«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

INDÉPENDANCE POLITIQUE DU QUÉBEC 434

Sociologie du national et la nation indépendante

Témoignage d’un ex-étudiant de Maurice Séguin

Chronique de Bruno Deshaies
vendredi 21 août 2015
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Bruno Deshaies, 20 août 2015

« Avec le professeur Séguin, on est à la bonne école.
Avec lui, on apprend et son métier d’historien et son métier d’enseignant d’histoire. »
(André Lefebvre, 1999. Lire la suite…)

PRÉSENTATION

Dans la grisaille du contexte politique qui nous afflige en ce moment au sujet de l’indépendance POLITIQUE du Québec et qui se maintient depuis 50 ans, serions-nous capables d’en finir avec les séances d’autopsie nationale qui nous conduisent au pronostic d’une logique de dislocation si les Québécois n’adoptent pas le concept d’État-nation ? (Je reviendrai plus loin sur cette question.)

« La nouvelle sociologie de la question nationale » vient de faire son apparition (une contrepartie à l’Indépendance par la République – VLB éditeur c. Fides. L’élite intellectuelle qui entreprend cette démarche analyse le passé et le présent, mais elle ne s’engage peu sur la marche à suivre quant à l’action. Elle veut reconstituer (l’une, « les conditions du renouveau » de l’Indépendance et, l’autre, « la souveraineté du peuple à celle de l’État » à leur façon sur l’état des lieux. C’est pourquoi ces deux points de vue tentent de décrire les errances de notre pensée politique qui ont accompagné notre évolution historique. Les deux groupes cherchent à satisfaire les besoins de la fameuse (ou la fumeuse) « question nationale ». Cette approche ne nous rend pas nécessairement plus lucide. Cette question, les Québécois la discutent depuis plusieurs générations. Déjà, ce passé est du dépassé. Nous connaissons les effets historiques de cette courbe historique. À notre corps défendant, cette pente maintient le statu quo ante. Le ton plaintif permanent. « On n’est pas content ! On ne veut pas de chicane ! »

Le mécontentement du public s’exprime avec désespérance : il est maintenant rendu à l’étape de préparer le futur du Québec – non de corriger le système pancanadien constitutionnel et politico-économique. Ce constat implique un mode d’action où les acteurs sauront clairement ce qu’ils souhaitent vraiment réaliser et réussir à accomplir. Des décisions doivent être prises dès l’origine du grand chantier de l’indépendance du Québec. Entre autres, LE reconnaître comme axe principal de recherche. Quelques principes s’imposent :

− Les rapports entre sociétés sont inévitables et nécessaires ;
− La vie en société repose sur la notion d’agir (par soi) collectif.

Et que, tout autant, une condition essentielle de son existence est requise, à savoir :

Malgré toute l’insistance sur la nécessité et l’utilité pour une société de collaborer avec les autres, il n’en demeure pas moins que la notion de vie d’une société se rapporte essentiellement à la notion d’agir (par soi) de cette société.

C’est le postulat-clef de la sociologie du national pour comprendre le sens de la définition de la NATION INDÉPENDANTE.

Ces notions fondamentales de « vie et conditions de vie » concerne toute nation qui se veut libre collectivement, si bien que :

La notion d’indépendance d’une nation ne peut donc porter, d’une manière générale, que sur l’ensemble d’un groupe d’individus qui se reconnaissent comme une collectivité distincte et une, sans trop s’interroger sur les parties… Les nations souveraines sont en réalité des empires où souvent l’assimilation des éléments n’est pas toujours terminée…

Concedo. Cette définition de la nation vient apporter les nuances et le contredit nécessaire au concept de la nation au sens Étatique, juridique – soit l’État-Nation. « La nouvelle sociologie de la question nationale », d’une part, ne pose pas le bon diagnostic, car elle s’oriente dans la perspective de l’État fédéral ou d’Union fédérale. D’autre part, le républicanisme ne va pas plus loin que la souveraineté populaire comme norme de la démocratie du peuple. Or que la nation indépendante se rapporte au tout soumis à l’action et aux lois d’un gouvernement souverain avec des problèmes de régionalisme à l’intérieur de la nation indépendante. Le républicanisme ne règle pas le problème des deux nationalismes au Canada. Non plus la différence entre « sociologie du national » et « la question nationale » (expression fourre-tout qui est encore ce problème de la croisée des chemins). Le futur du Québec est véritablement ni dans la constituante ni dans celle de nourrir vivante la flamme de l’indépendance.

