«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Beaucoup de bruit pour rien (Shakespeare)

COMMISSION ROBILLARD

Si lourd, si mince

lundi 24 novembre 2014

Le rapport Robillard, qui donne pour 2,3 milliards de dollars de coups de hache, serait là pour faire peur, afin de mieux faire passer des décisions gouvernementales controversées, comme la hausse de tarifs dans les CPE. On comprend mieux dès lors que l’exercice soit si superficiel.

Voilà donc une commission qui, d’entrée de jeu, nous indique avoir bien travaillé, fière d’avoir suivi deux principes : l’indépendance et la présentation de recommandations documentées et appuyées. Mais indépendance n’est pas synonyme d’objectivité, et l’idéologie de droite, privilégiant le privé et la concurrence, qui caractérise les membres de la Commission de révision permanente des programmes, dite commission Robillard, est au coeur de leurs travaux.

Quant à l’argumentaire, il est… mince. Une fois retirées les nombreuses pages blanches et les annexes, il reste moins de 120 pages (souvent à demi remplies) d’un rapport qui en annonce officiellement 175. Chipote-t-on pour la forme ? Non. On ne travaille pas à mettre à terre des choix collectifs, en ciblant pour 2,3 milliards de coupes, sans donner de nombreux détails. Ici, ils n’y sont pas.

Un exemple ? À la page 31 du rapport où, après moult présentations, la Commission entre (enfin !) dans le vif du sujet, quatre constats généraux sont énoncés. Quel est le tout premier ? « Il existe certains écarts considérables de dépenses avec l’Ontario. » C’est, on l’aura deviné, un péché. Les quelques paragraphes qui suivent doivent nous en convaincre.

Ainsi, les programmes d’aide à la famille coûtent plus cher au Québec. Peut-on les détailler, en dire l’impact, souligner s’ils sont appréciés de la collectivité, parler de choix de société ? Le rapport n’en fera rien, se limitant à quelques lignes et à un tableau, car là n’est pas son approche : la commission compte, elle ne pense pas (à la curieuse exception du financement des écoles privées où, tout à coup, la commission se rappelle que son analyse peut avoir un impact autre que financier, d’où sa recommandation de ne pas agir de manière précipitée !).

Autre exemple, celui du complexe dossier agricole. L’aide donnée aux agriculteurs québécois est plus élevée qu’ailleurs, dit le rapport. Mais ses données mêlent soutien du gouvernement fédéral et du Québec. L’Union des producteurs agricoles, furieuse, a une tout autre évaluation. Qui dit vrai ? Et quand il est question du Programme d’assurance stabilisation des revenus agricoles, que la commission Robillard veut transformer pour économiser 300 millions de dollars, le rapport met en relief ce qui se passe dans les autres provinces en matière de gestion de risque. Or, ce qui saute aux yeux, c’est l’implication du fédéral dans le programme auquel participent les provinces de l’Ouest. Autre approche, autre choix de société… Peut-on tout comparer ?

C’est aussi un choix de société, vraiment mesquin celui-là, que de sabrer le soutien à l’action bénévole (10,4 millions d’économies) ou le budget discrétionnaire des ministres (14,4 millions d’économies) qui sert souvent aux mêmes fins : donner un coup de main dans sa communauté à coups de 500 $. Quelle petitesse de la part d’une commission qui nous coûtera au bas mot 3,8 millions (sans oublier les coûts de l’autre commission, celle sur la fiscalité) ! Vu la faiblesse des montants versés, ce n’est pas 500 $ qui feront la différence, lit-on dans le rapport. De fait, quand on gagne entre 800 et 1000 $ par jour, comme le font les membres de la commission Robillard, on ne mesure plus ce que 500 $ peuvent faire. Pas plus qu’on ne voit ce que, par individualisme, on est en train de déstructurer.


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