«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Retour sur un détournement de message

Le message aurait-il touché l’ex-Beatle à tel point qu’il n’aura pas fait côtoyer le drapeau britannique avec celui du Québec comme il l’avait fait à Kiev ?

Tribune libre de Vigile
lundi 18 août 2008
1 705 visites 3 messages
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L’historien de formation que je suis est conscient de l’importance du retour aux sources afin d’interpréter ou de commenter un événement. Les documents, les archives, informations fixées sur des supports, en sont des témoins tangibles.

Le message de bienvenue de l’artiste Luc Archambault adressé à Sir Paul McCartney, diffusé via Internet le 15 juillet 2008, édité, imprimé en 3000 exemplaires et exposé sous forme d’affiche 2 jours plus tard, est devenu, bien malgré lui, un document important dans l’histoire des Fêtes du 400e et dans celle de la ville de Québec. Il est en soi document historique et on commence à peine à prendre la mesure de la dérive médiatique qui nous a toutes et tous tétanisé. Une humble action citoyenne, initiée par un artiste québécois appuyée par 27 cosignataires, s’adressant très respectueusement à un grand artiste britannique en lui souhaitant la plus cordiale des bienvenues pour « célébrer à Québec, le 20 juillet 2008, le 400e anniversaire de Fondation de la Ville de Québec par Samuel de Champlain », a été transformée contre toute attente en « mouvement d’opposition ».

Qu’en était-il du message ? Ce texte long, trop long dans cet univers de l’immédiateté qui est le nôtre, rédigé dans une langue française exemplaire, références bibliographiques à l’appui, n’a toujours pas été publié par les médias qui auraient dû le faire selon les critères journalistiques de l’équilibre nécessaire dans la présentation de la nouvelle.

Luc Archambault y invoque d’abord la « classe à part » des Beatles qui ont « marqué et transfiguré le 20e siècle partout en Occident », y compris au Québec. Ensuite, il tente de sensibiliser Paul McCartney au contexte de sa visite à Québec, capitale nationale « du Québec français, des Québécois, toutes origines confondues ». Il rappelle quelques faits historiques non contestables : l’épisode de la conquête de la Nouvelle-France par les Britanniques en 1759, son abandon par la France en 1763, la « répression sanglante de la Rébellion des Patriotes » en 1837-1838, la « non-reconnaissance du peuple souverain du Québec » dans l’Acte qui fonde l’État du Canada, la volonté de près de la moitié des Québécois [qui] ont voté « en faveur d’un État du Québec souverain » lors du référendum de 1995.

Il attire l’attention de l’idole, sur le fait qu’en 2008, l’État canadien, fondé en 1867, « vient de vieillir de 259 ans par la voix de son premier ministre qui prétend officiellement – de manière absurde – qu’il a été fondé en 1608 par Samuel de Champlain » et que « selon les organisateurs du 400e [Paul McCartney a été invité] pour faire de la place aux deux peuples fondateurs, la France et le Royaume-Uni. Ces deux peuples sont fondateurs… de quoi ? Certainement pas de la ville de Québec ».

Soit dit en passant, Parcs Canada – Redoute du Cap Diamant de la Citadelle de Québec, fait une nette distinction entre les gouverneurs de la Nouvelle-France (1608-1763), ceux de l’Amérique britannique (1763-1867) et ceux du Canada (de 1867 à nos jours). De plus, la Société du 400e affirme, avec la publication d’une pièce commémorative, que Champlain est le « fondateur de la Nouvelle-France qui deviendra plus tard la ville de Québec » !!!

Le texte se poursuit sur un questionnement portant sur la musique, en tant que « langage universel » et sur la langue des paroles qui s’y rattachent, en l’occurrence « anglaises, et de langue anglaise », Luc Archambault attire l’attention de l’artiste britannique sur la fragilité de la langue française au Québec, entre autres dans le domaine de la chanson. Seuls « des quotas radiophoniques […] nous ont permis de résister à l’assaut de la musique anglo-saxonne depuis les 30 dernières années », affirme-t-il. Sans ces quotas, notre musique québécoise « n’aurait jamais pu survivre, prospérer, devenir ce qu’elle est devenue, de la Bolduc à Céline Dion… »

Luc Archambault souligne aussi le peu de place accordée, jusqu’à maintenant, dans les festivités du 400e à « nos grands de la chanson engagée du Québec », les Leclerc, Vigneault et Charlebois.

Le texte se termine sur un rêve de l’auteur : l’intégration utopique par Paul McCartney du célèbre Les gens de mon pays, comme un « bref clin d’œil au fait français de nos célébrations ». Et il ajoute : « Peut-être pourriez-vous trouver quelque chose qui nous permette de comprendre que vous ne viendrez pas ici participer à la célébration canadienne de la conquête musicale anglo-saxonne, langage universel devenu, mais bien comme un invité de marque, sensible à nos préoccupations et au combat qui sont les nôtres, à savoir : exister, dans le concert des nations. […] Cela, pour que ne disparaisse pas avec nous une partie de la diversité culturelle de l’humanité ».

Enfin, à deux reprises, Luc Archambault souhaite encore « la bienvenue à un invité manifestement sensible à la difficulté d’être qui est la nôtre » et « à la difficulté de défendre démocratiquement » des principes légitimes.

Et l’auteur de signer « En tout respect, Luc Archambault, Peintre, sculpteur, performeur, céramiste et citoyen québécois, d’origine française ».

Ce mot de bienvenue est aussi accompagné d’un bouquet de fleurs : quoi de mieux pour souhaiter la bienvenue à un visiteur estimé que de lui offrir un bouquet des 400 plus belles fleurs de lys qui ornent les édifices et le mobilier urbain de la vieille ville de Québec, un des secrets les mieux gardés de la capitale !

