«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Il y a du Louis XV chez Harper : « Après moi le déluge ! ». Quelques années plus tard, c’était la Révolution.

Harper s’en prend à la Loi 99

Tactique politicienne ou stratégie d’État ?

Tout le contenu de la boîte de Pandore constitutionnelle se retrouve répandu à terre

Tribune libre de Vigile
lundi 21 octobre 2013
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La révélation par le magazine Maclean’s que Stephen Harper avait profité du « flafla » entourant le discours du trône de mercredi dernier pour en passer une p’tite vite au Québec, sous le radar des médias, en dissimulant sa décision de se joindre au recours intenté contre la Loi 99 par des activistes anglophones a eu l’effet d’une bombe dans les milieux politiques québécois et a provoqué une réaction d’une rare unanimité chez tous les partis qui ont vivement dénoncé cette intrusion.

Du coup, le côté « furtif » de la démarche de Harper devient motif pour le ministre des Affaires gouvernementales et de la gouvernance souverainiste, Alexandre Cloutier, à la qualifier de « sournoise », dans un rappel sans doute bien involontaire - parce que largement méconnue aujourd’hui - de l’image de la « perfide Albion » dont regorgeaient autrefois les manuels d’histoire.

Dans le contexte du débat sur la Charte des valeurs québécoises et de l’imminence d’une campagne électorale au Québec, il faut dire que la démarche de Harper surprend. Il aurait voulu faire le jeu du Parti Québécois qu’il ne s’y serait pas pris autrement, au point qu’il faut même se demander s’il ne s’agit pas, de sa part, d’une grossière erreur d’appréciation de la situation.

Au Québec, la cristallisation du débat politique sur la question constitutionnelle se fait toujours au détriment des promoteurs d’une « troisième voie », comme en représentent la CAQ, Québec Solidaire ou l’Option Nationale, pour laisser s’affronter les principaux porte-étendards du fédéralisme et de l’indépendance que sont le PLQ et le PQ.

Or jamais le PLQ n’a été dans une position si vulnérable, quelque soit l’angle sous lequel on aborde sa situation. Il porte le lourd héritage des années Charest, son chef, Philippe Couillard, vient à peine d’être nommé, et il traîne lui aussi quelques grosses casseroles comme ses liens avec l’Arabie Saoudite ou avec Arthur Porter, l’ancien directeur général du CUSM, présentement détenu au Panama et en attente d’extradition vers le Québec pour y répondre d’accusations criminelles très graves. Enfin, ses sources de financement « traditionnelles » se sont taries, et bon nombre de ses organisateurs sont dans la mire de l’UPAC ou de la Commission Charbonneau.

Il faut donc se demander si les considérations qui ont amené Stephen Harper à intervenir dans les procédures en cours contre la Loi 99 ne sont pas essentiellement tactiques au lieu d’être stratégiques.

En effet le gouvernement Harper va devoir lui aussi affronter l’électorat d’ici 18 mois, et sa popularité est en forte baisse partout au pays. Il a donc besoin d’un enjeu électoral qui va faire oublier tous les autres, et surtout de ne pas permettre aux Libéraux de Justin Trudeau ou aux Néo-Démocrates de Thomas Mulcair d’occuper seuls l’espace de l’unité canadienne à un moment où elle est menacée par la démarche du Parti Québécois pour doter le Québec d’une Charte des valeurs qui heurte de front l’article 27 de la Charte canadienne des droits et libertés et sa règle d’interprétation qui érige le multiculturalisme en valeur canadienne fondamentale.

En se joignant à la démarche d’invalidation de la Loi 99 des activistes anglophones, Stephen Harper se ménage donc la possibilité de jouer à Capitaine Canada sur la scène nationale si le besoin s’en fait sentir, et coupe l’herbe sous les pieds de ses adversaires.

