Applebaum durant l’entrevue :

    I’ve been in business, and it doesn’t matter if you steal a dollar or you steal $100,000. You’re not allowed to take a penny.

    I’ve always said to my employees that if you find a dollar on the floor in this business, it’s not yours, it’s the business’s money.

    You have to turn it in.

    et Ingrid Peritz rappelle un propos de Mario Dumont.

    Reports show corruption drove up the cost of public construction projects in Montreal by 30 to 40 per cent. Prominent media commentator Mario Dumont, once leader of Quebec’s official opposition, said you could be counted on not to overpay because members of the Jewish community “have a pretty good reputation when it comes to paying too much.” Was that ethnic stereotyping ?

    I heard about what he said. I cannot hide my background. I come from the business world. It does not bother me. I am who I am.

    Ingrid Peritz est Juive. Son article fut édité et condensé. Il en reste que M. Applebaum (ainsi que son père) apparaît plutôt comme un picsou imprégné tant par le stéréotype employé par Mario Dumont. Faut-il dire que les Shriners sont des gens de nature généreuse ? Il me semble plutôt que l’organisation sert à blanchir les sépulcres des réputations douteuses.

    You’ve promised to recover money “stolen” from taxpayers by corrupt officials. How ?

    We will do everything we can to seize that money. We will also seize any property possible, and take legal action against anybody or any company that has stolen money or did collusion or corruption.

    Qui est ce "We" ? Je parie que c’est une firme d’avocats juifs qu’il a mandaté en échange de généreuses contributions à sa caisse électorale.

    Quel était la disposition de Lysiane Gagnon envers Michael Applebaum quand il s’est fait arrêté pour corruption ? L’antipode de celle tenue envers Couillard (qui n’est pas arrêté).
    Montrealers, even Quebeckers, are losing faith in politics

    Still, could the police have overplayed their hand ? Henry Aubin, the veteran Montreal Gazette city columnist, argued Tuesday that UPAC should have waited until after November to charge Mr. Applebaum instead of destabilizing the city, ruining its credit ratings and increasing voters’ cynicism.

    While those who still follow politics may be disheartened, that’s not the case with UPAC, which is obviously enjoying the show. Chief commissioner Robert Lafrenière gloated about Mr. Applebaum’s arrest with the tone of a Wild West sheriff, theatrically proclaiming that nobody is above the law and insisting, without providing details, that the fraud was in the order of tens of thousands of dollars. Why the grand staging of Mr. Applebaum’s arrest ? Was it necessary to deepen the humiliation by arresting him at home at 6 a.m., as if the mayor was about to flee town like a bandit ?

    Une fraude de seulement une dizaine de milliers de dollars, c’est rien.

  • Philippe, 31 mars 2014 22h56

    Il faut aussi ajouter la nomination de Couillard en 2009 comme chercheur principal en droit de la santé à l’Université McGill.

    http://www.mcgill.ca/channels/fr/news/philippe-couillard-nomm%C3%A9-chercheur-principal-en-droit-de-la-sant%C3%A9-%C3%A0-mcgill-103599

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PLQ - La descente aux enfers
Les mille et un cauchemars de Philippe Couillard

Au Québec, sous le gouvernement Libéral, il n’y a pas de séparation entre le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire. Or cette séparation constitue le fondement de l’État de droit depuis Montesquieu (L’esprit des lois).

L’opposition a proposé que la nomination du Commissaire de l’UPAC relève de l’Assemblée nationale. Le gouvernement Libéral a refusé. Il va donc nommer seul celui qui va enquêter sur... le PLQ !

Le coulage de l’info de l’intérieur de la SQ (Hamad, Bibeau, etc.) est la réponse au PLQ des policiers-enquêteurs qui veulent en finir avec la corruption érigée en système par le régime.

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