«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

John-Jean Ofrias

Un Amériquébécois nous parle

Une entrevue de Pierre Cloutier

Tribune libre de Vigile
vendredi 9 septembre 2016
728 visites 4 messages

Pierre Cloutier - John-Jean Ofrias, vous êtes professeur adjoint de sciences sociales de l’Université d’État de New York à Suffolk County Community College, mais vous vivez une partie de l’année dans Sutton en Estrie. Qu’est-ce qui vous amené au Québec ?

John-Jean Ofrias - Je veux dire, avant toute autre chose, que je suis honoré d’être interviewé par Vigile et je suis honoré d’être interviewé par vous, Pierre Cloutier.
Pour répondre à votre question, il y a environ 15 ans j’ai découvert Sutton, au Québec, au cours d’un voyage de ski. Au cours de mon premier voyage mes pensées allèrent plusieurs fois vers une de mes grands-mères qui est morte il y a longtemps. D’abord, je ne comprenais pas pourquoi j’ai pensé à ma grand-mère. Après réflexion, j’ai réalisé que j’ai pensé à ma grand-mère parce que l’odeur et les sons de la forêt, et les ciels bleus - et je pouvais voir tantc d’étoiles dans la nuit - m’ont rappelé sa maison à Long Island quand j’étais un jeune garçon, dans les années cinquante. Maintenant Long Island, New York, n’est pas le même endroit qu’autrefois. Maintenant Long Island est un endroit pour les voitures, plutôt que d’être un endroit pour les gens. Maintenant je passe presque autant de temps chez moi au Québec que chez moi à Long Island. Je suis encore un citoyen des États-Unis, mais je suis en même temps un Amériquébécois.

P.C. - Qu’est qui vous plaît le plus chez nous ?

J-J.O. - Vos valeurs et le fait que vous parlez Bleu. Je vois le système de valeurs des Québécoises et des Québécois comme plus progressiste que le système de valeurs du peuple de mon pays, les États-Unis. Je pense que la même chose est vraie si l’on compare le Québec au Canada sans le Québec. Le système de valeurs des Québécoises et des Québécois est très humaniste. Aux États-Unis, et même au Canada, l’humanisme est un mauvais mot. L’essence de l’humanisme - le fait que tous les gens font partie d’une famille humaine - est très évidente au Québec. L’idée que les Québécoises et les Québécois sont xénophobes est fausse. La mentalité des Québécoises et des Québécois est plus ouverte, plus libre, que la mentalité qui prévaut au Canada et aux États-Unis.

Pour moi, quand les gens parlent Bleu, ils parlent de leur cœur, et pas avec malice (pas avec la malice associée à l’expression, « Speak White ». Pour moi, l’expression « parlez Bleu » demande aux gens d’exprimer leur solidarité avec d’autres personnes qui veulent créer une société nouvelle et grande au Québec. Comme vous le savez Pierre, il est difficile pour moi d’écrire ou de parler en français, et c’est encore plus difficile pour moi de comprendre le français. Je travaille dur pour améliorer mon français, parce que le français parlé au Québec est la langue de l’humanisme. Je l’ai écrit beaucoup au cours des dernières années. Je crois que l’utilisation du français ralentit l’américanisation et la culture du capitalisme prédateur au Québec.

Permettez-moi l’imperfection de ma grammaire dans mes réponses. Je suis l’exemple même d’un anglophone qui fait l’effort de parler français, parce que protéger la langue française au Québec c’est protéger en même temps l’humanisme.

P.C. - Dans vos écrits, vous exprimez toute votre admiration pour les femmes québécoises ? Pourquoi ?

J-J.O. - Je me considère comme un féministe. L’oppression qui est subie par les femmes dans ce monde est quelque chose qui me dérange beaucoup. En même temps, ma plus grande source d’espoir pour l’avenir de l’humanité est ma confiance dans la capacité des femmes à mener l’humanité vers une nouvelle direction. J’ai une grande confiance envers les femmes partout dans le monde, ces femmes qui s’unissent pour lutter contre l’oppression envers les femmes et aussi qui se battent pour toutes les personnes qui sont victimes de discrimination.

Le mouvement des femmes et la Révolution tranquille sont devenus plus forts en même temps, et je regarde les deux comme complémentaires - des mouvements historiques pour le grand changement social, au nom de la justice et de l’égalité. Un conséquence de la Révolution tranquille a été une grande libération pour les femmes francophones du Québec. Je crois que les femmes francophones acquièrent une plus grande liberté à la fin du XXe siècle comparativement aux sœurs anglophones du Québec ou des autres provinces ou encore des cinquante États américains.