Au Québec, il se ménage de nouveaux appuis dans la région de Montréal auprès de tous les anglophones et les allophones que la Charte des valeurs inquiète, et élargit la base de soutien qu’il s’est développée auprès de la communauté juive en soutenant inconditionnellement Israël sur la question d’une intervention en Iran et en Syrie, et en parachutant même un candidat juif et ancien conseiller municipal à Montréal, Saulie Zaijdel, dans le château-fort libéral de Mont-Royal aux dernières élections fédérales.

Mais cette stratégie auprès de l’électorat juif n’est pas sans ses limites, comme nous le montrent l’actualité internationale des derniers mois et l’arrestation de Saulie Zaijdel le 17 juin dernier sous cinq chefs d’accusation de fraude, de corruption, d’abus de confiance et de versement de commissions secrètes en rapport avec l’émission de permis de construction de 2006 à 2011, alors qu’il était conseiller municipal.

Pour assurer sa réélection, le premier ministre Harper est donc prêt à jouer avec le feu, et ce sont cette fois-ci les anglophones et les allophones de Montréal qui vont en faire les frais, en application parfaite des principes de la « politics of division » développés par Karl Rove, l’ancien architecte des succès électoraux de George W. Bush aux élections présidentielles américaines de 2004 et de 2008.

Notons en passantque ce sont ces mêmes principes qui sont à la base de l’action du Tea Party, cette faction néo-conservatrice du Parti Républicain qui entretient un climat de crise au Congrès depuis l’élection du président Obama.

Pour Stephen Harper, le risque est gros, et il n’est pas sans rappeler le « coup de dés » de Brian Mulroney lorsque ce dernier avait pris le risque de jouer l’avenir du Canada sur une stratégie strictement destinée à sauver son image politique lors des négociations sur la ratification de l’Accord du Lac Meech par les provinces. Lorsque les Canadiens comprendront la manoeuvre que vient de faire Harper, ils risquent de se retourner contre lui avec la même férocité qu’ils l’ont fait contre Mulroney.

Quant aux Québécois, ils viennent de se faire offrir la clé de leur indépendance sur un plateau d’argent. Contrairement à 1980 et à 1995, ils ne sont pas les demandeurs. Ils n’ont même pas eu à se rendre à ce stade. Le gouvernement Harper, champion en titre de la cause fédéraliste, vient de commettre une erreur qui le délégitime complètement, et qui par le fait même délégitime la cause qu’il a le mandat d’illustrer.

Depuis déjà un bon moment, le camp fédéraliste est en mode rattrapage, et il doit ramer contre des courants très forts, ceux justement que je décrivais dans mon article du 1er février dernier intitulé « Prêts, pas prêts, l’indépendance s’en vient », et sous-titré « Le processus de dislocation de la fédération canadienne est sur le point de connaître une accélération rapide ».

En le relisant aujourd’hui, je me rends compte que je n’y changerais pas une virgule, sinon pour conforter mon argumentation à l’aide de développements survenus dans les derniers mois. Ainsi la section que je consacrais à l’effondrement des fondations culturelles du Canada se trouve-t-elle confirmée par l’éruption du débat sur l’intégration des immigrants et le besoin d’adopter une Charte des valeurs québécoises pour contrecarrer les dérives communautaristes qui menacent l’identité québécoise et la survie de notre nation.

L’option fédérale a perdu beaucoup de son lustre et de son attrait depuis l’époque où Robert Bourassa en vantait la rentabilité pour convaincre les Québécois de ne pas se laisser tenter par « le chant des sirènes indépendantistes ». Le « plusse beau pays au monde » de Jean Chrétien a pris beaucoup de plomb dans l’aile depuis le référendum de 1995 et ne suscite plus les mêmes envolées lyriques, même chez ses plus ardents supporteurs.

