«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Inquiétant !

Trump se hillaryse à vue d’œil

mercredi 26 avril

Fred Reed est un redneck grand teint, un Américain « deplorable » typique, gouailleur, hâbleur, parfois crispant, souvent férocement drôle. C’est aussi un vétéran du Vietnam et un militant anti-guerre – comme beaucoup d’anciens des forces armées des États-Unis – qui jouit d’un large lectorat, majoritairement des vétérans de l’armée US anti-guerre comme lui. Au delà de l’humour, et de quelques phrases bien senties sur les réalités de la guerre, l’article ci-après retrace les promesses électorales de Trump, les trahisons successives qui ont suivi son élection et son alignement actuel sur la politique étrangère d’Hillary Clinton. De quoi réaliser, sans complotisme aucun et uniquement en se fondant sur des faits exposés aux yeux de tous, qu’aux USA, le président en exercice n’a pas le pouvoir.

NdT : pour cette fois, nous lui pardonnerons presque d’appeler Kim Jong-un « le gros monsieur » (bien que ce soit crispant).

***

Par Fred Reed
Sources : Information Clearing House

Mon Dieu, cela se produit – la transfiguration de Trump par les élites. Au cours de la campagne électorale, Trump et la mégère n’avaient rien de commun sinon leur teinture de cheveux. Depuis son élection, il lui ressemble un peu plus chaque jour.

Cela devient embarrassant. A propos de l’attaque au gaz présumée en Syrie, pour citer Donald :

« Quand vous tuez des enfants innocents, des bébés innocents – des bébés, des petits bébés – avec un gaz chimique… vous passez beaucoup, beaucoup de lignes, au delà de la ligne rouge… et je vais vous dire, cette attaque d’hier contre des enfants a eu un gros impact sur moi… mon attitude envers la Syrie et Assad a beaucoup changé. »

Mon Dieu. Qui a écrit ça – une écolière de primaire avec des mauvaises notes en anglais, ou le président des États-Unis ? Est-ce qu’il est parti pleurer dans sa chambre ?

Apparemment, il a ordonné des frappes de missiles sans s’inquiéter de savoir ce qui s’était réellement passé. Les élites dirigeantes le manoeuvrent comme une voiture de course.

Les élections se sont résumées à un choix envers un remugle et un fou. Nous avons choisi le fou. Était-ce une meilleure idée que l’alternative, nous ne le saurons jamais, mais Trump va de mal en pis, ou comme disent les Mexicains, de Guatemala a Guatepeor.

Est-ce qu’il croit à ce qu’il raconte ? Est-ce qu’il est assez naïf pour penser qu’il y avait quelque chose de particulièrement horrible dans cette attaque ? Horrible, oui, mais pas particulièrement. Savez-vous ce que les ennuyeuses armes quotidiennes font aux enfants ? Les bombes ? Les missiles Hellfire ? Tous le jours, les forces armées de Mr Trump et ses alliées larguent des explosifs qui éclatent en shrapnel sur des gens, des villes, des villages, des adultes, des enfants, des mariages et des gardeurs de chèvres en Afghanistan, en Irak, en Syrie et au Yémen. En tant que bon échappé de la conscription qu’il était, il n’a probablement jamais vu ça. En tant que bon psychopathe qu’il est peut-être, il se peut qu’il s’en fiche. [1]

Toute cette affaire d’attaque au sarin sent l’arnaque à trois kilomètres. Elle avait l’air calculée au millimètre pour le forcer à attaquer Assad. Le gaz était important : tuer des bébés, des petits bébés avec des explosifs est tellement routinier que plus personne n’y fait attention, mais nous sommes programmés pour frémir à la pensée des armes chimiques !

En fait, l’artillerie tue infiniment plus, mais aucune importance.

Cibler des enfants était une jolie touche. De la grande classe en relations publiques. Ainsi, ce pauvre Donald se met à sangloter comme une fillette, pendant que des Américains tuent chaque semaine plus d’enfants dans trois à sept pays, selon le jour de la semaine.

Ce type ment-il sciemment ? N’a-t-il pas assez de cervelle pour réfléchir avant d’actionner son clapet ? Croit-il vraiment ce qu’il dit quand il le dit ?

Regardez un peu ce qu’il fait, ses retournements de veste, que vous soyez d’accord ou non sur les quelques politiques qui vont être citées. Girouette. Girouette. Girouette. Il allait dégager tous les immigrants illégaux en deux ans, c’était absurde mais il l’avait dit. Il allait imposer des droits de douane sur les importations en provenance du Mexique. Il ne l’a pas fait. Sur les importations en provenance de Chine. Pas fait non plus. Déchirer le traité avec l’Iran. Pas fait. Déclarer la Chine une manipulatrice de monnaies. Elle ne l’est plus. Exclure les musulmans. Pas fait non plus. Entamer des bonnes relations avec la Russie. Pas non plus. Sortir les USA de Syrie. Ha. Obliger les pays de l’OTAN à payer leur quote-part. Non plus. Cet homme a la détermination d’acier qu’on associe généralement au caramel mou. On ne peut pas faire confiance à une seule de ses paroles.

