«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Quel est le principal obstacle au fonctionnement politique du Québec ?

Tribune libre de Vigile
samedi 25 juin 2016
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La quête de l’indépendance via le PQ était, à l’origine, un moteur extraordinaire du développement du Québec. Elle est maintenant devenue le principal obstacle à son avancement. Ce n’est pas la quête de l’indépendance elle-même qui pose problème, mais le fait qu’elle fasse partie intégrante du PQ. Tant que l’indépendance ne sera pas sortie du PQ et des autres mini partis, le PQ continuera à fonctionner bien au deçà de son potentiel et la fertile opposition entre la gauche et la droite telle qu’elle se vit dans la plupart des pays continuera à nous échapper. Il y a pire encore, nous sommes à une croisée des chemins unique dans l’histoire du monde où nous devons transformer radicalement notre organisation sociale pour éviter de sombrer dans le chaos en devenir. L’entrave du référendum péquiste disperse des énergies dont nous avons un besoin vital. Voyons ensemble comment se présente la situation et comment l’améliorer.

Les trois conséquences néfastes du référendum

Le référendum fait peur, assez peur pour empêcher bon nombre d’électeurs de voter selon leur orientation politique naturelle. Nous avons vu l’effet dévastateur de ce phénomène lors des élections de 2014 où nous avons facilement réélu un gouvernement qui était teinté de corruption. Le référendum conduit les anglophones et autres fédéralistes à supporter le PLQ même s’ils ne veulent pas de sa politique néolibérale. Parallèlement, il repousse du PQ ceux qui favorisent la social-démocratie, mais qui ne veulent pas être embrouillés par un référendum ou même seulement par toutes les astuces électorales qui sont censées nous y mener. Il fait même peur aux indépendantistes qui ne veulent pas en perdre un troisième.

Le référendum empêche le PQ de lutter pleinement pour le bien commun, car plus il réussit quelque chose à l’intérieur du système actuel tout en clamant qu’on ne peut rien faire sans l’indépendance, plus il montre qu’on peut y arriver sans elle. Par exemple, le PQ aurait pu aller au fond de l’affirmation du français dans les écoles et dans l’affichage en utilisant la clause nonobstant. S’il avait réussi, il aurait démontré qu’on peut affirmer la langue française à l’intérieur de la Constitution actuelle, ce qui est anathème. Cette contradiction paralysante fait partie de la nature profonde du PQ. En modulant inconsciemment sa pensée, son action est entravée. Réussir un « bon gouvernement » nuit à l’indépendance, car il montre qu’on peut avoir un « bon gouvernement » sans l’indépendance.

La stagnation de la proportion des partisans du OUI depuis 20 ans (nous sommes au même point qu’en 1980 !) amène le PQ à utiliser toutes sortes de stratagèmes purement électoralistes, contre ses principes avoués, en espérant faire avancer le vote indépendantiste. On l’a vu lorsqu’il a attisé un réflexe populiste contre un petit groupe de femmes musulmanes en déguisant le tout sous les atours de l’égalité dans une charte des valeurs. Ou encore, lorsqu’il a trouvé normal de se choisir comme chef une vedette médiatique dont le comportement passé était bien loin des idéaux sociaux-démocrates que le parti dit incarner.

Parizeau a bien résumé la situation lorsqu’il a dit du PQ en avril 2015 « ... on lui a fait perdre son âme. On l’a égaré dans des discussions byzantines. » Bien avant lui, René Lévesque l’avait annoncé dans sa fameuse phrase « ... peu importe les chirurgies plastiques qui prétendent lui refaire une beauté, ce ne sera plus un jour qu’une vieillerie encombrant le paysage politique et empêchant l’avenir de percer. »

Un référendum gagnant est-il encore possible ?

L’indépendance du Québec est un événement devenu hautement improbable, car les circonstances qui lui étaient favorables pendant les années 1965-1995 ont disparu sans qu’il y en ait de nouvelles pour faire vivre le projet. Sauf lors d’une décolonisation massive d’un empire, l’indépendance est le fruit d’un bouillonnement émotif populaire résultant d’une oppression ou d’insultes bien tangibles et non d’une réflexion sur des prévisions économiques.

Le mouvement indépendantiste des dernières 50 années provient évidemment de la longue domination anglaise sur les habitants catholiques d’origine française résidant principalement au Québec, mais aussi dans le reste du pays. Avec le temps, beaucoup de temps, cet état de choses s’est calmé. Nous sommes bien loin de 1837 où une micro guerre civile était le moyen d’expression correspondant à la situation dans laquelle se trouvaient nos ancêtres. Nous sommes loin aussi de la situation encore plus douce des années soixante où les adultes avaient grandi dans une culture du petit peuple né pour un petit pain devant baragouiner l’anglais pour communiquer avec le boss. Maintenant que nous sommes bien plus confortables, que nous nous sommes développés dans les domaines culturels et économiques, avons-nous assez mal pour vouloir créer un pays coûte que coûte ? Pas de douleur, pas de pays.

Il n’y a pas que l’émotion manquante qui empêche l’indépendance. Il y a la démographie manquante.

