«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Le cynisme

Un boulet de plus pour le projet d’indépendance ?

Tribune libre de Vigile
lundi 9 janvier
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On entend le mot « cynisme » sur toutes les tribunes depuis plusieurs années. Beaucoup de monde a la mauvaise habitude d’essayer d’en tirer profit en dénonçant les causes du cynisme, tout en s’y croyant exclu. Si la peur d’un Québec appauvri a pu être un argument de taille pour contrer l’indépendance du Québec, est-ce que le cynisme n’est pas devenu le pire ennemi du projet aujourd’hui ? Si tel est le cas, ce ne sont pas les fédéralistes qui se plaindront, en coulisse du moins, d’un peu de cynisme dans l’air.

Qu’est-ce que le cynisme ?

Comme je me sentais ennuyé d’entendre des politiciens et les journalistes de tout acabit répéter à qui veut l’entendre que les gens en ont assez du cynisme, j’ai décidé qu’il valait mieux essayer de comprendre et de décortiquer un peu le supposé phénomène, plutôt que de faire semblant qu’il n’existe pas. À la base, on peut penser que les promesses non tenues des politiciens ou les affrontements verbaux entre ces derniers seraient certainement dans le palmarès des événements provoquant le cynisme. Pourtant, les promesses non tenues ou le favoritisme des amis du Parti au pouvoir existent depuis presque toujours. Je ne crois pas qu’on parlait vraiment de cynisme dans les années ‘40,’ 50, ’ 60.

Selon Wikipédia, le cynisme contemporain « est une attitude ou un état d’esprit caractérisé par une faible confiance dans les motifs ou les justifications apparentes d’autrui, ou un manque de foi ou d’espoir dans l’humanité. Il est parfois considéré comme une forme de lassitude fatiguée, mais aussi comme un mode de critique ou de scepticisme réaliste. »

La définition mentionne que le cynisme peut être « une forme de lassitude fatiguée », comme si une accumulation d’événements ou de décisions déplorables au fil du temps aurait fini par venir à bout de la confiance ou de l’espoir de la population envers ses institutions. Or, de façon générale, les Québécois n’ont pas de mémoire, contrairement à ce qui est inscrit sur nos plaques d’immatriculation. Je serais curieux de voir les résultats d’un vox populi demandant aux gens s’ils se souviennent de la « nuit des longs couteaux » ou d’essayer de décrire ce qu’était l’Accord du lac Meech. Ainsi, la question reste entière, pourquoi plus de cynisme maintenant qu’auparavant ?

Je crois que le phénomène peut être accentué d’une part par l’accroissement des écarts salariaux entre riches et pauvres, preuve directe de l’incapacité des gouvernements à équilibrer la société. D’autre part, le cynisme déborde le cadre purement politique des affrontements stériles entre nos élus. De nouvelles pratiques contribuant à mousser le cynisme semblent s’être additionnées. Ainsi, on voit les dirigeants de monopoles d’État encaisser des bonis au rendement par qu’ils ont augmenté les profits en augmentant les prix, tout simplement. Du côté de l’entreprise privée, les bonis sont surtout versés aux dirigeants qui ont mis à pied des centaines de travailleurs, rationalisation résultant en une augmentation de la valeur des actions de l’entreprise. Il y a aussi les bonis qui sont versés aux dirigeants qui se font montrer la porte pour incompétence, mais dont le contrat prévoit un boni de départ (peu importe les circonstances).

Du côté de la justice, il y a toujours la police qui enquête sur la police et les criminels qui s’en tirent parce qu’on a trop attendu avant de leur faire un procès. Il y a les commissions d’enquête qui coûtent très cher et qui s’étalent sur une si longue période que les gens sont rendus ailleurs lorsque les conclusions sont dévoilées. C’est bien pratique d’étirer le temps, combien de coupables, bien branchés, ont le temps de mourir avant d’être jugés !

Puis, il y a cette incessante roue qui tourne ou l’on coupe les budgets pour équilibrer les finances, puis on redonne des bonbons à l’approche des élections. On coupe pour réduire le déficit, puis on s’endette, on recoupe encore pour réduire le déficit, puis on se réendette encore. Les électeurs ne voient jamais les résultats de leurs sacrifices parce que les gains qui en résultent vont principalement dans les poches des entrepreneurs en construction et des firmes d’ingénierie.

Les conséquences du cynisme

L’effet le plus immédiat et le plus frappant du cynisme est que la majorité de la population ne croit plus au changement. Cela a des conséquences énormes sur l’avenir du Québec. La première conséquence est qu’elle fait disparaître la passion. Presque toutes les grandes réalisations du Québec se sont produites avant l’apparition du cynisme. Il y avait des passionnés en politique et ailleurs qui faisaient progresser le Québec et qui ont mis le Québec sur la carte.

Aujourd’hui, ce sont des politiciens sans envergure qui ont pris la relève. Comment en est ont arrivé là ? Du côté du citoyen, la disparition des grands projets communs est remplacée par un individualisme à outrance. Convaincu que leur argent est gaspillé de façon démesurée par les gouvernements, le citoyen voit en la réduction de ses impôts le seul bénéfice potentiel qui peut améliorer son niveau de vie. Tant qu’on est en santé, on ne veut plus payer pour les malades. Tant qu’on a son automobile, on ne veut plus payer pour le transport en commun. Évidemment cette logique ne tient pas la route, à moins de ne plus vouloir vivre en société et de retourner vivre dans les cavernes. Celui qui vit et travaille au centre-ville pourrait bien réclamer le droit de ne plus payer pour le déneigement des rues de la banlieue et tout cela s’amplifierait et deviendrait sans fin.

Et le projet de faire du Québec un pays dans tout cela ?

Malheureusement, les protagonistes qui ont abondamment contribué au cynisme ont entraîné tout le monde dans leur vague. Les cyniques diront que le beau projet de pays ne sera qu’une belle promesse déchue. Ultimement, pour contrer ce nouveau frein à l’accession du Québec à l’indépendance, je crois qu’il faudra un groupe de leaders passionnés, capable de faire rêver, de redonner de l’espoir dans nos institutions. Tous ceux qui, au plus profond d’eux même, sont d’abord animés par leur réussite personnelle ne pourront arriver à duper le peuple. Il faudra des hommes et des femmes pour qui l’avenir du Québec est plus important que la reconnaissance personnelle ou les diplômes honoris causa. Est-ce que ces personnes existent encore ?

(Ce texte a aussi été publié sur : https://www.pourunquebeclibre.info/

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