«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Sortir du provincialisme

Se mettre au diapason des peuples affranchis d’une autorité étrangère

Tribune libre de Vigile
jeudi 3 décembre 2015
805 visites 8 messages

Une capitulation est essentiellement une opération
par laquelle on se met à expliquer au lieu d’agir.

- Charles Péguy

Avec tout le respect que je dois à mes compatriotes indépendantistes, je dois avouer que la résurgence tant espérée de notre lutte nationale incarnée par les nouveaux chefs des principales formations politiques souverainistes-indépendantistes (Pq-Bloc-On ), ce nouvel élan annoncé donc, ne semble pas au rendez-vous. Aussi, nous revient-on encore avec les mots "souveraineté" et "indépendance", avec les « Ouiiiii pour un payyyys ! » qui, reconnaissons-le, ne signifient pas grand-chose si ce combat n’est pas accompagné de la certitude que le peuple québécois n’en représentera pas l’unique et suprême autorité. Cette question de l’autorité du peuple n’a en fait jamais été posée clairement par le parti de René Lévesque. Près de cinquante ans après la fondation du Parti québécois, bien malin serait celui ou celle qui pourrait affirmer sans se tromper qui sera l’entité-maître de l’État et de la nation. Dans le cas de la "Province de Québec", la question est d’autant plus pertinente que dans le régime actuel cette autorité est représentée par Elisabeth II, reine du Canada mais toutefois ne résidant pas sur ce territoire ; elle est donc étrangère. Ce régime donc, faut-il le rappeler, est une monarchie constitutionnelle.

Or, dans une lutte de libération nationale, la question de l’autorité suprême ne devrait-elle pas être la plus importante ? C’est pourtant ce que nous enseignent Aristote, Jean-Jacques Rousseau, Jefferson, les révolutionnaires français de 1789, les Patriotes de 1837-38, les républicains irlandais de Wolfe Tone à Eamon de Valera et encore aujourd’hui avec les résistants du Republican Sinn Féin qui combattent toujours pour l’réunification de l’Irlande. Toutefois, malgré tous ce qui nous unis à ces peuples, ajoutés aux peuples des trois Amériques, jamais l’idéal républicain ne fut au centre du discours péquiste. Bien au contraire, après chaque élection, une fois élus, nos candidats péquistes font serment de loyauté, d’allégeance à la couronne canado-britannique sans rechigner, comme de bons élèves.

Avons-nous déjà imaginé le coup de tonnerre qui retentirait dans LE MONDE si d’aventure, avec un peu de courage, un candidat indépendantiste élu refusait de porter l’infâme serment de soumission ? Je ne crois pas qu’il soit à-propos de revenir dans le passé et d’étaler les intentions non concrétisées de l’un ou de l’autre député soi-disant indépendantiste à ce sujet. La réalité est qu’AUCUN élu péquiste ou bloquiste n’a, depuis 1970, refusé de s’avilir devant la couronne d’occupation. Croit-on sans rire qu’il sera possible de déclarer l’indépendance du Québec après avoir juré fidélité à celle ( ou celui ) qui en est ou sera le chef d’état ? Combien d’années, voire de décennies, verrons-nous encore nos péquistes-lévesquistes s’abaisser de la sorte ?

À la lumière des autres modèles de lutte de libération nationale dans l’histoire et dans le monde, pour moi la cause est entendue : militer pour l’indépendance du Québec c’est d’abord chasser du paysage politique ces partis qui refusent de poser la véritable question, à savoir qui représentera l’autorité suprême d’un Québec indépendant, donc d’une république. Et qui agira en conséquence. Comme il y a longtemps que je ne crois plus aux chefs-sauveurs que le Pq-Bloc-On nous présentent après chacune de leur crise ( en attendant la prochaine ?! ), ne vaudrait-il pas mieux consacrer notre énergie à la création d’un véritable parti indépendantiste qui ne saurait être autre chose qu’un parti résolument républicain ?

Après plus de quarante ans de politique provinciale, il est plus que temps que le premier geste qu’aura à poser un candidat élu sera de défier l’autorité coloniale en refusant de la reconnaître et de prendre pour seul interlocuteur l’international.

