«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Souhait de Philippe Couillard

« Québec veut faire la paix avec Terre-Neuve »

Le Québec n’étant pas en guerre avec Terre-Neuve, alors pourquoi ?

Tribune libre de Vigile
mercredi 13 janvier 2016
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Autant pour le Québec que pour Terre-Neuve, les potentiels de la péninsule du Labrador intéressent tout le monde. Ce grand intérêt s’explique par l’immensité du territoire concerné par le vocable " Labrador " et les richesses naturelles y contenues. Mais qu’est-ce que la péninsule du Labrador ?

Je choisis de consulter un livre des Publications du Québec intitulé " Noms et lieux du Québec : dictionnaire illustré " 1994. Voici un début de localisation du Labrador : " Le toponyme Labrador s’applique à l’ensemble de la péninsule comprise entre la baie d’Hudson et l’axe du Saint-Laurent — appelé aussi Péninsule Québec-Labrador — à la partie nord-est de cette péninsule ou à la côte atlantique de celle-ci. La limite méridionale de la péninsule a varié au cours de l’histoire. » (p.318) et le texte continu.

On ne règlera pas ici le problème de la frontière dite du Labrador entre le Québec et Terre-Neuve pour plusieurs raisons. Une de celles-ci est le fait que l’immense territoire du Labrador recouvre en partie un territoire réclamé par Terre-Neuve et en partie un territoire réclamé par le Québec et ceci, sans considérer les réclamations des différents peuples autochtones.

Revenons à notre propos : Philippe Couillard veut faire la paix avec Terre-Neuve au nom du Québec. C’est ce que rapporte un court article de La Presse du 1er septembre 2015. Le journaliste Philippe Teisceira-Lessard signe un texte intitulé, je cite : " Québec veut faire la paix avec Terre-Neuve ".

Philippe Couillard pose-t-il mal le problème parce qu’il n’y a pas de guerre déclarée par le Québec à Terre-Neuve. Même si Terre-Neuve a poursuivi à quelques reprises devant les tribunaux le Gouvernement du Québec pour déclarer nul un contrat signé à Montréal le 12 mai 1969, cette saga judiciaire ne justifie pas que Philippe Couillard prenne une initiative pour mettre fin à un litige dont le Québec n’est pas l’initiateur.

Pour les habitués du droit des contrats, le fait que ce contrat fut signé à Montréal n’est pas banal.

En sur-titre, j’écris que les problèmes pour sortir l’hydroélectricité du Bas-Churchill sont les mêmes que ceux rencontrés dans les années 1960s pour l’hydroélectricité du Haut-Churchill, mieux connu sous le nom de la centrale Churchill Falls.

Ces problèmes que j’appelle "contraintes" sont de 3 ordres différents et complémentaires si on veut que l’hydroélectricité produite arrive à destination chez un acheteur de grandes quantités d’électricité. Les 3 contraintes sont : une contrainte géographique, une contrainte financière et une contrainte technique de transport de grandes quantités d’électricité sur de grandes distances.

Les deux projets du Haut-Churchill et du Bas-Churchill partagent plusieurs ressemblances dont la proximité géographique distants de 200 km l’un de l’autre. En puissance, la centrale Churchill Falls (Haut-Churchill) est de 5400 MW (mégawatts) produisant environ 30 TWh / an (térawattheures = 10 exposant 12 wattheures) sont achetés par Hydro-Québec nécessitant 3 lignes de 735 kilovolts couvrant plus de 1100 km jusqu’en banlieue de Montréal.

Le Bas-Churchill dégagera environ 3000 MW en puissance produisant 17 TWh / an. Le Bas-Churchill est composé de 2 centrales, Muskrat Falls en phase 1 avec 800 MW et Gull Island en phase 2 avec 2200 MW.

La contrainte géographique s’explique par les très grandes distances que l’hydroélectricité produite sur le fleuve Churchill devra parcourir sur des lignes de très haute tension entre le lieu de production et la destination des lieux de consommation ou des interconnexions avec des réseaux voisins acheteurs de grandes quantités d’électricité.

Les principales distances sont les suivantes considérant le point de départ à la centrale de Gull Island : 1000 km avec St-Jean, Terre-Neuve, 1300 km avec Montréal et 1700 km avec la frontière du Maine en passant par les provinces maritimes. La question qui s’impose à cette étape est la suivante : à quelle extrémité le promoteur du Bas-Churchill trouvera-t-il preneurs pour les 17 TWh produits par année ?

