«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Pour que le fond remonte

Résumé de Sortie de secours

Avec respect

Tribune libre de Vigile
vendredi 11 novembre 2016
296 visites 1 message

C’est exceptionnellement long.

Jean-François Lisée, Sortie de secours : Comment échapper au déclin du Québec, 2000, Boréal.

http://www.archambault.ca/lisee-jeanfrancois-sortie-de-seco…

En 2000, je m’était exercé à résumer ce livre par chapitre. C’est dire comme je m’intéresse au sujet depuis longtemps. Il y parlait déjà de faits, d’idées et de propositions, en alternative à l’improbable après 1995. Je vous les offrent ici, d’un coup après avoir mis autrement au Groupe de réflexion. Vous pourrez juger un peu de l’évolution. Seize ans avant Donald Trump, s’il faut le mêler à nos affaires tant que ça.

Résumé de la couverture arrière

À l’endos de Sortie de secours, Boréal, son éditeur, présente Jean-François Lisée comme un journaliste chevronné, un auteur de best-sellers et un conseiller spécial de premier ministre.
Jean-François Lisée y décrit son oeuvre à l’aide de quatre extraits substanciels que je résume ainsi.

À l’aube d’un siècle incertain, le projet national n’a pas l’appui d’une majorité de la population et ce projet lui semble hautement souhaitable. Les souverainistes et les antagonistes de l’impasse actuelle doivent se livrer à un exercice de lucidité.
Parce que les retombées de la politique sont trop importantes pour qu’on laisse cette dernières aux mains des politiciens, Jean-François reprend sa liberté de parole après 5 ans de silence en leur compagnie. Ce livre doit son existence à cette situation privilégiée d’où il a pu collaborer à la stratégie quasi-gagnante de Jacques Parizeau et à la politique pseudo gagnante de Lucien Bouchard.

Jean-François est convaincu que le Québec a les atouts qu’il faut pour jouer offensif mais le temps est compté. Pour échapper au déclin du Québec, les Québécois doivent passer à l’action et ne pas s’entêter à entreprendre l’inprobable.

Québec, 10 mars 2000.

Résumé de l’avant-propos.

Jean-François expose que sur le plan politique, nous sommes à la fin de trois cycles : celui de la révolution tranquille qui a vu le Québec prendre sa place avec adresse dans le monde industrialisé, socialisé, informatisé, médiatisé et en voie de mondialisation ; celui de deux projets politiques antagonistes concernant l’avenir des Québécois, autonomes avec le Canada ou intégrer à part entière en son sein ; et celui de la croyance qu’il nous appartient de décider de devenir un pays plutôt que d’en habiter un et le subir à titre de minorité déclinante.

Il présente son livre comme un récit politique et une démonstration statistique de ces trois cycles qui nous font présager ce qui nous attend dans les décennies qui viennent. Il ne contient pas de révélations excitantes sur son passage de 5 ans comme conseiller de premier ministre. Son diagnostic était sombre et suite à moult consultations, il s’est assombrit davantage. On est pas forcé de tout lire si des sections ou chapitres débordent nos intérêts ; plutôt accorder son temps à la lecture des propositions.

Le livre s’ouvre sur une évaluation rassurante de notre réussite à traverser une poussée démographique intense dans un environnement de changements technologiques, commerciaux et sociaux successifs. Mais il faut être lucide, sur le plan politique, c’est l’impasse et l’immobilisme.

Pour se faire pardonner le fait de nous offrir un aussi sombre diagnostic Jean-François avance des propositions pour nous en sortir, discrètement et non par la grande porte comme le voulaient les instigateurs du projet national et comme y tiennent encore leurs successeurs. Il veut susciter un débat qu’il estime nécessaire sur l’avenir immédiat du Québec ; il souhaite que ses propositions amènent d’autres idées et propositions afin de trouver une alternative à l’improbable.

Québec, 17 mars 2000.

Chapitre 1, Une idée neuve au Québec : la réussite. en première partie du livre : L’élan et le déclin.

