«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Dans la plus pure tradition du Far-West, Trump négocie avec deux pistolets sur la table

Trump va-t-il fermer la frontière avec le Canada ?

vendredi 28 avril
Après avoir imposé des taxes à l’importation du bois de construction canadien, le président américain Donald Trump menace de taxer les produits laitiers... Selon lui, les accords commerciaux avec le Canada désavantagent les Américains. L’administration Trump a pris hier sa première mesure vraiment protectionniste, mais elle ne concernait ni la Chine ni le Mexique. Le département américain du commerce a publié une conclusion préliminaire, rapportant que les importations de bois d’œuvre canadien reçoivent des subventions gouvernementales injustes, et a ordonné que les agents de douanes commencent à collecter des droits d’un montant moyen de 20 % sur le bois canadien. L’an dernier, les Etats-Unis ont importé plus de 5 milliards de dollars de bois, dont une grande partie était destinée à la construction résidentielle, rappelle Quartz. Le débat sur le bois entre les Etats-Unis et le Canada a débuté en 1982. Celui-ci est alimenté par des facteurs fondamentaux : aux Etats-Unis, la terre exploitée pour le bois relève de la propriété privée, tandis que, au Canada, les vastes réserves de bois appartiennent surtout au gouvernement, qui les louent aux producteurs. Cela fait varier la nature de l’industrie forestière et rend ardu la comparaison des prix entre les deux pays. Les producteurs américains accusent les Canadiens de concurrence déloyale et de mettre en place des subventions sur les exportations.
 
En rétorsion, les présidents des Etats-Unis ont régulièrement imposé des droits sur le Canada, négociant des d’accords à court terme visant à résoudre le problème. L’expiration récente de l’un de ces accords, signé en 2006, est la cause immédiate de l’annonce de Trump de nouveaux tarifs douaniers. Les critiques de cette nouvelle mesure soulignent que les coûts du nouveau tarif vont largement retomber sur les Américains qui achètent de nouvelles maisons ou qui entreprennent des rénovations intensives au bois. Il n’est, par ailleurs, pas certain que Donald Trump puisse contrôler la Commission américaine du commerce international qui doit évaluer les dangers du bois canadien pour l’industrie américaine. La partie n’est donc pas terminée.
 
Donald Trump déclare la guerre commerciale au Canada, principal partenaire économique des Etats-Unis. Après avoir imposé lundi soir des taxes sur l’importation du bois de construction canadien, il menace maintenant de taxer les produits laitiers. Le président américain a tweeté, mardi, à l’aube : « Le Canada a rendu l’activité de nos producteurs laitiers du Wisconsin et d’autres Etats frontaliers très difficile. Nous ne tolérerons pas cela. Vous allez voir »
 
Un peu plus tard, il a justifié ces menaces en expliquant que les « gens ne réalisent pas que le Canada a été très dur avec les Etats-Unis ». « Pendant des années, ils ont été plus malins que nos dirigeants », a-t-il ajouté. Mais, en frappant le bois de construction, appelé bois d’oeuvre au Canada, Donald Trump réveille un vieux dossier qui divise les deux voisins depuis 35 ans.
 
L’ensemble des importations de bois de construction canadien aux Etats-Unis se sont élevées en 2016 à 5,66 milliards de dollars, a précisé le ministère du Commerce américain en annonçant lundi soir des taxes à l’importation allant de 3,02% à 24,12% selon les produits. Mais certains seulement, sur ce total, sont visés. Les producteurs américains accusent leurs homologues canadiens d’exporter ce matériau aux Etats-Unis à un prix de dumping, c’est à dire inférieur aux coûts de production.
 
Les autorités canadiennes ont condamné l’initiative des Etats-Unis. « Je suis poli mais je suis aussi très ferme dans la défense des intérêts du Canada », a déclaré Justin Trudeau dans un entretien à la chaîne CTV News, ajoutant qu’il allait « engager respectueusement, mais fermement », un dialogue avec les Etats-Unis.
 
Le gouvernement américain a cédé « aux pressions du puissant lobby forestier des Etats-Unis en se repliant vers le protectionnisme », a déploré mardi Alexandre Cusson, vice-président de l’Union des municipalités du Québec, en estimant que l’impact financier pourrait dépasser les 200 millions de dollars pour la seule industrie forestière québécoise.
 
Dès lundi soir, le gouvernement canadien avait dénoncé des « droits (de douane) injustes et punitifs » sur ses exportations de bois. Si ces mesures réjouissent les producteurs américains de bois, elles inquiètent le secteur de la construction. Selon certaines estimations, le coût de construction d’une maison aux Etats-Unis pourrait augmenter de 12% en raison des taxes.
 
Le Mexique semblait jusqu’à présent la cible privilégiée de Donald Trump, mais il a donc choisi de tourner plutôt dans l’immédiat ses canons commerciaux vers son voisin septentrional. Le secrétaire au Commerce américain, Wilbur Ross, a résumé la situation lundi soir en affirmant que « cela a été une mauvaise semaine pour les relations commerciales américano-canadiennes ».

« Lundi dernier, il est apparu que le Canada veut bloquer le dernier produit laitier exporté des Etats-Unis. Aujourd’hui, dans un dossier différent, le département du Commerce a déterminé qu’il y avait besoin d’imposer des droits compensateurs sur environ un milliard de dollars d’exportations canadiennes de bois de construction vers chez nous. Ce n’est pas notre idée d’un accord de libre-échange qui fonctionne bien », a-t-il asséné. Car le lait est un autre des dossiers que l’administration américaine veut mettre sur la table.


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