«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Une élection provinciale

Billet — Louis Lapointe
mercredi 2 avril 2014
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« Tant que les Québécois n’auront pas accepté leur sort de minorité en péril, ils n’auront aucun intérêt à faire l’indépendance. On comprend dès lors pourquoi cet interminable débat sur l’identité ne connaît jamais de conclusion. Il favorise le statu quo. De la nation à la consommation, l’illusion de la liberté. » Le 5 mai 2008.

J’avais décidé de voter pour le PQ à cette élection-ci, pas à cause de la Charte de la laïcité, mais plutôt en raison du grand moment que nous a offert Pierre-Karl Péladeau ce dimanche matin de mars où il a annoncé qu’il venait en politique pour donner un pays à ses enfants.

Mais, comme je demeure dans la circonscription de La Pinière où le PQ a décidé de ne pas présenter de candidat contre Fatima Houda-Pépin, j’ai voté pour le candidat de l’Option nationale, François Létourneau-Prezeau, un jeune homme dans la vingtaine qui représente l’avenir du mouvement indépendantiste.

L’Option nationale finira un jour ou l’autre par rejoindre le PQ, c’est dans son programme, lorsque ce dernier fera officiellement campagne pour l’indépendance. Ainsi, François Létourneau-Prezeau pourrait bien devenir le prochain candidat du PQ dans La Pinière.

J’ai donc décidé de le soutenir plutôt que de voter pour une candidate libérale et fédéraliste que Bernard Drainville a déjà associée à la Fondation Catania en 2012 en criant au scandale.

Même si Pauline Marois soutient que la présente élection n’est pas référendaire, qu’elle est provinciale, j’ai toujours été convaincu que les élections générales étaient les meilleures pratiques générales précédant la tenue d’un éventuel référendum où chaque vote compte, même dans des circonscriptions libérales comme La Pinière.

Voilà pourquoi j’ai voté pour un parti indépendantiste.

Pas plus que la Charte de la laïcité, la stratégie de gestes de souveraineté ne m’a jamais emballé. J’en ai même fait le sujet de plusieurs chroniques depuis 2008.

En voici quelques extraits toujours d’actualité, surtout depuis que nos adversaires fédéralistes ont sorti l’épouvantail référendaire.

Pauline Marois ne nous fera pas rêver au cours de la prochaine campagne électorale en ne nous parlant pas du pays que nous voulons fonder, même si elle est la seule des chefs de parti bénéficiant du programme pour le faire. Cependant, aussi paradoxal que cela puisse sembler, en ne voulant pas oser pour plaire à une majorité, elle fait un pari encore plus risqué, celui de devoir se passer du vote de ceux qui veulent rêver et qui pourraient bien faire la différence entre une majorité et une minorité. Un dilemme qu’elle n’aurait pas si elle choisissait de tous nous faire rêver !
Faire rêver ou rassurer ?. Le 1er novembre 2008.

Malgré tout le talent qu’on lui reconnaissait, l’échec de Mario Dumont doit être vu dans une perspective beaucoup plus large que la simple incapacité de son parti à former une opposition officielle crédible. Il doit d’abord être vu comme une sanction des électeurs à l’égard d’une certaine façon de faire de la politique. Même si c’est Mario Dumont qui tombe aujourd’hui, cet avertissement vaut également pour tous les autres partis et leurs chefs. On ne peut pas promettre n’importe quoi et dire n’importe quoi aux citoyens croyant que la démocratie n’en sera pas affectée, que les électeurs ne réagiront pas.
La fin d’une époque. Le 9 décembre 2008.

Comment ne pas constater que Pauline Marois a déjà atteint les extrêmes limites du grand écart ? Si elle s’aventure au-delà de la fragile position qu’elle a adoptée depuis qu’elle est devenue chef du PQ pour ravir quelques votes adéquistes de plus, il y a un sérieux risque de déchirement au sein de sa propre formation politique. On peut d’ores et déjà lui prédire qu’en décidant d’aller encore plus loin dans le compromis, elle tombera à coup sûr dans le vide laissé entre les deux chaises sur lesquelles elle tente vainement de se maintenir en équilibre depuis qu’elle est chef du PQ.
Le grand écart. Le 4 juillet 2009.

