«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Promotion de l’identité nationale québécoise

En ce début du 21e siècle, les Québécois doivent retrouver chez leurs représentants cet esprit de force et de conquête

Tribune libre de Vigile
lundi 10 novembre 2008
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Le Québec se veut une nation civique et politique et non une nation à caractère ou fondement ethnique. Il s’agit par conséquent d’une de ces nations qui sont des constructions volontaires, c’est-à-dire des nations moins héritées que fabriquées, à l’instar de la France ou des États-Unis. Certes, il existe dans ce type de pays une référence ethnique plus ou moins lointaine, des groupes ou peuples fondateurs auxquels se sont joints ensuite d’autres apports, généralement par immigration ou invasion. Dans le cas d’une nation dont l’identité nationale est avant tout civique et politique, le plus important n’est pas la composition ethnique de la nation mais la dynamique qui la regroupe, la force d’agglomération qui la garde unie, l’unité qui découle de ses actions ainsi que d’une histoire partagée et de projets d’avenir communs.

C’est pourquoi la plupart des nations civiques procèdent à un constant travail de mise en valeur de leur identité civique et nationale, en particulier si elles connaissent un important phénomène d’immigration, ce qui est le cas du Québec. La nation civique ou politique résultant d’une construction de la volonté, le vouloir vivre ensemble doit sans cesse être conforté par des rappels aux raisons et fondements de l’aventure collective.

L’historien Michelet soulignait très justement que « la France est un travail de soi sur soi ». En quoi il saisissait bien le caractère non pas naturel mais construit de toutes pièces de la nation française (Paul Thibaud, République, 35). Ce n’est nullement par hasard que l’on réserve à la carte de France une place d’honneur sur un mur, face aux élèves, dans les salles de classes des écoles de la République. Ce n’est pas non plus par hasard que cette nation a décidé de se charger elle-même de l’éducation nationale.

Dans un autre cas de nation civique – la nation américaine –, il ne se passe pas une journée sans que l’on rappelle au peuple américain que le pays trouve sa cohésion dans le respect voire dans un véritable culte de sa Constitution, texte sacré légué par les Pères Fondateurs. Innombrables et fort coûteux sont les moyens déployés et les slogans martelés pour conforter sans cesse la fierté et l’identité nationale des citoyens des États-Unis d’Amérique ainsi que leur cohésion autour de la personne du Président, commandant suprême politique et militaire.

Le Canada n’a pas le choix : il doit solidifier son identité nationale

Le gouvernement fédéral du Canada, suite à la grande frayeur référendaire de 1995, a pris davantage conscience de l’état exsangue de l’identité nationale canadienne. Le Canada est fréquemment décrit comme « a country without a nation ». De plus, le déferlement de l’identité américaine et l’apport d’une population issue de l’immigration laminent le vieux fonds identitaire britannique, socle traditionnel de l’identité Canadian. Ayant obtenu graduellement (tiens, tiens…) son indépendance de l’Empire britannique, désormais privé de la protection de la flotte de la Royal Navy, l’ancien Dominion of Canada cherche à éviter l’engloutissement dans l’empire américain, dont ne le sépare cette fois aucun océan providentiel.

Le gouvernement fédéral s’est donc lancé dans la construction d’une identité nationale Canadian, comptant régler du même coup le problème que pose l’identité nationale québécoise pour l’unité canadienne. Aucun État normal ne peut en effet tolérer indéfiniment l’existence de deux identités nationales dans un seul pays. Enfermée à l’intérieur des frontières du Canada, éliminée de la scène internationale, l’identité québécoise est destinée à perdre graduellement son caractère national pour devenir à terme l’expression d’une ethnie. Les canadiens francophones constitueront à moyen terme une communauté d’origine et de langue plutôt qu’une communauté de territoire, de projets et de décisions.

Ouvriers besogneux de ces luttes identitaires, des fonctionnaires fédéraux permanents (et non des personnels de cabinets politiques) ainsi que des agents spécialisés dans la guerre de l’information (Information Warfare), jouissant de budgets publics de centaines de millions de dollars, oeuvrent à miner lentement et méthodiquement les fondements mêmes de l’identité nationale québécoise. Cette identité, qui a vu le jour il y a quelques dizaines d’années à peine, s’avère fragile en comparaison de l’ancienne identité canadienne française, carapace solide quasi inentamable qui a assuré la survie de notre nationalité jusque dans les années soixante, avant que nous ne la délaissions nous-mêmes à l’époque de la Révolution tranquille.

Compte tenu des moyens que prennent la plupart des nations civiques et politiques pour maintenir leur cristallisation identitaire et durer dans le temps (ceci est moins crucial pour des nations dont la cohésion nationale repose sur l’ethnie, par exemple le Japon), il est non seulement légitime mais encore d’une absolue nécessité qu’une nation politique et civique comme veut l’être le Québec – extrêmement minoritaire au nord-est d’un continent et voisine du plus grand empire mondial – mobilise à la fois de bons esprits ainsi que des moyens financiers conséquents pour que des stratégies, des politiques et des décisions visent expressément la promotion de l’identité nationale québécoise, confortent les institutions collectives de la nation et assurent la maîtrise effective du territoire qui est encore le sien en terre d’Amérique. Faute de quoi le Québec s’acheminera vers une désintégration nationale multiforme, y compris territoriale. Le mot de Valéry ne fait pas exception pour le Québec : « Nous autres civilisations savons désormais que nous sommes mortelles. »

En ce début du 21e siècle, les Québécois doivent retrouver chez leurs représentants cet esprit de force et de conquête qui a déjà été porté en Amérique avec une telle vaillance d’abord par les Anciens Canadiens puis par les Canadiens français.

Léonce Naud, géographe
Québec

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