Avec raison, le témoignage du professeur et didacticien, André Lefebvre, nous rappelle l’apport majeur de son « maître » Maurice Séguin à la connaissance du Québec comme société. Par la même occasion, il établit des balises avec l’interprétation par Jean Blain de la pensée de Maurice Séguin ainsi qu’avec son critique, Jean-Paul Bernard. Ces deux historiens ont de la difficulté « avec les postulats dans la manière de concevoir l’histoire » de Maurice Séguin. Et ce n’est pas par hasard qu’il termine son témoignage en ces termes : « Mais on retarde toujours sur la pensée du maître, et j’en sais beaucoup – je suis de ceux-là – qui se contenteraient de suivre le maître de loin. »

Le temps est certainement venu de cesser de vouloir inventer la roue chacun de son côté. Une prise de conscience nationale collective serait nécessaire. Une élite doit se former sur de nouveaux paradigmes essentiels couvrant la définition de nation indépendante au sens intégral. Nous en avons esquissé quelques bribes précédemment.

Ce « maître à penser l’histoire », comme l’indique André Lefebvre dans son titre, n’est pas une toquade d’auteur. La question du Québec est très sérieuse. Au fond, il se demande comment il se fait que cet éclaireur qui a marqué le Québec avec l’École de Montréal, notre nouvelle élite se torture les méninges au point de refaire le même travail sans s’apercevoir du colossal travail de cet historien afin de répondre à leurs questions et à leurs objections.

Le tout est dans Les Normes de 1965-1966. J’en sais personnellement quelque chose. Je possède par devers moi une édition intégrale qui offre une disposition critique accompagnée de tables des matières, d’index, de glossaires, de notes et d’extraits de notes de cours du « maître ». Que cela ne tienne ! Le monde de l’édition québécoise et ceux qui orbitent autour ont leurs « petites idées ». La question qui tue : « En quoi le contenu des « normes » ne mériterait-il pas plus que des hommages ? Ce projet d’édition, dans une société ouverte et « décomplexé », −si je comprends bien − devait être publié. Enfin, le public québécois aurait l’occasion d’avoir sous leurs yeux « Une approche universelle à la Grande Histoire. » Ici, nous tenons entre nos mains le véritable « Refus global » ! Quelque chose de plus grand que la critique sociale et le sort des individus.

Un exemple de réflexion que nous propose André Lefebvre concerne la preuve scientifique de l’indépendance (cf. note 12 de fin, la note « a » de bas de page et la citation de la note 15 de fin de Jean Blain, puis faire le lien avec la citation de Maurice Séguin à la note 20 de fin). En démocratie, il y a un rapport avec le point de vue de John Dewey que j’ai résumé en ces termes : « L’enquêteur enquêté est aussi celui qui enquête. » Les indépendantistes-péquistes ont donc un gros travail à faire sur ces questions qui ont été soulevées ci-devant.

Profitant de la célébration publique du mariage de Monsieur Pierre Karl Péladeau, le premier ministre Philippe Couillard s’est lancé dans une diatribe pour réprouver le concept de laïcité et du même coup, il a saisi l’occasion pour déclarer qu’il ne cédera « pas un pouce » aux souverainistes. Alors, Monsieur Couillard, bonne chance demain avec Ottawa. Comme pour tout le reste, il souhaite laisser jouer le « marché ». Il va se rendre compte rapidement qu’il n’a pas le privilège du gros bout du bâton. Mais il tient mordicus (on le constate à voir son visage) à instiller dans le public sa vision de la société québécoise-canadian qu’il fonde sur son séjour et sa connaissance de l’Arabie-Saoudite. Les traces sont visibles sur sa pensée tandis que pour l’argent, c’est beaucoup moins limpide.

