«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Baisés sur toute la ligne, par notre propre gouvernement !

Philippe Couillard et Jean-Marc Fournier au secours de... l’anglais !

Quand la langue du pouvoir l’emporte sur la langue du nombre

Deux colonisés décomplexés qui carburent à l’argent et aux votes ethniques

Editorial de Vigile
mercredi 19 juillet
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Photo : Camille Laurin, père de la Loi 101

Suite aux récentes déclarations de Philippe Couillard et de Jean-Marc Fournier sur la nécessité pour le Gouvernement du Québec de se porter à la défense de la langue anglaise, le sociologue Mathieu Bock-Côté écrivait un commentaire fort pertinent : « S’il y a une chose qui n’est pas en danger au Québec, c’est bien la langue anglaise ! » Eh bien oui ! ce commentaire était fort à propos puisque la langue anglaise, loin d’être en danger, est triomphante au Québec et constitue la langue de la « majorité ».

À première vue, cette affirmation peut paraître incongrue, mais les sociologues, eux, savent très bien qu’un groupe, majoritaire sur le plan numérique, peut fort bien être minoritaire sur le plan sociologique.

Ce que nous disent les sociologues

Ce sont des sociologues qui, au siècle dernier, cherchant à comprendre la dynamique propre aux rapports coloniaux, ont établi des critères permettant de mieux distinguer entre minorités « numériques » et minorités « sociologiques ». Ainsi, un groupe humain, majoritaire sur le plan numérique, peut être considéré minoritaire sur le plan sociologique s’il est l’objet de discriminations, s’il subit des contraintes injustifiées, s’il se trouve en état de vulnérabilité, de fragilité ou d’impuissance par rapport à un groupe plus avantagé, ou encore s’il est marginalisé, déprécié, ou s’il vit dans un état chronique de subordination.

À l’époque coloniale, par exemple, lorsque les Européens dominaient socialement, politiquement, économiquement et militairement des peuples entiers, il arrivait fréquemment qu’une majorité « numérique » constitue une minorité « sociologique ». Ainsi, en Afrique comme en Asie, même si les populations autochtones représentaient parfois jusqu’à 99% de la population, ils n’en demeuraient pas moins, sur le plan sociologique, des minorités.

Un autre exemple bien connu est celui des femmes dans le monde. Bien qu’elles soient partout près de 52% de la population, elles n’en demeurent pas moins des « minorités » puisque, dans nombre de pays, leur conduite leur est dictée et imposée par les hommes. On comprend donc qu’identifier des minorités par le seul critère du nombre peut s’avérer trompeur, et donner lieu à des situations illogiques, mensongères, préjudiciables.

Le premier ministre John A. McDonald, à l’époque de la Confédération, aimait raconter – à la blague sans doute ! – qu’étant donné la situation minoritaire des riches au pays, il faudrait légiférer en leur faveur afin de garantir leur prospérité.

Par contre, la Cour suprême du Canada, elle, ne verse jamais dans l’humour lorsqu’elle rend coup sur coup des décisions pour secourir la « majorité anglophone » du Québec au préjudice de la « minorité francophone » qui, elle, constitue la véritable « minorité ».

Et voilà que le noble principe d’égalité absolue devient l’arme de prédilection chaque fois qu’il s’agit de porter main forte au groupe dominant afin d’assurer la protection de son vieil héritage colonial. La sophistique ne consiste-t-elle pas à faire triompher le faux tout en donnant les apparences du vrai.

Dans l’ensemble du Canada, force est de constater – lorsqu’il est fait abstraction du critère numérique – qu’il n’existe aucune « minorité linguistique » chez les anglophones, même au Québec où, numériquement, ils ne sont que 7.7 % de la population.

Sur le plan sociologique, les anglophones sont donc majoritaires partout au Canada, y compris au Québec ! Le critère à considérer n’est pas le nombre de locuteurs ayant l’anglais comme langue maternelle ou langue première, mais bien la suprématie et l’hégémonie de la langue anglaise partout au Canada et en Amérique du Nord.