Le Québec s’est extirpé d’un complexe d’infériorité copieusement nourri par l’Histoire et l’Église. On reconnaît le talents de ses habitants en France et aux États-Unis, en culturel et en technologique. Dans une course mondiale, en éducation, en santé, en lutte à la pauvreté, en aide à l’enfance, en solidarité collective, il s’en sort dans le peloton de tête, malgré cinq boulets : départ à l’arrière de l’Ontario et des voisins américains quant à l’entreprise et l’éducation, exode des anglais, sous-investissement du fédéral au Québec en matières productrices d’enrichissement et endettement collectif excessif. Le Québec récent est une réussite qu’il faut poursuivre en 2000-2050.

Chapitre 2, Un modèle en construction

Les Québécois se distinguent des Ontariens et des Américains de 5 façons : il s’est développé chez eux et ils recherchent davantage une solidarité entre les divers groupes d’intérêts, le capital, la force de travail, les politiciens, et récemment, les étudiants et les démunis ; ces groupes d’intérêts se sont parlé et entendu sur des objectifs de société ; l’Etat y joue le rôle moteur qu’y jouent ailleurs une minorité de propriétaires ; les salariés faibles et moyens y constituent un agent économique non négligeable ; finalement, ils parlent majoritairement le français.

Jean-François est en amour à ce Québec en évolution et il a peur pour lui ; il craint une perte de poids.

Québec, 28 mars 2000.

Chapitre 3, L’autre pouvoir francophone

Les progressistes francophones ont suivi deux voies différentes dans leur quête d’égalité pour leur minorité ; l’Équipe du tonnerre, puis les péquistes ont rompu avec le duplessisme en fondant leur action sur le Québec et son État. Les Colombes et compagnie, puis Jean Chrétien ont entrepris une démarche de promotion du français à la grandeur du Canada. Les premiers revendiquent plus de pouvoir pour le Québec, les autres travaillent à intégrer le français dans la constitution. Jamais depuis la confédération, les francophones n’ont autant pris leur place au Canada.

Alors que sous Pearson on s’ouvrait à deux langues officielles et un statut particulier pour le Québec, Trudeau juge que cette position conduit irrémédiablement à la séparation. Il va la combattre. Qui parle au nom du Québec, l’Assemblée nationale ou les députés fédéraux du Québec à Ottawa ? Pour Trudeau, la survie du Canada passe par un pouvoir fédéral fort. Pour y arriver, il rapatrie la constitution et y enchasse une charte des droits, dont les linguistiques et quelques droits individuels. Il accorde à la Cour suprême des pouvoirs qui renforceront considérablement le pouvoir du fédéral sur celui des provinces.

Sous Mulroney et Bourrassa, les francophones provinciaux et fédéraux se rapprochent avec l’Accord du Lac Meech. Les Canadiens anglais continuent de reconnaître Trudeau et Jean Chrétien comme porte parole des Québécois. Après les échecs du Lac Meech et de l’entente de Charlottetown et le retour de Jean Chrétien les ministres libéraux se donne une nouvelle stratégie pour contrer le désir d’indépendance du Québec. Ils décident de rendre le gouvernement indispensable par le financement en recherche, en santé, en éducation, en main d’oeuvre, en prestation aux enfants.

Par le projet d’Union sociale, les provinces reconnaissent le droit du fédéral d’intervenir directement avec ses propres moyens financiers dans les champs de compétence sociale et d’enseignement supérieur. Les provinces en quête d’argent pour leurs programmes sociaux se ravisent sur leur appui au concept de droit de retrait soumis par le Québec et accorde plutôt au fédéral un droit d’ingérence en échange de la promesse d’un rétablissement partiel du financement en santé.

Québec, 31 mars 2000.

Chapitre 4, Le nerf de la guerre.

Le pouvoir est la conjonction du droit d’agir et de la capacité d’agir.

Avec l’Union sociale, Jean-Chrétien s’est donné le droit d’agir. Par une série de mesures financièrement défavorables aux Maritimes et au Québec surtout, il redonne au fédéral une marge de jeu de domination : modification au régime d’assurance-chômage, modification de la méthode de calcul des transferts aux provinces, admissibilité à l’harmonisation de la TPS, refus d’indemnisation d’Hydro-Québec en 1998, refus de participer à des opérations de relance économiques, programme de bourse du millénaire.

En adoptant comme mesure budgétaire une réduction de la dette, il ajoute par réduction de dépenses à cette marge de pouvoir.