Démontrer à la face du monde que dans la province de Québec c’est la reine vs le peuple ( et non Junior Trudeau, Couillard, etc. ( ces intendants de sa Majesté ) et que la démocratie est un vain mot. Il faudrait bien un jour que les indépendantistes québécois se réveillent et comprennent que même avec un chef-vedette au poing levé, s’il n’y a pas de vision, une doctrine, un corpus idéologique de ce pays qui tarde à naître, si nous n’avons AUCUNE idée de ce qu’il en sera de nos institutions, ce ne sera certes pas sur des questions provinciales auxquelles nous ont habitués les chefs péquistes de René Lévesque à PKP, que nous arriverons à convaincre les Québécois de mettre un terme à ce régime colonial.

Commentaires

  • André Gignac, 6 décembre 2015 13h29

    @ Danièle Fortin

    C’est clair et net dans ma tête et comptez sur moi pour passer le message sur Vigile et ailleurs. Hier, je faisais une farce en écrivant que les Loyalistes avaient infiltré le mouvement OUI. Je suis sûr que vous m’avez compris et que vous en avez ri. Si je parle trop d’infiltration, les Vigiliens vont commencer à croire que je souffre de paranoïa aïgue, vous comprenez. Ce n’est pas le cas, croyez-moi ! VIVE LA RÉPUBLIQUE DU QUÉBEC !

    André Gignac 6/12/15

  • Gaston Carmichael, 6 décembre 2015 13h06

    @Mme Fortin,

    Votre publication d’une image tirée du site web de OUI Québec me laisse perplexe. Pourquoi publier cette image hors contexte, alors qu’il aurait été bien plus facile de simplement référer à l’adresse web du site : http://souverainete.info/.

    Quand on met cette image dans son contexte, il n’y a plus vraiment de raison pour jouer à la vierge offensée, et en profiter pour tenter de discréditer cette organisation.

  • Danièle Fortin, 5 décembre 2015 18h55

    _

    M. Gignac, cela serait très étonnant que pour 75% des indépendantistes l’idée de république soit inconnue. Pour avoir discuté de ce sujet à de nombreux indépendantistes, nous prenons ou prenions tous pour acquis qu’une déclaration d’indépendance signifiait, sans autre procès, la fin du régime monarchique canado-britannique. C’est lors des conférences des intellectuels républicains comme Marc Chevrier, Louis-Georges Harvey et Stéphane Kelly que, pour ma part et pour d’autres militants, un doute s’est installé sur les véritables intentions des partis politiques lévesquistes.
    En ce qui me concerne, ma participation pour l’indépendance du Québec n’a rien d’autre comme objectif que de chasser du territoire québécois la couronne d’occupation canado-britannique et ses institutions, toutes ses institutions, ses monuments, ses édifices, ses intendants, son lieutenant-gouverneur, sa tête sur nos billets de banque, etc. Et que SEUL le peuple du Québec en soit l’autorité suprême ! Est-ce clair ? Je crois que vous l’avez compris dès le départ.
    Le chef péquiste et ses proches n’ont seulement qu’à répondre à cette simple question : la couronne britannique et ses institutions OU le peuple du Québec ?
    Si les péquistes tiennent à, je ne sais pour quelle raison valable, qu’un Québec indépendant soit membre du Commonwealth of Nations, bien ils devront le dire et en expliquer les raisons et rapidement. Il est impossible que la majorité des Québécois tiennent à ce que le Québec soit membre du Commonwealth, le Pq ne perdra pas de votes pour cette raison aux prochaines élections qui lui sont si chères.
    Si une autorité étrangère s’immisce dans nos institutions et notre constitution, que l’on cesse de parler d’indépendance ou même de souveraineté, car comme nous l’enseigne J.-J. Rousseau, « Il n’y a de souveraineté qu’issue du peuple. »

    Et croyez, M. Gignac que je ne me formalise nullement du nombre de commentaires et de visites sur cette page. Je sais que nous avons raison.
    _

  • André Gignac, 5 décembre 2015 11h17

    Complètement d’accord avec M.Verrier ; j’avancerais que 75% des gens qui se disent indépendantistes au Québec ne savent même pas ce que signifie le mot indépendance. Et je mettrais le même pourcentage pour les gens qui souhaitent que le Québec signe une nouvelle constitution avec le Canada. Le peu de commentaires que vous avez reçus dénotent bien qu’ils ne comprennent pas encore ce que signifie le mot république.

    C’est facile à comprendre, le PQ depuis sa fondation, ne l’a jamais expliqué aux Québécois ; préférant faire du chantage en espérant que le Canada apporterait des changements à sa constitution. Il y a eu deux référendums au Québec et le statu quo est toujours là. Pourtant, il n’a rien de sorcier à comprendre que si le Québec devient un pays indépendant, il doit quitter l’autorité suprême en place (Reine et tous ces symboles du passé) pour une autorité suprême du peuple.