Ainsi, les Québécois ont appris qu’entre eux et les Rocheuses chères à Trudeau, il y a désormais les immenses marécages putrides et mortifères des rejets de l’exploitation des sables bitumineux, et que la grande majorité des provinces canadiennes s’endettent plus rapidement que le Québec. Et non seulement l’Ontario n’est-elle plus la vache à lait du système de péréquation, mais elle est partie pour en devenir le principal bénéficiaire d’ici quelques années.

Quant aux institutions politiques canadiennes, elles n’ont jamais été plus malmenées qu’en ce moment. Au cours des six derniers mois seulement, les Québécois ont découvert grâce à l’ouvrage de l’historien Frédéric Bastien comment la Cour suprême s’était complaisamment prêtée au jeu politique de Pierre-Elliot Trudeau lors du rapatriement de la Constitution au début des années 1980, et à quel point le Sénat était gangrené par la vénalité et la corruption, au point qu’il est maintenant largement question de l’abolir purement et simplement.

Et c’est sans même parler de la longue liste de politiques fédérales que les Québécois ont en travers de la gorge, ou de la perception de plus en plus répandue que le gouvernement fédéral n’est même plus en mesure d’assumer ses responsabilités les plus élémentaires, notamment en matière d’encadrement du transport ferroviaire, et fait courir des risques inadmissibles aux populations riveraines.

C’est donc dans ce contexte extrêmement défavorable à l’option fédérale que Stephen Harper vient rouvrir le contentieux fédéral-provincial sur la question du droit du Québec de choisir son avenir politique.

Il ne pouvait choisir un pire moment pour son camp et un meilleur pour celui des indépendantistes, et c’est pourquoi sa démarche relève bien davantage de la tactique politicienne que de la stratégie d’État. Il parviendra peut-être à se faire réélire, mais le Canada sortira de l’exercice encore plus amoché qu’il ne l’est maintenant. Il y a du Louis XV chez Harper : « Après moi le déluge ! ». Quelques années plus tard, c’était la Révolution.

Commentaires

  • lison, 23 octobre 2013 16h00

    @ Luc Menard

    Je ne crois pas qui aurait un lien particulier entre M. Couillard et M. Harper et l’Arabie Saoudite.
    Cela a peut être déjà existé auparavant, mais maintenant je crois que c’est fini.

    L’Arabie-Saoudite a financé des groupes anarchistes, provenant des USA et du Canada, pour mépriser le pétrole provenant des Sables Bitumineux, car les Saoudiens y voyaient un concurrent sérieux leur gros client américain.
    En général, la plupart des dirigeants américains veulent se distancier des Saoudiens, depuis les attentats du World Trade Center, 11/09/2001, ils se sentent trahi par les Saoudiens.
    Je dit en général, car la présidence d’Obama mange dans les mains des Saoudiens, car ce sont eux qui ont financé les études d’Obama par le passé et même ce seraient les Saoudiens qui auraient financer ses campagnes électorales, car ils voulaient une personne a leurs services.
    Voir sur ce site, dans la colonne a gauche, un roi Saoudien passe un immense collier d’OR, fait avec de toutes petites chaines torsadées.
    http://www.jihadwatch.org/

    Un moment donné, pour contrer les Saoudiens, leurs anarchistes et leurs publicités négatives des sables bitumineux de l’Alberta, il y a eu des publicités fait par des Canadiens, en disant : Le pétrole de l’Arabie-Saoudite, n’est pas ÉTHIQUE, car les droits de leurs femmes et de leurs citoyens sont continuellement bafoués.

    http://pointdebasculecanada.ca/archives/402.html
    http://pointdebasculecanada.ca/articles/10002467-jihad-judiciaire-l%E2%80%99arabie-saoudite-menace-de-poursuivre-les-r%C3%A9seaux-de-tv-canadiens-qui-diffusent-une-pub-critiquant-le-sort-des-femmes-saoudiennes.html

  • Marcel Haché, 23 octobre 2013 13h20

    @ Luc Ménard

    S. Harper n’est pas en « guerre » contre les souverainistes québécois. Du moins pas pour le moment. Il y a une différence, en effet, entre une démarche politique et une contestation judiciaire. Les conservateurs sont éminemment et amplement capables de mener une véritable guerre politique. Ils se retiennent.

