«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Un voyage, controversé, passionné et tumultueux, entré aujourd’hui dans l’Histoire

Deuxième partie

Chronique de Marie-Hélène Morot-Sir
lundi 7 novembre 2016
746 visites

Au cours de cette année 1967, peu avant la visite du général de Gaulle, le Canada fédéral se laissait beaucoup trop bercer par une douce illusion d’unité, au moment où il allait célébrer, avec le plus grand faste, le 100e anniversaire de sa Confédération, ce British North America Act ou BNAA : « La ferveur nationaliste allait passer, c’était certain, avec l’arrivée des trois colombes à Ottawa » disait-on chez les fédéralistes.

Ils semblaient si grisés par l’atmosphère des célébrations de ce centenaire, qu’ils en oubliaient le problème des deux communautés, pensant que la fièvre d’affirmation québécoise allait en diminuant, que de nouveaux chefs canadiens-français plus conciliants, ayant fait leur apparition sur la scène fédérale, les vieux débats sur la recherche d’un nouvel équilibre étaient finalement en voie de perdre leur raison d’être.

À cet égard, la visite de Charles de Gaulle aura mis en l’espace de quelques secondes, «  le contentieux entre Canadiens anglais et Canadiens français sur la mappemonde. » Le premier ministre Daniel Johnson souligna cet incroyable fait : « On assista enfin à une conscience aiguë du problème dans chacune des communautés »

Dans le troisième tome paru le 22 mars 1996 à Paris des carnets d’Alain Peyrefitte sur Charles de Gaulle, on trouve près de 80 pages de notes très édifiantes sur les liens entre De Gaulle et le Québec cf. Alain Peyrefitte. C’était De Gaulle, Fayard-Fallois, Paris 2000, 680 pages.

Il en ressort au fil des pages que le général de Gaulle était indéniablement un profond partisan de la "souveraineté" dans le cadre d’une véritable confédération de deux peuples, au-delà de toutes les convenances diplomatiques ou atlantistes. Peu lui importait que son premier ministre Georges Pompidou, en trop parfait atlantiste, désapprouve totalement cette "folie gratuite" et que Couve de Murville considère de son côté que "la passion du général pour le Québec ne pouvait mener à rien de bon".

Chacun a sa propre idée sur la question, mais en définitive personne ne peut nier qu’avec de Gaulle s’il y avait du sport, il était poussé par une haute idée de l’Histoire. Depuis de nombreuses années De Gaulle pensait au Québec, dès 1962, le général avait dit à son ministre Alain Peyrefitte : "Un jour ou l’autre, le Québec sera libre". Et en 1963 : "Ce n’est pas dans la nature des choses que les Français du Canada vivent sous la domination des Anglais."

Le Devoir 28 février 1996 Josée Legault :
De Gaulle avait la conviction qu’il y a quelque chose de plus que la survie quotidienne des individus, l’appartenance d’un regroupement humain - la nation politique - qui les rend différents et inestimables.

La fixation du général sur le sort de ceux qu’il appelait « les Français du Canada ou les Français-canadiens  » possédait une valeur de symbole des plus terrifiants pour Ottawa !

Selon André Patry, chef du protocole de Daniel Johnson, le général de Gaulle s’est avéré « un bon instrument de notre émancipation, C’est la France qui nous a sortis de notre isolement sur le plan international. Elle nous a introduits au monde ». C’est André Patry, figure marquante dans le développement des relations internationales du Québec, qui a mis en œuvre notamment la théorie du prolongement international des compétences constitutionnelles de la province, adoptée par Paul Gérin-Lajoie. Dans divers dossiers, entre autres du ministère des Relations internationales, conservés aux Archives nationales du Québec, on peut constater que le général avait pourtant annoncé parfaitement ses intentions à propos du Québec. Non seulement ce qu’il avait dit à Alain Peyrefitte en 1962 décrit précédemment, mais également une de ses notes, datant de 1963 à propos d’un voyage en France de Lester B. Pearson, premier ministre canadien, précisait bien « nous devons développer nos rapports avec le Canada tel qu’il est encore » et la France devait « avant tout, établir une coopération particulière avec le Canada français ». Il insistait encore en disant : « Le Canada français deviendra nécessairement un État et c’est dans cette perspective que nous devons agir ».

Trente ans plus tard, en 1996, ce contentieux historique était loin d’être réglé.

Les minutes du cabinet de l’année 1967, rendues publiques le 2 avril 98 par les Archives nationales du Canada, démontrent qu’en juillet 1967, les ministres voulurent que le premier ministre Lester B. Pearson réplique sans hésiter et avec fermeté au général.

Par prudence, il ne fallait quand même pas indisposer les francophones ni nuire aux relations diplomatiques à long terme avec la France. Néanmoins, le 21 septembre 1967, M. Pearson profite d’un examen des relations entre Québec et Ottawa pour en faire état et dire qu’il « apparaît clairement que le Général de Gaulle a élaboré une campagne délibérée en vue de la séparation du Québec du Canada et de la destruction de la confédération canadienne ! »

Selon lui, Ottawa doit contrecarrer les « activités dangereuses menées par le Québec et la France qui menacent la confédération ».

Deux autres mois passent avant que le sujet ne refasse surface.

