«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Feu Claude Jutra

Un Lynchage en règle sans règles aucunes

Et le nouveau directeur du « Devoir » ne fait pas exception...

Tribune libre de Vigile
dimanche 6 mars 2016
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« Qui m’enterrera pour la seconde fois... ? »
(l’immortel) Charles Aznavour, Qui ? (1963)

Liminaire  : Après refus de publication par le quotidien Le Devoir, puis parution d’une version « allégée » dans la toujours populaire Lettre de L’Agora (édition de Mars 2016 - Vol. 8, No 7), d’où le délai depuis les événements relatés dans la présente intervention, voici la version originale intégrale, et même un peu « enrichie », de l’article tel que finalisé le 25 Février dernier

D’abord un avis personnel, lequel constitue également un constat juridique : la pédophilie est un crime. Et éminemment condamnable qui plus est, compte tenu de la haute vulnérabilité des victimes d’un comportement de cette nature. Et ce, nonobstant la dimension psychiatrique du phénomène.

Ensuite, une précision : le soussigné ne présume d’aucune manière de la véracité ou de la fausseté, en tout ou en partie, des déclarations de victimes supposées du cinéaste. Non par défiance ou par déni. Moins encore sous couvert de quelque procès d’intention. Mais simplement par carence, pour l’heure, d’informations véritablement avérées, vérifiées et contre-vérifiées. Ce qui requiert du TEMPS. Et ce, afin d’établir (ou réfuter, le cas échéant) les faits allégués avec une certitude qui soit digne de ce nom à l’entendement de tout citoyen réfléchissant en régime de droit. Du droit, il va sans dire, mais disons le tout de même, qui prévaut au sein de la société québécoise de notre temps.

Cela étant entendu, le citoyen lambda que je suis se voit consterné, abasourdi, franchement ébranlé, et, pour tout dire, outré par le caractère expéditif (quelques jours sinon quelques heures à peine suivant les allégations) de la mise au ban de Claude Jutra, sur-le-champ et sans appel, par des personnalités publiques de la société civile et politique (et donc influentes en regard à l’opinion générale, pour les unes, en position d’autorité effective pour les autres).

Or, aussi bien la (maintenant l’ex-) ministre nationale de la Culture (Mme Hélène David) que la ministre fédérale du Patrimoine (Mme Mélanie Joly), ainsi que le directoire bicéphale de Québec Cinéma (M. Patrick Roy et Mme Ségolène Roederer), et autres Régis Labeaume ou Denis Coderre, icelui déclarant à tous vents qu’il « ne défendra jamais l’indéfendable », parmi quelques noms, estiment, au contraire, et contre toute intelligence du droit effectif de tout un chacun en pareil dossier (celui de l’agresseur présumé / celui des victimes présumées), que de ce TEMPS (de recherche, d’analyse et de réflexion), nécessaire pour faire la lumière sur ce drame à la fois privé et collectif, ils n’en ont nullement cure.

Aussi cette décision quasi-unanime – d’un simple claquement de doigt, ou d’une banale signature au bas d’une lettre officielle – de littéralement éradiquer jusqu’au souvenir même de Claude Jutra m’apparaît-elle non seulement dangereusement précipitée, mais radicalement irrecevable, à l’heure actuelle, au sein d’une société éthiquement évoluée et authentiquement démocratique. Nous assistons en effet, ce faisant, à rien moins qu’au lynchage d’un homme par lynchage de la vérité. Pour le simple motif (si simple, à vrai dire, que même les politiques de notre ère pourraient le comprendre aisément si l’inculture, la paresse intellectuelle et la rectitude politique, sinon l’analphabétisme verbal en pleine Assemblée nationale, n’étaient devenus les grandes vertus de [notre sombre époque >http://encyclopedie.homovivens.org/documents/lhomme_promethee]) qu’il n’y a pour l’instant – on m’autorisera le pléonasme – aucune vérité pleinement et indiscutablement avérée.

D’où, en dépit, je le présume, des intentions honorables de leurs auteurs, le plus souvent, et qu’illustre fort bien, hélas, le "papier" de Michel Leclerc paru dans Le Devoir de ce 20 février, des interventions totalement à côté de la plaque – dans les circonstances, et à ce stade de la « réflexion collective » – qui, force morale à la clé, mais nourrie d’assertions non établies hors de tout doute, s’indignent haut et fort (pour ne pas dire haut et court) sous motif que l’on chercherait, le milieu artistique en particulier, à gommer les prétendus actes répréhensibles d’un homme par le génie de son Œuvre. Pour ces gens, de toute évidence, l’affaire est d’ores et déjà entendue. Sans jamais avoir été entendue, pourtant, en vertu des règles les plus élémentaires de l’éthique propre à notre société. Qu’est ce à dire ? Ceci : D’une prémisse bancale (« Monsieur x est une canaille », disons) ne naîtra jamais une conclusion vraie (l’affirmation de l’occultation de ce « fait »). En l’occasion, l’argument (sinon l’argu/menteur, que je veux ici considérer intelligent et de bonne foi) aura oublié de chausser les pneus requis pour affronter le rude hiver. De Kamouraska.

Bref. Comme si la destruction d’un individu jusqu’à la racine de son être – dans le pire ou l’extrême des cas – ne pouvait souffrir d’attendre quelques semaines ou quelques mois de plus. En clair, cette volonté effrénée et arbitraire d’anéantir jusqu’à la mémoire d’un homme – je dirais même volonté sauvage : condamnation sans « procès » équitable, ne fût ce que par l’examen rigoureux desdits « faits » – est parfaite¬ment indigne d’une société civilisée.