Après avoir été reprogrammé en bon néocon, bombardé des endroits qu’il avait promis de quitter, cherché la bagarre avec la Russie, il s’en prend aujourd’hui au gros monsieur de la Corée du Nord. Il a dit des choses du genre, « Nous sommes au bout de notre patience stratégique avec le Nord. Si personne d’autre ne s’occupe d’eux, nous allons le faire. » Grrrr. Bouh. Ouah, ouah.

Le problème des ultimatums grandiloquents émis pour la télé est qu’au bout du compte, l’une des deux parties doit reculer – c’est-à-dire perdre la face et sa crédibilité. Si Trump avait dit calmement au gros monsieur, « Si vous, tas d’enfoirés, laissez tomber votre programme nucléaire, nous laissons tomber les sanctions », cela aurait pu marcher. Mais non. Des négociations impliqueraient de la faiblesse. D’où l’ultimatum.

Donc, aujourd’hui, soit (a) le gros monsieur cède, s’humilie et met peut-être en danger son emprise sur son pays, ou (b) Trump baisse le ton dans une démonstration humiliante de l’impuissance de l’empire, et met peut-être en danger son emprise sur son pays.

Kim Jong Il, ou Il Sung Jong, ou quel que soit le foutu nom du dernier en date, ne montre pas le moindre début d’ombre d’intention de reculer. Donc, le Donald va-t-il lancer une guerre aux conséquences totalement imprévisibles, comme toujours ailleurs que sur le sol des USA, dans un des pays des autres, ou va-t-il s’éloigner discrètement de cette histoire de Corée du Nord, en marmonnant dans sa barbe et en espérant que personne ne s’en apercevra ?

Nombre d’entre nous aimions bien Trump, même s’il était un peu ridicule, parce qu’il n’était pas encore Hillary, que ce n’était pas encore un robot néocon, et qu’il ne voulait pas faire la guerre à tous les pays dont il avait entendu parler, ce qui dans son cas s’élève apparemment à une bonne demi-douzaine. Du moins, il disait qu’il ne voulait pas, parce que personne ne lui avait encore dit qu’en fait, c’était ce qu’il voulait. En particulier, il ne voulait pas de guerre avec la Russie. Mais quand les néocons contrôlent les médias et le Congrès, ils peuvent convaincre un public naïf d’à peu-près n’importe quoi, et apparemment, le président aussi.

Pourquoi est ce que l’Hillarysation de Trump est importante ? La question nécessaire à se poser au préalable est : Quelle est la plus grande menace envers l’empire américain néocon ? Réponse : le développement de l’intégration eurasienne sous bannière chinoise. Les pays-clés en sont la Chine, l’Iran et la Russie. (N’est-il pas étrange qu’à l’exception de l’intermède nord-coréen, ces pays ont été les cibles premières de l’hostilité de Washington ?) Ajoutons que, si la Russie et la Chine développent un large et profitable marché avec l’Europe, c’est la fin de l’OTAN et avec elle, de l’empire.

Aïe.

D’où la fureur beeeeerck ! contre la Russie, « menace existentielle » et tout ça. D’où l’envoi de quelques troupes dans les pays baltes pour « dissuader » la Russie. C’était du théâtre. L’idée selon laquelle un millier de soldats pourraient arrêter l’armée russe, qui n’est pas devenue stupide comme la nôtre, sur le pas de sa porte, est insensée.

Hillary était en pointe de l’hystérie russophobe et de la mondialisation, et tout ça. Trump aurait pu tout foutre en l’air en s’accordant avec la Russie, il devait donc être reconfiguré. Le travail n’est pas achevé, mais c’est en bonne voie.

On lui demande trop. Un homme seul ne peut pas surmonter l’hostilité combinée des médias, des politiciens, des néocons, et de la myriade d’autres intérêts particuliers qu’il a menacés. La Chine se développe alors que l’Amérique, un pays déjà développé, ne peut pas suivre. Socialement, le pays se désintègre. Washington, qui dépend toujours de ses guerres et de ses menaces, est confronté à un nouveau monde où l’arme principale est le commerce, et il ne sait pas quoi faire. La culture va son cours. Le monde change.

Et pourtant, si Trump démontrait, même un peu, qu’il sait ce qu’il fait, s’il pouvait se souvenir jour après jour de ce qu’il a dit la veille, si seulement il comprenait que les guerres sont plus faciles à déclarer qu’à maîtriser, si seulement il n’était pas en train de devenir une version d’Hillary encore plus désaxée…

Et pourtant, apparemment, c’est ce qu’il est en train de devenir.

Traduction Entelekheia
Photo Pixabay

[1] NdT : Le sentimentalisme fleur bleue, niais, immédiat, théâtral et superficiel – comme celui que Fred Reed dénonce chez Trump – est effectivement un symptôme de psychopathie. Par ailleurs, Philippe Grasset, de Dedefensa, l’appelle « affectivisme », en propose une bonne analyse et le note comme l’une des caractéristiques du système.


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