Encore une fois, le général est en cause. Le 27 novembre, Charles de Gaulle donne une grande conférence en France, au cours de laquelle de nombreuses questions vont lui être posées, tels les conflits d’Orient, la candidature de l’Angleterre au marché commun, la politique économique de la France, son voyage en Pologne, et bien entendu son tout dernier voyage au Québec au mois de juillet dernier. La question sera posée par le journaliste Pierre St-Germain, alors correspondant de La Presse à Paris. Lorsque nous visionnons aujourd’hui cette conférence, c’est un bonheur de remonter le fil du passé en écoutant ses propos… Il rappelle en effet l’arrivée des Français en 1534, comment ils ont bâti cet immense pays à la force de leur courage, mais aussi comment par la suite des étrangers s’en sont emparés, il y détaille toutes les raisons qui peuvent expliquer maintenant cette éventuelle souveraineté du Québec.

Bien évidemment le lendemain de cette conférence le premier ministre du Canada présente le nouveau geste du général comme une ingérence dans les affaires intérieures canadiennes. Il note que cette déclaration survient au moment où se tient, à Toronto, une assemblée inter-provinciale sur l’avenir de la fédération, alors que s’achèvent les états généraux du Canada français et qu’on attend le dépôt imminent du premier rapport de la Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme.

La conclusion ne tarde pas à venir : le Président français cherche à semer la pagaille entre francophones et anglophones !

Le secrétaire aux Affaires étrangères, Paul Martin père, parle d’une politique anti fédérale délibérée, qui se traduit entre autres par des efforts incessants pour accroître le rôle du Québec au sein de la francophonie. Profitant de l’absence momentanée de M. Pearson, Pierre Trudeau s’en prend au manque de leadership fédéral dans ce dossier et à son approche « incohérente ». Il critique le fait que « le gouvernement fédéral ne fait que réagir à des incidents isolés et n’a aucune stratégie d’ensemble ».
Ces propos amèneront M. Pearson à démissionner, le 14 décembre 1967. Pierre Trudeau le remplacera dès l’été suivant.

Tout au long de l’année 1967 puis au cours de l’année suivante, Pierre Trudeau saura imposer sa vision du fédéralisme Pour contrer les ambitions internationales du Québec, il échafaude toute une politique pour encadrer et limiter le pouvoir des provinces, à conclure elles-mêmes des traités.

En 1967 bien des Québécois se considéraient encore comme des Canadiens français, de ce fait, le soutien du Général, ses encouragements affichés furent appréciés, redonnant même de l’espoir à un grand nombre d’entre eux.

Vidéo sur le chemin du Roy : https://www.youtube.com/watch?v=W5R26LLgyEQ

Pourtant très vite, dès le 26 juillet 1967, le journal Le Devoir (Québec) émet de sérieuses réserves : « ...Au Canada, les réactions ont été vives et beaucoup de Canadiens français eux-mêmes marquent une certaine gêne… »
Claude Ryan : « Mais rien ne saura effacer la réalité fondamentale qui met en relief l’accueil accordé à De Gaulle par les Québécois : celui de l’existence, au Canada, de deux visions de la liberté, de deux communautés qui, sans être opposées, sont fortement distinctes l’une de l’autre. »

« C’était le premier coup de pied au derrière qu’on donnait au Canada anglais ! »

De Gaulle avait agi du fond du cœur, il était convaincu qu’il venait de payer une dette : la journée du 24 juillet 1967 devait effacer la défaite du 13 septembre 1759. Les renforts étaient venus deux siècles plus tard, mais ils étaient venus. Désormais la France ne devrait plus être le passé du Québec mais une part de son avenir.

Trente ans passèrent : L’affaire du timbre-poste en mars 1997 allait remettre le feu aux poudres !

Depuis le décès du général De Gaulle en 1970, la République française avait consacré une cinquantaine de timbres au héros de la Libération. Le prochain envisageait alors de commémorer ce mois de juillet 1967 au Québec. La décision d’émettre un timbre-poste relève exclusivement des autorités françaises. La vie et l’œuvre du général de Gaulle sont partie intégrante du patrimoine universel. Mais ces réalités sont avant tout, françaises. De ce fait, la visite de 1967 au Québec appartient à l’histoire de France. La commémoration de cet événement parait donc amplement justifiée.

Le Devoir 19 mars 1997 Gilles Lesage :

Le quotidien Le Figaro avait été le premier à faire état du projet d’un tel timbre - La simple possibilité d’émettre un timbre-poste français à l’occasion du 30e anniversaire de la visite mémorable du général de Gaulle chez nous, et de son fameux « Vive le Québec libre ! » a soulevé au Canada anglais un véritable tollé. Des politiciens fédéralistes sont intervenus à la Chambre des communes à Ottawa en souhaitant que le Canada invite la France à se mêler de ce qui la regarde - et en allant jusqu’à évoquer le possible renvoi de l’ambassadeur de France dans son pays. Rien de moins !

Médias et députés du ROC (reste du Canada) entrent dans une grande fureur. De Montréal (« outrage », hurle The Gazette) à Toronto, en passant par Ottawa, c’est le branle-bas de combat. La hargne éclate, sans retenue. Aussi bien à l’égard des Français - ces ingrats que les Canadiens ont libérés il y a 50 ans - le Sun fait feu de tout bois contre Charles de Gaulle sain et sauf à Londres, pendant que les troupes canadiennes et la Résistance française sacrifiaient leur vie pour son ’triomphant’ retour d’après-guerre à Paris « Le fiel (gall) de la France, du Québec », titre The Toronto Sun, citant deux députés qui fulminent. Un libéral, Dan McTeague, presse le premier ministre de donner une leçon à la France en faisant la promotion du séparatisme corse. Un réformiste, Bob Mills, clame que le sang des Canadiens ne fait qu’un tour et que cette injure doit faire l’objet des plus vives protestations. M. Chrétien refuse de déchirer sa chemise sur la place publique aussitôt M. Mills le somme de cesser d’être condescendant envers les séparatistes, et d’insister pour que l’ambassadeur français se soumette… ou se démette.