La réponse à cette question est aussi la réponse à la contrainte financière. Le promoteur du Bas-Churchill s’appelle NALCOR pour Newfoundland and Labrador Corporation, une société d’État de Terre-Neuve fondée en 2007. Ce promoteur doit trouver un débouché pour ses 17 TWh.

Dans les considérations qui suivent, nous faisons abstraction du coût final du projet et du coût unitaire exigé pour la vente de chaque kWh. Nous assumons que le projet trouvera le financement adéquat. Nos consultations auprès d’ingénieurs nous confirment que les problèmes techniques associés à ce projet sont surmontables incluant la traversés sous-marine du détroit de Cabot sur une longueur de 150 km. Nous faisons aussi abstraction de la date de livraison de la 1ère mise-en-service de ces 17 TWh par année. Cette date ultime est d’ailleurs très aléatoire.

Regardons au plus près pour identifier un débouché potentiel pour ces 17 TWh. Puisque le promoteur est la province de Terre-Neuve, le 1er débouché est constitué par les consommateurs des 4 provinces maritimes.

Selon des chiffres pour l’année 2010, les provinces maritimes comptaient 2,4 millions d’habitants et consommaient en tout 35 TWh par année. Fait majeur, plus de 50% de cette production d’électricité est d’origine fossile : charbon, fuel lourd et gaz. Avec l’instauration des bourses du carbone et le contrôle des gaz à effet de serre (GES) mondiaux, il est fort probable que les habitants des Maritimes seront heureux de compter sur l’hydroélectricité du Bas-Churchill pour fermer leurs centrales thermiques. Les 17 TWh produits par les deux centrales du Bas-Churchill seront requis pour leur consommation domestique.

En 2e position comme acheteur potentiel des 17 TWh du Bas-Churchill, peut-on parler d’Hydro-Québec, question importante à poser à notre PM Philippe Couillard. L’hydroélectricité est toujours un atout dans un portefeuille d’énergie. Compte tenu des surplus actuels d’Hydro-Québec, Hydro-Québec n’est pas en position de rareté. Cependant, il faut ici retenir une approche géo-politique imposée par la situation géographique du réseau électrique du Québec versus les lieux de production des deux centrales du Bas-Churchill.

Face à Terre-Neuve, le vaste réseau de transport d’électricité d’Hydro-Québec est stratégiquement situé. Il peut par exemple servir d’interface entre le territoire des États-Unis et les centrales du Bas-Churchill. Dans cette hypothèse, compte-tenu de l’expertise et de la fiabilité du réseau d’Hydro-Québec, la proposition à faire à Terre-Neuve par Philippe Couillard est d’acheter toute l’offre d’électricité de NALCOR du Bas-Churchill à un prix de gros, fob frontière du Labrador "non-reconnue", et de vendre cette énergie aux réseaux voisins des États-Unis.

Il n’est pas sûr que compte tenu de la fédération du Canada, cette offre du Québec soit la bienvenue. Au contraire, Terre-Neuve voudra demeurer le maître-d’oeuvre de la production et du transport de son électricité jusqu’au client ultime situé à la frontière du Québec et des États-Unis. Ici, nous faisons face aux mêmes problèmes de juridiction découlant de la mentalité centralisatrice de la fédération du Canada. Comme dans le cas du passage du pétrole des sables bitumineux de l’ouest sur le territoire du Québec pour obtenir un débouché sur la côte est du Canada, les transits d’énergie inter-provinciaux sont autorisés sans le consentement de tous les États concernés.

Alors, connaissant la servilité de Philippe Couillard face au pouvoir central du Canada ( selon ses paroles en campagne électorale ) et connaissant son indifférence envers la spécificité du Québec par son histoire, par ses réalisations de civilisation social-démocrate, connaissant aussi l’aveuglement idéologique de ce neuro-chirurgien de droite qui est incapable de faire la différence entre une souris et un éléphant, la souris étant la gestion d’un porte-feuille personnel versus l’éléphant qui est la gestion des finances d’une nation, il est fort probable que Philippe Couillard n’a pas la stature d’un homme d’État pour mener une négociation gagnante pour le Québec.

La 3e approche pour le promoteur du Bas-Churchill, NALCOR, est le chemin le plus long pour vendre son hydroélectricité aux réseaux des États-Unis via le tracé dans les Maritimes jusqu’à la frontière du Maine. La distance à franchir alors entre le Bas-Churchill et la frontière du Maine est de l’ordre de 1700 km.

