«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Side line aux « vraies affaires ».

Retour sur un champ de ruines

Tribune libre de Vigile
mardi 30 septembre 2014
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Au début des années 80, (eh oui, alors que le P.Q. formait le gouvernement¹), les fédéraux de la région de Québec s’étaient trouvés ben fins, les fins-fins, d’avoir incités les travailleurs de la Davie « à marcher dans les rues » (de Québec) afin que la compagnie obtienne des contrats de construction. Honteux chantage à l’emploi.

Je ne me souviens plus de quels contrats il était question. Ce n’est pas mon propos. Mais je me souviens très bien que des pères de famille avaient dû « marcher » pour leurs emplois à la Davie comme s’ils devaient quémander quelque chose. Humiliant. Je n’ai pas changé d’idée à propos de ce procédé qu’utilisent les lâches, et qui consiste à menacer et humilier ceux qui veulent simplement travailler. C’est un procédé qui m’apparait mille fois plus détestable qu’un lockout.

Et c’est toujours la même gang, toujours les fédéraux, qui Nous menacent maintenant à propos du pont Champlain. Quand même incroyable, en effet, que ce soit un gouvernement qui Nous est aussi éloigné, pour ne pas dire étranger, qui peut décider comment le trafic devra se passer aux heures de pointe aux ponts de la région montréalaise.

J’écris « aux ponts » parce que c’est certain que ce qui se passe déjà sur l’immense pont Champlain se passera aussi dans le futur, mais de façon gigantesque, et que toute décision prochaine quant aux coûts de passage aura de façon certaine beaucoup d’incidences, et pas seulement sur le trafic de tous les autres ponts de la région de Montréal, mais surtout sur l’avenir même de l’île de Montréal à plus long terme, et dont beaucoup des immenses territoires vierges de la partie ouest de l’île, on l’oublie trop facilement, ont déjà fait sécession.

Des ti-counes, sans aucune légitimité parmi Nous, s’apprêtent à favoriser le West Island encore une fois, avec le même entêtement qu’ils ont mis il y a longtemps à imposer la construction d’un aéroport à Mirabel, et plus récemment d’un C.H.U. à Montreal, en faveur cette fois de la minorité anti-Québec.

La politique fédérale Nous échappe complètement. À vrai dire, elle est retournée contre Nous, cela aussi bien à propos du retour des Nordiques à Québec que de la construction navale il y a longtemps, qu’à propos du pont Champlain maintenant. C’est Nous qu’on prend soin d’humilier chaque fois que c’est possible, comme si Nous n’étions pas capables de Nous occuper de nos affaires, les fausses aussi bien que les vraies.

Et Nous, on marche pour de vrai. Faute de vrais leaders, légitimes, Nous sommes ainsi condamnés à marcher tout le temps et à tous propos. Et le plus souvent, Nous marchons au prétexte que l’ordre des compétences fédérales-provinciales serait scrupuleusement respecté. On Nous mène par le bout du nez et Nous marchons à un ordre qui n’a pas de bon sens !

Le bon sens voudrait que la L.N.H. fasse jouer ses joueurs là où il y a des fans. Qu’on ne laisse pas tomber non plus une main d’œuvre qualifiée, son savoir-faire inoccupé, s’il doit y avoir des contrats de construction navale. Et surtout que ce soient Montréal et l’ensemble du Grand Montréal qui décident ensemble de leur propre trafic aux ponts, attendu que la région de Montréal c’est bien plus que la moitié de tout le Québec, bien plus que la « métropole » et tous ses tams-tams. C’est plutôt la locomotive qui ne doit jamais s’arrêter ni jamais-jamais flancher.

La vérité c’est que, malgré tous leurs sparages, la gang du West Island qui mène l’ordre provincial à Québec participe à notre humiliation chaque fois que c’est possible. C’est ça l’Affaire ! C’est comme un side line à leurs supposées « vraies affaires » ! Ce n’est pas un hasard que le premier front politique ouvert par le nouveau gouvernement libéral de la province le soit sur celui des conventions collectives, sur ce qui a déjà été signé entre Nous. Ce sont les conventions collectives qui sont en effet l’armature même de toute la Révolution Tranquille.

La véritable question est donc la suivante : le mouvement syndical va-t-il continuer encore longtemps de se laisser intimider ? Va-t-il seulement défendre ses intérêts, ou va-t-il défendre bien plus que tout cela, sa Légitimité, qui se trouve aussi à être la nôtre. Va-t-il au contraire devenir un simple comptable en relations de travail ? Un simple comptable de tous nos échecs et turpitudes ? Un mouvement de syndicaleux ? Ou va-t-il enfin prendre la Parole, c’est-à-dire reprendre la Parole parmi Nous ?