D’un Sun à l’autre, d’un député du Reform Party à une Diane Francis jetant de l’huile sur le feu dans The Financial Post félicitant Keith Henderson, chef du Equality Party, d’avoir dénoncé cet épouvantable affront, elle en appelle, rien de moins, « à un boycottage massif de la France, des Français, de leurs pompes et de leurs œuvres, jusqu’à ce qu’ils s’excusent abjectement (abjectly) envers le Canada …La France contrevient aux accords d’Helsinki (sic), Chrétien est un lâche, et la Corse, n’est-ce pas... . Robert Fife parle d’escroquerie française et qualifie le premier ministre Juppé de fieffé menteur, faisant des mamours à M. Chrétien tout en complotant avec M. Bouchard.

Michel Doucet, de L’Acadie nouvelle, et Michel Gratton, du quotidien Le Droit, dénoncent depuis Caraquet « la peur de lécher », et depuis Ottawa, « les vrais timbrés ». Doucet avance même « Les paranoïaques séniles remettent ça », ne comprenant pas que les anglophones se mettent ainsi dans tous leurs états pour… un timbre !

Triste réalité des deux solitudes, à laquelle Gratton fait aussi allusion : « On est prêt à nous laisser survivre mais, comme l’enfant qui fait la honte de la famille, il nous faut rester cachés, petits. Que dirait le monde s’il savait que des êtres humains parlent et vivent en français au Canada ? Et puis, il ne faudrait quand même pas contredire Lord Durham et prétendre avoir une histoire... »

M. Chrétien en parle alors discrètement au président Chirac. L’ambassadeur canadien discute avec le ministre délégué à la Poste. Le gouvernement français dûment alerté quant à la sensibilité canadienne, s’il ne pense pas au prime abord, retirer le timbre, explique que ce ne sera pas offensant. Les deux Michel ont perdu. Diane a gagné et pourra aller passer ses vacances en Provence !

On l’a échappé belle.

Il s’en est fallu de peu que les relations France-Canada, qui étaient semble-t-il, revenues au beau fixe, tournent brusquement au vinaigre. Le Mouvement souverainiste du Québec tient de son côté à dissocier formellement le peuple québécois de ces clameurs, aussi incongrues que malveillantes, à l’égard d’un homme, Charles de Gaulle, dont la stature éclipse, aujourd’hui comme à l’époque d’ailleurs, les détracteurs déchaînés de la cause du Québec. Mais l’inconvenance de telles réactions auront au moins permis de décrire le climat politique au Canada, depuis le référendum de 1996, ainsi que la hauteur et la qualité des débats...

En attaquant le souvenir de De Gaulle, c’est avant tout l’idée de souveraineté qui est visée

Le Devoir 23 juillet 1997 Gilles Lesage conclut :

« Voilà le Québec, qui sait ce que c’est que la souveraineté ! Et voilà le Canada qui ignore ce que c’est, croyant en être pourvu il ne l’exerce que confusément, il ne sait pas très bien s’il est encore ou non une colonie et, en outre, se sent vassal de la grande puissance voisine. »

Le Québec, lui, n’a jamais été une simple colonie ; dès Louis XIV, en 1663, et la création du Conseil Souverain, la Nouvelle-France « dite vulgairement Canada » (c’est-à-dire communément) est alors gérée comme une véritable région de la France, au même titre que l’Auvergne ou la Lorraine il est normal qu’il se conduise mieux que cette colonie mal décolonisée qui s’appelle Canada.

« Ottawa a commis la bévue de prétendre entraver la célébration du geste historique le plus amical fait pour le premier peuple fondateur du Canada. Celui-ci ne l’oubliera pas. Les Québécois se souviendront que lorsqu’un des plus grands personnages du siècle vient les saluer et leur souhaiter les deux plus grands biens qui soient, la vie et la liberté, le geôlier qui les surveille n’admet pas qu’on en parle. »

Aux yeux de ceux qui connaissent l’Histoire et la civilisation diplomatique, Ottawa s’est ridiculisé en voulant ignorer qu’éditer un timbre est un acte régalien comme de battre monnaie et en prenant l’air de faire un geste que ne s’étaient permis ni Charles Quint, ni Guillaume II, ni Hitler qui, si ennemis qu’ils fussent de la France, respectèrent tout de même les règles du jeu. L’Allemagne actuelle n’a jamais commis la maladresse de critiquer les nombreux timbres que la France a émis, à la gloire de l’homme du 18 juin, qui fut pourtant… un des vainqueurs du Reich.

« Le Canada a peur du mot souveraineté dont il connaît mal le sens ; c’est pourquoi il fait tout pour empêcher les Québécois d’être souverains. En prenant à son compte les criailleries d’un quarteron d’anglophones rancis, le gouvernement fédéral du Canada s’est mis dans une situation très embarrassante, tout à fait étrangère aux traditions diplomatiques »

Le Devoir mercredi 26 juillet 1997 Claude RYAN :

De cette journée historique qui attira encore les foudres à l’occasion d’un simple timbre, on constate tant d’années après qu’il n’a été retenu avec un acharnement presque rageur que quelques mots dans le discours du général. Y avait-il cependant, de quoi justifier la nouvelle vague de fureur qui s’empara en quelques heures d’à peu près tout le Canada anglais ?