Quel que soient les tentatives de projeter une image de « l’indépendance pour tous les Québécois », c’est un projet par et pour une ethnie bien particulière dont la proportion ne fera que diminuer au fil du temps. En passant, cette ethnie en est rendue à ne même plus pouvoir se nommer. Jadis ils s’appelaient « Canadiens », puis « Canadiens français », puis ils se sont perdus dans le vocable « Québécois ». Il n’y a même plus de mot pour nommer cette tranche démographique, cette entité culturelle, que forme le peuple francophone de souche, et même si on en avait, on serait censé avoir honte de s’en servir pour s’identifier. C’est devenu politiquement incorrect de se distinguer. Ceci étant dit, avec 50 000 immigrants par année, un million en 20 ans, deux millions en 40 ans, la proportion du NON ne peut qu’augmenter, même avec les meilleurs efforts d’intégration et d’apprentissage de la langue française. Ces Québécois ne vont pas d’eux-mêmes provoquer une incertitude politique majeure. Ils veulent juste se faire une nouvelle vie souvent à partir de pas grand-chose.

Non seulement la proportion change par l’ajout de nouveaux Québécois, mais la population du OUI vieillit et, en mourant, diminue. Pouvons-nous croire que son audace et son goût du risque pourront se maintenir ? Déjà que ce goût du risque est assez tempéré. Le peuple francophone québécois de souche a démontré clairement qu’il est résolument divisé au sujet de l’indépendance. Il est incapable de voter pour lui-même de façon écrasante. C’est toujours mou, à peu près, peut-être, indépendant tout en gardant tous les avantages d’être Canadien, et ainsi de suite. Même les questions référendaires sont alambiquées et molles.

Bien qu’un référendum gagnant soit virtuellement impossible, son influence est tenace. Cinquante ans d’habitudes maintiennent, chez ceux qui l’ont contractée, la peur maintenant irrationnelle, pendant que la foi vivante des péquistes leur fait voir l’impossible comme seulement difficile. Tous les effets délétères continueront tant que ces populations continueront d’être affectées par ce fantôme.

Chercher à atteindre un but impossible est non seulement une perte de temps et d’énergie, mais un obstacle au développement.

La solution : sortir le référendum des partis et le confier au peuple

Comment sortir le mécanisme du déclenchement d’un référendum sur l’indépendance hors des partis politiques ? Le PQ renoncerait à définir et faire exister le référendum tout en lui ouvrant une voie légale pour se manifester si nécessaire. Il laisserait le développement et la promotion du projet d’indépendance à des organisations civiles non partisanes tout en lui donnant accès au vote par une loi d’initiative populaire. Nous aurions un espace pour que l’indépendance évolue en dehors des partis politiques laissant la politique évoluer en dehors de l’indépendance.

C’est au peuple à constituer un ou plusieurs organismes civils et à choisir lequel sera le porte-parole principal du mouvement. Ces détails ne regardent personne au gouvernement ni dans un parti politique. Ce regroupement de citoyens se concentrerait sur la création d’une proposition de constitution, d’argumentations et d’études pour l’indépendance, de colloques et d’assemblées pour faire avancer le concept en profondeur. Ce faisant, ces discussions n’auraient pas d’incidences directes sur les politiques des partis.

Une loi d’initiative populaire permettrait à cet organisme de déclencher un référendum. Puisque l’indépendance est une question de la plus haute importance, on pourrait fixer un seuil très élevé pour qu’un référendum par initiative populaire ait lieu, par exemple, par la présentation d’une pétition de 1 000 000 de signatures. Une fois ce seuil atteint, le gouvernement serait contraint par la loi à rajouter une question aux bulletins de vote lors de la prochaine élection provinciale, la transformant en élection référendaire. La formulation de la question serait celle décidée par l’organisation civile sans aucune modification par le gouvernement. Si un certain seuil de participation était atteint et si un résultat éloigné du 50-50 était atteint, par exemple 54-46, le gouvernement en place aurait le mandat de déclarer l’indépendance et d’en négocier les termes selon les balises fixées par l’organisme, pas selon les termes du parti au pouvoir.

Une fois en place, la possibilité d’initiative populaire viendrait avec son pendant : que les partis renoncent à faire leur propre référendum s’ils sont au pouvoir. Si le peuple par lui-même est incapable de se soulever par cette voie, rien ne sert de l’agiter et il ne mérite certainement pas de fonder un pays. Les partis pourront alors se concentrer sur la gouvernance qui inclut, bien sûr, la défense du fait français au Québec.

Le PQ renait ou bien il disparaît

En lisant le programme du PQ de 1970, on constate qu’à ses débuts ce parti était rempli d’un idéalisme répondant aux problèmes de son époque. En considérant le Québec comme un pays et non comme une simple province, il voyait très grand. Cette vision créait un puissant champ de forces qui donnait une dimension supérieure à son travail forcément limité au cadre provincial. Deux générations plus tard, alors que cette impulsion s’est épuisée, le PQ est à la croisée des chemins. Soit il continue dans sa voie actuelle pour éventuellement s’épuiser et disparaître comme l’Union Nationale, soit il se renouvelle complètement dans l’esprit créateur de sa fondation pour répondre aux nouvelles réalités.

