«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Il a donné au Québec un statut et une stature internationale

Qui a (encore) peur du général de Gaulle ?

« Vive le Québec libre ! » Le 24 juillet marquera le 50e anniversaire de la célèbre phrase du général Charles de Gaulle, président de la République française. Lancée du haut du balcon de l’hôtel de ville de Montréal, la formule provoqua une crise politique majeure au Canada.

En 1997, pour le 30e anniversaire, le maire de Montréal, Pierre Bourque, avait permis à la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) de commémorer sur le même balcon ce moment charnière de l’histoire moderne du Québec. Or, pour le 50e, le maire Denis Coderre s’y refuse.

La raison ? Selon son cabinet, l’hôtel de ville est « neutre et apolitique. Les citoyens de Montréal n’accepteraient pas que ces lieux soient instrumentalisés. » Vraiment ?

Quand un politicien dit qu’il ne veut pas faire de « politique », comment le prendre au sérieux ? En refusant l’accès au célébrissime balcon pour célébrer un des moments forts de l’indépendantisme au Québec, c’est Denis Coderre qui, dans les faits, pose un geste éminemment politique.

Refus politique

Le discours du 24 juillet 1967 est un événement historique, mais de par sa nature même, il est également politique. Le maire de Montréal et ex-député fédéral a tout à fait le droit d’être fédéraliste, mais il doit aussi respecter ceux qui, parmi ses citoyens, ne partagent pas sa vision.

Les Montréalais souverainistes sont certes beaucoup moins nombreux qu’avant, mais ils méritent le même respect de la part de leur maire que leurs concitoyens fédéralistes.

En plus d’être injustifiable sur le plan démocratique, le refus du maire Coderre est incompréhensible sur le plan politique. Par les temps qui courent, son option fédéraliste est pourtant loin d’être menacée. À l’opposé, le mouvement souverainiste tient par un fil.

Incompréhensible

Bref, il n’y avait aucun risque de voir une simple commémoration de la SSJB sur le balcon de l’hôtel de ville rallumer une flamme souverainiste déjà faiblarde. En cela, le refus du maire Coderre est foncièrement mesquin.

Le 24 juillet 1967, devant une foule montréalaise en liesse, Charles de Gaulle n’a pas dit « Vive le Canada libre ! », mais « Vive le Québec libre ! » Reconnaissons tout au moins au général l’intelligence d’avoir maîtrisé le sens des mots qu’il a lui-même prononcés en tant que président de la République. Et ce, de manière publique et solennelle.

Déjà que nous perdons jusqu’au sens le plus élémentaire de notre histoire collective, voilà que le maire de Montréal prend prétexte du caractère bien évidemment politique du 50e anniversaire du discours historique du général de Gaulle pour refuser bêtement à la SSJB l’accès au même balcon.

Prétextant aussi qu’une exposition sur la visite de Charles de Gaulle aura lieu au rez-de-chaussée de l’hôtel de ville – le hall d’honneur étant pris par une autre sur le baseball (!) –, le maire semble surtout vouloir garder un contrôle très politique sur le 50e du « Vive le Québec libre ! ».

Pour mériter la clémence du maire, peut-être eût-il fallu que la SSJB drape une statuette du général de Gaulle dans l’unifolié canadien...


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