Nulle part l’usage de cette langue n’est autant en état d’infériorité, de vulnérabilité, de précarité, ou l’objet de pratiques discriminatoires, que ne l’est, à l’heure actuelle, le français à Montréal.

Des droits historiques ?

Pis encore, même la loi 101 – renchérissant sur la notion absurde et antinomique de « droits historiques » – lui a octroyé des « droits » qu’aucune loi depuis 1867 ne lui avait jusqu’alors reconnu.

Quelle est cette idée absurde, colportée comme une vérité de La Palice, que des « droits historiques » puissent naître du seul fait d’un état de puissance coloniale ! En Angleterre, à l’époque de la conquête, lord Camden, dans un jugement portant sur la légalité des mandats d’arrestation, écrivait le plus justement du monde : « Si c’est du droit, on doit le retrouver dans nos livres. S’il ne s’y trouve pas, c’est parce que ce n’est pas du droit ».

La notion de « droits historiques » ne s’applique que lorsqu’il est impossible de dater l’origine de certains droits. Au Québec, tout le monde sait quand et dans quelles circonstances les Anglais ont imposé leur dominance. D’ailleurs, il est proprement scandaleux de prétendre que des droits puissent naître de l’usage d’une violence illégale. Il n’y a rien de plus antijuridique que l’usage de la violence.

Au Québec, les anglophones forment donc une « majorité » linguistique, mais surtout pas une « minorité » ! Au quotidien, on n’a qu’à se demander lequel des deux groupes doit lutter, toujours à contre-courant, pour assurer la survie de sa langue, de sa culture et de son existence, alors que les anglophones n’ont qu’à se laisser porter par les forces combinées de l’hégémonie américaine et de la mondialisation.

Nulle part ne sont-ils menacés de vivre dans un état d’apoptose (mort programmée) linguistique et culturelle. Jouissant d’une puissance linguistique sans égale, ils bénéficient de l’immense attraction que possède leur langue à Montréal, au Québec, au Canada, en Amérique du Nord, et ailleurs dans le monde.

Au Québec, en plus d’être servis partout dans leur propre langue par l’administration publique, la « majorité anglophone » jouit de la pleine garantie de ses écoles financées par l’État, de ses collèges financés par l’État, de ses universités financées par l’État, des ses hôpitaux financés par l’État, de ses centres de services sociaux financés par l’État.

Où trouve-t-on, ailleurs que dans un contexte purement colonial, un groupe numériquement minoritaire jouir de privilèges supérieurs à ceux de la majorité ? À ces avantages s’ajoutent des quotidiens et hebdomadaires, des stations de radio et un grand nombre de chaînes de télévision. Le tout couronné par des lois et des règlements adoptés en anglais, ainsi que le droit d’être jugé dans cette langue.

Qu’est ce qui fait que certains colonisés se portent si spontanément au secours du fait colonial ? Philippe Couillard et Jean-Marc Fournier pourraient-ils nous éclairer là-dessus !

En fait, les anglophones du Québec jouissent d’une telle panoplie de droits et de privilèges qu’ils sont persuadés que la Confédération a créé pour eux une province bilingue, alors que George-Étienne Cartier et ses alliés politiques avaient multiplié les promesses d’autonomie de la province et de protection de la langue française.

Malgré une mauvaise réputation, en grande partie méritée, George-Étienne Cartier n’est pas le père spirituel de la politique de bilinguisation que mène présentement le gouvernement Couillard. À la façon et au rythme où vont les choses – avec ce gouvernement de la négation de soi ! – les Canadiens-français du Québec risquent de devenir un simple groupe ethnique en deuil de son identité sur le sol de sa patrie. On a là un beau mélange d’inconscience suicidaire et de lâcheté consommée.

Christian Néron
Membre du Barreau du Québec
Constitutionnaliste,
Historien du droit et des institutions.

RÉFÉRENCES :

1- André Akoum et Pierre Ansart, éd., Dictionnaire de la sociologie, Le Robert et Seuil, 1999.

2- Georges Balandier, Sociologie actuelle de l’Afrique noire, Paris, P.U.F., 1971.

3- The Case of Seizure of Papers, XIX, State Trials, à la page 1066.

