«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Premier colloque de l’Institut de recherche sur le français en Amérique

Québec devra prendre les grands moyens pour sauver le français dans la métropole

samedi 29 novembre 2008

Gervais, Lisa-Marie - Le déclin du français au Québec est à ce point inexorable que le démographe Marc Termote affirme que le gouvernement n’aura pas d’autre choix que d’envisager de prendre les grands moyens s’il veut renverser la vapeur : une halte à l’immigration ou l’imposition de l’unilinguisme français partout sur un territoire donné. Auteur de l’une des fameuses études qui avait suscité la controverse en janvier dernier parce que tenue secrète par l’Office québécois de la langue française (OQLF), le chercheur a tiré cette conclusion hier lors du tout premier colloque de l’Institut de recherche sur le français en Amérique (IRFA), une institution citoyenne qui se veut « le chien de garde du français » née peu de temps après cette tourmente linguistique.

« J’ai toujours pensé qu’on pouvait éviter la territorialisation de la langue », a déclaré M. Termote, en admettant avoir quitté sa Belgique natale notamment pour fuir ce phénomène. « Si les francophones deviennent minoritaires [sur l’île de Montréal en 2021] comme les prévisions le montrent, croyez-vous qu’il y aura beaucoup d’immigrants qui vont opter pour le français ? Je pense qu’il faut peut-être considérer [la territorialisation] », a poursuivi le professeur associé à l’Université de Montréal.

Selon les prévisions de M. Termote, la part du groupe francophone selon la langue d’usage à la maison diminuera tout au long de la période à l’étude soit 2006-2051, et ce, « quelles que soient les scénarios ». « La seule différence au fil des ans, c’est la vitesse du déclin », a-t-il indiqué.

En 2051, la proportion de francophones serait à 42,3 % dans l’île de Montréal et devrait atteindre 72,3 % dans l’ensemble du Québec. Entre 2016 et 2021, la français deviendra minoritaire comme langue d’usage à la maison. Et selon lui, pour la première fois depuis 1971, l’ensemble des francophones diminue même dans l’ensemble de la région métropolitaine, alors que l’anglais est stable.

Une situation anormale

Marc Termote a également souligné la situation « anormale » de Montréal, l’un des seuls endroits où la pérennité de la langue de la majorité, le français, n’est pas assurée. « Dans la plupart des sociétés d’immigration, la pérennité de la langue n’est pas mise en danger par le comportement démographique des immigrants ou de ceux qui y vivent déjà. Ce sont des sociétés protégées par la loi du sol, c’est la loi du nombre qui l’emporte de facto », a-t-il indiqué en mentionnant Bruxelles comme exemple. « Le seul endroit où il y a un laisser-faire, c’est Montréal. » Le démographe ajoute que, dans le contexte nord-américain où l’anglais est très présent, il est inconcevable de parler de la « loi du sol » pour Montréal.

M. Termote, également directeur du Centre interuniversitaire d’études démographiques, croit qu’une profonde réflexion sur la politique linguistique devient inévitable. « Est-ce que ce sera au niveau de l’affichage ? De la langue dans les collèges ? » s’est-il interrogé. Le démographe a ridiculisé la ministre de la Culture, Christine St-Pierre, qui lui aurait demandé au terme d’une rencontre ce qu’elle pouvait faire pour faire augmenter le taux de fécondité. « La naïveté des politiciens est remarquable », a lancé M. Termote en se disant mal à l’aise face à une telle proposition. « Va-t-on se mettre à donner des allocations [à la naissance] exclusivement aux francophones ? Il y a là une pratique discriminatoire. » Franciser l’immigration n’est pas la solution, ajoute-t-il. « C’est là mettre le problème entre les mains des immigrants », a-t-il ajouté.


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La langue - un état des lieux

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