«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Lise Ravary à la solde du lobby sioniste

RÉPLIQUE : Les contradictions de Lise Ravary

Quiconque ose critiquer les politiques d’occupation israéliennes s’expose à des insultes personnelles, de la part du lobby pro-occupation et de ses alliés. C’est ce qu’a fait Mme Ravary qui a choisi le mode « salissage » en réponse à mon analyse du conflit israélo-palestinien exprimée lors de mon passage à l’émission Tout le monde en parle du 16 février. Or cette tactique est indigne d’une chroniqueuse sérieuse et je la laisserai jouer toute seule à ce jeu. D’ailleurs, Mme Ravary se trompe lourdement, tant sur mes opinions que sur certaines données « identitaires » qu’elle m’attribue. Sa diatribe agressive à mon égard semble s’inspirer d’un « prêt-à-écrire » fourni par une de ces officines du lobby israélien que l’Ombudsman de Radio-Canada mentionne dans son rapport annuel de 2013. Si elle avait lu mes textes, elle ne m’aurait pas attribué les opinions qu’elle m’attribue et n’aurait pas manifesté cette agressivité injustifiée. Et si elle ne les a pas lus, elle est en mauvaise position pour prétendre savoir ce que je pense et surtout ce que je n’aurais pas dit. En conséquence, je lui demande de reconnaître ses erreurs et de faire des excuses honorables, puis d’engager un dialogue respectueux sur le fond du sujet, plutôt que se contenter de lancer des attaques personnelles mensongères. Pour ma part, je ne veux pas discuter de ce qu’elle est, mais plutôt des opinions qu’elle a exprimées dans ses deux chroniques (du 16 et du 27 février dernier).

Première remarque, la contradiction flagrante de ses propos dans ces deux chroniques (j’ignore ce qu’elle aurait dit ailleurs). Elle affirme être contre les colonies israéliennes en territoire occupé. Parfait. Déjà là, on s’entend sur un point vraiment majeur. Mais elle refuse de critiquer ce que les colonies entraînent. Car le maintien de ces colonies requière des conditions préalables et entraîne des conséquences très graves qu’elle refuse de condamner et dont elle n’est peut-être pas au courant. Je voudrais ici attirer son attention sur ces conditions préalables et ces conséquences.

Ces colonies – que le gouvernement israélien continue à développer en ce moment – constituent une agression contre les droits des palestiniens. C’est pourquoi Yeshayahou Leibowitz, dont elle se réclame, dit qu’ « Israël y perd son âme ». Or on ne perd pas son âme en construisant de belles demeures pour les colons et des piscines pour les enfants. On la perd à cause des rapports de domination qui en découlent et que vous refusez de condamner, Mme Ravary. Pour construire ces colonies, il faut commencer par déposséder les Palestiniens de leur territoire (en violation de l’article 49 de la IVe Convention de Genève de 1949). Il faut faire des routes séparées pour que les colons puissent circuler sur les terres confisquées aux Palestiniens sans être inquiétés par ceux qu’ils ont spoliés de leurs droits. Ensuite les nouveaux colons étant des Juifs, ils sont régis par les lois israéliennes, alors que les Palestiniens qui travaillent pour eux et qui les côtoient tous les jours, dans un rapport dominé/dominant, sont régis par les décrets militaires de l’occupation. Les habitants palestiniens des villages voisins des colonies juives sont régis par les mêmes décrets militaires israéliens et ils n’ont évidemment pas le droit d’habiter dans les mêmes villages que les colons. Et pour mieux protéger ces derniers, Israël a fait construire un « mur de séparation » qui pénètre profondément dans les territoires occupés et qui ne fait pas que séparer les Palestiniens des Israéliens, mais les Palestiniens d’autres Palestiniens, les villageois de leurs terres, les enfants de leurs écoles, les malades de leurs médecins et de leurs hôpitaux.

Ça ne vous rappelle rien, Mme Ravary, cette existence séparée ?