Aussi n’est-ce pas sans un désarroi certain, ajouterais-je en corollaire, que je lus sous la plume étonnamment arrogante du tout nouveau directeur du Devoir (M. Brian Myles, in édition du 18 courant) que les contradicteurs d’un tel acte de « sauvagerie » ne seraient en l’occurrence, et je cite, que des « pleureurs exaltés ». Fiou. Voilà qui nous rapproche de David Desjardins plus que d’André Laurendeau. Disons. Encore un peu, et monsieur nous refilait un « Just watch me ! » bien senti. Qui aurait dit que je m’ennuierais un jour – et déjà ! – de la (désespérément) sobre plume (quoique solide tout de même) de M. Descôteaux… M. Myles serait il déjà mûr pour le jaune Power papier où, depuis des décennies, se répandent en dégoulinades doctrinaires – en symétrie radicale de la lucide saisie du réel national par un Robert Laplante, par exemple – les André Pratte, les Lysiane Gagnon et les Alain Dubuc de notre so/très Canadian Mount Tréal ?

Heureusement, et comme en contrepartie, madame Odile Tremblay – le même jour, pour faire bonne mesure, et surtout, dirais je, pour préserver l’honneur du quotidien du grand Bourassa (il n’en fut qu’un obéissant à ce critère : impossible de s’y tromper) – nous offrit, bien que sans complaisance, une « analyse » de l’événement autrement plus sage. Et réfléchie.

Parions que M. Myles, à la faveur du prochain appel national aux urnes, voire, de quelque référendum sur l’Indépendance du pays de Gilles Vigneault, ne s’empressera pas avec autant de force, de véhémence et de détermination à dénoncer le statut constitutivement aliénant (constitutionnellement aussi, bien entendu) de la nation québécoise au sein d’un pays qui la nie en permanence, et depuis toujours, dans son être propre (sa langue au tout premier chef) * – des Trudeau de "toutes" générations aux Marc Lalonde, Philippe Couillard et autres Jean Chrétien d’hier et d’aujourd’hui, en passant par le même Denis Coderre qui, pour le coup, n’est ce pas, se satisfait pleinement, et bec et ongles encore, de « défendre l’indéfendable ».

Incidemment, sur ce point, un tantinet hors d’ordre, il est vrai, quant à l’affaire ici en litige, je demeure persuadé que monsieur Claude n’aurait pas dit autrement – tout « paria » pour l’éternité qu’il se soit métamorphosé, à son esprit défendant, par les seules ressources du verbe profondément injuste (i.e. plus dément que profond) d’une (ex-)ministre de la Culture et de ses coryphées.

Coda -. Si la pédophilie est punissable, et fermement, parce que inexcusable (nonobstant le laxisme social qui à l’époque dominait en pareille matière, il faut bien le susurrer à nos oreilles aujourd’hui horrifiées à raison), le lynchage symbolique d’un citoyen (aux effets dévastateurs immédiats, permanents et irréversibles) est une monstruosité qui nous réduit – qui nous réduit tous – à l’état de barbares.

Sur ce, mes amitiés à Yves Michaud…

* Du désarroi je passe à une véritable inquiétude lorsque, dans son 3e texte depuis qu’il est en poste, soit son éditorial du 25 Février, le jeune quarantenaire réussit l’exploit d’utiliser à deux reprises des dérivés du vocable « province » pour désigner des instances relatives à l’État du Québec. Or un directeur du Devoir ne pouvant à aucun titre ignorer que Province, du latin Provincia, signifie très précisément ce qui suit : « Dans l’Antiquité, pays ou territoire conquis par Rome hors de l’Italie et gouverné selon les lois romaines », j’en conclus, mais à tort j’espère, ou bien que M. Brian Myles s’affaire sans vergogne à Gescaïser (ou cauchonniser) Le Devoir (style « Hurry Kanada ! », si J’appuie le trait un tantinet...), ou bien que sa maîtrise des concepts politiques les plus élémentaires laisse lourdement à désirer.

Aussi devant ces deux cas de figure (lesquels confinent à la même idée, indifféremment, soit ce que j’appelle : l’insignification sans détour de la notion même de Nation et d’État québécois), je m’interroge d’ores et déjà quant à la pertinence du nouveau timonier de la vénérable Maison de la rue de Bleury à occuper le fauteuil des Gérard Filion et des Lise Bissonnette (je préfère oublier au passage l’intermède malheureux du directorat de Benoît Lauzière, lequel aura toujours été plus près du Pratte idéologique de La Presse que du Lévesque analytique de Point de mire).

Je veux bien me montrer patient, et conciliant, à titre de lecteur de longue date du Devoir. Mais deux impairs sérieux en trois tentatives, pour la nouvelle recrue, désormais « âme pensante des lieux », ne laissent pas seulement pantois : Ils sèment franchement le doute. Or tout barreur du Devoir, m’est d’avis, quel qu’il soit, et de quelque sérail intellectuel et/ou professionnel qu’il provienne, doit être un Roc. Un Roc de compétence. Aussi bien quant aux idées, notamment citoyennes, qu’en regard à la qualité de la langue et la précision de la pensée qui, vérité de La Palice, pilotent celles ci vers leur lectorat.

Commentaires

  • François Ricard, 9 mars 2016 18h39

    L’"État du Québec" est un faux-fuyant qui sert à berner les Québécois qui ont alors l’impression de véritablement être souverains chez eux. Ce n’est pas vrai.
    Le Québec n’est pas un état. Le Québec n’est qu’une des provinces canadiennes. Pas plus. Ni moins.
    Le Québec est une province soumise à la tutelle fédérale qui, dans un mouvement d’unité nationale canadienne, prend de plus en plus d,ampleur.
    L’état du Québec est un slogan fédéraliste pour leurrer l,a population.

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