«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
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SNC-Lavalin : d’ex-cadres disent avoir subi d’intenses pressions

mercredi 10 août 2016

Des fortunes étaient en jeu. Des milliers d’emplois aussi. Allaient-ils suivre les ordres ou leur conscience ? Dans son enquête sur la corruption à SNC-Lavalin, la police a obtenu la collaboration d’un groupe de cadres qui disent avoir résisté aux malversations et s’être retrouvés soumis à d’intenses pressions par le PDG de l’époque, Pierre Duhaime. Mardi, un juge a autorisé pour la première fois la publication de leurs allégations sur les heures les plus sombres de l’entreprise. Voici le récit de quatre d’entre eux.

GILLES LARAMÉE : « ÇA POURRAIT ÊTRE DANGEREUX »

La thèse de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) veut que des dirigeants de SNC-Lavalin (Pierre Duhaime et Riadh Ben Aissa) aient camouflé des dizaines de millions en paiements irréguliers à des collaborateurs qui devaient leur fournir des informations privilégiées sur des appels d’offres au Canada.

Des dirigeants du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) auraient ainsi reçu 22,5 millions en pots-de-vin. Pour camoufler le tout, ces dépenses auraient été comptabilisées comme des paiements à des « agents commerciaux » qui participaient à des projets en Afrique du Nord.

Les cadres qui ont aidé l’UPAC ignoraient que des pots-de-vin étaient versés, mais ont eu connaissance de mystérieux paiements de dizaines de millions que la haute direction ne voulait pas voir comptabilisés dans les dépenses au Canada.

Un des témoins clés est Gilles Laramée, qui était chef des finances de SNC-Lavalin pendant la préparation de la soumission. Il a raconté aux enquêteurs que vers avril 2010, le PDG Pierre Duhaime et le vice-président directeur de la division construction, Riadh Ben Aissa, lui ont dit qu’ils voulaient payer un « agent commercial » secret pour aider à obtenir le contrat du CUSM. Ils ne voulaient pas que l’affaire se sache, donc la dépense serait faussement imputée à un projet en Algérie.

M. Laramée ignorait que l’argent était destiné à la corruption de titulaires de charges publiques. Mais peu importe le but, il savait qu’il était interdit de fausser les livres pour camoufler une dépense. Il l’a dit à Duhaime et Ben Aissa, mais a fini par laisser tomber en voyant qu’ils ne changeaient pas d’idée.

Puis en 2011, Duhaime et Ben Aissa lui ont parlé de répéter le même stratagème pour un projet en Alberta. « Laramée leur a mentionné qu’il ne voulait pas s’en mêler », lit-on dans le résumé de l’UPAC.

Lorsqu’est venu le temps de payer les « agents », Laramée a reçu deux demandes de versements de plusieurs dizaines de millions. « Riadh Ben Aissa lui a dit que si ces demandes n’étaient pas approuvées, ça pouvait être dangereux », poursuit le document.

M. Laramée a obtenu une copie des contrats d’agents qu’il présumait frauduleux et a « enclenché un processus de dénonciation », selon l’UPAC. Pierre Duhaime aurait alors tenté activement de le décourager en lui expliquant qu’il allait nuire à l’entreprise.

Avec un collègue, M. Laramée a dénoncé l’affaire au conseil d’administration en janvier 2012, ce qui a mené à l’éclatement de toute l’affaire.

PASQUALE DI LILLO : TOUT POUR LE BIEN DE L’ENTREPRISE

Pasquale Di Lillo, qui était contrôleur des finances et qui a participé au processus de dénonciation, a quant à lui expliqué aux enquêteurs que Pierre Duhaime avait tenté de raisonner avec lui en expliquant qu’il était tout à fait légitime d’imputer faussement certaines dépenses à des projets étrangers pour obtenir des informations privilégiées sur un contrat au Canada. « Pour Pierre, encourir une dépense pour obtenir un contrat pour le bien de l’entreprise était légitime », a-t-il déclaré. Il a aussi expliqué que le PDG ne voulait pas que le conseil d’administration soit informé de ce stratagème.

MICHAEL NOVAK : « QU’EST-CE QUE TU VAS FAIRE ? »

Ancien vice-président principal chez SNC-Lavalin, Michael Novak a raconté qu’il avait refusé d’autoriser les paiements irréguliers à ces mystérieux « agents » en décembre 2011. « Pierre Duhaime lui a alors demandé : "Qu’est-ce que tu vas faire si je t’ordonne de le faire ?" Michael Novak a répondu qu’il faudrait qu’il le lui ordonne par écrit, mais en lui conseillant de ne pas le faire », lit-on dans le résumé de l’UPAC.

« Pierre Duhaime a rétorqué que c’était correct, mais qu’il était le PDG de l’Entreprise et qu’il en prendrait l’entière responsabilité », précise le résumé.

Peu après, le PDG lui a dit que cette même manoeuvre comptable serait utilisée pour un nouveau projet de soumission canadien. « Michael Novak a réagi en lui mentionnant qu’il ne voulait pas être mis au courant. Il ne savait pas à cet instant qu’il s’agissait du projet du CUSM », lit-on dans le document. À l’époque, la conjointe de M. Novak, Kathleen Weil, était ministre dans le gouvernement de Jean Charest.


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