Ce peut-il que les coûts soient prohibitifs pour cette 3e approche ? Évidemment oui à court terme. La réponse est toute trouvée avec un baril de pétrole sous les 40$ US l’unité et avec une production de gaz de schiste abondante aux États-Unis. À long terme, on ne sait pas. Cette incertitude est-elle le signe que le projet du Bas-Churchill est prématuré et qu’il dormira encore quelques décennies à moins que Justin Trudeau veuille "mettre le Québec à sa place " ?

Revenant au bref article de La Presse du 1er septembre 2015 intitulé " Québec veut faire la paix avec Terre-Neuve ", on peut maintenant mieux pressentir les intentions que cachent Philippe Couillard dans le dossier de l’hydroélectricité du Bas-Churchill. Souhaitons que les retards imposés à ce projet empêcheront Philippe Couillard de nuire au Québec.

Commentaires

  • Alain Valade, 16 novembre 2016 11h08

    L`entente Québec-Terre-Neuve aurait été contesté 17 fois en cour parait-il et le Québec a toujours eu gain de cause ! Un contrat c`est un contrat ``poing`` à la ligne . Terre-Neuve n`a jamais rien donné au Québec et soudainement un Premier les accommoderait en leur suçant le nez ? En plus , qu`attend la fameuse Cour pour traiter la demandeuse Terre-Neuve de odieuse en se moquant de 17 réponses officielles et d`insulte à la Cour ? Dernière chose : Les Libéraux ne peuvent servir le Québec puisque ils ont juré sur Ottawa et il faut être des malades pour ne pas le comprendre ..... Avez-vous déjà vu des matelots jurer sur deux capitaines sur un navire ? Moi jamais et vous aussi je suppose ...en tout cas je l`espère !!! Un des deux capitaines DOIT être ÉLIMINÉ et les Libéraux ont donc , de facto , éliminé Québec....même si leur bouffonnerie de jurer sur ce drapeau fut fait - CQFD ( Ce qu`il fallait démontrer ) . Post-scriptum : L`adage très vieux qui dit qu`on ne peut servir 2 maîtres est IMPARABLE et amplement démontré d`ailleurs même Einstein serait menotté devant cette évidence car il serait obligé d`éliminer un des deux . Oh , Québec , comme tu es malade.........................tes jours à faire des ronds ont encore un bel avenir .

  • François A. Lachapelle, 15 janvier 2016 12h10

    @ Marcel Haché
    Merci pour cet échange concernant les intentions de notre PM Philippe Couillard dans le dossier de l’hydroélectricité terre-neuvienne produite ou à produire sur le fleuve Churchill. Vous écrivez que les Québécois doivent "agir". Vous et moi, nous écrivons mais notre "agir" est de faible portée.

    Si je vous comprends bien, vous appelez de toutes vos forces l’ instauration d’un État républicain du Québec lorsque vous écrivez, je cite : " La province de Québec, ce n’est pas la nation, ce n’est pas nous. "

    La province de Québec actuellement est monarchique par les lois "kanédiunes" qui nous dirigent, province = territoire conquis. La légalité surtout et moins la légitimité du régime politique "kanédiun" descendent "de dieu" comme au temps des Monarchies ce qu’est encore l’Angleterre et le Canada.

    Ce que vous et moi recherchons en lieu et place de l’autorité de Dieu (d’ailleurs le préambule de la Charte de Trudeau-1982 écrit en toutes lettres que cette loi constitutionnelle reconnaît "la suprématie de Dieu") est l’autorité du peuple comme le veut un régime républicain ( res publica ).

    Permettez une suggestion de lecture, texte écrit par Jacques SAPIR intitulé " Souverainsime " ( source : http://russeurope.hypotheses.org/4312 ). Ce texte existe peut-être sur vigile. L’auteur démontre l’équation de base de la République : légitimité + légalité + démocratie = république.

    Le Canada ne possède que la légalité. Il possède peu de légitimité populaire. Le coup de force de Trudeau-père en 1982 l’a démontré et ne respecte pas une véritable démocratie. Le PM et ses ministres, autant à Québec qu’à Ottawa, une fois élus, se réfugient dans leur limousine, disparaissent de la place publique de peur de se faire lincher.