    Cependant, la « guerre » que les souverainistes lui font depuis longtemps et qui leur sert à se mobiliser, certes, ne profite finalement qu’au N.P.D. Les conservateurs savent cela. Ils n’espèrent ni ne réclament rien du Québec, pour le moment seulement… mais, pas fous, ils veillent au grain à ce que le Bloc ou le N.P.D. occupent toute la place qu’a déjà occupé les libéraux fédéraux, dont la base électorale est toujours resté le West Island, et dont le nouveau chef, Justin Trudeau, reste leur cible privilégiée. La majorité des conservateurs à Ottawa tient pour beaucoup au fait que le Québec mise depuis 20 ans sur l’Opposition, et ne participe pas véritablement au gouvernement à Ottawa.

    Selon les probabilités, la commission Charbonneau a déjà rempli la corbeille péquiste. La véritable opposition au gouvernement péquiste ne lui vient pas de la gang de poltrons du P.L.Q. Elle provient des médias, qui couvrent et couvriront encore les plus grands scandales en simples « maladresses » libérales. Alors que les médias sont présentement dans l’impossibilité de contrôler totalement le « message », la Charte des Valeurs portant en germe de pouvoir diviser l’électorat au profit du gouvernement, la Commission Charbonneau ne pourra pas fournir l’équivalent au gouvernement au printemps. La commission a déjà fourni le plus qu’elle avait à fournir au plan politique, et c’est d’ailleurs le sens qu’il faut tirer des critiques à l’égard de la chefferie de Pauline Marois, à qui il est reproché depuis longtemps de ne pas « décoller », alors pourtant que les libéraux s’écrasaient.

    La démarche actuelle des fédéralistes est un piège, en effet. Mais c’est un piège tout en subtilité, qui consiste à maintenir une mobilisation suffisante contre la Charte afin de maintenir le gouvernement dans un corridor, et dont le prochain budget provincial agira plus tard à la manière d’un goulot d’étranglement.

    S’il veut survivre, le gouvernement Marois devra tôt ou tard se gagner une majorité. S’il veut se gagner une majorité, il fait bien mieux d’aller en élection AVANT que les prétextes ne viennent aux conservateurs d’en appeler à l’électorat. Advenant une élection fédérale avant une provinciale, (pour des peccadilles relaves au sénat ou à la cour suprême par exemple) et peu importe alors ses résultats, m’est avis que la côte deviendrait insurmontable au P.Q. au printemps et alors, peut-être à notre Cause elle-même. Ce n’est pas le P.Q. alors qui aurait tué le P.Q., ce sont ses péquisteries.

  • Luc Ménard, 21 octobre 2013 23h18

    Il y a consensus de notre côté souverainiste sur l’apparente grossière erreur de Harper dans ce dossier. Ça semble évident.
    C’est ce que j’appelle la logique politique.
    Or je crois Harper beaucoup plus habile que ça. Ce n’est pas le genre à tomber dans une trappe à homard...
    Je vais jouer l’avocat du diable...et présenter un autre scénario catastrophe et je sais…de théorie du complot concernant le "timing" de cette annonce.
    Pourquoi là ?
    Le PLQ fait tout avec son spin en chef Jean Lapierre pour que le PQ déclenche des élections le 9 décembre.
    Pourquoi ?
    Parce que le PLQ et son chef Couillard pensent que le printemps prochain risque d’être encore plus difficile pour eux politiquement avec les comparutions des leurs, à répétition à la CEIC et les possibles autres arrestations aux PLQ au printemps prochain.
    Je pose la question suivante : Qui a nommé Couillard au comité de surveillance des expions canadiens ?...et oui Harper.
    Donc les relations Harper-Couillard sont toujours bonnes,
    Est-ce possible qu’en lançant ce débat sur la loi 99 la semaine dernière, à la demande de Couillard et du comité de sages du PLQ, Harper rende service à Couillard ?
    Harper laisse percevoir au PQ et à Pauline que ça peut être avantageux pour elle de lancer les élections...le 6 novembre
    Est-ce un piège tendu jusqu’au 15 novembre...que le fédéral retire son appui et la demande à la Cour Supérieure et ainsi couper l’herbe sous le pied su PQ en pleine campagne électorale, devant un « no event »
    C’est théorique, c’est un scénario négatif...mais une option à évaluer
    J’aimerais avoir des réactions la dessus...
    Possible ? Probable, très probable, ou carrément à rejeter ???