Je vous invite à lire les divers rapports du Israeli Committee Against House Demolitions (ICADH). Vous verrez comment les autorités s’acharnent quelquefois à détruire les maisons des Palestiniens sous des prétextes futiles. Vous verrez ce que Jeff Halper, un anthropologue israélien qui anime ce groupe, appelle « la matrice de contrôle » : les 430 km d’autoroutes qui quadrillent le petit territoire de la Cisjordanie et qui le découpent en 64 petits morceaux déconnectés les uns des autres, ce qui a pour effet d’étrangler l’agriculture, le commerce, l’industrie et la vie culturelle et artistique du côté palestinien. Un artiste a représenté ces territoires de résidence palestiniens, séparés les uns des autres comme un archipel d’îles ne pouvant communiquer entre elles …

Quant aux check-points, sous prétexte de sécurité, ils rendent surtout la vie impossible aux Palestiniens qui y sont humiliés au quotidien. Outre les check-points qui séparent Israël de la Cisjordanie, il y a tous ceux qui morcellent la Cisjordanie, et qui constituent cette « matrice de contrôle ». Ils paralysent l’économie palestinienne, tout en avantageant les hommes d’affaires israéliens. C’est ainsi que les propriétaires israéliens de Soda Stream, entreprise qui fait l’objet d’un boycott international, peuvent faire de bonnes affaires dans les territoires occupés.

Gideon Levy, ancien adjoint de Shimon Peres, a raconté lors d’un passage à Montréal comment le « good Jewish boy » qu’il était est devenu un critique de l’occupation. Il avait entendu que des femmes palestiniennes, enceintes et sur le point d’accoucher, étaient mortes sur des check-points, car de jeunes soldats israéliens les avaient empêchées de se rendre à l’hôpital. Il n’avait pas cru. Il avait enquêté et avait trouvé que c’était encore pire que tout ce qu’il avait entendu. Ses reportages dans Haaretz décrivent les conséquences dramatiques et humiliantes de l’occupation. Si vous êtes concernée par le sort des femmes, pourquoi n’allez-vous pas demander aux femmes palestiniennes ce que signifie l’occupation pour elles ? Je peux vous arranger des contacts à cet effet, si vous le voulez !

Ce dont je parle, Mme Ravary, ce sont les conséquences inévitables des colonies de peuplement. Ce sont leurs conditions d’existence. Si vous condamnez ces colonies, vous devriez logiquement condamner leurs conséquences anti-démocratiques, et être d’accord avec les critiques que j’ai formulées envers un ministre qui refuse de les condamner, non ? Ma critique de la politique du gouvernement Harper, bien exprimée par ce ministre, vous a énormément dérangée. Vous auriez dû plutôt vous joindre à moi dans cette critique s’il est vrai que vous êtes contre la colonisation.

Mais au lieu de cela, vous avez choisi d’adopter la même stratégie que le Centre consultatif des relations juives et israéliennes, dont la lettre datée du 19 février contient des arguments très similaires à ceux que vous exprimez dans votre premier blog. Cette stratégie vise surtout à faire pression sur Radio-Canada pour censurer les rares voix qui proposent une lecture éclairée et sans complaisance des rapports de domination exercés par Israël envers les Palestiniens. Cette volonté de censure relève du Maccarthisme. Cette lecture alternative est largement absente des grands médias. Il y a bien eu quelques reportages courageux, contre lesquels s’acharnent systématiquement les organismes de lobby pro-israéliens, en critiquant des points de détails, comme le montre le rapport de l’Ombudsman de Radio-Canada. Il est toujours possible de relever des petites imprécisions dans les reportages des journalistes les plus professionnels. Mais la caractérisation globale du conflit, l’identification de l’agresseur et de la victime, les images crues de l’occupation brillent généralement par leur absence des salles de nouvelles. On ne voit pas souvent dans les nouvelles quotidiennes des colons détruisant des centaines d’oliviers centenaires appartenant à des Palestiniens depuis plusieurs générations, après avoir volé leur production. On ne voit pas souvent des femmes jeunes ou vieilles qui se font humilier par des blancs-becs en uniforme tous les jours aux check-points. Pourtant, cette réalité inique est quotidienne, et elle est largement documentée et dénoncée par l’organisme israélien B’Tselem, un centre de défense des droits humains. Il suffit de lire leurs publications disponibles sur le web. On peut aussi consulter les témoignages de Machsom Watch, ce groupe de femmes israéliennes courageuses qui se sont mobilisées pour observer et dénoncer ce qui se passe aux check-points. Consultez ces sites, et ensuite nous parlerons de démocratie israélienne.

La question de la démocratie à l’intérieur du territoire d’Israël proprement dit devra attendre, quant à elle, une autre discussion.