Il est facile de souligner que les applaudissements prodigués alors au général de Gaulle avaient exprimé certes l’enthousiasme des Canadiens français, mais cet accueil extraordinaire s’il signifiait une adhésion, à tout ce que disait le général, on aura pu constater par la suite, que l’amitié conjuguée à la joie de cette visite, ne saurait complètement effacer chez les Québécois cette autre vertu très française, l’esprit critique. « Quant à la colère des Canadiens anglais exprimant un profond ressentiment, cela semblait bien éloigné d’une attitude adulte » Si quelqu’un doutait encore qu’il y eut au Canada deux communautés profondément distinctes, il ne saurait persévérer dans son doute après de tels événements.

La statue en bronze de Charles de Gaulle.

Au mois de juillet 1997 une statue en bronze, œuvre grandiose du sculpteur Fabien Pagé et de la Fonderie d’art d’Inverness, allait être installée sur les plaines d’Abraham. Elle représente Charles de Gaulle en uniforme, tel qu’il est apparu, le 23 juillet 1967, à sa descente du croiseur Le Colbert, ancré à l’anse au Foulon. Ce bronze rend un vif hommage au rôle du président Charles De Gaulle dans l’établissement de liens fructueux entre la République française et le Québec
Cette statue fit cependant encore bien des remous !

En effet, bien des années étaient passées depuis la célèbre visite, peu à peu l’enthousiasme que certains avaient eu pour le général de Gaulle, s’effritait ! Simon Girard écrira depuis le journal de La Malbaie : « Évidemment, certains ne sont pas animés du même désir de liberté que les autres. Par lâcheté, par manque de courage, ou encore par intérêt, ils se rangent du côté de nos ennemis plutôt que de nos compatriotes. Ils préfèrent la prison à la liberté, comme si ce n’était pas pour nous. Pour eux, le « VIVE LE QUÉBEC LIBRE ! « Évidemment, certains ne sont pas animés du même désir de liberté que les autres. Par lâcheté, par manque de courage, ou encore par intérêt, ils se rangent du côté de nos ennemis plutôt que de nos compatriotes. Ils préfèrent la prison à la liberté, comme si ce n’était pas pour nous. Pour eux, le « VIVE LE QUÉBEC LIBRE ! » » ne fut pas un cri de libération mais une « ingérence dans les affaires canadiennes ». Comme s’il fallait garder sous silence la mise en minorité et la soumission du peuple québécois pour ne pas nuire aux investisseurs et affairistes, pour ne pas froisser l’image du « plusse-meilleur-pays-du-monde » et aussi parce que « les Québécois sont tannés des chicanes fédérales-provinciales et qu’il faut parler des « vraies affaires »

De fait, cette initiative d’une statue a « choqué » 33,5 % et « enchanté » seulement 20,1 % des Québécois, les autres étant indifférents, la décision de la Ville de Québec d’installer une statue du général pour commémorer le trentième anniversaire de sa visite, n’a donc pas été appréciée du plus grand nombre.

Les résultats d’un sondage expliquent cette controverse, les huées et les applaudissements qui ont marqué, la commémoration du trentième anniversaire du « Vive le Québec libre ! », cela était malgré tout encore perçu par beaucoup comme ayant été un stimulant de la montée du mouvement souverainiste québécois.

Le Devoir 23 juillet 1997 Gilles Lesage :

Fallait-il qu’elle soit percutante, cette exclamation de quatre mots « Vive le Québec Libre », pour que trois décennies plus tard, on se demande encore si elle était préméditée et prévue ou inopinée et spontanée. Et pour qu’une statue coulée dans le bronze perpétue et amplifie la contradiction, l’adulation ou le mépris.

Les souverainistes en profitent pour évoquer la force symbolique de cette proclamation et tenter de ranimer la ferveur de naguère. Les fédéralistes, inquiets depuis l’alerte du dernier référendum, craignent au plus haut point un fantôme plus vivant que jamais. Aux abords des plaines d’Abraham, que hantent Wolfe et Montcalm, un autre fameux général sème la zizanie, une fois de plus.

« L’iconoclaste se moquerait de cette foire d’empoigne provinciale, de tout ce qui grouille, grenouille, scribouille... Après 30 ans, du haut de son piédestal, il a encore raison ! »

Inauguré cet été 1997 par Philippe Seguin, le journal Le Devoir du 27 juillet 1997 a reproduit de larges extraits du discours prononcé à Québec par l’ex-président de l’Assemblée Nationale française, devenu en cette année 1997 chef du Rassemblement pour la République (RPR), principal parti d’opposition de droite en France.

Ce discours a souligné Au-delà du message aux Québécois, un message au monde :
Ce rassemblement de Québec nous permet à notre tour, à la suite du Général, de nous retrouver, ensemble dans l’Histoire. Par cette cérémonie, par notre présence, nous prolongeons cet acte, nous contribuons à lui donner son poids dans le cours du XXème siècle, et c’est dans cet esprit qu’il faut féliciter chacun de ceux, créateurs, militants, responsables politiques, qui ont préparé cet événement voulant en faire vivre l’écho ! « A l’inverse des tombereaux de la sottise ordinaire qui se donna libre cours il y a trente ans, de ce quotidien de Londres parlant de « déclin erratique », à ce journal français dénonçant en première page « un faux pas », ce n’était pas un achèvement, mais un commencement.