  • J. Parent, 21 octobre 2013 20h13

    Si M. harper fait en sorte qu’Ottawa se joigne à la contestation juridique de certains aspects de la loi 99, c’est sans doute qu’il est sur de gagner et de faire en sorte que le 50% plus 1 devienne quelque chose d’autre.

  • Pierre Bourassa, 21 octobre 2013 18h38

    Selon Denis Lebel,la cause débattue au sujet de la loi 99 était arrêtée depuis 11 ans et a été réactivée en mai 2013 par la cour Supérieure du Québec sans qu’il ne sache les noms de ceux ou celles qui l’ont remis en marche.

    Est-qu’un québécois aurait pu repartir tout çà ?
    J’ai hâte de savoir qui.

    Denis Lebel, ministre de l’Infrastructure, des Collectivités et des Affaires intergouvernementales
    Intervenants : Paul Arcand
    http://www.985fm.ca/audioplayer.php?mp3=195557

  • JP Bélisle, 21 octobre 2013 12h35

    Monsieur Le Hir, je vous pose la question :

    Pourquoi les médias identifient : "Loi sur la clarté référendaire" plutôt que par "Loi C-341" alors qu’ils occultent l’essence de la loi québécoise en n’y faisant référence que par son numéro de présentation "Loi 99" ?

    Si nous voulons mobiliser contre cette préoccupante attaque d’Ottawa, ne devrions-nous pas commencer par identifier correctement notre propre loi ? :

    Loi sur l’exercice des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple québécois et de l’État du Québec, LRQ, c E-20.2

    ... et donnons-en à tous la référence : http://canlii.ca/t/m32j

    Surtout, n’alléguons pas que le titre de la loi québécoise est trop long à citer.


    Info complémentaire (sans révisionnisme) - Le 15 décembre 1999, M. Joseph Facal, ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes présentait le projet de loi n° 99, Loi sur l’exercice des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple québécois et de l’État du Québec :

    http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/assemblee-nationale/36-1/journal-debats/19991215/9895.html#991215003

  • Michel Dion (iiibooo sur Twitter), 21 octobre 2013 12h15

    Si c’est une tactique politicienne favorable au Québec, c’est bien tant mieux. Mais, je reste méfiant devant un cadeau aussi gros !

    Harper aurait voulu passer son geste en catimini, pas de communiqué, rien. Mais, d’un autre coté, il savait que c’était une question de jours avant que les médias s’empare de la nouvelle. Et ce qui m’agace, c’est que tous les partis, tant à Ottawa qu’à Québec (sauf le PQ), avaient tous l’air prêts à cette nouvelle.

    Au Québec, le PLQ stagne, Couillard plafonne, plusieurs squelettes dans son placard (Doc Porter, séjours « sombres » en Arabie-Saoudite,...), il recrute l’un des avocats particuliers de la famille Desmarais, D.Johnson. Ça va pas bien au PLQ.

