«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Un virage majeur

La plupart des onze gestes proposés sont relativement anodins et n’annoncent pas d’interminables chicanes.

vendredi 7 mars 2008

Il ne faut pas s’y tromper. En abandonnant l’engagement de tenir un référendum le plus tôt possible et en proposant plutôt de « faire progresser le Québec jusqu’à son accession au statut de pays », le Parti québécois ne fait pas que jouer sur les mots. Il annonce un virage majeur.

C’est, dans un premier temps, une rupture avec la stratégie jusqu’auboutiste d’un référendum coûte que coûte, cautionnée par Bernard Landry, et qui a largement contribué à la débâcle électorale d’André Boisclair. Et cela annonce, pour la prochaine campagne électorale, un discours fort différent. Le communiqué du PQ qui annonçait le dépôt de ces propositions qui feront l’objet de débats au conseil national de la mi-mars n’utilise même pas le mot souveraineté. Il y a des indices qui ne trompent pas.

Mais plus profondément, la proposition du conseil exécutif national, qui veut modifier radicalement le fameux article 1 du programme, est en fait une façon de reconnaître qu’une victoire de la souveraineté n’est pas réalisable dans un avenir prévisible, qu’elle cesse d’être un objectif immédiat pour devenir une possibilité beaucoup plus lointaine, ce qui appelle une stratégie progressive et beaucoup moins agressive.

Le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, s’est empressé de dénoncer le virage, parlant de duplicité, de manque de courage, qualifiant la démarche d’insidieuse. Cela peut s’expliquer par la crainte des libéraux qui perdent un argument de vente puissant si leurs adversaires péquistes cessent de nous menacer avec l’épée de Damocles référendaire. Mais cette indignation va tomber à plat, car elle est à côté de la plaque.

Il est vrai qu’il y a quelque chose de confus et de flou dans la nouvelle démarche que propose le PQ. On ne s’engage plus à la tenue d’un référendum, mais on ne l’exclut pas non plus. Mais ce manque de clarté n’est pas un signe de duperie. Il est bien davantage un symptôme du désarroi d’un parti qui doit amorcer une transition très difficile, s’ajuster à une nouvelle réalité et prendre acte de l’impasse de son option. Dans cette transition, le PQ doit maintenir la cohésion de ses troupes, trouver une porte de sortie honorable, et donner un nouveau sens à un parti dont la raison d’être a toujours été la souveraineté.

Cela mène à une démarche qui, à plusieurs égards, est vaseuse. Toute l’idée de la rédaction d’un manifeste pour expliquer le pourquoi de la souveraineté et l’idée d’amorcer une « conversation nationale » avec les Québécois ressemble étrangement à une stratégie du désespoir. Ça fait quatre décennies que nous conversons. De quoi va-t-on converser maintenant ? Si les stratèges souverainistes écoutent, au lieu d’essayer encore d’expliquer les choses à des citoyens qui n’ont pas encore « compris », ils découvriront rapidement que les gens veulent parler d’autre chose.

On peut également noter qu’en remplaçant, dans l’article 1, le combat immédiat pour la souveraineté par des gestes de « gouvernance nationale », la direction du PQ ne propose pas, comme on pouvait le craindre, une stratégie de harcèlement constitutionnel. La plupart des onze gestes proposés sont relativement anodins et n’annoncent pas d’interminables chicanes. C’est le cas de l’adoption d’une constitution québécoise, de la citoyenneté québécoise, du renforcement du statut de la langue, de la consolidation de l’enseignement de l’histoire, de l’intégration des immigrants, de la lutte contre le racisme, de la décentralisation du Québec, du dialogue avec les premières nations. Le seul foyer de conflit possible est le rapatriement des fonds et des pouvoirs liés à langue, à la culture et à l’immigration, mais c’est une revendication qu’on retrouve chez les autres partis.

La nature de ces gestes mène moins à une espèce de plan B pour faire la souveraineté par la porte d’en arrière qu’à la recherche d’une nouvelle raison d’être pour le PQ maintenant que la souveraineté n’est plus autant au coeur de son action. Qu’est-ce qui distinguera le PQ des libéraux et des adéquistes s’il n’y a pas de référendum ? À plus forte raison quand le parti prône maintenant, comme ses adversaires, l’importance de créer de la richesse ?

La réponse, on la devine à travers les propositions des dirigeants du parti, qui semblent vouloir définir ce PQ nouveau à travers deux grandes orientations. Tout d’abord, une rénovation de la social-démocratie pour que le PQ puisse se présenter comme le seul parti capable de concilier la richesse et la solidarité. Ensuite, des gestes de gouvernance qui en feraient le gardien de « l’identité nationale ».

Mais ce qu’il faut retenir, c’est l’importance du virage. Et le courage de Pauline Marois, qui ose affronter la culture de son parti et lui imposer, enfin, une dose de lucidité.


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PQ - gouvernance nationale
Conseil national 14-15 et 16 mars

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