Et nous les indépendantistes, nous aurions tort de croire que les humiliations à répétition infligées aussi bien à des fans qu’à des travailleurs, aussi bien aussi à des usagers qu’à tout un peuple, que ces humiliations seraient sans conséquence. Ce n’est jamais-jamais sans conséquence ces maudites affaires-là. De fait, cela n’a jamais été sans conséquence non plus…Ne cherchons pas si loin : ça ne prend rien de plus que des fonctionnaires consciencieux pour empêcher que Nous soyons volés. Rien de plus, aussi, pour que Nous soyons soignés convenablement et dans la dignité. Mais ça va Nous prendre des chefs politiques légitimes en câlisse pour que Nous cessions d’êtres humiliés, pour que Nous cessions de mourir dans les corridors des urgences comme une gang de tarlas ! Pas pareil pantoute !

Et chaque fois, c’est-à-dire souvent, que nous avons laissé faire les pourris, c’est la solidarité sociale ou la solidarité nationale qui ont été et qui sont encore un peu plus émiettées.

Si un certain cynisme prévaut parmi Nous maintenant, si Nous sommes autant divisés face au Canada-Uni, si nous-mêmes les indépendantistes sommes autant perplexes et divisés, si l’Indépendance est aussi fragilisée après 40 ans de Marche, malgré pourtant qu’elle est indiscutablement à portée de main, c’est d’abord parce que notre parti s’est détourné de Nous. C’est beaucoup parce que nos leaders n’ont pas su relever l’humiliation quand c’était le temps. Voyez-vous, fallait Nous défendre plutôt que défendre la maudite Province de Québec ! Fallait défendre les prisonniers plutôt que défendre la prison dorée !

Toute Libération est à ce prix… Eh oui, « à ce prix », en effet, quoi qu’on en pense par ailleurs du multiculturalisme.

À tous les braillards qui viennent ensuite brailler et nous enquiquinés que nous serions devant un « champ de ruines », à Jacques Parizeau en particulier, il est plus que temps de dire maintenant : Assez ! Suffit ! Suffit ! Vous étiez là déjà, tout près, juste à côté en limousine, pendant que les gars de la Davie marchaient et qu’ils étaient humiliés par les fédéraux ; vous étiez encore aux premières loges lors du départ des Nordiques en 1995, au début du mythique « mystère »…et vous y étiez encore tout le long de cette maudite année référendaire, dont tout un peuple garde encore mauvaise conscience de s’être dit Non à lui-même. Vous faites partie du problème avec votre maudit référendum, en aucun cas celui de la solution. Car le pays à faire, c’est simplement un électorat à rassembler, non pas à diviser…

Bonne chance au P.Q. et à l’Indépendance.

¹ Le P.Q. comptait sur plus de 250,000 membres…eh oui !

Commentaires

  • Marcel Haché, 1er octobre 2014 09h46

    @ Didier et Pierre Bouchard

    Je crois avec vous que Nous « marcherions » beaucoup moins si nos « politiques » se faisaient aller le mâche-patate un peu plus vigoureusement.

    Le péage aux ponts est une régression. Le péage a déjà existé. Et ce n’était seulement pour faire plaisir aux électeurs qu’il avait été aboli. Le rétablir sera une entrave au développement et la fluidité des échanges économiques dans la région de Montréal. Toute cette saga autour du péage au pont Champlain fait d’abord réagir les usagers (les électeurs), mais le « monde des affaires » va voir aussi de quoi il en retourne pour lui.

    À quoi cela servira-t-il qu’un travailleur-chauffeur de la rive-sud paie le matin au péage du pont pour aller prendre possession du camion qui lui sert de gagne-pain, si le même chauffeur et le même camion doit faire la même journée des livraisons ( et payer ) sur la Rive-Sud ?

    À long terme, les entreprises vont régir. Et elles vont réagir de façon semblable à ce qu’elles ont réagi (pour d’autres raisons) à l’égard du développement de Laval… Cette dernière ne manque pas d’espaces pour des parcs industriels, l’île de Montréal non plus. Ce n’est pas le cas de la « ville de Montréal »…

    Le péage, même « intelligent », est une pure agression politique provenant d’un gouvernement fédéral qui prend pour acquis ce qui se passera au Québec. Les libéraux de Pierre Trudeau Nous prenaient aussi pour acquis, malgré pourtant qu’ils Nous crachaient dans la bouche. Et c’est avec le même sans gêne qu’Harper, aidé par une couple de ti-counes bien de chez-nous - toutes les nations produisent leurs ti-counes- c’est le même sans gêne que celui des libéraux et des démocrates qui l’incite à imposer un péage aux ponts de Montréal puisque, de toutes les façons qu’il regarde la conjoncture, il n’a rien à attendre de Nous aux prochaines élections.

