«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Une crise qui en cache une autre

La vraie question pour André Boisclair est de savoir s’il a les coudées franches et la confiance de son caucus et des militants pour imposer au PQ les changements de cap nécessaires, tout en relançant le mouvement souverainiste.

La Presse
jeudi 26 avril 2007

Que le chef péquiste André Boisclair affirme être bien en selle à la tête de son parti, soit, le contraire serait étonnant. Mais il vit vraiment sur une autre planète s’il croit que la contestation de son leadership au sein de son caucus est de la " science-fiction ".

Derrière les belles images de députés qui applaudissent pour les caméras, ça grogne et ça grenouille au Parti québécois, quoi qu’en dise le chef. M. Boisclair en a lancé une bonne, hier, en affirmant que la question de son leadership est prématurée. Malheureusement pour lui, ce ne sont pas les chefs politiques qui décident quand il est temps de parler de leur avenir. Surtout pas au PQ.

Mais les problèmes d’André Boisclair en cachent un autre, plus grave peut-être, et qui ne vise pas le chef péquiste ou son parti, mais bien le Parti libéral du Québec et son chef Jean Charest.

C’est le sondeur Jean-Marc Léger qui a mis le doigt sur un bobo douloureux pour les libéraux en chiffrant une tendance lourde que l’on avait décelée le 26 mars : à peine un francophone sur quatre a voté pour les libéraux aux dernières élections. Un creux historique, qui confirme que le vote libéral s’est liquéfié en région.

Voilà des chiffres inquiétants pour les libéraux quand on sait que l’ADQ, en plus de prendre 41 circonscriptions le 26 mars, a terminé deuxième dans 45 autres, dont 25 libéraux.

À 25 % chez les francophones, c’est qu’il ne reste que les fédéralistes purs et durs. Les nationalistes francophones, la base historique du parti de Jean Lesage et de Robert Bourassa, abandonnent Jean Charest pour Mario Dumont.

Si l’érosion se poursuit, le PLQ ne réunira plus que les anglophones et les allophones de Montréal et conservera quelques châteaux forts (et encore, le mot est fort), dans les Cantons-de-l’Est et dans l’Outaouais. Il n’y a pas que la récolte électorale du PLQ qui soit menacée, sa pertinence l’est aussi.

Le PLQ s’est éloigné de sa base nationaliste en ne proposant rien sur le front constitutionnel et comme la nature a horreur du vide, l’électorat s’est déplacé vers l’ADQ. Mario Dumont a non seulement touché davantage la classe moyenne avec son discours économique et social, mais, contrairement à Jean Charest, il ne donne pas l’impression d’être à la remorque d’Ottawa.

Le fait d’avoir gardé le pouvoir est peut-être une consolation temporaire pour les libéraux, mais ils sombreraient à leur tour dans le déni, pour reprendre l’expression d’André Boisclair, en refusant de se poser urgemment de graves questions existentielles. Y compris sur l’avenir de leur chef, qui demeure très impopulaire.

Le Parti québécois a aussi subi une saignée importante, mais il pourra s’accrocher à un espoir : conserver sa base souverainiste, l’entretenir, non pas pour reprendre le pouvoir dès les prochaines élections, mais pour devenir la solution naturelle au poste d’opposition officielle.

Sans tomber dans les stratégies radicales à la Louis Bernard, le PQ pourrait assurer sa survie en gardant la flamme souverainiste, même si elle est en veilleuse pour quelques années. Et, surtout, en donnant à sa base souverainiste une raison de voter pour lui. Quitte, et c’est peut-être ça le plus difficile, à accepter que le passage dans l’opposition se prolonge. Son premier objectif réaliste devrait être de passer de troisième à deuxième parti, surtout pas de continuer à parler de référendum.

Après, tout peut arriver ; la politique, c’est bien connu, est une science inexacte. Un nouvel échec constitutionnel ? Un rejet du fédéralisme d’ouverture ? Un rejet des conservateurs, fédéraux ou provinciaux ? Un rééquilibrage de l’électorat favorisant les souverainistes ?

Qui sait ce que l’actualité politique peut apporter ? Le PQ n’a aucun pouvoir sur le fil des événements, mais il peut essayer d’en maintenir un sur sa base.

Cela est-il possible avec André Boisclair ? La réponse courte est non. Le test ultime pour un chef politique, ce sont les élections, et M. Boisclair a coulé cet examen. Contre un gouvernement affaibli et contre une ADQ moribonde deux mois avant les élections.

Les critiques que l’on entend en privé dans son parti ne sont pas nouvelles, on les entendait déjà au lendemain de son élection à la tête du PQ, en novembre 2005. Ce qui est nouveau, c’est que le résultat des élections confirme les doutes entretenus à son égard.

En public, les députés disent que ce n’est pas le temps de changer de chef, qu’il y a plus urgent à faire, mais cela ne fait que pelleter le problème en avant. Quand un paquebot s’échoue sur des récifs, on s’affaire d’abord à sauver les passagers et à colmater les brèches pour éviter de couler, c’est un réflexe naturel, mais il faut aussi se poser quelques questions sur la responsabilité du capitaine.

Parlant de naufrage, quelques députés du PQ reprochent à leur chef d’avoir précipité le navire vers le récif en s’obstinant à promettre un référendum, même sous un gouvernement péquiste minoritaire.

La vraie question pour André Boisclair est de savoir s’il a les coudées franches et la confiance de son caucus et des militants pour imposer au PQ les changements de cap nécessaires, tout en relançant le mouvement souverainiste.

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