Après avoir vu la facture du concert de Paul McCartney, le message aurait-il touché l’ex-Beatle à tel point qu’il n’aura pas fait côtoyer le drapeau britannique avec celui du Québec comme il l’avait fait à Kiev avec le drapeau national d’Ukraine ? Poser la question, c’est y répondre. D’ailleurs, comment se fait-il que la photo de cette scène n’a, à notre connaissance, toujours pas été publiée par aucun média ?

Bien sûr, ce texte est engagé, mais il est résolument non-partisan. Il est accueillant, respectueux, ouvert sur le monde, on ne peut en avoir honte et il ne fait honte à personne. Il aurait mérité d’être publié intégralement dans les médias pour éviter de lui faire dire ce qu’il ne disait pas. Personnellement, je n’aurais jamais accepté de lui associer une miniature de la fresque des 400 fleurs de lys que j’avais conçue pour souligner le 400e anniversaire de la fondation de Québec ni d’éditer l’affiche qui pérennise ce message d’accueil d’un artiste connu de la région de Québec s’il n’en avait été ainsi.

Cette affiche est un document d’histoire. Un exemplaire du tirage limité de celle-ci signée et dédicacée de la main des auteurs du texte et de la fresque qui n’a pu être remise à Paul McCartney, devrait, me semble-t-il, être conservé en permanence dans es archives de la ville de Québec afin d’effacer à jamais les traces du détournement de message dont nous avons tous été victimes, dont son auteur, lui plus que les autres, par les insultes dont on l’a abreuvé inconsidérément et à tort. Cela, parce qu’on n’a pas pris la peine de vérifier ses sources journalistiques à la base de cette dérive médiatique sans précédent.

Cela, afin que tous les Québécois puissent dire « Je me souviens ». Je me souviens que trop peu de gens, médusés par la tornade médiatique, ont posé un geste pour contrer ce formidable et inconsidéré emportement médiatique et politique qui a eu des répercussions partout dans le monde. Pour qu’on se souvienne que nous n’avons pas su réagir à temps afin que cet incroyable unanimisme ne survienne pas. Pour que toutes et tous puissent se souvenir qu’un jour nous nous sommes collectivement engagés à tout faire pour que cela ne survienne plus jamais. Cela commence par faire le bilan qui s’impose, j’y contribue ici, me semble-t-il. En juillet 2008, la liberté d’expression a été bafouée... Le temps est venu de la restaurer pleinement.

Michel Roberge, artiste, photographe et historien de formation

NB : Les médias peuvent publier des extraits de ce texte en lien avec l’intégrale ailleurs dans Internet ( par exemple www.luc-archambault.qc.ca )

Lien vers le document vidéo de Kiev :
http://fr.youtube.com/watch?v=Dn3YZE26bSo&feature=related

Michel Roberge
Éditeur de l’affiche Mot de bienvenue à Sir Paul McCartney

Commentaires

  • Luc Archambault, 12 novembre 2010 23h58

    400e de Québec | Paul McCartney brandissant le drapeau du Québec

    TRIBUNE LIBRE de VIGILE.net - lundi 21 juillet 2008

    11748 visites

    http://www.vigile.net/Paul-McCartney-Quebec-2008-Drapeau

  • Luc Archambault, 12 novembre 2010 23h09

    Le Conseil de presse nous a donné raison...

    http://www.jesignequebec.com/detail-lettre.php?id=46

    Depuis aucun journaliste ne s’est risqué à prétendre que nous nous sommes opposés à la bienvenue venue de Sir Paul en publiant mon Mot de bienvenue... signé par ± 200 personnes dont les députés Curzi, Turp et Lemay, dont Claude Morin et plusieurs autres personnalités.

    MOT de BIENVENUE d’un artiste québécois à Sir Paul

    http://www.jesignequebec.com/detail-lettre.php?id=14

    Seul le Premier ministre Jean John James Charest l’a prétendu à tort à l’Assemblée nationale au moment où il s’attaquait à VIGILE.net en profitant de son immunité parlementaire, au mépris d’une claire décision du Conseil de presse. Aucun député,e ne l’a à ce jour contredit en chambre. Ça reste à faire...

    En attendant endossons la pétition en faveur de la défense de nos droits et libertés...

    PÉTITION - VIGILE.net | Pour la LIBERTÉ d’expression

    http://www.jesignequebec.com/detail-petition.php?id=60

    Comme l’a écrit ci-haut l’auteur de la murale fleurdelisée illustrant le site Internet jesignequébec .com, Michel Roberge, Sir Paul a tenu compte de notre « Mot de bienvenue » en brandissant LE SEUL drapeau du Québec, comme il ne l’a pas fait à Kiev... à Kiev il a brandi le drapeau du pays où il se trouvait, l’Ukraine fêtant son indépendance retrouvée ET l’UNION Jack... pas à Québec... Il n’a pas fait flotter l’UNION Jack... seulement le drapeau du PAYS où il se trouvait...

    Bienvenue à nouveau n’importe quand Sir Paul...

    Retour sur un détournement de message

    http://www.vigile.net/Retour-sur-un-detournement-de

    Le message aurait-il touché l’ex-Beatle à tel point qu’il n’aura pas fait côtoyer le drapeau britannique avec celui du Québec comme il l’avait fait à Kiev ?

    Michel Roberge | Tribune libre de Vigile 18 août 2008

  • Denis Julien Lotbinière, 18 août 2008 20h41

    Merci Sir Paul ! Point final !

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