Nous tous, de part et d’autre de l’Atlantique, nous portons, sans doute ce qui fait la clef du siècle à venir : contre les menaces de dépossession de l’homme où l’humanité de l’homme pourrait peu à peu se laisser broyer, nous affirmons l’impérissable principe de liberté, et surtout ce qui peut être son meilleur instrument, la nation ; et simultanément, nous affirmons le principe de la paix et du progrès, la coopération entre les peuples, dont la francophonie est une épure prometteuse déjà, mais encore balbutiante.
Jamais en effet n’avait été aussi clairement formulé ce qui fait la quintessence des idées du général de Gaulle, et finalement l’essentiel de ce que la France et le Québec, et l’ensemble des pays francophones, ont à dire au monde ; une conviction simple qui se formule en deux temps :

* que l’honneur d’un homme tient à sa capacité à maîtriser et conduire son propre destin ; à être acteur et non objet ; à savoir dire non, c’est le signe distinctif des hommes et des femmes libres ;

* que la responsabilité individuelle ne prend toute sa signification, et aussi sa dimension, que dans la mesure où elle se transcende dans une aventure collective, une aventure partagée...

De Gaulle a fondé ce jour-là à Montréal, plus qu’un « cousinage », « une fratrie », c’est la Francophonie politique qui nous réunit. Ainsi tout est dit : «  N’épiloguons donc pas, n’épiloguons plus sur des polémiques que déclencha un peu partout, et singulièrement en France, ce « vivat » fameux dont j’ai déjà dit, et encore en 1995, lorsque nous fîmes les honneurs de notre Assemblée à votre premier ministre, qu’il était l’essentiel de ce qui pouvait être dit et que l’on ne voit rien à y ajouter, ni rien à en retrancher »

Le Devoir du 27 juillet 1997 Gilles Lesage reprend les propos de Philippe Seguin :

« Ce monument rappelle à jamais le plus beau, le plus clair message du général de Gaulle à tous les peuples de l’univers » Puis il revient sur les basses attaques du Sun : Que de valeureux soldats aient combattu pour le Canada, la Grande-Bretagne, le Québec, la France ou autre, la seule véritable lutte qui les unissait était celle pour la liberté et contre les nazis… »

Il reste néanmoins que ce monument élevé en souvenir de De Gaulle entre en conflit avec trop de mémoires, trop de gens et sous trop d’aspects pour accéder à un certain consensus.

Une médaille commémorative

Le Devoir 27 octobre 1997
PIERRE-LOUIS MALLEN Membre de l’Institut de France, Académie des sciences morales et politiques, Paris

A défaut d’un timbre, une médaille commémorative va finalement rappeler le 30e anniversaire de la visite au Québec du général de Gaulle. Cette médaille, frappée par la Monnaie de Paris, a été dévoilée au cours d’une cérémonie à l’Institut de France, Quai Conti, où siège l’Académie française. « Ça n’excuse pas la scandaleuse intervention du gouvernement du Canada… », a lancé Pierre-Louis Mallen, représentant de la télévision d’Etat française à Montréal et président de l’Association pour la commémoration de la visite historique du général.

Le temps a passé, mais Pierre-Louis Mallen, n’a pas encore digéré cette intervention « La médaille a la même force symbolique que le timbre, dit-il. Moins de gens l’auront, mais elle durera plus longtemps. Dans 100 ans, grâce à elle, des gens se souviendront de la visite du général au Québec. Cette médaille ne fait pas oublier le timbre, a-t-il déclaré hier à l’issue de la cérémonie. Mais elle gomme l’impression donnée par certains, que la visite du général était une date qu’il fallait oublier »
Dans un éditorial du Figaro, l’ex-ministre de De Gaulle, Peyrefitte explique : Le général apparaît côté face, devant un drapeau québécois stylisé. On peut y lire : « Médaille de la Monnaie de Paris - Visite du Général de Gaulle au Québec - XXXe anniversaire ».

Sur le revers apparaissent le Colbert, à bord duquel de Gaulle fit le voyage au Québec, le bateau de Jacques Cartier et les croix qu’il érigea en débarquant à Gaspé en 1534. C’était aussi un 24 juillet.

Une quinzaine de médailles du même genre, rappelant les grands événements de la vie du général, ont déjà été frappées par la Monnaie de Paris. Il est inadmissible que les observateurs professionnels, journalistes ou analystes de la chose publique, n’aient pas compris que le voyage de de Gaulle au Québec était un événement historique, comparable à l’envoi de Jacques Cartier par François Ier, et non pas d’une simple et aimable visite d’un chef d’état dans un pays étranger.

Il n’y a pas de quoi soulever une nouvelle polémique : le balcon de l’hôtel de Ville de Montréal et toute allusion à la fameuse phrase ont été évités. « Le timbre aurait fait dans le même esprit, a rappelé Pierre-Louis Mallen. Nous ne cherchions pas à faire de la provocation. »

Les années continuent à passer… En 2007 le 40e anniversaire du « Vive le Québec libre ! » du général Charles de Gaulle, passera cette fois totalement inaperçu dans la classe politique, il sera uniquement souligné par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJBM).

« En effet hormis quelques groupes souverainistes, personne ne fête ce 40e anniversaire aujourd’hui. Le gouvernement du Québec, la Ville de Montréal, les autorités diplomatiques françaises et le Parti québécois n’ont prévu aucune activité officielle » Le Devoir Brian Myles juillet 2007

Quarante ans plus tard le contexte avait en effet réellement changé du tout au tout. Certes, ce mot enthousiaste du général de Gaulle sera repris, cependant peu à peu les années passant, cette liberté qu’il sous-tend effraie les citoyens, emportés par des vents contraires, balancés entre confort et indifférence.

Quarante ans plus tard, l’avenir politique du Québec est donc tout aussi incertain. Les Bourassa, Lévesque, Johnson fils, Parizeau, Bouchard, Landry, Charest… ont passé. Et ce peuple qu’on dit sans histoire cherche toujours le moyen d’affirmer ce qu’il est, tout en ne brisant pas trop ce qui a été. L’heure vient où il devra nécessairement choisir : Soit se fondre dans un grand ensemble et se taire, soit créer une voie originale qui, sans révolutionner le monde, lui donnerait le statut d’une majorité.