Je considère que les valeurs politiques des femmes québécoises sont plus progressives que celles de toute autre grande catégorie de personnes en Amérique du Nord. Pensez au fait que les femmes francophones étaient beaucoup plus impliquées dans les manifestations du Carré rouge pour les droits des étudiants au Québec, en comparaison avec les femmes anglophones. Cela a été très évident pour moi quand j’ai manifesté avec les Carrés rouges à Montréal en 2012.

J’espère voir bientôt plus de leaders francophones tendre la main à leurs sœurs anglophones et autochtones, j’espère les voir s’unir dans un mouvement qui sera tout à la fois un mouvement humaniste, un mouvement vert et un mouvement pour l’indépendance. Je suis l’un des millions d’hommes qui se tiendront aux côtés de ces femmes.

P.C. - Dans votre roman, Synchronicity Bleue, vous nous faites connaître le parcours d’un homme qui vit dans 2 univers parallèles, un aux États-Unis et l’autre au Québec et vous nous expliquez que ce qui se passe dans une petite ville de l’Estrie peut changer le sort de l’humanité. Expliquez-nous cela.

J-J.O. - Pour répondre à cette question, mon roman doit parler pour lui-même. Toutefois, Synchronicity Bleue compte de 268 pages. L’histoire est présentée sous la forme d’extraits du journal intime d’un homme nommé Mario-Jacques, un Amériquébécois qui est peut-être mon alter-ego. La même édition de Synchronicity Bleue a été lue par des gens qui lisent seulement le français et par des gens qui lisent seulement l’anglais. C’est un livre plus court pour les francophones unilingues que pour les anglophones unilingues. Certaines personnes lisent ce livre de façon normale, dès la première page. Beaucoup de lecteurs, en particulier les francophones unilingues, préfèrent lire ce roman par la lecture d’extraits en différents endroits dans l’histoire, qu’ils choisissent un à la fois. Je suis content de voir ces variations. Il y a plus d’une façon de tirer du plaisir et du sens d’un roman.

P.C. - Vous vous décrivez comme un Amériquébécois. Expliquez-nous cela.

J-J.O. - Mais oui, je suis un Amériquébécois. Mon auto-identité a changé et c’est naturel que je me pense comme un Amériquébécois. Ceci est la façon la plus précise de décrire mon identité culturelle et ce que j’apprécie. Je suis né à Brooklyn, New York, de parents dont les familles ont émigré de Sicile. Je pense que les Siciliens ont beaucoup en commun avec les Québécoises et les Québécois. En tout cas, je suis un Américain indépendant qui s’identifie aux personnes indépendantes du Québec.

P.C. - Vous dites que le Québec peut devenir non seulement un pays indépendant, mais aussi un modèle pour l’humanité. Pourquoi ?

L’inégalité et la misogynie sont plus grandes aux États-Unis qu’au Québec. La première femme présidente des États-Unis sera probablement élue en novembre, mais elle va avoir besoin pour gouverner dans une société qui autorise certaines religions organisées, et les gens riches, de tout le pouvoir possible d’un gouvernement. Un nouveau Québec peut être un pays où la religion et l’argent et le gouvernement seront séparés comme ils l’ont jamais été auparavant. Un Québec nouveau et indépendant peut être un pays où les femmes vont prospérer, ainsi que d’autres minorités - comme les personnes qui ont la peau foncée ou les personnes qui ne sont pas hétérosexuelles - ou comme les personnes qui ne pratiquent pas la religion. De bas en haut, voilà comment un monde meilleur peut se construire.

Merci de votre intérêt pour ce que je pense, Pierre. J’espère que les lecteurs de cette entrevue en tireront quelque chose de valable.

Commentaires

  • Ouhgo St-Pierre, 13 septembre 2016 11h30

    j’en retiens :

    "... le français parlé au Québec est la langue de l’humanisme. Je l’ai écrit beaucoup au cours des dernières années. Je crois que l’utilisation du français ralentit l’américanisation et la culture du capitalisme prédateur au Québec."

  • Michel Guibord, 12 septembre 2016 09h20

    Je connais John-Jean depuis quelques années et lui suis très reconnaissant de cet amour qu’il porte au Québec et aux Québécois. Son livre Synchronicity Bleue témoigne éloquemment de son attachement et devrait rehausser notre estime personnelle comme peuple. Si seulement il y avait davantage de John-Jean.

  • John-Jean, 11 septembre 2016 12h06

    Je suis disponible et très motivés pour parler en public. Je peux être contacté par un message par facebook (Jean-Jean Ofrias) ou au Parlezbleu.com.

  • Lise Reid, 11 septembre 2016 11h24

    Si ça l’intéresse ce serait bien que cet amériquébécois porte son message chez les anglos - québécois et chez nos minorités anglicisés.

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