Dans votre brève analyse de l’histoire, vous ignorez les écrits de toute une frange d’historiens, de sociologues, de politologues israéliens qui ont à cœur l’existence et la survie d’Israël et qui, justement à cause de cela, font une critique radicale du récit dominant israélien. Lisez Avi Schlaim, Ilan Pappé, Baruch Kimmerling, Uri Davis, Michel Warchawski (Mikado pour ses amis) pour comprendre ce qui se passe avec des yeux autres que ceux du Comité Canada-Israël qui a fusionné avec d’autres pour fonder le CERJI, et qui semble inspirer votre compréhension du conflit. Si vous condamnez vraiment les colonies, comme vous l’affirmez, alors vous n’avez pas encore saisi les conséquences logiques de votre position. Je vous invite à en débattre sérieusement et sans démagogie.

Deuxième contradiction : vous critiquez la performance de Chris Alexander. En fait, il a représenté de façon très fidèle la politique du gouvernement Harper. Si vous n’aimez pas ce qu’il a dit, c’est la politique de Harper que vous n’aimez pas. Dites-le donc ! Cela vaut mieux que de vous mettre dans cette contradiction ridicule.

Troisième contradiction, et non la moindre : Vous dites être d’accord avec la solution de deux États, comme d’ailleurs le lobby pro-occupation représenté par le CERJI, dont la lettre à Radio-Canada réitère cette position. Il y a là une fraude intellectuelle. Deux États sur quel territoire, au juste ? Les négociateurs palestiniens ont accepté le fait qu’Israël est un fait accompli, et ils l’ont déjà reconnu officiellement dans les accords d’Oslo. Mais ces accords ne mentionnent nulle part le terme « État palestinien ». L’Autorité palestinienne est prête à reconnaître Israël dans le territoire défini par la ligne d’armistice d’avant 1967, qui est le territoire d’Israël reconnu internationalement et qui comprend 78 % de la Palestine historique. Et c’est là surtout (mais pas uniquement) que les négociations achoppent. Israël ne veut pas se contenter de ces 78 %, et établit des « faits accomplis » qui consolident son contrôle de ce qui reste de la Palestine. Sur ce point, c’est le gouvernement d’Israël qui est le maître du jeu car c’est lui qui construit les colonies. Comme l’a rappelé un négociateur palestinien, Israël « mange déjà la pizza pendant qu’on discute comment la partager », rendant la discussion stérile. Si vous êtes réellement pour la solution de deux États, pourquoi ne condamnez-vous pas clairement cette stratégie au lieu d’inonder de calomnies ceux qui la condamnent ? Il vous faudra résoudre cette contradiction.

J’espère que vous comprendrez un jour que la meilleure garantie de sécurité, pour les Israéliens, c’est d’offrir une solution honorable aux Palestiniens qui ont été dépossédés de leur pays par Israël, solution qui s’articule essentiellement sur deux États dans les frontières définies par la ligne verte, c’est-à-dire la ligne d’armistice de 1949. N’oubliez pas que ce territoire englobe 40 % de plus que ce que la Résolution 181 a attribué à Israël. Ce n’est pas suffisant pour vous ? Alors pourquoi vous ne dites pas que la stratégie israélienne est contreproductive, et que l’appui canadien à cette stratégie est honteux ? Résolvez vos contradictions, Mme Ravary, et admettez les vérités historiques, et on pourra ensuite parler sereinement des solutions possibles.

Car plus le temps passe, plus cette solution sera impossible compte tenu de la pénétration d’Israël dans les territoires occupés. C’est comme si on voulait séparer le jaune du blanc dans une omelette ! Plusieurs politiciens israéliens tels que Meron Benvenisti estiment que le point de non-retour a déjà été atteint et que la lutte pour les droits des Palestiniens doit être pensée dorénavant comme une lutte pour des droits civiques dans un État binational. Si vous n’aimez pas cette solution, Mme Ravary, alors faites toutes les pressions que vous pouvez contre le gouvernement Harper, pour qu’il demande à Israël de se retirer de TOUS les territoires occupés en 1967 et qu’il reconnaisse un État palestinien souverain dans l’ensemble de la Cisjordanie et de Gaza. À ce moment seulement, vous serez cohérente avec les principes que vous affichez.


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