    La CAQ continue sa chute et sans le retour de Duchesneau, rien ne va plus. Elle devra même voter pour la charte si elle veut survivre. [ Pour Duchesneau voir le 3è paragraphe à partir de la fin de cet article : http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201310/06/01-4696988-lhorizon-electoral-recule.php ]

    Et pour le PQ, la remontée se concrétise, l’élan du débat sur le projet de la charte rassemble beaucoup de québécois (même si le débat déborde), les rumeurs d’élections persistent.. Bref, tout baigne dans l’huile pour le PQ, et la probabilité d’un gouvernement majoritaire est là.

    Alors que faut-il pour désamorcer cette « fixation » sur le débat de la charte qui est favorable au PQ et qui monopolise les médias depuis des semaines ? Voilà la question que je me suis posé. Les fédéralistes sont impuissants devant ce débat qui enflamme une majorité de québécois, et semble faire renaître une fièvre nationaliste (unissons-nous devant l’ennemi).

    Seul un Front commun fédéraliste bien orchestré pourrait « casser » cette engouement rassembleur. Et quelle est l’arme toujours utilisée ? Le débat constitutionnel ! La meilleure façon de diviser les québécois et de désamorcer le débat sur la charte, est de remettre sur le tapis un débat viscéral profond : celui de la souveraineté.

    Mais c’est un grand risque, un couteau à deux tranchants. Le Front fédéraliste semble prêt : Le PLC et Stéphane Dion reviennent avec leurs « vieilles cassettes » de peur, le NPD et Mulcair jouent hypocritement la carte du « sauveur » en tentant de capitaliser, contre une remontée possible du Bloc. Et Harper espère mobiliser sur la question, en misant sur les allophones et anglophones.

    À Québec, la CAQ et le PLQ se disent avec le PQ (pas le choix, électorat oblige), mais du même coup disent haut et fort que ce débat n’est pas d’actualité, et qu’il n’intéresse personne, supposant même que le PQ est de leurs avis.

    Alors, tous semblaient prêts, comme si cette nouvelle étaient attendue et préparée... Le PQ réagit de par son ministre, mais pas Mme Marois. Sûrement qu’on étudie à fond la question avant d’aller plus loin, car il ne faut pas « briser » l’élan actuellement en cours.

    Donc, oui, cela peut être un service sur un plateau d’argent, mais il faut s’assurer que le contenu du plateau n’est pas empoisonné !

  • Michel Bélisle alias Didier, 21 octobre 2013 10h09

    "Il a donc besoin d’un enjeu électoral qui va faire oublier tous les autres..."

    Il s’agit bien de cela. On appelle ça une diversion.

    Ainsi, on ne parlera pas de sa réforme de l’assurance-emploi qui nuit aux travailleurs saisonniers et à bien d’autres.

    On ne parlera pas que les usines continuent de fermer et que ce sont des vies qui se brisent ainsi et que ces pertes d’emplois contribuent à élargir le fossé entre riches et pauvres.

    Et on ne parlera pas que les politiciens des partis de l’Establishment, dont le parti conservateur du Canada n’est pas le moindre, sont d’abord et avant au service des élites-Système et non de la population dans son ensemble.

  • Marcel Haché, 21 octobre 2013 09h26

    Il se crée tranquillement pas vite, selon les rites politiques britanniques, un axe Québec-Ottawa. Cela paraît invraisemblable ? N’en est rien pourtant. Il y a un redoutable précédent. Il suffit d’en lire les contours qu’en avait faits Georges Émile Lapalme.

    Il y a coincidence tactique entre les démarches fédéralistes de S. Harper et les démarches souverainistes péquistes : cela consiste à ne plus faire du West Island un enjeu, le mettre en retrait de la « game », faire en sorte par là que le West Island ne puisse plus jamais ameuter l’électorat du R.O.C. et, faisant cela, prévenir pour toujours (et en faveur des bleus) le retour des rouges de Montréal au pouvoir à Ottawa¹. Les astres s’alignent… et c’est tant mieux !

