«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Un besoin qui signale une importante régression

ALPHABÉTISATION

Une stratégie nationale s’impose

mardi 5 septembre

L’alphabétisation est une priorité pour le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx. Cet enjeu crucial pour l’avenir du Québec devrait interpeller la société dans son ensemble.

L’alphabétisation est l’un des piliers de la politique sur la réussite éducative annoncée en juin dernier par le ministre Proulx. C’est en soi un pas dans la bonne direction, mais le déficit de littératie des Québécois exige d’aborder le problème en dehors de l’école.

 

En dépit des efforts du ministre Proulx, l’alphabétisation ne figure pas parmi les priorités du gouvernement. À preuve, il est difficile d’obtenir des données et des informations sur le phénomène, ce qui n’est pas sans étonner le ministre de l’Éducation. L’octroi d’une enveloppe récurrente de 20 millions, pour soutenir les organismes communautaires, les employeurs et les commissions scolaires qui luttent contre l’analphabétisme, est intéressant. Mais à défaut d’une vision cohérente et globale des interventions nécessaires pour faire reculer l’analphabétisme, cette initiative gouvernementale aura l’effet d’une poignée de sel dans un verre d’eau.

 

M. Proulx a mis l’accent sur la littératie et la numératie des enfants dans sa politique, en qualifiant ces deux compétences de « fondations sur lesquelles une personne peut construire son avenir ». Dès lors, il préconise des interventions précoces, telle la maternelle 4 ans, afin de stimuler l’appétit des enfants pour l’abc si essentiel à leur épanouissement. « L’analphabétisme nous prive du potentiel d’un trop grand nombre de personnes sans lesquelles le développement social, économique et culturel du Québec ne peut se réaliser pleinement », écrit-il.

 

Personne ne doute de la pertinence de ces initiatives. Les compétences en littératie constituent un gage d’autonomie dans la vie de tous les jours, à l’école et au travail. Elles sont un préalable à la participation citoyenne. Dans les sociétés du savoir, il est utopique d’atteindre le plein épanouissement sans savoir lire et écrire. L’éveil hâtif à la lecture et à l’écriture, dans les services de garde et à l’école, va de soi. Il s’agit cependant d’une composante parmi tant d’autres d’une stratégie de lutte contre l’analphabétisme. En d’autres mots, l’école est un bon point de départ pour endiguer ce mal persistant, mais ce n’est certainement pas le point d’arrivée.

 

Même incomplètes, les statistiques sur l’analphabétisme au Québec donnent froid dans le dos. Moins d’un adulte sur deux présentait un niveau de compétence élevé en littératie, selon les données de la dernière enquête internationale, datant de 2011-2012. Quelque 800 000 Québécois viennent gonfler les rangs des analphabètes. Le tout dans une société qui dépense des sommes colossales en éducation.

 

Une société ne peut atteindre son plein potentiel si une personne sur deux est exclue, constatait récemment dans nos pages Line Camerlain, vice-présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ). « Le problème de l’analphabétisme au Québec dépasse largement le ministère de l’Éducation », disait-elle, en appelant dans un même élan à l’adoption d’une stratégie nationale de lutte contre l’analphabétisme. C’est la voie à suivre. Malgré toute sa bonne volonté, le ministre de l’Éducation ne peut porter à lui seul la lourde responsabilité de sortir le Québec de cette forme nouvelle de noirceur.

 

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