Si les chefs indépendantistes ne font pas ces deux démonstrations hors de tout doute raisonnable, l’urgence et la solution, l’indépendance, nous n’atteindrons pas collectivement ce point de rupture. Voilà pourquoi la stratégie des gestes de souveraineté du Parti Québécois est un échec. Voilà pourquoi le PQ ne réussit pas à profiter de la morosité des Québécois dans la faveur populaire. Voilà pourquoi il ne réussit pas à convaincre que l’indépendance est la seule solution. On ne peut pas à la fois dire que l’indépendance est la solution à tous nos maux et prétendre en même temps qu’on peut aller chercher plus de pouvoirs à Ottawa en attendant l’arrivée du grand soir. Il s’agit d’un message ambigu qui suggère que le Canada peut encore être réformé.
Le point de rupture. Le 10 mai 2010.

Même si le Parti québécois sera confiné à la gouvernance provinciale parce qu’il est minoritaire, il pourra tout de même faire la promotion de son option indépendantiste et la clarifier suffisamment au cours des prochains mois afin que les Québécois puissent manifester leurs choix dès qu’ils seront rappelés aux urnes, probablement d’ici deux ans.

Ils auront alors eu l’occasion de réfléchir un peu plus longuement sur le type de société dans laquelle ils souhaitent vivre.Dans un cadre fédéral qui leur imposera de plus en plus la vision du ROC comme le leur proposent la CAQ et le PLQ ? Ou dans un Québec souverain où ce sont eux qui décideront des priorités ?

Loin d’être l’épreuve annoncée, le passage obligé par le statut de gouvernement minoritaire pourrait bien devenir l’occasion pour le Parti québécois de prendre conscience des limites de la stratégie qui l’a conduit à la minorité - une rétrospection qui aurait dû être faite au lendemain de l’élection de décembre 2008 - et une opportunité de consolider les bases du mouvement indépendantiste tout en s’ouvrant à une clientèle plus large.
De la coalition indépendantiste à la gouvernance nationale. Le 15 septembre 2012.

Pauline Marois pensait bien gagner des élections automnales en secouant l’épouvantail identitaire. Mais cela n’a pas fonctionné. Les nationalistes mous n’ont pas rallié le PQ sur la question de la charte de la laïcité pendant que les indépendantistes n’ont toujours pas trouvé le moyen d’unir leurs forces.

La mauvaise fortune de Jean Charest à l’occasion du printemps érable aurait dû inspirer Pauline Marois. Gagner des élections en semant la grogne est un pari fort risqué.Pourtant, le Québec n’a jamais été aussi en péril et cela n’est pas le fait des quelques bouts de chiffons qui excitent la population.

Cela est surtout le résultat du travail d’un gouvernement fédéral qui sait qu’il peut gagner ses prochaines élections en étant intraitable sur tous les fronts à l’égard du Québec. À chaque fois qu’il aura gain de cause contre le Québec, ce sera des votes de plus dans le reste du Canada.
Un pont contre un pipeline ? Le 9 novembre 2013.

Toutefois, ce qu’il y a de rassurant, c’est qu’au terme de la présente élection, après tous nos égarements, il y aura enfin quelqu’un au Parti québécois pour parler, sans langue de bois, de la nécessaire indépendance, avant, pendant et après les élections.Sans aucun doute, un bon coup de Pauline Marois qui finira bien par rapporter un jour ou l’autre, si possible à la prochaine élection.

PKP est venu au PQ pour faire l’indépendance, pas la laïcité.Nous sommes sur la bonne voie.
Une couleuvre ne fait pas le printemps. Le 19 mars 2014

Commentaires

  • GV, 9 avril 2014 12h33

    La gouvernance souverainiste, basée sur l’auto-censure du discours et les non-dits laisse trop de place à l’opportunisme et à la trahison. Les adhésions molles des chefs du PQ et les chèques en blanc qu’ils demandent nous auront toujours mal servis.
    ON et le PQ devraient travailler ensemble, de manière complémentaire et non concurrente. ON le veut et serait prêt à se saborder mais il ne devrait pas le faire, même dans l’éventualité d’accords avec le PQ. ON garant et pesant de tout son poids (encore trop léger) sur une gouvernance souverainiste à suivre à la trace. On jase.

