«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Ce genre de méthode mène tout droit au fascisme

Une hormone qui réduirait la xénophobie

Des chercheurs proposent des stratégies pour atténuer l’attitude de rejet de l’étranger chez les xénophobes

mercredi 16 août

Alors qu’un récent sondage révélait qu’une part importante de la population québécoise s’oppose à l’accueil des demandeurs d’asile haïtiens qui affluent à la frontière canado-américaine, des chercheurs allemands publient dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) un article proposant des stratégies susceptibles d’atténuer cette attitude de rejet envers les étrangers, voire d’induire un comportement altruiste chez les personnes xénophobes.

 

Ces stratégies consistent à accroître la libération d’ocytocine, une hormone impliquée dans l’empathie, tandis que l’on expose les personnes à des messages décrivant des actions altruistes.

 

L’équipe de René Hurlemann, du Centre médical de l’Université de Bonn, en Allemagne, a mené sa recherche tandis que des milliers de réfugiés en provenance du Moyen-Orient déferlaient vers les pays d’Europe de l’Ouest et étaient accueillis en grand nombre par l’Allemagne.

 

Pour ce faire, les chercheurs ont présenté à 76 Allemands de souche 50 portraits authentiques de personnes pauvres, dont 25 étaient des réfugiés et 25 des Allemands locaux. Avec les 50 euros qu’on leur avait remis, les sujets de l’étude décidaient ensuite s’ils accordaient ou pas une somme n’excédant pas un euro à chacun de ces individus. Ils étaient autorisés à garder pour eux le reste de l’argent qu’ils n’avaient pas distribué.

 

Les chercheurs ont alors observé que les dons aux réfugiés excédaient d’environ 20 % ceux accordés aux Allemands locaux.

 

Attitude positive

 

Dans une deuxième expérience, les chercheurs ont d’abord évalué les attitudes d’une centaine d’Allemands de souche à l’égard des réfugiés à l’aide d’un questionnaire.

 

Dans un second temps, ces sujets devaient s’administrer une dose d’ocytocine — une hormone qui accroît notamment l’attachement de la mère pour son bébé — ou d’un placebo à l’aide d’un vaporisateur nasal avant de décider à qui et combien ils donneraient parmi 25 réfugiés et 25 « locaux » en situation de grande pauvreté.

 

L’administration d’ocytocine, cette hormone sécrétée par une structure du cerveau appelée hypothalamus, a alors incité les sujets présentant une attitude positive à l’égard des réfugiés à doubler leur contribution aux réfugiés et aux « locaux », même si les sommes qu’ils allouaient aux réfugiés demeuraient 30 % plus élevées.

 

L’hormone n’a toutefois pas augmenté la générosité des individus ayant une attitude plutôt hostile à l’égard des réfugiés.

 

Par contre, lorsque les chercheurs ont informé ces derniers sujets de la somme moyenne que leurs pairs avaient décidé d’offrir dans l’expérience précédente, l’administration d’ocytocine les a alors conduits à accroître leurs dons aux réfugiés de 74 %.

 

Message de bienfaisance

 

Selon les chercheurs, ces résultats « fournissent la preuve qu’il est possible de contrer le rejet xénophobe des réfugiés [que manifestent certains citoyens] en combinant un accroissement de l’activité du système sécrétant l’ocytocine avec des incitations à la coopération proférées par des individus ayant un rôle de modèles dans la société. Toutefois, aucune de ces deux interventions n’est suffisante en elle-même pour altérer les comportements égoïstes » des personnes xénophobes.

 

« Des messages de bienfaisance n’étaient pas suffisants pour encourager l’altruisme envers les réfugiés chez les personnes au départ réfractaires à leur venue », souligne M. Hurlemann, avant d’expliquer que l’augmentation de l’activité du système sécrétant l’ocytocine faciliterait vraisemblablement le respect de la norme sociale, et ainsi induirait l’altruisme envers les membres de communautés étrangères chez les individus les plus égoïstes et xénophobes.

 

« Notre intention n’est absolument pas d’administrer de l’ocytocine aux gens comme on l’a fait dans l’étude ! » déclare tout de go M. Hurlemann.

 

« L’ocytocine est une hormone endogène qui est libérée quand les gens célèbrent ensemble, dansent ensemble ou chantent ensemble dans un choeur, par exemple. Cela se produit aussi lors des grands rassemblements de partis politiques. Une telle situation favorise la libération d’ocytocine endogène chez les personnes rassemblées alors qu’au même moment les officiels leur parlent des enjeux qui les concernent. Les xénophobes pratiquent le même mécanisme, ils se rassemblent pour écouter leurs modèles sociaux, mais ils sont exposés à des signaux négatifs. »

 

> Lire la suite de l’article sur Le Devoir


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