«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

George Brown, « Le premier des Pères de la confédération »

Un homme qui a fait l’histoire, mis au ban de l’Histoire

Un artisan de la politique d’assimilation du régime fédéral

Chronique de Me Christian Néron
vendredi 31 octobre 2014
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Le 27 octobre 1864 : « Is it not wonderful ? French Canadianism entirely extinguished ! »

Si peu regretté au point de sombrer dans l’oubli collectif et d’être écarté de la propagande fédérale en cours, George Brown, député d’Oxford Sud pour le Haut-Canada, devrait pourtant être célébré comme le premier et le principal artisan du projet de confédération, c.- à - d. comme celui qui a habilement planifié, puis lancé le coup d’envoi à une série d’évènements qui vont conduire à l’adoption d’une nouvelle constitution pour le Canada. Joseph-F. Perrault, un jeune député de 28 ans qui avait fait une prestation remarquée lors des Débats parlementaires de février et mars 1865, n’exagérait rien en parlant de lui comme d’un « fanatique que l’on fit venir d’Écosse pour jeter ici le brandon de la discorde ». Malheureusement pour le Bas-Canada, et pour notre histoire constitutionnelle, Brown méritait sa mauvaise réputation. Jusqu’à ce jour, et malgré de nobles efforts, aucun historien n’a encore réussi à le recycler et à lui rendre la place éminente qui devrait être la sienne au panthéon des « Pères de la Confédération ».

Né en Écosse en 1818, Brown émigre au Canada en 1843. À peine quelques mois après son arrivée, il fonde avec son père un hebdomadaire, le « Globe », qui parait pour le première fois le 5 mars 1844. Se sentant d’humeur à mettre sans tarder son pays d’accueil à son goût et à sa convenance, il prononce, vingt jours plus tard, son premier discours pour appuyer les réformistes du Haut-Canada contre le gouvernement du gouverneur Metcalfe. Réformiste et libéral, Brown sera un dur critique de l’Union de 1840, et dénoncera avec une rare énergie, à partir de 1851, l’égalité législative entre les deux sections de la province : si l’inégalité en faveur des Britanniques avait été une sage décision, l’inégalité en faveur des Canadiens était un scandale et une injustice qu’il fallait combattre par tous les moyens ! Il est élu député libéral pour la première fois en 1851 suite à une campagne électorale où il avait appuyé la politique des réformistes en faveur de la séparation entre l’Église et l’État. Cette politique visait surtout à empêcher l’érection d’écoles catholiques dans le Haut-Canada.

Là où il va exceller à jeter le « brandon de la discorde » et à enflammer les Britanniques contre les Canadiens, c’est dans sa croisade de dénonciation de la « domination française » et dans sa lutte acharnée en faveur de la représentation selon la population. En mainte occasion, il avait prédit que le sang finirait par couler si la question n’était pas réglée à l’avantage du Haut-Canada. La difficulté des gouvernements à se maintenir au pouvoir, depuis le début des années 1860, va lui permettre de promouvoir avec succès l’idée d’une fédération avec représentation proportionnelle au niveau du gouvernement central.

Défait le 14 juin 1864, le gouvernement Taché – Mc Donald se trouve contraint de chercher de nouveaux partenaires pour se maintenir au pouvoir. Acculés au pied du mur, les ministres, dont George-Étienne Cartier au premier plan, n’ont d’autre choix que d’improviser une paix des plus surprenantes avec leur ennemi acharné des douze dernières années : un pacte entre les deux nations, souvent identifié sous le nom de « Grande Coalition », est scellé officiellement le 22 juin 1864.

Détenant pour ainsi dire la clef du pouvoir, Brown était en excellente position pour pousser ses nouveaux alliés à s’engager dans une réforme constitutionnelle d’où sortira la Confédération de 1867, constitution qui brisera à jamais la « domination française » au Canada. Dans sa correspondance avec ses amis, Brown ne cachait en rien sa volonté de « dégriffer et d’arracher les dents » des Canadiens-Français. Au sortir de la Conférence de Québec, le 27 octobre 1864, il était à ce point emballé par son éclatante réussite, qu’il n’avait pu s’empêcher d’écrire à son épouse : « Is it not wonderful ? French Canadianism entirely extinguished ! »

Pour Perrault, notre jeune député, les Résolutions de la Conférence de Québec étaient un prix chèrement payé puisque les Canadiens perdaient les avantages du gouvernement responsable au niveau fédéral, et qu’ils laissaient leur destin national à la merci d’une majorité étrangère qui n’avait jamais cessé de manifester une franche hostilité à leur endroit.

Pour Brown, la victoire était totale, compte tenu que la nouvelle constitution convenait parfaitement aux revendications du Haut-Canada. Il était le premier de tous les « Pères de la Confédération ». Les Canadiens lui doivent ce pays Fier ! Fort ! Libre ! qu’ils célèbrent aujourd’hui… sans Brown. Drôle de fête !

Commentaires

  • Carole Smith, 4 novembre 2014 20h49

    Merci beaucoup. J’ai lu avec beaucoup d’intérêt.

  • Le Québec décline, 1er novembre 2014 21h38

    Voici une page sur lui.
    http://en.wikipedia.org/wiki/George_Brown_(Canadian_politician)

    René Lévesque :
    « Quand un peuple remet en question ses modes de vie traditionnels avec autant de vigueur que le Québec l’a fait depuis 20 ans, il risque de se couper des valeurs qui ont contribué à sa survie et à la découverte de son identité propre, sans savoir les remplacer par des valeurs nouvelles ; il risque de provoquer chez les siens le déséquilibre, le dépaysement et même le désarroi ; en renouant avec les richesses de son passé, le Québec ne peut que mieux assurer son avenir. »
    La faute à la religion ?
    http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/422064/la-faute-a-la-religion

  • Diane Leclerc, 31 octobre 2014 16h07

    Merci, Monsieur, pour vos pages d’histoire des plus éclairantes.

  • Jean Claude Pomerleau, 31 octobre 2014 11h16

    Me Néron est un des rares qui revoit l’histoire à partir des statuts.

    « L’annexion mène à l’assimilation » ( Maurice Séguin)

    Depuis l’annexion de 1763, chaque changement de statut du Québec avait pour objectif, la marginalisation et au final l’assimilation de la nation française que nous sommes.

    « Les statuts résument et portent l’histoire. ».

    JCPomerleau

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