J’aimerais noter que ce témoignage d’André Lefebvre fait partie de la liste des documents précédents de Doris Lussier, Pierre Harvey, Pierre Vadeboncoeur, Yves Martin, Pierre Daviau, Bernard Frappier, L’Engagé, Maurice Séguin. D’ailleurs son hommage peut être associé à l’édition d’Histoire de deux nationalismes au Canada (1997) que malheureusement l’éditeur a pilonné l’an dernier. Le sujet n’est pas assez brûlant !

Une coterie domine dans le milieu des sciences humaines pour contrôler le discours indépendantiste. Le Chef du Parti Québécois aura a démontré une très grande lucidité d’esprit s’il veut ouvrir les vannes d’un débat où l’objectivité, la sincérité et le respect de la vérité prédomineront. L’effort devra être mis sur la nécessité de comprendre d’une manière réaliste la situation actuelle face à la fin-en-vue de l’indépendance politique du Québec.

Voici le conseil que nous donne Maurice Séguin dans l’Introduction de son édition sur Les Normes pour étudier « Les deux nationalismes. » (Cf. L’Annuaire 1983-1984 de l’Université de Montréal) avec cette courte description : « Histoire du conflit politique, économique et culturelle entre le Canada français et le Canada anglais 1760-1980. »

Devant une perte irréparable (ou non réparée), devant un obstacle insurmontable (ou non surmonté), être de bonne foi dans l’ignorance ou, ce qui est plus grave, refuser de voir clair, c’est d’abord, par ignorance des facteurs, des pressions qui limitent et paralysent, se mettre dans l’impossibilité de comprendre d’une manière réaliste la situation actuelle.

Pas de passé sans présent ni futur.

Les hommes engagés dans l’action luttent contre des forces adverses, doivent choisir… Mais l’action s’accompagne toujours d’une certaine propagande... Cette constatation ne s’applique pas à un parti politique en particulier. Par conséquent, le défi des indépendantistes est immense sans être impossible.

Ma conclusion serait la suivante : « Pas de politique sans éducation politique. »

Voici ce que j’avais écrit, le 13 février 2003, à un ami avocat qui a cherché à comprendre Les Normes. Il était un indépendantiste sincère mais serein et lucide. Comme André Lefebvre, il avait compris la pensée du « maître à penser l’histoire. » Cette personne surnommée Nathalie Le Sieur a publié le texte que voici : « Quels sont les principaux obstacles à l’indépendance ? » (Dans Chronique de Bruno Deshaies, Vigile.net, 6 février 2003). Cet article fait aussi partie de la liste d’auteurs cités précédemment. Car apprendre à raisonner dans l’optique indépendantiste exige un effort particulier pour se dégager de la gangue fédéraliste. Espérons que des échanges respectueux dans cette voie du renouvellement de la pensée indépendantiste pourront se faire prochainement grâce à l’Institut de recherche sur l’indépendance.

Bruno Deshaies

Montréal, 20 août 2015

APPENDICE

La raison de cet appendice consiste à montrer que le débat sur la manière de faire de la politique dans le cadre du domaine-des-rivalités-électorales ne mèneront jamais le public sur la piste de l’indépendance de la nation québécoise. L’électorat est conscient qu’il s’agit tout bonnement de choisir un gouvernement et s’il n’est plus satisfait de sa gouvernance il peut le renvoyer à la prochaine élection générale. Par ailleurs, il est même ennuyé par « les observateurs ou les voyeurs de nos malheurs » (comme me l’écrivait un jour un internaute). La fatigue culturelle tient à tous ces discours qui ne parviennent pas finalement à sortir du dilemme de la croisée des chemins.

Les souverainistes-autonomistes sont tombés dans le raisonnement diachronique : les purs et les durs, les patients et les pressés, les optimistes et les pessimistes, le oui et le non, la gauche et la droite, la communauté et la nation, les autonomistes et les fédéralistes, le souverainisme et l’indépendantisme, le républicanisme et la démocratie libérale, l’intérêt général et le bien commun, etc. Et plus encore, des nuances entre les fédéralistes et les autonomistes, etc. Il faut le dire ouvertement, le public ne vous suit plus.

Voici quelques références pour alimenter le débat. Comment voir clair sur la question du Québec indépendant qui est par définition « politique ».