Les Québécois génèrent une richesse fiscale considérable par leurs contributions divisées entre le fédéral et le provincial. Dans les 10 prochaines années, la proportion du fédéral va croître par rapport à celle des provinces moins riches. La venue d’une récession empirerait les choses. L’adoption de propositions de provinces riches une autre.

Le plan du gouvernement fédéral pour les 5 prochaines années prévoit de l’investissement dans l’enseignement secondaire et universitaire, dans la recherche en santé, dans l’aide à l’enfance, dans la formation de la main d’oeuvre, dans l’indemnisation des victimes d’actes criminels. Le gouvernement en a le droit, les moyens et la volonté.
Dans la course au pouvoir, les Québécois d’Ottawa ont gagné.

Québec, 11 avril 2000.

Chapitre 5, Et ça devient payant quand ?

Les francophones d’Amérique sont une partie du patrimoine humain et chaque génération a le devoir de se transmettre à la suivante. Par leur force politique et juridique à Ottawa, ils semblent plus que jamais en position d’assurer cette transmission. C’est visible pour les francophones hors Québec mais apparemment retardé par tactique politique pour ceux du Québec.

Chrétien attend l’entérination par les Québécois de la série de putschs qu’il a réalisé pour leur bien. Un troisième mandat donné par plus de 50% des électeurs du Québec consacrerait le déclin des souverainistes et l’inopportunité d’un référendum. La bourse s’ouvrirait pour le Québec, mais il serait trop tard.

Québec, le 23 avril 2000.

Chapitre 6, Un état d’implosion appréhendée.

Le bilinguisme défendu par Trudeau devait protéger les 6,5 millions de parlant français contre la submersion par les 220 millions de Nord-Américains anglophones. Les statistiques révèlent que la mesure n’a pas été efficace. Le français comme langue maternelle, comme langue d’usage et comme langue secondaire est en perte de poids au pays, en particulier hors Québec.

Pour des raisons économiques et matrimoniales, bons nombres de parents francophones incrivent leurs enfants à l’école anglaise ; dans les bureaux fédéraux bilingues, moins de services s’offrent en français et dans la fonction publique, les échecs aux cours de français sont de l’ordre du 50 ou 60%. On voit bien que l’usage du français est en perte de vitesse malgré que les droits formels des francophones, eux, s’élargissent. Malgré cet élargissement, hors Québec, le chinois deviendra bientôt la deuxième langue d’usage.

Sur une plus longue période, les francophones, qui étaient le tiers de la population canadienne en 1871, en sont maintenant le quart. Les prévisions démographiques prédisent qu’en 2050, ils n’en seront plus que le sixième.

Depuis 40 ans, des francophones énergiques ont construits à Ottawa un pouvoir dont leurs compatriotes immédiats seront écartés. Dans une cinquantaine d’années, 90% des francophones seront des résidants du Québec, sans influence majeure sur la conduite de leurs affaires.

Québec, le 23 avril 2000.

Chapitre 7, La voile et la quille.

Le déclin du Québec n’est pas le résultat d’une conjuration ; il provient de l’interaction de trois variables : la perte de poids démographique par rapport au reste du Canada, le vieillissement par le sommet de sa population et l’affaiblissement de sa majorité francophone.

L’affaiblissement du poids démographique est dû à la propension des immigrants à s’installer au Canada anglais et à celle des Québécois à faire des enfants. L’institut de la statistique du Québec prévoit que sa population va décroître à partir de 2031. Le déclin du nombre de personnes qui entrent dans la vie tout court, ou la vie active, est commencé. Il s’en suit que la population générale s’allourdit d’une proportion de plus en plus grande de personnes âgées. Sa capacité de production et son dynamisme s’appuie sur un moins grand nombre de personnes.

Jamais le français n’a été autant utilisé au Québec actuellement depuis la conquête anglaise en 1759, mais combien de temps cela durera-t-il ? Dans les années 60, l’usage de cette langue reculait à une vitesse inquiétante. On a réduit cette vitesse mais l’a-t-on stoppée ? Selon Marc Termote, non ! Et c’est sans compter le grand vent de la mondialisation et l’effort du fédéral à mousser l’identité canadienne à composante majoritairement anglophone.
Les ingrédients sont en place. À quel moment l’inévitable se produira-t-il ? Le déclin du Québec, concept, valeur, réalité, amour, a de beau jour devant lui.