  • Bill Facture, 6 avril 2014 21h50

    Me Lapointe,

    Je vous remercie pour votre percutante analyse rationnelle.

    Faute d’un projet emballant pour l’indépendance du Québec, tel que déjà très bien défini par Me Pierre Cloutier, peut-on encore aujourd’hui espérer que ses appréhensions légitimes à propos des conséquences néfastes de la « gouvernance souverainiste » ne se manifesteront pas dans la réalité dès demain, le 7 avril ?

    Aujourd’hui encore, permettez-moi de rêver. En effet, demain, je voterai pour le Parti de la gouvernance souverainiste.

  • charles simon, 6 avril 2014 21h13

    @Peter Benoit

    Il faut arrêter de parler du passé, sans arrêt.

    Cette démarche est destructrice.

    Le document du SNP, que j’ai lu, ne parle pas de la bataille de Culloden...

    Je crains que les rares liens qui s’étaient établis avec ’LES AUTRES’ soient difficiles a rebâtir, la charte est pour moi, un outil de destruction massive, et une distraction mortelle.

    Nous ne pourrons convaincre une partie de l’électorat, mais ne rien ne peut être fait si nous ne dépassons pas l’électorat francophone.

    C’est a nous de démontrer qu’il peut exister une autre forme de gouvernement au Québec, un autre pays, mais pas en se servant du système fédéral comme un repoussoir.

    Il faut démontrer les avantages de cette solution, un autre pays, etc, pas passer son temps a démontrer les inconvénients du système dans lequel nous sommes.

    Si vous lisez le document du SNP vous comprendrez.

  • Marcel Haché, 6 avril 2014 06h43

    L’Indépendance ne surviendra jamais si d’abord un parti politique indépendantiste ne gagne pas une élection provinciale. Aussi bien se faire à l’idée de jaser « province ».

    Et se gagner une majorité provinciale, toute provinciale qu’elle puisse être, ce n’est pas et ce ne sera jamais un sauf-conduit en faveur de l’Indépendance. Ce ne sera jamais rien d’autre que le droit enfin acquis de mener le Combat en position de force.

    Si René Lévesque avait méprisé le pouvoir provincial, Nous paierions encore nos factures d’électricité à ceux du West Island.

  • GV, 5 avril 2014 16h57

    Avec l’entrée en scène de PKP, refuser de garder au jeu la balle de l’indépendance lancée par lui devenait peu glorieux pour le PQ. Le PLQ a coincé le PQ en l’obligeant à aborder de front la question nationale. Pauline Marois a battu en retraite, ce qui a nourri le doute sur le caractère « honteux » ou « illégitime » de l’indépendance/ référendum. Quand on défend vraiment une cause, il y a des moments où sous peine de perdre toute crédibilité on ne peut échapper à l’obligation d’en prendre la défense. C’était un moment historique.

  • F. Lemay, 4 avril 2014 17h22

    Ce qui n`a pas marché c`est la stratégie du PQ
    on ne doit pas blamer personne sinon Mme Marois.
    Donc on vote ailleurs.

  • Suzanne Bousquet, 3 avril 2014 13h15

    Les communications : le nerf de la guerre... qu’on a pas !

    Depuis des décennies, les forces fédéralistes contrôlent à la fois le messager et le message (mass média). Promouvoir avec efficacité et franchise une option souverainiste dans un tel déséquilibre est un pari impossible.

    Voici un excellent article sur notre dépossession en matière de communications grand public :

    http://www.lautjournal.info/default.aspx?page=3&NewsId=5229

  • François Janvier, 3 avril 2014 09h05

    J’avais également l’intention de voter pour le Parti québécois à la suite de la venue de M. Pierre-Karl Péladeau et surtout de sa déclaration de vouloir un pays. Après cette arrivée spectaculaire, un sondage Léger Le Devoir, mené entre le 11 et 13 mars, donnait le PQ et le PLQ coude-à-coude à 37% des intentions de vote avec une bonne avance pour le PQ chez les francophones : la CAQ recevait 14% des intentions de vote et Québec solidaire 7%.