André Lefebvre, Une histoire nationale pour l’élève du secondaire(1978). Deux approches : André Lefebvre c. Gérard Bouchard.

L’indépendance
Pour faire un peu le point
Pierre Vadeboncoeur, L’Action nationale Mars 1999.
http://vigile.net/archives/ds-souv/docs/vadeboncoeur-point.html
Un point de vue à comparer avec les « Réflexions d’un promeneur solitaire ».

INDÉPENDANCE DU QUÉBEC 224
DIALOGUE AVEC LE PASSÉ ET LE PRÉSENT
Réflexions d’un promeneur solitaire
(Première partie)
Chronique du jeudi 29 septembre 2005

INDÉPENDANCE DU QUÉBEC 225
DIALOGUE AVEC LE PASSÉ ET LE PRÉSENT
Réflexions d’un promeneur solitaire
(Deuxième partie)
Chronique du jeudi 6 octobre 2005

INDÉPENDANCE DU QUÉBEC 226
LA DÉRIVE DES INDÉPENDANTISTES Comment corriger le tir. Chronique du jeudi 13 octobre 2005

Par un collaborateur anonyme
Pour un pays – indépendant et libre comme conditions sine qua non Le Rond-Point des sciences humaines (vendredi 16 mars 2007) « Le Parti québécois nous a donné ce qu’il pouvait nous donner : deux échecs « référendaires » résultats d’un syndrome « référendaire », c’est-à-dire le résultat de l’ensemble des symptômes d’une maladie. Quelle maladie ? La peur de l’indépendance, l’impuissance à s’orienter vers l’indépendance, à y travailler avec régularité et à clarifier les obstacles à sa réalisation. »

L’INDÉPENDANCE POLITIQUE DU QUÉBEC
Multiples références sur la question
« Pour un pays indépendant. »
+ 1 Commentaire
« À l’heure du choix. »

Bruno Deshaies, « La Realpolitik et l’indépendance du Québec. » La Realpolitik et l’indépendance du Québec Dans Le Rond-Point des sciences humaines (15 juin 2009)

Commentaires

  • Bruno Deshaies, 23 août 2015 17h23

    2015-08-23 17:25

    (André Lefebvre, 1999. Lire la suite…)

    Nous venons de constater que l’hyperlien pour Lire la suite… n’est plus fonctionnel. Veuillez suivre ce lien : http://www.rond-point.qc.ca/blog/media/Vigile-434.2015-08-20_2-document1.pdf

    Nouvelle présentation du Fonds d’archives de Maurice Séguin

    Le Fonds d’archives Maurice Séguin vient de faire l’objet d’une présentation générale par l’entremise de L’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information.

    L’article de présentation du Fonds a été écrit par deux étudiants dans le cadre du cours ARV1056 – Diffusion, communication et exploitation donné au trimestre d’hiver 2014 par Yvon Lemay. Travail terminé, 24 avril 2014.
    Université de Montréal
    Division de la gestion des documents et des archives

    Nancy Galvin et Kamel Meziani
    « Le théoricien méconnu de l’indépendantisme québécois. » http://www.archiv.umontreal.ca/pdf/M_Seguin.pdf

    Au sujet de cet article, nous vous indiquons le bon hyperlien à suivre pour la référence à la note 28 avec les Sources consultées par Galvin et Meziani :

    Deshaies, Bruno. Maurice Séguin, La société québécoise et l’avenir du Québec. Le Rond-Point des sciences humaines. INSTITUT D’HISTOIRE DE L’AMÉRIQUE FRANÇAISE
    Communication à l’occasion du 51e Congrès annuel - Québec, le 16 octobre 1998.

    Il faut suivre l’hyperlien qui suit : http://www.rond-point.qc.ca/rond-point/histoire/seguin/maurice-seguin-la-societe-quebecoise-et-lavenir-du-quebec/

    Un ajout à notre appendice :

    INDÉPENDANCE : POUR OU CONTRE ?
    MAURICE SÉGUIN
    L’historien visionnaire du Québec contemporain
    Chronique de Bruno Deshaies, 27.9.2001
    http://vigile.net/archives/01-9/deshaies-63.html

    Mes remerciements anticipés pour votre compréhension.

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