Nous faisons en effet face à des défis qui menacent notre civilisation tout entière : changements climatiques d’une ampleur telle qu’ils menacent notre production de nourriture, l’existence des zones côtières, et la stabilité des nations ; destruction massive d’écosystèmes terrestres et marins entraînant la disparition d’espèces à une échelle que la terre n’a pas connue depuis 250 millions d’années ; perte de contrôle des destinées des collectivités remises entre les mains de groupes commerciaux et financiers transnationaux ; vénération de l’argent aux dépens de l’humain, etc.

Le PQ est composé de personnes remplies d’idéaux dont l’évolution et l’expression sont limitées par le dogme du référendum. En éloignant toute cette belle machine politique du radotage référendaire, elle pourrait être redirigée vers une exaltante entreprise de renouvellement de tout notre mode de vie. Qu’on le veuille ou non, des changements majeurs s’en viennent et si on continue à s’en occuper comme nous le faisons maintenant, c’est-à-dire en remettant à demain ce qui doit être fait aujourd’hui ou en ne posant que des gestes symboliques, mais inefficaces, nous n’aimerons pas du tout habiter ce monde en devenir.

Libérer le PQ libérera aussi le PLQ qui, face à un adversaire impotent, n’a pas de stimulation vers la grandeur. Pour grandir, ça prend un adversaire de taille. La stagnation référendaire nivelle la politique québécoise par le bas.

Deuxième chance pour l’indépendance

En voulant agir grand, en considérant notre collectivité comme une unité à perpétuer sainement à travers un futur dangereux à long terme, nous aurons besoin du concours de pouvoirs souverains qui sont sous l’autorité du gouvernement fédéral. Si notre exemple l’inspire et que le reste du Canada fait siennes nos aspirations, nous pourrons avancer. Si, par contre, ce pays devient encore plus infecté par la déchéance morale états-unienne qu’il ne l’est actuellement, et qu’il fait obstacle à la volonté du Québec, nous assisterons à une montée grandissante de frustrations réelles affectant tous les Québécois, quelles que soient leurs origines et leur orientation politique. L’indépendance pourrait être un effet secondaire de cette nouvelle vision politique.

Gardons-nous de choisir nos buts dans l’espoir de créer cette confrontation. Il suffit d’être conscients qu’en faisant les bonnes choses, certaines conséquences secondaires peuvent en découler. En cherchant à aller plus loin et à voir plus grand que le Canada actuel, il se peut que ce soit le Québec qui libère le Canada.

Commentaires

  • Pierre Cloutier, 26 juin 2016 11h12

    Pas d’accord avec vous. Il y a des moments dans la vie où il faut être courageux. Quand on veut un pays, il faut avoir le courage minimal de le mettre sur la table, le matin, le midi, le soir, la semaine et la fin de semaine, avant, pendant et après les élections. Quand on aura pris la décision de faire la défense et l’illustration du pays, le reste suivra. C’est la première étape à franchir. Si on renonce au référendum, on renonce à l’indépendance et on accepte inconsciemment d’accepter les règles du jeu qui nous ont été imposées par la conquête. C’est la provincialisation des esprits, exactement ce que cherchent les ténors fédéralistes. Et d’après ce que je comprends de votre texte, il semble bien que cela réussit du moins pour une partie des gens qui se prétendent souverainistes. Si vous pensez que l’accession à l’indépendance pourra se faire sans l’assentiment majoritaire de la population, vous vous trompez grandement. Et il y a urgence à le faire. à cause de l’immigration massive et de la politique multiculturelle du Canada. On appelle cela l’assimilation en douce par les institutions canadiennes et par le néo-libéralisme qui érodent chaque jour notre identité, notre langue et notre culture. Vous allez vous réveiller un beau matin et vous ne saurez plus qui vous êtes et ce jour-là, il sera trop tard. Continuez de dormir au gaz et allez faire un tour du côté de la Louisiane, du Nouveau-Brunswich ou dans le reste du Canada pour comprendre ce que je veux dire. Personnellement, je m’en fous car à 71 ans, mon expectative de vie n’est pas très grande. Mais pour les plus jeunes, ils devront payer le prix de leur lâcheté.

  • Gaston Carmichael, 26 juin 2016 07h38

    N’est-ce pas le constat qu’a fait François Legault quand il a quitté le PQ pour aller fonder la CAQ ?

    Au fur et à mesure que la lumière de l’impossible éclairerait les grands esprits à l’intérieur du PQ, ceux-ci devraient se joindre tout naturellement à la CAQ.

    Les plus gauchistes pourraient se réfugier vers QS. Ne reste plus que le purs et durs qu’on retrouvera bientôt dans un CHSLD.

    Ainsi, le PQ pourra aller rejoindre l’Union Nationale dans le cimetière des partis poilitique, et un Québec heureux et prospère pourra enfin s’épanouir sous la bienveillante supervision d’Ottawa.

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