«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Le statut particulier du territoire autonome de Crimée :

Ukraine : pourquoi la Crimée a-t-elle un statut à part ?

vendredi 28 février 2014

Depuis la destitution, samedi 22 février, du président ukrainien Viktor Ianoukovitch, tous les regards se tournent vers la Crimée, péninsule multiethnique de 2 millions d’habitants au statut de république autonome. Jeudi 27 février, une centaine d’hommes armés ont envahi le bâtiment du Parlement de Crimée, tandis que des forces prorusses prenaient possession des deux principaux aéroports de la région, posant la question d’une éventuelle sécession de la péninsule.

Un statut politique autonome

Depuis l’indépendance de l’Ukraine, en 1991, la République autonome de Crimée jouit d’un statut spécifique. Son parlement régional n’a pas le pouvoir d’initier des lois, mais la Crimée est autonome sur le plan budgétaire. Surtout, elle dispose de sa propre Constitution, entrée en vigueur en 1999 après de nombreux allers-retours entre Kiev et Simferopol entre 1992 et 1998.

Par ailleurs, le port de Sébastopol, où stationne la flotte de la mer Noire de la marine russe, bénéficie au sein de la Crimée d’un statut spécial : une ville autonome dans une région autonome. Son maire n’est pas élu, mais désigné par les autorités de Kiev. Economiquement et culturellement, l’emprise russe est très forte sur la ville, dont l’économie tourne autour de la base navale.

Un rattachement à l’Ukraine récent

Bordée par la mer Noire, la péninsule, qui a longtemps abrité de riches comptoirs commerciaux grecs, puis génois, était sous la domination de khans d’origine mongole, vassaux de l’empire ottoman, quand, à la fin du XVIIIe siècle, la Russie de Catherine II en a entrepris la conquête, achevée en 1783. Immédiatement mise en valeur, la région devient la tête de pont de la Russie dans les mers chaudes, et le point de départ d’une politique expansionniste dirigée vers Constantinople. L’empire Ottoman, en plein déclin, décide en 1853, avec le soutien de la France et de la Grande-Bretagne, de mettre un coup d’arrêt à cette politique en attaquant la péninsule. Le conflit, très meurtrier – 750000 hommes y périssent en trois ans –, dont le point d’orgue est le siège de Sébastopol, se solde par une cuisante défaite russe. Pourtant, la Crimée reste sous le contrôle de Moscou.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la péninsule, avec son bord de mer et son climat doux, devient une terre de villégiature pour l’aristocratie russe. La zone sera aussi le point de passage obligé de nombreux candidats à l’exil après la Révolution d’Octobre.

En 1954, Nikita Khrouchtchev, lui-même d’origine ukrainienne, cède la Crimée à l’Ukraine, pour fêter le tricentenaire du traité de Pereïaslav, par lequel les cosaques d’Ukraine avaient proclamé leur allégeance à Moscou. Ce n’est qu’en 1991, quand l’URSS se disloque, que les conséquences du « don » se font sentir : la Crimée se retrouve alors soumise à l’autorité de Kiev, avec laquelle elle a peu d’histoire commune.

Les Tatars, une communauté à part

Les Tatars sont une communauté d’origine turco-mongole installée en Crimée et dans le sud de l’Ukraine depuis le XIIIe siècle, avec la poussée vers l’Ouest de Gengis Khan. Convertis à l’islam et vassaux des Ottomans, les Tatars vaincus par Catherine II conservent un fort particularisme. Sous Staline, les Tatars, accusés de défier le régime communiste et pour certains, d’avoir soutenu l’Allemagne nazie, sont déportés en Sibérie et en Asie centrale.

Ce n’est qu’après la chute de l’URSS en 1991 qu’ils sont autorisés à rentrer en Crimée. Aujourd’hui, ils représentent 12 % des d’habitants de la péninsule. Farouchement opposés à l’idée d’un protectorat russe, ils étaient des soutiens actifs de la « révolution orange » de 2004. Mais beaucoup de Tatars ont été déçus que leurs droits et notamment leur langue ne soient pas mieux reconnus.

Les Tatars ont une assemblée représentative, le Majlis, qui n’a pas de statut officiel, mais sert d’interlocuteur à Kiev.

L’importance militaire de la Crimée pour la Russie

C’est à Sébastopol que stationne une partie de la flotte navale russe depuis la fin du XVIIIe siècle. Le port compte aujourd’hui vingt-cinq navires de combat et treize mille hommes. Depuis l’implosion de l’Union soviétique en 1991, la question de la flotte envenime les relations entre Kiev et Moscou. La Russie peut s’y maintenir au prix d’un rabais accordé sur le gaz vendu à l’Ukraine. Le bail signé en 1997 devait venir à échéance en 2017, mais en 2010, sous la présidence de Viktor Ianoukovitch, un accord pour une prolongation de vingt-cinq ans, jusqu’en 2042, a été trouvé.

L’importance militaire de Sébastopol s’amenuise néanmoins. D’une part car la mer Noire est moins stratégique pour Moscou qu’elle ne l’a été. Des cinq organisations navales russes, celle de la mer Noire n’est que l’avant-dernière en termes de taille, loin derrière les flottes des mers du Nord et de l’océan Pacifique. Par ailleurs, les contraintes administratives imposées par l’Ukraine à la flotte russe de Sébastopol ont contraint Moscou à envisager le développement militaire d’un autre port : celui de Novorossiysk, pour lequel Moscou a annoncé de lourds investissements. Reste que le port a un poids symbolique trop important pour que Moscou le lâche facilement.


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