    Revenant à l’hydroélectricité future produite par les 3000 MW du Bas-Churchill, Richard Le Hir a déjà démontré qu’avec l’article 92(10) de la loi Constitutionnelle de 1867, le décloisonnement de la frontière inter-provinciale entre Québec et Terre-Neuve peut être décrété par le pouvoir d’Ottawa. Ottawa n’a qu’à déclarer cette électricité produite "d’intérêt national" en vertur de l’article 92(10). Je crois que Justin Trudeau, avec la complicité de Philippe Couillard, est bien capable, avec sa majorité en Chambre, de signer un tel décret.

    Pour contrer cette faiblesse légale de négociation de Philippe Couillard, cet homme d’État indigne du poste qu’il occupe, le peuple du Québec, vous et moi, doit démontrer la pertinence et la compétence d’Hydro-Québec pour servir d’intermédiaire dans la commercialisation de l’électricité du Bas-Churchill.

    La renégociation des frontières entre Terre-Neuve et le Québec est une carte majeure pour refroidir les ardeurs politiques de tout PM de Terre-Neuve. C’est pour cela que le peuple du Québec doit se positionner et dénoncer la décision arbitraire du Conseil privé de 1927 où le Québec n’était pas directement représenté, mais directement impliqué.

    C’est sans compter que le Conseil privé de Londres était juge et parti dans ce litige. Des membres du Conseil privé de Londres étaient en même temps membres du Conseil d’administration d’une banque anglaise qui était créancière auprès de grandes compagnies anglaise impiiquées dans le développement du Labrador. En magouille financière, les Anglais impériaux s’y connaissent.

  • Marcel Haché, 15 janvier 2016 10h06

    M. Lachapelle.

    En tout respect. Je vous lis depuis suffisamment longtemps pour savoir que vous êtes un indépendantiste sincère. Et ce n’est pas pour vous insulter ( mais… quand même un peu pour vous taquiner) si je vous répond que ce que vous écrivez, Philippe Couillard pourrait l’écrire aussi.

    Il s’agit de la position traditionnelle de la province de Québec. Cette position est inattaquable, vous avez raison, c’est une position inattaquable d’un point de vue légal (deux jugements en sa faveur), d’un point de vue politique aussi : c’est la province de Québec qui est victime, non pas seulement de bashing, mais d’encerclement politique.

    Lors de la saga de Meech, ce n’est pas un hasard que les coups les plus durs et les plus décisifs à l’encontre de la province de Québec soient venus de Terre-Neuve Labrador. Le « contrat maudit » (qui n’est pas aussi « maudit » qu’il n’y paraît, je vous l’accorde facilement) constitue néanmoins un formidable moyen d’unification de l’opinion publique de Terre-Neuve. Et plus le gouvernement de cette province voisine monte le ton, le plus les gouvernements québécois ont toujours pu faire les fanfarons,( comme maintenant Couillard), forts des jugements donnant raison à Hydro-Québec.

    J’écris seulement qu’un gouvernement indépendantiste n’a pas à attendre l’indépendance pour s’entendre avec ses voisins… pour AGIR. J’écris seulement que si les gouvernements péquistes du passé se sont confortés de ces jugements, et de cette guérilla judiciaire et politique que lui fait Terre-Neuve, c’est simplement que ces gouvernements « indépendantistes » étaient finalement bien plus provinciaux qu’indépendantistes.

    Le « contrat maudit » n’est pas la seule bébelle qui sert à encercler le gouvernement du Québec- il ne manque pas de bébelles, en effet- j’écris seulement qu’au Pouvoir, les indépendantistes ont mieux à faire qu’un référendum, surtout qu’ils ont bien mieux à faire que de défendre les positions traditionnelles de la province de Québec. Si évidemment, ils veulent sortir d’un certain encerclement…

    La province de Québec, ce n’est pas la Nation, ce n’est pas Nous. Précisément, la province de Québec et tout le fédéralisme canadien ont été conçus pour Nous contenir. Vous ne comptez pas, j’espère, sur Couillard pour Nous en sortir…Mais vous pouvez compter sur lui pour se chercher des amis chez nos ennemis…

    Salutations

  • François A. Lachapelle, 14 janvier 2016 21h13

    Pour mieux comprendre les propos de Marcel Haché.

    1. Au début de son commentaire, Marcel Haché parle de "cette continuation de cette guérilla interprovinciale " qui profiterait aux différents partis de chacune des deux provinces concernées.

