«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

D’où l’absolue nécessité d’un grand projet structurant à fortes retombées industrielles comme l’électrification des transports publics

Santé économique - Stopper la chute

vendredi 24 mai 2013

Le Québec est sorti moins amoché de la crise de 2008 que la plupart des pays du G7, mais ce constat masque une réalité troublante, celle de la chute de nos exportations, dont les revenus ne suffisent plus pour payer ce que nous importons. Ce déséquilibre commercial n’est pas seulement dû à la conjoncture. Il est aussi structurel et coûterait cher en pertes d’emplois s’il devait persister.

Dans le dernier discours prononcé à Montréal avant de quitter ses fonctions de gouverneur de la Banque du Canada, M. Mark Carney a mis en évidence les facteurs qui expliquent que le Canada se soit mieux tiré d’affaire que bien d’autres pays lors de la crise.

Parmi ces facteurs, M. Carney a souligné la flexibilité du marché du travail, la solidité du système financier et un fédéralisme budgétaire qui « aide à répartir les risques » entre les régions du pays via l’assurance-emploi, les transferts en santé et la péréquation.

Ainsi, précise M. Carney, l’intégration économique plus poussée entre les provinces qu’entre les pays de l’Union européenne fait en sorte que lorsque la demande pour le pétrole albertain augmente, l’inflation apparaît localement et les prix des biens produits au Québec deviennent plus attrayants pour les acheteurs des autres provinces. Ce qui contribue à annuler la baisse des exportations québécoises à l’étranger causée par la hausse du dollar.

Ce qui est vrai, mais incomplet.

Dans une analyse publiée en 2011, le ministère des Finances du Québec nous apprenait que nos exportations vers les pays étrangers avaient chuté de 43,3 % à 26,3 % du PIB entre 2000 et 2009. Pour un pays exportateur, le choc était brutal !

Plus récemment, une autre étude effectuée par Desjardins constatait que le solde commercial (exportations moins importations) du Québec avec l’étranger baigne désormais dans le rouge au point d’atteindre un niveau record négatif de 30 milliards en 2011.

Le phénomène s’explique par la récession américaine, mais aussi par des facteurs de nature structurelle comme la crise des pâtes et papiers… et l’appréciation du dollar canadien, que l’on peut relier à la demande de pétrole. D’ailleurs, cette même appréciation du dollar a largement favorisé la concurrence chinoise au détriment des produits canadiens vendus à l’étranger (on pense aux électroménagers), en même temps que l’achat de produits chinois par des Canadiens.

Il est vrai que les exportations québécoises vers le reste du Canada ont permis de contrebalancer la baisse de nos ventes à l’étranger comme le mentionne M. Carney. Mais le Québec a aussi beaucoup acheté des autres provinces, de sorte qu’au fil d’arrivée, le solde commercial global du Québec est aujourd’hui très négatif.

Malheureusement, du côté d’Ottawa, à qui revient la responsabilité d’intervenir en matière de commerce extérieur, on ne perçoit qu’une seule grande priorité : le pétrole. Des accords de libre-échange ont été négociés ici et là dans le monde, mais ici même au Canada, on fait peu pour favoriser le développement de nouveaux créneaux d’excellence, se fiant au libre marché pour régler la plupart des problèmes qui affligent l’industrie manufacturière de l’Est. Pire : pour tous les autres facteurs mentionnés par M. Carney comme ayant contribué à la sortie de crise, que ce soit l’assurance-emploi, la péréquation ou les transferts aux provinces, Ottawa a annoncé des réformes qui vont toutes dans le sens d’une nette contraction.


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