    Mais la démarche des conservateurs, M. Le Hir, n’est peut-être pas seulement tactique. Il peut très bien se profiler aussi une savante manœuvre stratégique, de l’institution fédérale elle-même, (au-delà du parti conservateur), et qui a pour intérêt de ramener tout le débat de l’indépendance du Québec à l’intérieure de la politique canadienne, en sortant de la même « game » tous les agents susceptibles (et dont le poids politique international compte) de reconnaître éventuellement un Québec indépendant. Ce n’est pas un hasard, en effet, que le fédéral conteste toute la démarche souverainiste cristallisée et figée dans la vieille loi 99 APRÈS l’entente commerciale récente intervenue avec l’Europe : le signal est ainsi envoyé à tous ses partenaires commerciaux et politiques, anciens (U.S.A.) ainsi que les nouveaux (Europe), le « monde » qui compte en somme, que le Canada entend traiter l’indépendance du Québec comme une affaire strictement canadienne.

    Fort bien…So what…

    Je me permettrais ce seul commentaire contre les indépendantistes québécois et dont je suis : nous avons surestimé nos forces et mal joué nos cartes depuis longtemps. Les deux référendums, de 1980 et 1995, ne pouvaient pas avoir la portée que nous espérions parce qu’ils auraient eu, s’ils avaient été positifs, ils auraient eu pour effet de précipiter le Canada dans une formidable crise politique. Et c’est précisément pour cette raison- et seulement pour cette raison que l’institution fédérale s’est tant raidie, prévenir un chaos- que les partis politiques fédéralistes ont été conséquemment aussi virulents à notre égard. Si les indépendantistes pouvaient admettre qu’Ottawa ne peut pas négocier l’Indépendance politique du Québec sur la place publique, au surplus en position de faiblesse, ce qui serait résulté de référendums positifs, et si d’autre part nous pouvions percevoir par ailleurs qu’il peut tout négocier… si évidemment Québec n’est pas en position de faiblesse…Alors, Nous « aurons notre pays » et pourrons en « voir le visage ».

    Le Pays est bien plus proche que Nous le croyons généralement, et que nous le croyons en particulier. Il n’en tient qu’à nous. À nous. Le Nous suivra.

    ¹ On aura beau dire, le futur maire de Montréal n’est pas si nono que ça…

    .

  • ChristianP, 21 octobre 2013 07h25

    Du politique en action votre article, M. Le Hir ! De l’ordre de la praxis et en ce sens :

    N’est-ce pas le moment pour le gouvernement Marois de "réfléchir sérieusement" à l’ouverture des autres fronts sous-jacents aux réels enjeux derrière la Charte des valeurs québécoises ? Laïcité et question nationale.

    Ces rapports de force sont :

    - proclamer un moratoire sur l’immigration – appuyant logiquement une politique d’intégration systématique aux valeurs québécoises, au français et à la laïcité ;

    - mandater Télé-Québec de diffuser des bulletins de nouvelles et des débats approfondis sur les questions nationales et socio-politiques, appuyés d’une loi sur le droit inaliénable et public à l’information juste, vraie et entière – avec bureau de surveillance déontologique ; contrôle SUR l’information, sa neutralité essentielle, non DE l’information ;

    - déprivatisater l’État, ses sociétés et services : inverser le rapport de force interne en clientélisant les milieux d’affaires et les pouvoirs marchands ; que l’État traite avec eux, non qu’eux traitent l’État comme ils veulent, selon leurs intérêts personnels, corporatistes plutôt que ceux de la collectivité et de la nation.

    Il y a là un programme politique, non pas qu’électoral, mais promoteur de l’indépendance du Québec dans les faits. Si une majorité électorale semble nécessaire au gouvernement Marois pour enclencher ces processus, c’est que les stratégies manquent de profondeur. Et que les avocats de l’État ne sont pas les « meilleurs »... ou possiblement contaminés.

    ChristianP

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