«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

L’impuissance du pouvoir

FACE À SES DÉBOIRES DEVANT LES INSTITUTIONS DES ETATS-UNIS

Trump apprend à ses dépens que le président américain est faible

samedi 1er avril

De P-DG à président des Etats-Unis, la transition est rude pour Donald Trump. Le milliardaire anti-système avait promis de réformer le pays à la hussarde, mais justice et Congrès brident ses pouvoirs, conformément à la Constitution.

Le nouveau locataire de la Maison- Blanche a essuyé deux revers retentissants sur ses deux grandes mesures de début de mandat, le décret anti-immigration et sa réforme du système de santé. « Notre président est assez faible » sur le plan constitutionnel, rappelle John Carey, professeur au Dartmouth College, en comparaison des présidents français ou d’autres systèmes politiques. Aux Etats-Unis, le gouvernement ne peut pas faire passer des textes en force. Le Congrès est maître de son ordre du jour. Et les droits de l’opposition sont par coutume très importants à la chambre haute, le Sénat, où une majorité qualifiée est requise. Le pouvoir du président sur les parlementaires est surtout un pouvoir de persuasion », dit John Carey, cité par l’AFP. « En l’occurrence, Trump a complètement surestimé sa capacité à exercer ce pouvoir ». Quant à la justice, elle est systématiquement saisie par des opposants politiques sur les décisions présidentielles, dont elle bloque parfois l’application. L’interférence judiciaire n’est pas totalement nouvelle ; Franklin Roosevelt a vu son « New Deal » presque bloqué par la Cour suprême dans les années 1930. Mais la « judiciarisation » de la politique s’est intensifiée depuis plusieurs années. « Je ne parviens pas à me souvenir d’un seul président ayant fait face aussi rapidement à autant de recours devant la justice », souligne le constitutionnaliste Erwin Chemerinsky. Ces procédures se déroulent dans un contexte particulièrement polarisé, Donald Trump dénonçant quant à lui une justice... « politisée », coupable selon lui d’empiéter sur ses attributions régaliennes. A ces facteurs structurels, auxquels sont confrontés tous les présidents américains, s’ajoutent les particularités de Donald Trump. Il est le président le plus impopulaire de l’histoire récente pour un début de mandat, avec moins de 40% d’opinions favorables. Alors qu’en 1981 les démocrates avaient collaboré avec le populaire président républicain Ronald Reagan, ils n’ont que peu d’incitation à chercher un compromis avec l’actuel chef de l’exécutif. Même les élus de la majorité le défient. Une faction de frondeurs a torpillé son projet d’abrogation d’« Obamacare » la semaine dernière, créant un début de guerre civile au parti républicain. Puis, les méthodes de gestion expéditives et peu orthodoxes de l’ex-homme d’affaires ont créé de la confusion. Il voulait curer le marigot mais s’y est embourbé, entouré d’ « outsiders » peu au fait du fonctionnement des administrations. « C’est le pire début de présidence que j’aie jamais vu de ma vie » dit, cité par l’AFP David Rohde, professeur de science politique à l’Université Duke. Mais dix semaines exactement après sa prise de fonction, le 45e président américain garde des prérogatives qui, si elles sont utilisées judicieusement, peuvent lui permettre de reprendre la main, par exemple lors de l’épreuve imminente du budget. Ses prédécesseurs George W. Bush et Barack Obama ont aussi appris à contourner la paralysie du Congrès administrativement. Certaines de leurs initiatives ont échoué en justice, mais d’autres ont survécu. « Trump aura beaucoup d’occasions d’agir de façon efficace par décrets et par la voie réglementaire », dit John Carey, qui note que Donald Trump « n’a pas perdu de temps » après sa défaite sur la santé pour lancer l’annulation de normes écologiques instaurées par Barack Obama. Côté justice, le dirigeant républicain sera bientôt aidé par une Cour suprême à majorité conservatrice, grâce à la nomination du juge Neil Gorsuch. Tous les juges fédéraux étant nommés par le président, celui-ci devrait au fil du temps être en mesure de changer la coloration politique de la magistrature. Cela prendra « des années », explique Eric Posner, professeur à la Chicago Law School. Mais « s’il fait deux mandats, il aura alors probablement nommé une minorité importante de l’ensemble des juges fédéraux ». En raison de l’âge des magistrats des cours d’appel, M. Trump pourrait nommer entre un tiers et la moitié des juges d’appel, imprimant une empreinte profonde sur le système judiciaire.


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