Le Devoir vendredi 27 juillet 2007 Christian Rioux :

«  On aurait voulu passer sous silence cette semaine le 40e anniversaire du célèbre « Vive le Québec libre » du général de Gaulle, qu’on n’aurait pas fait mieux. Ces mots ont été prononcés il y a plus de 40 ans, mais ils dérangent toujours autant. Cette déclaration est pourtant, avec les deux référendums québécois de 1980 et 1995, le seul événement politique de l’histoire contemporaine du Québec connu partout à travers le monde. C’est même le premier qui ait véritablement mis le Québec sur la carte.

En quelques phrases, de Gaulle donnera au Québec une personnalité internationale. À la manière d’un Jean-Paul II en Pologne, il exprimera ce que peu de nos représentants politiques avaient osé dire de façon aussi claire et percutante. Et pourtant, le Québec était aux abonnés absents cette semaine, à se la couler douce sur le bord d’un lac. On n’attendait rien de moins de Jean Charest…Silence radio aussi du côté de l’Hôtel de ville de Montréal, où l’on apprenait que l’administration municipale préférait accueillir un buste du général dans une galerie à l’abri des regards, plutôt que dans un lieu extérieur trop voyant.

Même le Parti québécois n’échappe pas à cette léthargie estivale. Était-il si difficile de prononcer au moins un discours afin de souligner ce que représente encore aujourd’hui la déclaration du général ? Seule une poignée de personnes aura donc souligné un événement qui concerne pourtant le Québec tout entier. Ce silence est troublant car il montre la gêne que suscitent encore les mots du général de Gaulle dans la classe politique québécoise, y compris au Parti québécois C’est ce courage politique qui dérange tant les esprits utilitaires et calculateurs que nous sommes devenus.

À force de calculer ce que l’indépendance pourrait nous coûter ou nous rapporter, on dénature au fond l’essence de ce qu’elle représente. Et l’on fait finalement la promotion du fédéralisme « rentable » dont les arguments ont toujours été d’ordre comptable Même les souverainistes semblent aujourd’hui gagnés par l’utilitarisme ambiant. Peut-être notre silence accablant en ce 24 juillet fut-il le symbole de notre désir inconscient de revenir à l’anonymat international dont nous a sortis De Gaulle un peu malgré nous.

Vous voyez bien que, 40 ans plus tard, les mots du général n’ont rien perdu de leur caractère subversif.

En juillet 2007 seule la Société Saint Jean-Baptiste se souvient :

La SSJBM organisa ce soir-là une projection du court métrage de Jean-Claude Labrecque intitulé La Visite du général de Gaulle au Québec. Marcel Masse, ministre délégué à l’accueil des chefs d’État lors d’Expo 67, au sein du gouvernement de Daniel Johnson père, anima la discussion. Ainsi que l’expliqua le président de la SSJBM, Jean Dorion. Âgé de 24 ans à l’époque, ce jeune militant du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) « n’a pas pu dormir de la nuit » après que le général De Gaulle eut lancé « Vive le Québec libre ! » « De Gaulle a non seulement donné une caution au Québec sur la scène internationale, il a donné confiance au mouvement indépendantiste dans la validité de sa cause », estime M. Dorion.

Cette déclaration fut un révélateur. Il y avait déjà au Québec, avant De Gaulle, un mouvement indépendantiste qui se développait depuis plusieurs années, mais en même temps ses adhérents n’étaient pas tout à fait sûrs d’eux-mêmes. C’est la caméra de Jean-Claude Labrecque qui avait capté la déclaration du chef de l’État français. Ce film, considéré comme l’un des plus beaux fleurons du cinéma direct, relate l’arrivée du général à Québec, son parcours triomphal sur le Chemin du Roy et l’accueil délirant que lui réservent de 15 000 à 20 000 personnes devant l’hôtel de Ville, où il livra son fameux discours improvisé le 24 juillet 1967 M. Masse attribue à De Gaulle l’essor du Québec sur la scène internationale : « C’est un événement qui a fait connaître le Québec sur le plan international et qui a assuré que la relation entre la France et le Québec se fasse en toute connaissance de cause. [...] L’oxygène nécessaire à notre survie nous vient en grande partie de cette relation avec la France »

L’initiative de la SSJBM offre un bel espace de réflexion, estime enfin M. Masse, qui fut ministre provincial sous Daniel Johnson et Jean-Jacques Bertrand et ministre fédéral sous Brian Mulroney.

Rappelant que le Parti libéral se déchira par la suite et que l’Union nationale perdit une partie de ses électeurs aux mains du Parti québécois et des libéraux, M. Masse ajoute que le passage du général « a été un élément majeur de l’évolution des partis politiques », tant au Québec qu’à Ottawa.

Marcel Masse lui aussi, était à l’hôtel de ville ce soir-là. Il était le ministre que Daniel Johnson avait délégué à l’accueil des chefs d’État pendant Expo 67. En traversant Montréal, estime-t-il, le général avait pu sentir l’atmosphère de «  libération psychologique » des francophones. « Tu sentais que pour une rare fois, les francophones pouvaient se déclarer tels, sans aucune hésitation et avec fierté. Ça se sentait tellement que ça a marqué dès les premiers moments le général de Gaulle. »

Une phrase du général de Gaulle que personne n’avait vu venir, avant ce soir du 24 juillet 1967, mais qu’on cite et commente encore, 40 ans plus tard. Tapez-la dans Google et vous obtiendrez plus d’un million de liens, à quelques centaines de milliers de résultats des 1,5 million récoltés par « René Lévesque ».