    Pour ne pas déplaire à l’électorat du R.O.C. le P.L.C. et le N.P.D, sont piégés au Québec avec cette histoire de péage sur Champlain. Au Bloc d’y voir, simonak, et surtout, ben oui surtout, avec le même sans-gêne à l’égard du R.O.C. et du West Island qu’Harper à notre égard, desquels le Bloc n’a réellement rien à attendre d’eux lui non plus… C’est cela que ça veut dire s’occuper de Nous plutôt que de chanter des cantiques à l’indépendance et à la promotion de la province de Québec…

    C’est pas la province qui passe sur le pont, c’est Nous qui passons dessus. Et c’est Nous aussi qui votons…

  • Pierre Bouchard, Escoumins, 30 septembre 2014 21h31

    Pendant qu’on joue aux puristes avec le référendum, les mandats de gouvernement et la clarté de la démarche, et alors que le Québec respecte mieux la Constitution canadienne que le ROC lui-même (il y a quelques exemples), le ROC (incluant le PLQ et le West Island) agissent sans mandat, chaque jour, en toute impunité. M. Haché, je partage votre sentiment et votre posture, et si les gens étaient indignés comme nous le sommes, l’indépendance serait acquise rapidement.

    S’il y a une chose qui doit changer au PQ mais aussi parmi nos différentes élites, c’est bien cette attitude confortable qui relativise tout et n’identifie plus l’ennemi ni même les agressions récurrentes. Ces gens-là doivent prendre conscience de ce qui Nous arrive et réagir courageusement, ou laisser la place à d’autres.

    « On ne fait pas la souveraineté contre le Canada  » nous dit-on, « qui est un beau pays ». Ben voyons, pourquoi veut-on se séparer alors ? Pour s’émanciper, être libre, autonome et entièrement responsable de notre destinée. Mais pour cela il faut combattre celui qui nous agresse, qui nous empêche, qui nous encarcane. Il faut d’abord que tous les québécois le reconnaissent, à commencer par les militants et sympathisants indépendantistes. Bien sûr l’indépendance pour se libérer de l’ennemi, le Canada. Se tenir debout, dignement, refusant l’humiliation et réfutant ce destin qui serait le nôtre.

    Le Canada, par ses représentants, est notre ennemi. Pas un adversaire politique, un ennemi car son action amenuise notre peuple, il veut Nous éliminer. L’action du Canada rogne sans relâche notre économie et nos institutions, et Nous nous solvons petit à petit dans la vie glauque de l’homme blanc anglophone planétaire. Il n’y a pas d’autres façons pour éveiller la conscience nationale des gens : que nos élites Nous parlent enfin à Nous, dans les yeux, et Nous disent enfin les choses telles qu’elles sont. Il n’y a pas que des intérêts économiques concurrents, tous les gens d’affaires le savent, il y a régulièrement des actes délibérés d’agressions du Canada contre les québécois. Ça arrive chaque semaine (le pont Champlain, les contrats de constructions de navires, le remboursement fédéral pour l’harmonisation de la TVQ, les pêcheurs favorisés de Terre-Neuve, …).

    J’aimerais que Vigile nous présente en permanence la liste de ces agressions, que nous puissions y référer aisément. Juste les nommer clairement, comme « la saga des 2 CHU au lieu d’un seul ». Remonter aux années 50 au moins, et pourquoi pas depuis la colonie.

    Je ne sais pas si vous avez raison en ce qui concerne les syndicats mais j’observe que la CEIC, une autre action hostile envers Nous malgré les apparences, s’est assurée d’affaiblir le plus puissant, la FTQ, afin qu’ils se tiennent tranquilles.

  • Michel Bélisle alias Didier, 30 septembre 2014 19h58

    "Nous sommes ainsi condamnés à marcher tout le temps et à tous propos."

    Eh oui ! Encore en fin de semaine, les gens de Shawinigan ont dû marcher pour se faire entendre parce que tout a fermé à Shawinigan (l’usine Laurentide, la dernière en date) et qu’il ne reste plus rien à fermer :

    http://www.journaldemontreal.com/2014/09/27/marche-pour-les-travailleurs-shawinigan-on-se-tient-debout

    Et dire qu’au fédéral comme au provincial, ces politiciens sont supposés être au service de la population qui les a élu.

    Et dire que ces mêmes politiciens qui pensent pouvoir tout régler à l’échelle du globe ne sont même pas capables de faire fonctionner Shawinigan.

    Mais ça fait-y assez dur ?

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