«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Le racisme inversé

Touche pas à ma communauté

On entend souvent dire qu’il faut plus de diversité sur nos écrans. Qu’il faut raconter plus d’histoires sur toutes les communautés qui forment notre société. Mais la question qu’on entend aussi de plus en plus c’est : « Qui a le droit de raconter ces histoires ? Est-ce que seules les personnes concernées ont le droit de raconter leur propre histoire ? »

On en a un bel exemple avec le film américain Detroit présentement sur nos écrans. Ce film, qui raconte l’histoire vraie d’une émeute raciale à Detroit en 1967, a été réalisé par Kathryn Bigelow, une femme blanche bourgeoise de New York. Aux États-Unis, autant des Blancs que des Noirs ont dénoncé cette situation, comme si seulement des hommes noirs opprimés avaient le droit de parler des hommes noirs opprimés. Eh misère ! On n’est pas sortis du bois.

CHACUN CHERCHE SON CHOIX

C’est fou tout ce qu’on a pu lire dans les médias américains au sujet de Detroit.

Dans le New York Times, un critique s’est demandé si Bigelow avait le « pedigree culturel » pour raconter cette histoire. Dekessé ? Il faut montrer patte blanche (est-ce que cette expression est raciste ?) pour se faire remettre un « pedigree culturel » en bonne et due forme ?

Le magazine Variety a posé la question : « Est-ce que des réalisateurs blancs devraient raconter l’histoire de Detroit ? »

Dans le Huffington Post, une professeure d’histoire afro-américaine écrit carrément que Detroit est « le film le plus irresponsable et dangereux de l’année ». Et l’auteure accuse Bigelow de « fétichisme de la violence infligée à des corps noirs ».

Donc la réalisatrice n’a pas le droit de montrer des hommes noirs victimes de violence... dans un film sur des Noirs victimes de violence.

Dans Complex, Justin Davis, qui est noir, écrit au sujet du scénariste Mark Boal : « Je suis sûr qu’il n’y avait pas un seul noir dans la pièce avec lui quand il écrivait le film ». Ah bon, il faut qu’un représentant de chaque « communauté » visée par une œuvre de création soit présent lorsqu’un créateur pond une œuvre sur la communauté en question ? Il aurait fallu qu’une femme de province mélancolique soit présente quand Gustave Flaubert écrivait Madame Bovary ?

On vit dans un monde de plus en plus compartimenté, avec de plus en plus de sous-groupes et de sous-sous-groupes. Est-ce que chacun de ces groupes va exiger d’être le seul autorisé à parler de sa propre réalité ?

Va-t-on exiger qu’une histoire de « femme pansexuelle cisgenre d’expression de genre plutôt masculine » soit écrite et réalisée par une « femme pansexuelle cisgenre d’expression de genre plutôt masculine » ? Michel Tremblay, homme cisgenre homosexuel, n’aurait donc pas pu écrire Les Belles-sœurs, sur des mères de famille hétérosexuelles ou La Duchesse de Langeais sur un travesti de la Main ? Quelle drôle d’idée !

UN CINÉMA DALTONIEN

Heureusement, il y a certaines personnes qui ont vu au-delà de la controverse.

Le comédien noir Algee Smith, qui joue dans Detroit, a déclaré : « La question n’est pas de savoir de quelle couleur est la personne qui réalise le film. C’est de savoir qui raconte mieux l’histoire. »

Ça me semble une évidence.


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Les dérives de notre temps

 

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