Commentaires

  • Christian Poirier, 27 juillet 20h00

    Je veux juste vous rapporter que là où je travaille dans Mirabel, on a affiché un poste pour l’entretien de la machinerie dont le postulant devait être bilingue ou unilingue ANGLAIS. Dans les Laurentides le taux d’anglophones est inférieur à 5 %(à vérifier). Et cet emploi ce pratiquait à l’intérieur des installations de la compagnie avec 80-90 % d’employés francophones. (plusieurs bilingues).
    N’a-t-on pas refuser un emploi à un travailleur de la ville de Gatineau parce qu’il était unilingue français ?
    Donc être francophone au Québec, territoire français, à majorité française est un désavantage.
    Qu’on donc les québécois à s’auto-renier ?

    (J e me rétracte pour toute les informations qui seraient prouvées comme étant fausses)

  • Francis Déry, 22 juillet 18h21

    Où trouve-t-on, ailleurs que dans un contexte purement colonial, un groupe numériquement minoritaire jouir de privilèges supérieurs à ceux de la majorité ?

    En Irlande.
    Sous l’égide normande, on craignait que les Anglais établis soient assimilés par la majorité gaélique. Que la coutume celtique l’emporte sur la Common Law des Anglo-saxons. Alors, l’apartheid fut inventé avec les Statuts de Kilkenny.

    Les Statuts de Kilkenny, rédigés en anglo-normand, comportent en fait une série d’interdictions pour les sujets hiberno-normands et irlandais du roi d’Angleterre. Il leur est en effet interdit :

    de parler le gaélique et de porter des vêtements à la mode des Irlandais ;
    de donner leurs fils à élever dans une autre famille selon la coutume celtique du fosterage[1] ;
    de s’unir avec des Irlandais par mariage ou parrainage ;
    d’appliquer les lois de Brehon ;
    d’entretenir des bardes, poètes ou conteurs gaéliques, considérés comme agents ennemis ou espions ;
    de vendre des chevaux, des armures ou des armes à des Irlandais.
    En revanche il était fait obligation aux Anglais et aux Irlandais qui vivaient avec eux :

    d’employer des noms de familles anglais ;
    de tirer à l’arc et de monter à cheval à l’anglaise (c’est-à-dire sur une selle).
    L’usage de l’irlandais entraînait la confiscation des domaines. Il était enfin confirmé que dans les domaines de la couronne anglaise, les religieux irlandais étaient exclus des chapitres des abbayes et cathédrales comme de tous bénéfices religieux.

    La « Terre de Paix » où les Anglais devaient le service militaire et sur laquelle ces dispositions s’appliquaient, comprenait les comtés et territoires de Louth, Meath, Trim, Dublin, Kildare, Kilkenny Wewford, Waterford et Tipperary.

    https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Statuts_de_Kilkenny

  • François Labonté, 20 juillet 08h51

    Bonjour à tous,

    Voici quelques faits, trop peu connus, publiés en 2015 par le Ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion du Québec.

    - En 2011, 974 890 personnes immigrantes ont été recensées au Québec, soit 12,6 % de la population totale. Leur nombre et leur poids au sein de la population sont en augmentation régulière, passant notamment de 591 205 personnes (8,7 %) en 1991 à 664 495 en 1996 (9,4 %), à 706 965 en 2001 (9,9 %) et à 851 560 en 2006 (11,5 %).

    - Selon l’Enquête nationale auprès des ménages (ENM) de 2011, la proportion de la population québécoise appartenant à une minorité visible atteint 11,0 % (850 235 personnes) comparativement à 8,8 % (654 350 personnes) au recensement de 2006, à 6,3 % en 2001 et à 5,7 % en 1996.

    - Les groupes de minorités visibles les plus importants dénombrés au Québec en 2011 sont les Noirs (28,7 % de l’ensemble des minorités visibles), les Arabes (19,6 %) et les Latino-Américains (13,7 %). Parmi la population des minorités visibles recensée en 2011, 69,7 % faisaient partie de la première génération, 27,6 % de la deuxième génération et 2,8 % de la troisième génération ou plus.

