«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Incarnation d’une culture Nôtre

Réjean Ducharme, tu m’as mis en Kriss !

Tribune libre de Vigile
mardi 29 août
416 visites

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Réjean Ducharme, tu n’avais pas le droit de t’éclipser - main dans la main avec le soleil même - ce 21 août de l’an 2017.

Disparaître à 76 ans tout juste, à quelques heures près, ce n’est plus de "mode" aujourd’hui. Alors que l’on ne sait même plus que faire de nos centenaires...

Non ! Réjean. Pas maintenant. Au coeur de cette tempête d’insignifiance où, en pays de Félix Leclerc, nous sombrons depuis de nombreuses, très nombreuses années.

À telle enseigne que la défense et la promotion de notre langue et de notre culture, de notre propre Identité, tout bêtement, devient aux yeux d’innombrables bêtas — qui se reproduisent à vitesse grand V chez Gesca, chez Radio-Canada, dans les journaux de Martin Cauchon (et leurs pages éditoriales d’une fadaise à gémir) ainsi que dans toutes les radios-poubelles, indistinctement — synonyme de xénophobie, de fermeture, de repli, voire de racisme.

Comme si - ô soupir - l’asservissement volontaire à la dictature d’une langue et d’une culture uniques, celles de Donald Trump, était signe ou témoignage d’ouverture, d’intelligence et de culture.

Quelques millénaires de civilisation pour, au final, en arriver là. C’est à se tirer une balle dans la tête. Ou sombrer dans la folie.

Je suis blessé. Peiné. Consterné. Interdit aussi. J’en ai peine, grand’peine à écrire à l’instant. Et je suis habité par la colère. Comme giflé par l’« abandon ». Cette mort inattendue, et certes pas inespérée… je ne la prends pas, mais pas du tout, Ducharme ! D’autant plus qu’il ne faudra surtout pas compter sur notre tout petit premier sous-ministre pour t’offrir des obsèques nationales. Toi, authentique pilier de notre Culture nationale. Toi, mythe… j’allais écrire : vivant.

Or, à l’instar des Claude Léveillée et autres Marcel Dubé, ces dernières années, sans compter des scientifiques comme le physicien Pierre Demers, il y a quelques mois à peine, presque personne ne se rend compte des trous béants que ce faisant — c’est-à-dire ce mourant, et du bout des pieds comme pour ne déranger personne (quel silence tonitruant, un silence d’abyssale inculture, autour de toi, Réjean, à la faveur de ces derniers jours, hormis en Devoir : ça en est proprement infamant) — ces illustres citoyens de la nation des Pierre Bourgault et des Pauline Julien provoquent dans le tissu collectif.

Et pendant ce temps, bien sûr, on crie encore et encore au génie de ce « grand disparu » "montréalais" (ne l’insultons surtout pas, n’est-ce pas, en lui accolant l’épithète de Québécois) nommé Leonard Cohen ! (que j’aimais bien aussi d’ailleurs, mais là n’est pas la question). Hallucinant.

Or si Gilles Vigneault avait écrit dans la langue de Bob Dylan, c’est bien trois Nobel de Littérature qu’il aurait en poche... Fait-on l’éloge de la qualité d’une Oeuvre, à la fin, ou bien celle de la langue de son locuteur ? S’il est anglophone. Ou mieux encore : anglolâtre.

En effet, Ducharme. Tu m’as mis en Kriss : On ne s’éclipse pas - citoyen ! - lorsque la Nation est en danger. A fortiori lorsqu’elle se voit trahie de son propre fond. Par ses propres enfants.

Ainsi...

Dans ce pays où simplement réclamer de la chanson française dans un café, un bistro, un centre commercial ou… une salle d’attente de médecin, ou un cabinet d’avocats, constitue un acte d’agression contre l’« autre », ta dérision face à tant de bêtise (aux yeux de laquelle bêtise le vocable Dignité se révèle en notre temps le plus innommable des tabous) valait les mille canons d’inepties de nos Philippe Pétain (mais où voyez-vous un lapsus calami, M’dame ?), de nos Jean-Marc Fournier, de nos Justin Trudeau et de nos Denis Coderre.