Par la suite plusieurs politiciens français se sont exprimés sur la question nationale du Québec. Ils semblent accueillir avec la meilleure sympathie son émancipation politique.

Quelques déclarations au fil des ans :

De tous les politiciens français de premier plan, c’est sans doute l’ancien président socialiste François Mitterrand qui a le moins rendu public, son opinion sur le Québec. Or, selon Louise Beaudoin Mitterrand a répondu présent lorsque le Québec a eu besoin de lui. « C’est particulièrement vrai, dit-elle, au moment de la tenue du premier Sommet de la francophonie. Dès 1983, le président français avait parlé de ce projet avec Pierre Elliott Trudeau en marge du Sommet du G7. Il souhaitait que celui-ci devienne réalité au cours de son premier septennat (1981-1988).M. Trudeau ne voulait rien savoir d’une représentation du Québec à un sommet francophone, se remémore Mme Beaudoin, devenue déléguée générale du Québec en 1984. À ce moment-là, nous sommes intervenus. Nous sommes allés voir Mitterrand et lui avons proposé d’attendre. C’est ce qui s’est passé. François Mitterrand a attendu, les conservateurs ont été élus, le premier Sommet de la francophonie a eu lieu à Paris en 1986 et le Québec y était représenté.

Alain Peyrefitte, ministre de la Justice en France, parle de «  non-ingérence, non-indifférence » à l’égard du Québec. La formule est encore utilisée de nos jours.

Valéry Giscard d’Estaing, lorsqu’il était président de la République, avait lancé une autre phrase qui a marqué lors d’une visite au premier ministre René Lévesque : « Ce que vous attendez de la France, c’est sa compréhension, sa confiance et son appui. Vous pouvez compter qu’ils ne vous manqueront pas le long de la route que vous déciderez de suivre »

Après le premier référendum, en 1980 :
Le politicien socialiste Michel Rocard écrit à René Lévesque : « C’est avec tristesse que j’ai pris connaissance des résultats du référendum (...) Au-delà de mes sentiments de sympathie que vous connaissez bien, je voudrais vous dire ma conviction que le travail de construction de l’identité collective du Québec que vous avez entrepris, ne sera pas pour autant interrompu. » Sa lettre a été rendue publique en 1991.

En 1995, Jacques Chirac, alors maire de Paris, a profité de la visite du premier ministre Jacques Parizeau pour déclarer : « Ce que nous disons dans le cas d’un référendum positif, où on décide de la souveraineté du Québec, il nous semble que les nations francophones (...) mais en particulier la France, devraient être immédiatement aux côtés des Québécois et soutenir et reconnaître cette situation. »
Cinq ans plus tard, il renchérit : « Quel que soit le chemin que le Québec empruntera, la France est prête à l’accompagner, dans un esprit d’amitié et de solidarité. »

En entrevue à Radio-Canada, en mars 2006, le ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, affirmait : « Tout ce que le Québec décidera, la France le respectera et accompagnera toujours le Québec, toujours. »

Ségolène Royal, lorsqu’elle fut candidate socialiste à la présidentielle française, rencontra le chef péquiste André Boisclair, elle parla de ses affinités avec le Québec en disant : « Elles sont conformes aux valeurs qui nous sont communes, c’est-à-dire la liberté et la souveraineté du Québec. »

Le Soleil
samedi 21 juillet 2007

Il y a quarante ans, le Général De Gaulle, du haut du balcon de l’Hôtel de ville, lançait : "Vive le Québec libre !". L’année suivante René Lévesque quittait le parti Libéral, fondait le PQ. 8 ans plus tard, le PQ était élu. Ça y était. Ou presque. Les Québécois votèrent pour rester dans le Canada en 1980, puis en 1995.
Et 40 ans, plus tard, même la chef du PQ n’ose plus dire Vive le Québec libre.

La Presse Stéphane Laporte
samedi 21 juillet 2007

Marcel Masse (ministre délégué à l’accueil des chefs d’État lors de l’Expo 67).
Treize mois avant la visite du général de Gaulle, les Québécois venaient de réélire un gouvernement de l’Union nationale. Dix ans auparavant, la province était plongée dans la Grande Noirceur, et voilà maintenant qu’elle était propulsée sur la scène internationale. Bien des gens jugèrent que « De Gaulle en donnait plus que le client en demandait », illustre-t-il. «  Je crois qu’on a utilisé au contraire tout le potentiel qu’on avait. On est allé aussi loin qu’on pouvait sans exagérer », ajoute-t-il.

Le Devoir Brian Myles
samedi 21 juillet 2007

Sous-ministre aux Affaires gouvernementales lors de la visite de De Gaulle, Claude Morin se trouvait derrière le général lorsqu’il entendit l’impossible. « Ma première réaction, ç’a été de penser à la tête qu’ils feraient à Ottawa et ça m’a bien amusé  », se souvient-il. Et quelle tête ils firent !

Alain Peyrefitte vint en mission avec Bernard Dorin à l’automne 1967 et rencontra le premier ministre Daniel Johnson au sujet des vingt-cinq mesures de coopération. Ce dernier s’engagea « à y effectuer un financement égal à celui de la France »
Le programme français prévoyait des crédits de cinq millions de francs pour l’exercice 1967, 25 millions de francs en 1968, 32 millions en 1969 et 40 millions en 1970. Jusque-là, il n’y avait qu’un accord limité sur l’admission d’étudiants québécois à l’Ecole nationale d’administration de France et la venue de stagiaires québécois en vue de mettre sur pied l’ENAP à Québec.