    Au lieu de tabler sur ce projet de pays en parlant abondamment du livre blanc promis pour le prochain mandat (expliquer sa teneur, faire cheminer les québécois dans cette démarche), on a démobilisé tous ceux qui croyaient que la venue de PKP nous conduirait rapidement au pays. On en est même venu à dire que si les québécois ne voulait pas de référendum il n’y en aurait pas, sans expliquer comment on pourrait juger de cette volonté et sans même au moins dire qu’une bonne information conduirait les québécois à vouloir un pays.

    Depuis ce recul on voit, selon les sondages, de plus en plus de francophones vouloir voter pour la CAQ et QS. Pour ma part je vais voter pour Option nationale qui depuis sa création ne véhicule aucune ambiguité quand à son intention de faire rapidement du Québec un pays.

  • Peter Benoit, 2 avril 2014 22h21

    Excellent texte qui me rejoins. Je viens de voter PQ sans aucun enthousiasme et je connais plusieurs amis ou connaissances qui vont voter soit CAQ, ON ou QS parce qu’ils savent que la course est maintenant perdue. Dommage car il y avait de bons candidats et j’espère toujours me tromper encore...

    La stratégie du PQ d’isoler le PLQ sur l’intégrité et gruger la CAQ avec la Charte et son 18 mois de bon gouvernement pour espérer devenir majoritaire a fait long feu. La stratégie du PLQ a fonctionné à merveille : Il a embourbé un PQ mal préparé sur le référendum, a relativisé l’intégrité puisque "tout le monde est finalement corrompu", a fait dérailler le débat sur la Charte avec l’aide circonstancielle de QS et s’apprêtait à tirer à boulets rouges sur les soins de santé, mais il n’a même pas eu besoin de le faire.

    Le PQ me fait penser à une vieille marque de "char" en voie de désuétude, un peu comme l’Union Nationale. Je verrais d’un bon œil une fusion PQ - ON avec une nouvelle équipe et possiblement un nouveau nom de parti pour marquer le renouveau.

    On pourrait s’inspirer du Scottish National Party et préparer un document détaillé sur le pourquoi et le comment de l’indépendance. Comme en 1976, le nouveau PQ pourrait réunir une équipe du tonnerre en allant chercher les meilleurs spécialistes de leur domaine pour défendre chacun des aspects du projet indépendantiste.

    Ce document serait constamment mis à jour année après année et constituerait le programme en cas d’élection. Chacune des rubriques du document correspondrait idéalement à chacune des sections du budget fédéral auquel on répondrait du tac au tac dans le but de détruire l’argument de la péréquation si central aux fédéralistes.

    Pour ce faire, il faut mettre un projet d’indépendance emballant et mobilisateur qui va faire rêver. Qui dit mobilisation, dit aussi mobilisateur en chef et PKP est peut-être le candidat qu’il nous faut.

    La conjoncture ne semble pas si mal malgré tout. Le PLQ va devoir affronter des hausses des coûts de santé qui vont bouffer à elles seules toutes les augmentations du PIB, dont l’essentiel est assuré par un endettement massif avec les infrastructures. Quand on ne croit pas au Québec, on n’a pas la vision de le développer. Le mur s’en vient et la CAQ ne sera même pas utile ; pas besoin de défoncer des portes ouvertes, il y aura bientôt des coupures en série et de la "bonne gestion" à faire. Privatiser sera le nouveau mot d’ordre.

    En Espagne, la Catalogne vivait l’euphorie de son entrée dans la zone Euro. Augmentation du niveau de vie, bas taux d’intérêts, projets d’infrastructures, construction domiciliaire et endettement... Le projet indépendantiste battait de l’aile et personne ne voulait de référendum. Tout a changé maintenant et je trouve que le Québec fera de même.

    Ce n’est que partie remise. Soyons persévérants.

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