Régis from Kwabek n’est jamais très loin non plus, hélas. Lequel estime que plus de 90% des CDs et des DVDs acheminés à grands, très grands frais sur les rayons de la Bibliothèque de la Capitale nationale, in english only, c’est faire preuve - eh oui, je vous le donne en mille - d’ouverture !!! Des budgets proprement fabuleux, à même les taxes et les impôts des Québécois, destinés à "anglaiser" systématiquement... les citoyens-contribuables.

(Je disais 80% il y a peu. Par souci d’objectivité. Mais j’étais encore, est-ce dieu possible, en-dessous du réel. Hallucinant. Absolument hallucinant)

Et pendant ce temps, les films (et séries) européens de qualité sont totalement ignorés. Ou peu s’en faut. Hormis une comédie française de catégorie D. À l’occasion. Pour nourrir les franciens imbéciles comme moi, sans doute. Qui n’ont toujours pas compris que le Respect de Soi est une notion totalement dépassée. La nation québécoise : bientôt un cytoplasme informe et visqueux de 9 millions de Jeff Fillion ??? De quoi faire rêver nos deux premiers ministres. Soyons-en convaincus.

La question se pose, en effet : une balle dans la tête, monsieur Labeaume, ou bien la folie...? Faites vos jeux en place Jean-Béliveau, monsieur le maire.

Impossible d’imaginer, n’est-ce pas, qu’on en serait là avec le défunt et respecté maire Jean-Paul L’Allier...

Réjean Ducharme. Heureux homme que tu es maintenant. De ne plus subir ce Québec autrefois fou d’intelligence, de création, de liberté, d’authenticité, de dignité. Et de francité. Par les lumières mêmes de plumes de ton cru, tous sens confondus. Mais d’Indépendance aussi. Comme tout individu normalement constitué…

Ce Québec désormais des alimentaires québécoises (sic !) Metro, qui accordent priorité absolue à l’anglais sur le français dans leurs produits-maison ! À l’instar de tous ces autres citoyens corporatifs de haute trahison, tels les Oasis (Jus Lassonde) et autres O’Sole Mio de Boisbriand (Au secours, Beau Dommage !!!). Ce Québec désormais des Jean Coutu bilinguisés à l’os pour vendre… aux Québécois. Ce Québec désormais des Charlebois - ton ami, Réjean. Vraiment...? - tout empressés d’aller chanter en anglais chez les maîtres de la Servitude volontaire. À Sagard in Charles Voice.

Kriss ! Si j’avais encore vingt ans…
Une cellule « Camille-Laurin ». peut-être… ?

Ou pourquoi pas "une" « Réjean-Ducharme » !

Pour le coup, un pied-de-nez à tous les Jérôme Choquette. D’hier et, à n’en pas douter, de demain.

À tous les Pierre Elliott Trudeau, aussi. Of course.

So, just watch me ! dixit le Peuple québécois, cette fois.

Qui ne dormira tout de même pas au gaz encore un autre 400 ans ! Le fils de feue Marie Vigneault n’aura pas cette patience. Ni la santé.

Toi non plus, Ducharme. À l’évidence…

Mais je t’aime tout de même. Et ce, depuis au moins cinquante ans.

Car tu m’auras avalé dans tes aventures dès mes dix ans bien sonnés, grand Ogre !

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Jean-Luc Gouin
Stadaconé, 24 août 2017 (jour où j’ai proposé la présente au Devoir, en vain très manifestement) : Quantième du 101e anniversaire de naissance d’un merveilleux fou comme toi, Ducharme. Il s’appelait - et s’appelle toujours d’ailleurs, puisque immortel aussi - Léo Ferré

PS : Kriss... ai-je écrit. Du haut de mon âge maintenant vénérable, je n’ai pourtant jamais « sacré » de ma vie. J’imagine - comment dire - que ça parle en conséquence, les amis, dans les circonstances. Ne comptez pas sur moi, cependant, dans l’esprit de ces soixantines, pour commencer à fumer. Je préférerais encore les drogues dures. Une femme magnifique, par exemple. On peut toujours rêver.
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