Chapitre 8, La lucidité.

La population plafonne et le déclin est prévu. Le taux de natalité est catastrophique. Le manque d’argent y fait, mais l’intérêt nécessaire s’en est allé. Maintenant qu’une baisse du fardeau fiscal est en vue, il faudrait d’abord en faire profiter les familles. Il est plus urgent de retenir et d’attirer les cerveaux qui ont des enfants que ceux des célibataires. Il faut que le Québec soit connu comme le lieu le plus abordable d’Amérique pour les familles. Pour qu’il le soit, on peut réduire sélectivement l’impôt national, l’impôt local, les charges sociales et les taxes. Ces mesures auraient un effet positif sur la démographie mais nettement insuffisant pour prévenir le déclin.

Devoir de prudence, devoir de tolérance

Le Canada accueille beaucoup d’immigrants et ils viennent grossir la population de langue anglaise ou allophone. Le Québec doit comprendre que son avenir dépend en partie de l’immigrant. Il pourrait accorder en priorité son sol aux réfugiés et demandeurs d’asile francotropes. En accueillant 30 000 immigrants de ce type, la mesure ne serait pas encore suffisante pour éviter le déclin de population.

Ouvrir une nouvelle ère d’immigration francophone.

Il faut passer à une politique de recrutement d’immigrant francophone. On se dirige vers une désertification des collèges et des universités. Bientôt, de 150 à 300 mille places dans les collèges, les universités, les lieux de formation professionnelle ou technique seront vacantes dans une société qui fonde sa richesse sur le savoir. Pourquoi ne pas les offrir à des immigrants francophones de 17 à 29 ans pour améliorer le taux de natalité, maintenir le produit intérieur brut, et surtout, corriger par l’addition de jeunes la pyramide des âges québécoise, tristement mal en point. Certe, la mesure ne serait pas suffisante pour maintenir le poids des francophones dans le Canada mais le serait pour celui des francophones au Québec. L’infusion de jeunesse et d’énergie ferait plus pour le tonus québécois que n’importe quel appel à la mobilisation.

Une gestion intelligente, volontaire, originale de sa mondialisation

Il serait avantageux pour le Québec de renforcer par l’immigration le pivot qu’il est déjà un peu entre l’Europe francophone et l’Amérique anglophone en matière d’implantation industrielle et de recherche ou formation. Le Québec est un pont naturel entre les États-Unis et la quatrième puissance mondiale, la France. Malheureusement, le gouvernement fédéral investi dans un axe est-ouest dont les retombées favorisent Ottawa et Toronto, en Ontario. En tablant sur sa capacité d’être un point de jonction culturel, économique, technique et scientifique entre deux continents, le Québec a une chance de se démarquer, de susciter curiosité et intérêt, donc d’attirer les capitaux, les touristes, les étudiants, les travailleurs stratégiques. Il faut véhiculer à travers le monde l’image suivante du Québec : Francophone d’Amérique du nord, jonction originale d’Amérique et d’Europe, paradis des familles, joie de vivre, grands espaces, bon cirque.

Les joies du partenariat

Le Canada est notre deuxième partenaire économique, après les États-Unis. Les échanges entre le Canada et le Québec sont liés par un nombre considérable de lois et de règlement qu’il convient de simplifier dans le contexte de libéralisation des échanges qui prévaut actuellement. Le partenariat ou l’union commerciale Canada-Québec doit être examiné par rapport à l’étranger, éventuellement être départagé. Une dissolution de l’union commerciale ne serait pas catastrophique. Le partage des intérêts Canada-Québec restera toujours une matière lourde et difficile à gérer.

30 septembre 2000

Commentaires

  • Jean-Luc Gouin, 11 novembre 2016 18h19

    - 

    Bonjour,

    Re : Jean-François Lisée, Sortie de Secours
    (Un grand livre)

    Bravo M. Lachance !

    À tout hasard, et dans le même ordre d’idées, très exactement, on me permettra de renvoyer à un texte analogue (recension fouillée), publié « à l’époque » (année 2000) chez Nuit Blanche, puis repris ultérieurement chez notre Vigile.

    Laquelle intervention s’intitule : « Le Lys dans le lisier »

    Nous serons complémentaires, je crois, M. Lachance.

    Merci.

    JLG

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