    - En 2011, les immigrants et leurs descendants sont proportionnellement plus nombreux que les personnes de troisième génération et plus, notamment chez les moins de 15 ans (18,8 % contre 15,5 %), chez les 25 à 34 ans (15,6 % contre 12,5 %) et chez les 35 à 44 ans (16,9 % contre 12,0 %).

    - La part du solde migratoire international dans l’accroissement de la population du Québec est de 81,4 % en 2015. En augmentation d’année en année, elle représentait 75,0 % en 2014, 74,4 % en 2013, et 67,9 % en 2012.

    - La contribution des immigrants à l’accroissement naturel de la population est en augmentation régulière, et la prise en compte des deux parents permet d’en avoir une image plus complète. Ainsi, la proportion des naissances dont au moins un parent est né à l’étranger a atteint 30,2 % en 2015. Elle était de 26,9 % en 2010, de 24,5 % en 2005, et de 21,4 % en 2000.

    Donc, par un calcul rapide, nous pouvons conclure que les Québécois de 3eme génération ou plus contribuent, par leur descendance, à hauteur de 13% de l’accroissement naturel de la population du Québec.
    Si cela n’est pas une politique d’ASSIMILATION du peuple Québécois (incluant ses communautés historiques), je me demande bien ce que c’est ?!?!?

    Les débats sur l’islam, le français, le racisme systémique, la laïcité, les accommodements raisonnables, le multiculturalisme, l’indépendance du Québec, etc. sont futiles et ne servent qu’à faire diversion DU SEUL VRAI DÉBAT :

    LA BAISSE DES SEUILS D’IMMIGRATION.

    Bonne journée.

  • Engelbert, 20 juillet 00h50

    Des élus qui craignent de perdre le pouvoir durant un mandat ça veut dire que les mandats sont fait que pour les réélire au cas qu’ils perdent le pouvoir. Les élus décident tous de s’embarquer dans quelque chose de pas solide. Le Québécois ne peut plus s’accrocher à élire des parlementaires avant un chef d’État. Pour une dernière fois on passe par le Premier Ministre qui dira prendre le chemin de la majorité avant les Parlementaires. Le parti qui réussira à nous mettre dans la tête que c’est la dernière fois que le Premier Ministre nomme son Chef d’État nous serons avec lui au référendum pour devenir le Pays dès le soir du Référendum.

    Un régime de 150 ans que maintiennent les élus parce c’est plus facile pour un Premier Ministre se s’offrir un poste au-dessus des autres élus sans qu’il soit voulu et soutenu préalablement par un Chef d’État.

    Le Québécois ne peut plus s’accrocher à élire des parlementaires avant qu’un chef d’État ne soit nommé. Pour une dernière fois on passe par le Premier Ministre qui dira prendre le chemin qui donnera le pouvoir à la majorité pour le chef d’État pour ensuite élire ses parlementaires. On passera donc par 2018 et faire réélire la question en 2022.

    En 2022 on peut penser que les élus du PL de la CAQ de QS d’ON en minorité seront de ce nouveau Pays contre toute attente le soir du référendum. Les partis ne sont pas chauds à attendre la population.

    Le référendum prendra des proportions très importantes dans la population si la question lui appartient en 2018. Il faut élire le PQ à ce moment là
    On a beau crier chanter pour se faire élire, il y aura toujours un élu pour remplir le siège de l’Assemblé Nationale. Celui que ça nous prend devrait être au pouvoir pour 2018 et écrire la constitution durant que la question référendaire touchera de toutes parts les Québécois de 2018 à 2022. Nous lirons la Constitution durant 2018 - 2022 sur le net.

    Ça ne presse pas à élire pour élire, Il faut juste être prêt pour remettre la question aux Québécois dès 2018. Où plus tard. C’est bien de penser longtemps ce que l’on peut faire mais c’est jusqu’à ce que ce soit le temps de faire ce qu’on est supposé faire. 150 ans donnés au fédéralisme Canadien aura suffit.

    La seule surprise le soir du référendum sera la composition du régime politique qui sortira de l’ombre avec la constitution de ses membres et prérogatives Engelbert@videotron.ca

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