«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

« Le surplus de 2,5 milliards de dollars est dû en partie à l’affaiblissement des systèmes publics d’éducation, de santé et de services sociaux »

Un surplus de 2,5$ milliards, mais à quel prix ?

Le mot « surplus » fait rêver. Dans nos vies personnelles, qui n’en rêvent pas ? Dans la vie d’un État, par contre, tout dépend de la manière dont il fut amassé.

Le gouvernement Couillard étant celui de l’austérité budgétaire, le surplus de 2,5 milliards de dollars est dû en partie à l’affaiblissement des systèmes publics d’éducation, de santé et de services sociaux sous son règne.

Quiconque travaille en santé, en éducation ou dans les services sociaux - ou tente de se prévaloir de ces services publics – le sait d’expérience.

Et pourtant, contrairement à ce qu’on entend souvent dire, l’État n’est pas une famille, ni une entreprise privée.

Sa finalité est collective. Elle n’est pas de tirer un profit de sa gestion pour l’engranger à des fins autres que sa mission première, laquelle est de prendre soin adéquatement de sa population, de bien l’éduquer et de créer un climat économique favorable à la création de bons emplois.

***

Les mêmes écopent

Que ce soit avec la chasse au déficit-zéro sous Lucien Bouchard ou sous l’austérité de Philippe Couillard, cette finalité en a pris pour son rhume.

Les grands perdants de l’austérité sélective d régime Couillard, comme l’a si bien noté la Protectrice du citoyen, étant les Québécois les plus vulnérables.

Sans hasard, le même matin où l’on apprend la nouvelle d’un surplus de 2,5$ milliards, on apprend aussi que le soutien à domicile pour les personnes handicapées a diminué. Une énième illustration des dommages réels provoqués par l’austérité dans la vraie vie du vrai monde.

Ce faisant, plus les années passent, plus nous nous éloignons du projet d’une société plus juste – un principe-clé non pas du socialisme, mais du libéralisme d’après-guerre des années 1960 et 1970. Et plus nous nous rapprochons d’une société plus individualiste et plus inéquitable.

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Derrière les chiffres du « sauveur »

Il y a quelques mois, le premier ministre Couillard lançait qu’il avait « littéralement sauvé le Québec » d’un présumé gouffre financier.

Encore ce matin, en répondant aux questions des journalistes, il répétait même que « ça fait des années qu’on avait l’impression d’être sur le bord de la faillite au Québec. » Au bord de la faillite ? Voyons donc...

Or, pour supposément « sauver le Québec », il a non seulement sabré dans les missions essentielles de l’État québécois et ce, en plein vieillissement de la population. Pour mieux vendre son approche draconienne à l’opinion publique, il l’a également fait en se reposant sur ce qu’on appellerait aujourd’hui un « fait alternatif ».

Car derrière le « sauveur », se cachent des chiffres bien différents de ceux qu’il a brandis à la population pour justifier son austérité.

Dès décembre 2014, le chroniqueur économique Gérald Fillion, l’expliquait fort bien ici :

« Une fois qu’on a revu ces données (du gouvernement Marois) et ces projections, pourquoi Martin Coiteux (alors président du Conseil du trésor) et Carlos Leitao (ministre des Finances) ne cessent-ils pas de répéter depuis huit mois que le déficit à enrayer est de plus de 5,8 milliards cette année et de 7,3 milliards l’an prochain ?

Ces chiffres n’existent pas dans la réalité.

Ce sont des projections qui sont faites et qui sont utilisées dans la communication politique du gouvernement Couillard parce que le gouvernement Marois n’a pas publié son budget de dépenses avant de déclencher des élections l’hiver dernier.

Le compte est resté ouvert, la calculatrice abandonnée sur la table, tout le monde est sorti de la pièce pour aller faire campagne et ce sont de nouvelles personnes qui sont entrées dans le local après l’élection.

Puisque les comptes n’étaient pas encore terminés, puisque les réponses aux demandes des ministères n’avaient pas encore été données, puisque les révisions de programmes n’avaient pas été amorcées ou terminées, puisque certaines annonces n’avaient pas encore été « budgétées », le nouveau gouvernement s’est emparé des chiffres du compte des dépenses au moment où les ministres du gouvernement Marois ont laissé leur table de travail pour partir en élections.

Et ce sont ces chiffres qui servent aujourd’hui de base à leur communication pour expliquer les compressions budgétaires à faire.

Le déficit envisagé de 5,868 milliards de dollars en 2014-2015 s’appuie donc sur une croissance des dépenses de programmes d’au moins 7,1 % si on se fie aux calculs du vérificateur général dans son rapport publié début juin.

Le PQ prévoyait 2 %, je vous le rappelle et le PLQ, maintenant au pouvoir, prévoit 2,1 %. Donc, personne n’a jamais projeté une hausse des dépenses de plus de 7 %. Ni le PQ ni le PLQ.

Et si le Parti québécois avait repris le pouvoir le 7 avril, il aurait eu à faire des choix. Il aurait eu à dire non à plusieurs ministères pour en arriver à respecter sa projection. Et c’est ce que doit faire le président du Conseil du Trésor d’ailleurs tous les ans : faire des choix, arbitrer, rejeter, accepter, négocier, décider.

Le problème du PQ, c’est qu’il a laissé le programme des crédits budgétaires en plan avant de partir en élections.

Mais le problème du PLQ, c’est qu’il base toute sa communication sur les mesures d’austérité en s’appuyant sur des chiffres « exagérés » et ponctués d’un « petit peu d’invention  », selon l’économiste Jean-Michel Cousineau, en entrevue mardi soir à RDI Économie.

Autant le gouvernement Marois aurait gagné en transparence en publiant les crédits avant de décréter des élections, autant le gouvernement Couillard gagnerait en pertinence en parlant des vrais chiffres plutôt que d’exagérer la réalité budgétaire. »

***

Et voilà comment le gouvernement actuel a justifié sa propre austérité budgétaire. Soit sur des chiffres en partie inventés.

Comme quoi, son choix austéritaire est bel et bien de nature idéologique, et non pas de nature financière.

 


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