«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Rousseau & les mystères de la vie

Tout reste à dire. Tout reste à savoir. Tout reste à analyser et enquêter.

Ouff... Après la conférence et le long point de presse d’Henri-Paul Rousseau (HPR) à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, par où commencer ? Pour le moment, par quelques observations.

Sur cet exercice de « gestion de crise », comme disent les faiseurs d’images : beaucoup de questions, très peu de réponses.

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Sur le rôle des élus suite à cette saga de la perte de 39,8$ milliards par la Caisse de dépôt et placement : absurde.

Sans commission parlementaire, du moins pour le moment, constatons la chose suivante : les députés des partis d’opposition - les élus - sont réduits à réagir aux propos de M. Rousseau - un non élu - par médias interposés, alors qu’ils devraient pouvoir le questionner directement.

De la part du pouvoir exécutif, soit le gouvernement et le bureau du PM, cela démontre un manque total de respect pour la branche législative, soit les députés.

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Sur la perte due à un achat exagéré des fameux « papiers commerciaux » (PCAA) , un produit reconnu depuis comme risqué, voire toxique : Henri-Paul Rousseau dit en prendre la pleine responsabilité. Mais il refuse la responsabilité quant au portrait global : cette perte de 39,8$ milliards - nettement plus élevée proportionnellement que celle essuyée par les autres caisses de retraite canadiennes comparables.

Le diagnostic d’HPR : ce serait donc la faute de la « tempête parfaite » de la crise économique mondiale et de certaines « règles comptables ».

Fait nouveau, néanmoins : HPR nous apprend que contrairement aux caisses comparables, il n’existait AUCUN PLAFOND à la Caisse quant à l’achat d’instruments monétaires classés triple-A, tels les papiers commerciaux.

Donc, force est de conclure que la politique de gestion du risque de la Caisse était déficiente. Très déficiente. Mais il y avait aussi autre chose qui, là, sentait plus l’incompétence que de mauvaises règles comptables.

Lorsqu’une journaliste lui demande pourquoi la caisse Teachers’ d’Ontario et ses consoeurs canadiennes, elles, avaient acheté une proportion nettement moins importante de ces papiers commerciaux parce qu’elles les avaient jugés trop risqués, M. Rousseau répond : « son évaluation était juste ». Ah bon ?

Donc, le problème n’était pas seulement que la CDP n’avait pas de plafond pour ce genre de produits, mais que son évaluation à elle, contrairement à celle des autres caisses, n’avait pas été la bonne ! Et ça, c’est un problème de jugement, quoi que sûrement accentué par l’obligation d’un rendement optimal.

Quant au fait étonnant que le Québec ait pour ainsi dire servi de dépotoir pour les PCAA - les institutions financières québécoises, incluant la CDP, en ayant acheté pour 60% au Canada -, M. Rousseau répond simplement que pour lui, « c’est un mystère de la vie ». Comme si la Caisse de dépôt, en donnant l’exemple d’un achat important de PCAA, n’aurait pas créé un effet de mimétisme chez Desjardins, la Banque nationale, Air transat, la SGF, etc....

L’explication manque de réalisme et de limpidité.

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Sur le débat fondamental entourant la MISSION de la Caisse : HPR nie que la nouvelle loi adoptée en 2004 par le gouvernement Charest exigeant un rendement optimal aurait affaibli son autre rôle, soit celui de contribuer à l’essor économique du Québec. Au contraire, HPR affirme que la Caisse investit au Québec plus que jamais !

Qui croire ?

Voici ce que les chiffres connus en disent : au 31 décembre 2002, 32% des actifs de la Caisse étaient investis au Québec. Au 31 décembre 2007, ce chiffre n’était plus que de 17% ! Ça s’appelle une diminution radicale.

En point de presse, François Legault,, le critique péquiste en matière de finances disait d’ailleurs ceci : « Au moment où les entreprises québécoises ont besoin de financement, la CDP préfère investir à l’étranger ! »

Une chose est certaine : ça ne peut plus continuer comme cela !

D’où, comme je l’explique dans ma chronique « La question qui tue », ce coût anormalement élevé de 8,9$ milliards essuyé par la CDP en couverture contre le risque de change. Comme le reconnaissait pourtant la Caisse le 25 février, cette prime au risque est le facteur premier de sa performance nettement inférieure à celle des autres caisses canadiennes ! Important de le comprendre.

Et F. Legault d’observer en effet que « quand on investit au Québec ou au Canada, on n’a PAS de risque de change ! » Une belle évidence que la Caisse n’a pas encore comprise.

Pis encore, la CDP, en cherchant le rendement à tout prix comme lui demandait le gouvernement, a fait MOINS BIEN que le marché en investissant aussi massivement à l’étranger. Alors qu’elle aurait fait AUSSI BIEN que le marché en investissant beaucoup plus ici.

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Enfin, pour ce qui est de l’affirmation de M.Rousseau quant à l’« indépendance » politique de la Caisse, que personne au gouvernement ne l’aurait jamais appelé en 6 ans, et patati, et patati... Eh bien. L’ancien PDG de la Caisse joue sur le mots.

Évidemment, le gouvernement ne dicte pas à la Caisse le détail de ses investissements.

Mais la Caisse parle au gouvernement, et le gouvernement PARLE à la Caisse de diverses façons, nettement plus efficaces :

1. en lui dictant sa mission, soit par Loi, comme en 2004, soit de vive voix, comme le fit Jean Lesage en 1965. Et le législateur ne parle jamais pour ne rien dire !

2. en nommant ses gestionnaires (alors que s’ils étaient nommés par l’Assemblée nationale, ils seraient nettement plus indépendants). Comme l’observe Jacques Parizeau, jamais, dans les faits, un premier ministre n’aura eu autant de pouvoir sur la Caisse ;

3. en étant son principal actionnaire ;

4. en lui donnant un ministre de tutelle (le ou la ministre des Finances) ;

5. et, comme le notait Bernard Landry à LCN, avec une Loi qui donne au gouvernement « le droit d’appeler à la Caisse. La loi le disait. Et moi, j’ai appelé à la Caisse. Les Libéraux ont dû faire la même chose. Ils l’ont fait d’ailleurs. On l’a su. Pas pour dire « faîtes ceci ou cela », mais pour dire « expliquez-moi ceci ou cela ». C’est le devoir du gouvernement. Il a le droit de demander à la Caisse des informations. » En entrevue à RDI, Jacques Parizeau avait également affirmé avec certitude que le gouvernement SAIT ce qui se passe à la Caisse. Et c’est de son devoir de le savoir. A-t-on aussi besoin de rappeler que la président du CA de la Caisse avait aussi confirmé cet automne qu’il « parlait » à la ministre des Finances presque à chaque jour. Difficile d’imaginer que c’était pour échanger des recettes de Daniel Pinard... D’ailleurs, HPR a lui-même confirmé aujourd’hui que lorsque les PCAA ont eu des sérieux problèmes en août 2007, il avait téléphoné sans hésiter « à Québec et à Ottawa »...

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CONCLUSION :

Tout reste à dire. Tout reste à savoir. Tout reste à analyser et enquêter.

Les réponses à la vraie question n’ont pas été vraiment données. À savoir POURQUOI la Caisse de dépôt a fait nettement moins bien que ses consoeurs canadiennes ?
Selon un sondage Léger Marketing paru aujourd’hui, 70% des Québécois veulent ces réponses.

Et ils ont raison de les vouloir.

Mais les auront-ils ? Ça, c’est une autre histoire...


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