«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Une arme de déstabilisation méconnue : la rumeur

Tribune libre de Vigile
jeudi 6 septembre 2012
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Un jour, il faudra bien considérer la rumeur pour ce qu’elle est, c’est-à-dire un mode privilégié de la pensée sociale sachant que la pensée sociale repose sur la croyance et non sur la preuve. Alors, le management le plus pragmatique et le moins politiquement correct pourra aborder le sujet autrement que par la défensive.

La rumeur, outre un coût négligeable, est un outil extraordinaire en terme d’influence et simultanément elle est parfaitement incomprise et dénigrée.

La rumeur s’oppose aux tentatives d’influence qui reposent sur la persuasion, sur l’argumentation et qui font appel à la capacité de compréhension de l’interlocuteur. Globalement, cette approche est inopérante car les individus ne s’exposent qu’aux discours qu’ils ont bien envie d’entendre c’est-à-dire aux discours qui ne remettent pas en question : faites lire l’Humanité à un lecteur du Figaro et vous verrez ce lecteur vous dire que ce qu’il lit n’est pas la vérité. L’inverse est également vrai.

De plus, cette technique qui consiste à faire appel à la logique et au discernement d’un interlocuteur est particulièrement aléatoire car ces composants sont largement variables d’un individu à un autre. Ceci est préjudiciable à une bonne diffusion « rumorale ».

Entre le besoin de croyance et le besoin de vérité, le besoin de croyance domine simplement. Notre plus grand besoin est de croire et non pas de savoir. Ceci va à l’encontre du formatage que nous avons toujours reçu qui consiste à privilégier la vérité. Ce même formatage est applicable à la rumeur quand il s’agit de nous faire croire qu’elle est toujours fausse. Seulement voilà, si la rumeur peut nous induire en erreur elle peut également nous apprendre la vérité. C’est d’ailleurs pour ça qu’elle irrite… Car à ce moment, la rumeur devient moyen de sédition et un outil efficace de contrôle des individus dominants. Et ça, on n’aime pas…

D’ailleurs, introduire une notion de « vérité » dans la pensée sociale est un exercice stérile. Lorsque quelqu’un croit quelque chose, ce quelque chose devient vrai à ses yeux.

Le concept de vérité relève plus d’un cours de philosophie, voire même de théologie.

L’influence par la rumeur est beaucoup plus efficace car elle repose sur la volonté de croire. Chaque strate sociale véhicule avec elle un certain nombre de croyances dont elle ne peut se séparer. Peu importe le contenu de cette croyance, l’important étant d’y faire appel. Nous véhiculons tous un certain nombre de stéréotypes voire de préjugés sur à peu près tous les sujets. Par exemple, si une rumeur concernant un politicien est recherchée, en fonction du niveau socio-professionnel de l’auditoire, il faudra la considérer soit comme « tous pourris » soit comme « tous incompétents ». Intuitivement, on pressent que le politicien aura un peu de mal à gagner…

Ce système de croyances est à la base de toutes nos actions et de toutes nos décisions. Il représente le ciment de notre vie en commun. Faire appel à lui c’est faire appel à l’inconscient collectif du groupe. Une fois le système de croyances établi, il est dans la nature humaine de le défendre et accessoirement de l’imposer aux autres. Il devient alors quasiment impossible au groupe d’y renoncer et ce, même si la réalité dément brutalement cette croyance. L’individu en dissonance cognitive modifiera le réel plutôt que renoncer à ce qu’il croit. C’est la raison pour laquelle les rumeurs doivent s’ancrer dans le système de croyance. Une bonne rumeur trouve un écho dans l’existant social. C’est pourquoi la rumeur doit « dire quelque chose » à l’auditoire. La rumeur trop innovante, trop décalée par rapport à cet inconscient collectif à peu de chances de voir le jour.
L’auditoire, face à la nouvelle, ira piocher dans le passé, des références qui légitiment la rumeur d’aujourd’hui. C’est là que le stéréotype prend toute sa force. L’individu est ainsi constitué, il aura tendance à conserver tout ce qui confirme le stéréotype et à évacuer le reste. Il auto-valide sa croyance !

La rumeur nous dit qu’un ministre de la santé aurait commandé 120 millions de vaccins antigrippaux pour faire face à une épidémie imminente. 3 cas de figures :


- Les soupçons de collusion avec le lobbying pharmaceutique apparaîtront (tous pourris),

- La grippe sera beaucoup moins virulente que prévue et le coût de l’exercice extravagant (tous incompétents),

- Si la virulence de la grippe est bien présente et si la commande n’a pas été faite aux laboratoires, les accusations d’incompétence seront également présentes.

On voit que le seul cas de figure dans lequel le ministre en sort indemne est celui où la grippe a bien lieu avec la virulence attendue et que les vaccins ont bien été commandés à temps. La marge est plutôt étroite…

Même si toutes les entreprises ne sont pas à égalité devant la rumeur, il n’en demeure pas moins que le champ d’application de cette arme de déstabilisation est pratiquement infini. Les sociétés impliquées dans des produits de forte proximité physique avec le consommateur sont plus sensibles que les autres à cette problématique. Au hit-parade annuel de la rumeur se trouve la gigantesque et inépuisable famille des alertes sanitaires. Dans nos choix « rumoraux », elle est à privilégier car largement couronnée de succès. L’entreprise dont le produit est protégé par un (pseudo) secret est fragile parmi les fragiles. Il va sans dire que si le produit peut menacer la santé et être secret… la tâche est simplifiée d’autant car nous basculons sans effort dans une autre grande famille de rumeur que l’on peut appeler « la théorie du complot ». D’ailleurs, à ce propos, nous pouvons voir en ce moment sur Youtube ou sur rue89, une rumeur selon laquelle le président Hollande serait sataniste… Oui, oui, vous pouvez vérifier. Mais attention, car intellectuellement, c’est du lourd, du très lourd…

***

Laurent Gaildraud

Auteur « Orchestrer la rumeur » - Eyrolles

Commentaires

  • Francis Déry, 6 septembre 2012 19h13

    Vous choisissez une connerie pour étayer votre thèse. Rien de lourd.
    Ceci est du "cherry-picking" comme disent les Américains.

    Dommage. Le livre m’aurait autrement bien intéressé.
    J’ai traversé beaucoup de propagandes. On dirait ici une manière de tourner en spin des rumeurs. Rumeurs et contre-rumeurs parsèment nos vies. Certaines ont la vie plus dure que d’autres.

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