    Il y a beaucoup de travail à accomplir avant la naissance du pays québécois, je vous l’assure. En ce qui a trait au logo de la reine sur l’annonce de la réunion du OUI en fin de semaine, c’est peut-être des Loyalistes qui ont infiltré ce mouvement comme le PQ l’est par les fédéralistes et le SCRS.

    André Gignac 5/12/15

  • Gilles Verrier, 4 décembre 2015 21h57

    Plusieurs de nos amis indépendantistes-souverainistes seraient plus honnêtes en s’affichant pour un statut particulier au sein du Canada : pas de monnaie, pas de banque centrale, pas d’armée, pas de politique économique indépendante et soumission totale à la politique des blocs, dans leur cas l’OTAN, et le renoncement au pouvoir d’État souverain par la soumission aux blocs économiques continentaux. Entretemps, serment à la Reine et respect sacro-saint pour une constitution que leur supposé pays n’a jamais signé. Une mise à jour s’impose. What does Quebec want ?

  • Danièle Fortin, 4 décembre 2015 16h32

    _

    Merci infini Messieurs Desfossés et Gignac pour votre soutien.

    Je viens tout juste de voir la page d’accueil des « Organisations unies pour l’indépendance » qui font suite aux différentes associations qui ont précédées celle-ci, soit, le Conseil pour la souveraineté, Cap sur l’indépendance, les IPSOS, le Comité sur la souveraineté, etc.

    Or que voit-on à la page d’accueil de ce nouveau regroupement ? La face de la reine avec, en surimpression : « On ne fera pas l’indépendance SANS ELLE ».
    Bien qu’il s’agisse d’une illustration servant à indiquer là où il faut cliquer afin de recueillir des fonds pour cette nouvelle entreprise de ressassage sur les moyens de gagner les prochaines élections, avouons que l’illustration à de quoi étonner sinon choquer. Je joins à ce commentaire l’image en format JPEG.
    Je ne sais quoi en dire, je l’avoue.
    _

  • André Gignac, 4 décembre 2015 09h54

    @ Danièle Fortin

    Votre texte que j’apprécie beaucoup, par sa rigueur, est d’une grande clarté ; j’y adhère à 100% ! J’ai même trouvé le nom du nouveau parti : LE PARTI RÉPUBLICAIN DU QUÉBEC.
    Vive le Québec libre !

    André Gignac 4/12/15

  • Pierre Desfossés, 3 décembre 2015 23h44

    Madame FORTIN,

    QUE VOUS AVEZ RAISON ! NOUS SERONS VRAIMENT EN MARCHE VERS NOTRE INDÉPENDANCE LE JOUR OÙ NOUS AURONS LE COURAGE DE POSER DES GESTES DE RUPTURE FACE À L’ORDRE ÉTABLI. ET CE PREMIER GESTE C’EST DE REFUSER DE PRÊTER SERMENT DE FIDÉLITÉ À LA REINE D’ANGLETERRE, CE SYMBOLE DE NOTRE OPPRESSION COMME PEUPLE, CONQUIS PAR LES ARMES ET TRAHI PAR NOS ÉLITES POLITIQUES, CES COLLABOS DE L’INDIRECT RULE QUI TRIOMPHENT AU PLQ ET AU PLC.

    FAIRE DE LA POLITIQUE, DANS UNE PERSPECTIVE DE LUTTE DE LIBÉRATION NATIONALE, C’EST DÉFIER L’ORDRE JURIDIQUE QUI NOUS OPPRIME. MAIS C’EST AUSSI PROPOSER À NOTRE PEUPLE DES PERSPECTIVES DE CHANGEMENTS PROFONDS DE NOTRE RÉALITÉ POLITICO-ÉCONOMIQUE. SORTIR DU CANADA POUR SE DONNER UN RÉGIME RÉPUBLICAIN. SORTIR DU CANADA POUR SE DONNER UNE VÉRITABLE SOCIALE-DÉMOCRATIE.

    MOI J’ATTENDS DE PKP UN LEADERSHIP RADICAL. JE TROUVE QU’IL TARDE DÉJÀ TROP. LA RENTRÉE PARLEMENTAIRE DE 2016 SERA DÉTERMINANTE.

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