Le 10 avril 1968, montrant sa ferme résolution et son non-repentir, le général de Gaulle allait écrire en apostille sur le télégramme de l’ambassadeur de France à Ottawa : « Nous n’avons aucune concession ni même aucune amabilité à faire à M. Trudeau qui est l’adversaire de la chose française au Canada. »
Bernard Dorin rappelle qu’après le départ du général de Gaulle des affaires de la France, face à Pierre Elliott Trudeau, « il s’est agi d’un combat continu pour maintenir les acquis de 1967 ! ».

Le Devoir 21.7.2002 Pierre Vadeboncoeur

C’était De Gaulle
d’Alain Peyrefitte.Gallimard, Quarto Paris, 2002, 1960 pages Réédition en un seul volume d’un ouvrage d’abord publié aux Éditions Fallois/Fayard, en 1994, puis republié en 1997 et en 2000.

Qu’est-ce que ce livre énorme ?
Ce livre est un travail de moine, une contribution à l’histoire comme il n’y en a sans doute pas beaucoup.
C’est en effet Charles de Gaulle, sur le vif, à travers ses propos, notés par l’auteur au jour le jour, au cours des années soixante, avec ceux de quelques ministres, en particulier Couve de Murville, Pompidou et Peyrefitte lui-même. Celui-ci était en contact très fréquent avec de Gaulle, notamment au conseil des ministres, consignant tout ce qu’il pouvait dans des cahiers avec l’assentiment du Général. Ces notes abondantes et précises sont reliées par les explications et les commentaires de l’auteur. Alain Peyrefitte n’est pas un historien mais un chroniqueur averti, renseigné et attentif, doublé d’un homme appartenant à l’appareil d’Etat, donc quelqu’un connaissant les affaires et en conduisant lui-même un certain nombre. Il n’existe pas d’ouvrage d’historien comme celui-là.

Les historiens écrivent à partir de documents anciens. Ils reconstituent le passé, ils interprètent. Ce livre, c’est l’histoire elle-même dans un des lieux où elle se déroule, avec la réaction immédiate de certains acteurs, ce sont les décisions à leur point d’origine et dont on peut maintenant apprécier la justesse à la lumière de ce qui s’est passé depuis. On en retire que De Gaulle chercha constamment à préserver la souveraineté de la France, souvent contre la politique de pays alliés. Il dira sur la permanence des peuples : « Un peuple vit aussi longtemps que le cèdre. » Il veut exprimer par-là, qu’une Nation est infiniment plus résistante que les idéologies, ce sera aussi le fondement de sa politique pour la France, pour les colonies, pour le Vietnam, pour la Palestine, pour le Québec.

Après être repartis dans le passé, après s’être remémorés les commémorations du trentième anniversaire ou les non commémorations du quarantième anniversaire de cette visite du général de Gaulle du 24 juillet 1967, n’est-il pas judicieux de se demander ce qu’il en sera maintenant en juillet 2017, cinquante ans jours pour jours après ?

Comme pour la visite de Charles de Gaulle, cela aura lieu exactement, au moment de l’anniversaire de la confédération canadienne (BNAA) date anniversaire d’autant plus conséquente d’ailleurs pour Ottawa, puisqu’en juillet 2017 ce ne sera pas n’importe quel anniversaire, mais le cent cinquantième.

Y aura-t-il, chez nous en France, une personnalité aux épaules aussi larges que Charles de Gaulle pour clamer à nouveau, décidément non, nous n’avons ni à applaudir ni à fêter cet évènement qui avait entrainé l’assujettissement des descendants français ? Ou bien verra-ton certains de nos politiques venir saluer très (trop) diplomatiquement, de façon à ne pas accabler Ottawa… y compris peut-être, les temps auraient-ils à ce point changé- ne pas embarrasser le Québec lui-même ?

Après le siècle d’oppression qui suivit la conquête anglaise, certains parmi les descendants français sont convaincus que le second siècle écoulé, sous le système défini par l’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867, ne leur a pas assuré dans leur propre pays, la liberté, l’égalité et la fraternité.

Assisterons-nous alors, éblouis par cette flamme, qui anime encore ceux qui n’ont rien oublié du Passé, au rappel clamé haut et fort, tout comme le général De Gaulle l’avait fait, qu’avant les Anglais le Canada français existait déjà depuis plus d’un siècle et demi ?

Écrire un commentaire

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Ajouter un document
Ajouter un document

Éviter les réponses à un autre commentaire, les commentaires s'appliquent au texte seulement.

Pas d'attaques personnelles ni de propos injurieux ou discriminatoires.

Vigile se réserve le droit de refuser tout commentaire sans avoir à justifier sa décision éditoriale.

Veuillez lire attentivement les consignes détaillées avant de soumettre votre premier commentaire.

Consignes détaillées

Financement de Vigile

N’hésitez pas à contribuer à sa production

Joignez-vous aux Amis de Vigile

Objectif 2017: 60 000$
7 695$  13%
Paiement en ligne
Don récurrent

Contributions récentes :

  • 28/04 Pierre Cournoyer : 50$
  • 26/04 Diane Gagnon: 50$
  • 23/04 René Ricard : 50$
  • 23/04 Jacques Coulombe Ltée : 20$
  • 22/04 François Dubois : 20$
  • 20/04 André Daoust : 40$
  • 19/04 Jacques Tremblay : 50$
  • 19/04 Simon Garneau: 25$

Toutes les contributions

Merci beaucoup!

Publicités