«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

La tentation totalitaire semble irrésistible

Terrorisme idéologique à l’UQAM

Un débat sur le cours ECR (Éthique et Culture religieuse) auquel devaient prochainement participer quatre personnes représentant différents points de vue et qui était organisé par des étudiants en sciences de l’éducation à l’UQAM a été annulé parce que des membres d’une association étudiante ont dit qu’ils la perturberaient si Mathieu Bock-Côté, qui était parmi les invités, était présent.

C’est un autre cas de limitation de la liberté d’expression à l’université. Rappelons-nous que l’automne dernier une conférence sur le transsexualisme avait été perturbée par une association étudiante. Comme l’explique Normand Baillargeon, aux États-Unis et dans le monde anglo-saxon en général, il existe désormais des pratiques comme la disinvitation, les trigger warnings, les safe spaces, etc. Cela se manifeste maintenant à l’UQAM, comme l’a montré un récent reportage de Corde sensible.

Cette opposition toute stalinienne au débat d’idée est typique de la gauche régressive, cette partie de la gauche, qui, prenant une posture de supériorité morale, se donne le droit d’empêcher les étudiants d’assister à des conférences ou de participer à des débats où seront discutées des idées considérées offensantes par certaines personnes.

Dogmatisme

Le dogmatisme est l’attitude de celui qui affirme ses opinions avec autorité, sans tolérer qu’elles puissent être imparfaites ou erronées. Pour le dogmatique, la vérité a déjà été trouvée. Le dogmatisme est une forme d’autoritarisme, car le dogmatique impose ses opinions en leur donnant la même autorité impérative que peut avoir un décret politique pour les citoyens d’un État. En se donnant le droit d’empêcher les étudiants d’entendre un débat, les auteurs des menaces se comportent comme Staline.

À l’instar de Staline, ces militants croient posséder la vérité sur certaines questions et refusent la contestation de cette vérité.

À l’instar de Staline, ces militants croient posséder la vérité sur certaines questions et refusent la contestation de cette vérité. Mais qui peut sérieusement prétendre qu’une vérité a été trouvée une fois pour toutes, sinon celui qui ignore sa propre ignorance et qui confond une croyance aveugle avec le savoir ? Argumenter avec autrui, écouter les raisons de l’autre pour les évaluer, c’est, comme le dit le philosophe allemand Hans-Georg Gadamer, reconnaître que c’est « peut-être l’autre qui a raison ». Nous pouvons ainsi dire que la connaissance des règles de l’argumentation rationnelle est le meilleur moyen d’éviter le dogmatisme.

Il est possible de rencontrer de mauvais arguments pour soutenir des causes qu’on peut pourtant approuver. De même, au sein d’un groupe, on hésite parfois à critiquer certaines idées par crainte d’exclusion. Le concept de privilège épistémique est un exemple de dogmatisme fréquent dans certains milieux militants. Un privilège épistémique est la supposition qu’un certain groupe de personnes est plus apte à comprendre une réalité qu’une autre. Par exemple, dire à un homme qui formule une opinion sur la prostitution que son opinion n’est pas recevable parce qu’il est un homme et qu’il ne s’est jamais prostitué, c’est faire valoir un privilège épistémique. C’est dire qu’il est impossible qu’il comprenne cette réalité. C’est s’opposer à une véritable discussion. C’est nier la possibilité du dialogue, ce qui contraint son interlocuteur au silence. C’est faire acte de violence cachée. Ainsi, ceux qui détiennent l’avantage épistémique imposent de façon autoritaire leur point de vue.

Être offensé ne vous donne pas raison

Une des caractéristiques de l’être humain est sa capacité de réfléchir sur ses erreurs. Il peut se demander pourquoi telle idée lui est apparue intéressante et pourquoi elle s’est révélée finalement plus ou moins acceptable. Il faut savoir faire preuve d’humilité et accepter de soumettre au débat nos positions et parfois même nos convictions les plus profondes. Il faut accepter de changer d’avis lorsqu’on nous présente des positions qui résistent mieux à l’évaluation rationnelle que les nôtres, et même si le point de vue le plus solide nous offense. Lorsqu’on commet une erreur, il faut l’analyser aussi impitoyablement et aussi froidement que possible. Au lieu d’être offensés, nous devons développer l’étrange habitude de savourer nos erreurs en prenant plaisir à découvrir ce qui vous a fait errer.

Mais ce n’est pas encore suffisant. Nous devons nous exposer volontairement à faire des erreurs afin de multiplier les occasions d’apprendre. Les scientifiques vont plus loin encore : ils exposent volontairement leurs erreurs au grand jour en publiant les résultats de leurs travaux !

Les militants de l’UQAM doivent comprendre que, s’ils veulent se donner la chance de réfuter les idées répugnantes, ils doivent accepter qu’elles soient entendues dans un débat, et encore plus que l’autre puisse avoir raison, car c’est la seule façon de sortir de la profonde ignorance qui inspire le ton dogmatique.


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Les dérives de notre temps

 

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