    En quoi la classe politique actuelle du Québec profiterait de la guérilla judiciaire autour d’un contrat d’énergie signé en mai 1969 qui est à l’avantage du peuple du Québec via les profits générés par la commercialisation de cette hydroélectricité autant sur les marchés intérieurs que sur les marchés extérieurs ?

    Politiquement parlant, ce sont les politiciens de Terre-Neuve qui ont régulièrement retirés des dividendes en cassant du sucre sur le dos des Québécois. Tous savent que le "Québec bashing" n’est pas l’exclusivité des politiciens de Terre-Neuve.

    2. Cette guérilla serait de nature politique par une judiciarisation interposée du « contrat maudit de Churchill ».

    Je crois que le volet politique du litige judiciarisé à l’initiative de Terre-Neuve est de nature constitutionnelle à la sauce de la Charte de Trudeau-1982.

    Quant au "contrat maudit de Churchill", Marcel Haché le qualifie de contrat iniquitable. Une telle affirmation est dépourvue de toute perspective historique et fait référence à une absence de jugement. Par comparaison, c’est comme si vous obligiez un jeune de 15 ans de courser contre un vieillard de 70 ans en prétendant que la course est équitable parce que ces 2 personnes sont également pourvues de 2 jambes les rendant aptes à courser ensemble.

    Il ne peut pas y avoir d’équité en comparant des critères de contrat de 1969 avec des critères de 2016.

    3. Pour bien se comprendre entre Québécois, il faut tendre à clarifier les idées en jeu. Il faut rappeler certains faits entourant le contrat de mai 1969 qui explique qu’il est faux de parler de " contrat maudit ".

    3.1 le développement du Haut-Churchill était discuté entre le détenteur des droits hydrauliques sur le fleuve Hamilton, son nom alors, la firme BRINCO et des représentants du Gouvernement du Québec avant la mort de Maurice Duplessis. En mai 1969, ça fait plus de 10 ans que les parties en cause préparent leurs propositions et contre-propositions. La signature de mai 1969 ne peut pas avoir été précipitée ni du côté de Terre-Neuve, ni du côté du Québec représenté par Hydro-Québec.

    3.2 Le financement d’un barrage de l’envergure de celui de la centrale Churchill Falls exige du long terme. Un tel ouvrage de génie s’amortit sur 100 ans. Si l’acheteur Hydro-Québec a pu obtenir d’aussi bons prix fixes sans clause escalatoire, c’est que Hydro-Québec disposait d’un avantage de négociation. À la limite, le promoteur BRINCO pouvait déclarer forfait et ne pas signer de contrat avec Hydro-Québec.

    Pour Hydro-Québec, à l’époque de mai 1969, il existait deux alternatives à l’hydroélectricité de Churchill Falls : le projet de la Baie James et le recours à des centrales nucléaires le long du fleuve Saint-Laurent. Je rappelle que la construction de la centrale nucléaire de Gentilly-2 a débuté en 1973. Du côté du nucléaire civil, le Gouvernement du Canada investissait beaucoup de milliards $ et concentrait le développement de cette source d’énergie en Ontario avec la société d’État, Énergie atomique du Canada Limitée (ÉACL) dont le siège est situé à Mississauga.

    3.3 La signature du contrat en mai 1969 a lieu 4 ans avant la 1ère crise du pétrole. En 1973, le prix du baril de pétrole est passé de 3$ l’unité à 12$ l’unité. Avant cette crise, le prix de l’énergie en général était très bas à comparer à après 1973. Les signataires du contrat de mai 1969 ( 2 pour Hydro-Québec et 2 pour BRINCO ) ne savait pas à l’avance comme des devins l’éclatement de la 1ère crise mondiale du pétrole en 1973. Ils agissaient de bonne foi d’un côté comme de l’autre.

    3.4 Actuellement, Hydro-Québec est propriétaire du barrage Churchill Falls à 34%. Afin de garantir la réalisation complète de la construction de la centrale Churchill Falls, Hydro-Québec a fourni toutes les garanties ( garantie des surcoûts reliés à un taux de change déterminé, garantie des surcoûts reliés au des taux de financement prédéterminés, garantie de poursuite des travaux de construction advenant une incapacité du promoteur de s’exécuter, garantie d’achat de presque toute l’énergie produite durant 45 ans + 25 ans, etc ). En agissant ainsi, Hydro-Québec agissait avec toutes les qualités d’un propriétaire unique. Et le promoteur BRINCO le savait.

    4. Le contrat de mai 1969 n’est pas inéquitable. À l’époque, il a été fixé à partir du prix équitable que la société d’électricité de l’État de New York offrait pour l’achat de l’électricité du Québec à la frontière avec les États-Unis.

    5. Si Philippe Couillard veut ré-ouvrir le contrat de mai 1969, à titre de PM du Québec, il a une belle occasion de demander une contre-partie en renégociant l’arbitraire de la décision du Conseil privé de Londres de 1927 en regard des frontières du Labrador entre Québec et Terre-Neuve.

    Les Terre-Neuviens sont-ils intéressés de s’engager dans une telle négociation ? Réaliseront-ils alors que les dizaines de milliards de profits réalisés par le Québec avec "leur hydroélectricité" ne sont pas aussi importants que leurs politiciens leur ont fait croire. Cela s’avèrera d’autant plus vrai en comparant ces profits avec la valeur que les Terre-Neuviens accordent à "leur territoire". À suivre.

  • Marcel Haché, 14 janvier 2016 13h16

    Les deux gouvernements provinciaux, celui de Québec et celui de St-John, tous les deux, chacun d’eux à sa façon, et pour des raisons différentes mais convergentes, les deux capitales provinciales sont les complices politiques de leur vis-à-vis, en prévision de la continuation de cette guérilla interprovinciale.

    Cette guérilla a toujours été profitable aux différents partis qui forment les gouvernements de chacune des provinces. Et malgré que le p.m. Couillard avance maintenant qu’il voudra faire la « paix » avec Terre-Neuve, la guérilla se continuera pour cette raison que le but de Terre-Neuve n’est pas véritablement de mettre fin à l’iniquité inhérente au « contrat maudit » de Churchill, mais de sortir de cette position géopolitique vulnérable qui est la sienne, et qui consiste à devoir vendre à Hydro-Québec l’électricité fournie par le Bas-Churchill.

    Lorsque le p.m. Couillard parle de « paix », il parle d’équité, il laisse entendre qu’Hydro-Québec pourrait verser de plus grandes redevances à Terre-Neuve à la suite de la renégociation (en 2016) des 25 dernières années du « contrat ». Mais Couillard sait pertinemment que, malgré sa proposition d’apaisement en direction de Terre-Neuve, malgré que les redevances versées pourraient être plus grandes, il sait qu’en bout de piste, cela ne pourra pas satisfaire St-John, et que la guérilla de Terre-Neuve à l’égard du Québec se poursuivra.

    Historiquement, il n’y a jamais eu que le P.Q., et lui seul, il n’y a jamais eu que les indépendantistes (et eux seuls) qui auraient pu, qui auraient été en mesure de mettre fin à cette guérilla ET…ET d’y faire, pour la Cause qui nous tient à cœur, un millage Politique considérable.

    Hélas, pour sortir de l’isolement politique dans lequel la belle province a toujours aimé patauger, tous les gouvernements péquistes ont négligé la piste du « contrat maudit » de Churchill, essentiellement parce qu’ils n’avaient qu’un seul volet à leur agenda, lui relevant d’une seule méthode politique : la méthode référendaire. Alors pourtant qu’ils auraient pu être bien plussse que les seuls « Intérêts du Québec », ils auraient pu être (et pourraient encore l’être) les « Intérêts de la Nation »… Les « intérêts du Québec » ne se juxtaposent pas parfaitement avec les « intérêts de la Nation ». Et ces derniers Intérêts n’intéressent ni Couillard ni personne de sa gang…

    C’est parce que les intérêts de la Nation n’intéressent pas Couillard qu’il feint de défendre les intérêts du Québec, qu’il feint l’apaisement avec la province Terre-Neuve-Labrador, la réalité étant qu’il est présentement en embuscade en prévision de faire rejoindre la maudite province de Québec à la grande famille canadienne issue de 1982.

  • Jean Claude Pomerleau, 13 janvier 2016 21h58

    Faut il se fier au régime libéral pour conclure des ententes profitables au Québec ?

    La Commission d’enquête sur le régime libéral, a la réponse à cette question concernant la gestion d’Hydro-Québec :

    Bilan de la privatisation à la pièce des filières énergétiques d’Hydro-Québec‏

    http://dossierplq.com/hydro_quebec-2.html

    JCPomerleau

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