«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

La dépossession sournoise

Privatisation « partielle » d’Hydro-Québec : c’est commencé depuis longtemps !

À plus de 50 % des charges dévolues au privé, que veulent de plus les « privatiseurs » ?

Tribune libre de Vigile
mercredi 28 mai 2014
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- 40% des Charges et Frais financiers sont déjà privatisés

La privatisation partielle d’Hydro-Québec souhaitée par quelques ténors néo-libéraux par l’émission d’actions cotées en bourse ( celle de Toronto ou New York ) portant sur un 10% de la valeur nette d’Hydro-Québec ne sera pas la première intrusion du privé dans cette société d’État. Cette proposition tient-elle la route au Québec en 2014 ?

Sur des revenus bruts de presque 13 milliards (G) $ et des déboursés de 10 G$ en 2013, 40% des charges et des frais financiers sont contractuellement dévolus à des entreprises privées requérant comme main-d’oeuvre des personnes autres que les salariés d’Hydro-Québec ?

Ce 40% s’explique principalement par deux chiffres : a) 1 568 M$ en achat d’électricité et de combustible, et b) 2 433 M$ en frais financiers : total de 4 001 M$ sur un total de 10 448 M$. Toutes ces activités vitales pour Hydro-Québec sont payées à des entreprises privées. Si en 2014, les demandeurs de privatisation taisent ces éléments, c’est qu’ils en redemandent comme des idéologues intégristes. La malhonnêteté n’est pas loin.

Avec le développement par le privé des mini-centrales hydrauliques et des fermes de turbines éoliennes dont l’électricité est achetée fermement et à long terme par Hydro-Québec, cela représente un volet réel de privatisation. Cet exemple illustre en 2014 et antérieurement une action de privatisation inutile dans le contexte hydroquébécois de surplus d’électricité et dans le contexte nord-américain des faibles prix pour l’énergie produite par des centrales thermiques construites ou converties au gaz naturel de schiste.

La privatisation réelle d’Hydro-Québec ne s’arrête pas là. Il y a plus que le 40% ci-haut expliqué en coûts dévolus aux entreprises privées. Pour avoir eu le privilège d’être un salarié d’Hydro-Québec, j’ai constaté autour de moi l’existence de centaines de contrats accordés à des mandataires privés. Dans les charges d’exploitation de 2 450 M$ en 2013, quelle est la proportion de cette somme accordée à des mandataires privés ? Les Sintra et Thiro travaillent sur les chantiers d’Hydro-Québec à la tonne. Ne pouvant moi-même estimer le % dévolu au privé de cette charge de 2 450 M$, cela existe et augmentera facilement la part du privé dans les affaires d’Hydro-Québec à plus de 50%.

Entendons-nous bien : notre vision est celle d’un social-démocrate qui a un grand respect pour le bien commun et qui garde les yeux ouverts, prêt à reconnaître l’apport indispensable de l’entreprise privée. Prêt aussi à dénoncer les subterfuges et les malhonnêtetés et du privé et du public.

L’idéologie de plus de privatisation chez Hydro-Québec est-elle la solution ?

Il est tout-à-fait surréaliste d’observer béatement la courte liste des avantages reliés à la poursuite de la privatisation d’Hydro-Québec : une plus grande productivité, une plus grande efficacité, le tout engendrant de plus gros profits. Mais bons sens, cette assertion est vraie qu’il y ait privatisation ou non. Des hausses de tarifs sont aussi une formule gagnante pour une hausse de profits. La privatisation est loin d’assurer une garantie de succès dans le dossier d’Hydro-Québec.

Dans une grande entreprise comme Hydro-Québec avec plus de vingt milles employés salariés, sans compter les mandataires, il est évident qu’il y a du gras quelque part. La recette minceur instantanée appliquée dans des grandes sociétés aux prises avec des résultats financiers décevants ( baisse des actions et de la valeur boursière ) est de passer la hache dans le nombre d’employés en coupant par 10%, 25% et plus.

À première vue, des coupures importantes dans la main-d’oeuvre d’une grande entreprise sont faites pour obtenir des résultats à court terme et pour sauver la peau de la haute direction, geste sauvage posé au nom des actionnaires. Cependant, il est beaucoup moins évident que de telles opérations de coupures sont aussi saines pour l’économie dans son ensemble. Et dans le cas d’une société d’État comme Hydro-Québec, les attentes des actionnaires que sont tous les Québécois ne s’expriment pas en valeur de leurs actions dans leur portefeuille.

Quant on sait que près de 100% des salaires des employés d’Hydro-Québec reviennent presque instantanément dans l’économie du Québec par les impôts retenus à la source et par les dépenses de la vie courante, couper dans la main-d’oeuvre d’une société d’État est aussi couper directement dans le PIB. En agissant ainsi, les idéologues néo-libéraux se trouvent à scier la branche sur laquelle ils sont assis.

Dans le cas des actionnaires privés hypothétiques d’Hydro-Québec, il n’est pas aussi évident que les dividendes versés reviendraient aussi instantanément dans l’économie du Québec.

Partageons avec les néo-libéraux un réel intérêt pour une augmentation des bénéfices d’Hydro-Québec qui nous reviennent dans le fond consolidé du Pays du Québec et qui servent à financer nos services essentiels dans nos hôpitaux, nos écoles, nos routes, nos services gouvernementaux prodigués par nos fonctionnaires. D’autre part, des tarifs avantageux d’électricité comme dans la situation actuelle délestent une partie des revenus courants des individus et des familles pour d’autres dépenses de consommation. Ces avantages pourraient être chiffrés chaque mois sur les factures des clients résidentiels en comparant nos tarifs avec nos voisins.

Mais, on ne voit pas l’avantage au court et au long terme de notre PIB par l’ajout d’un 10% supplémentaire de privatisation au 50% existant. Et l’explication évidente tient dans le fait que le partage de la richesse créée par la société d’État qu’est Hydro-Québec est déjà accompli du fait que tous les Québécois sont déjà détenteurs de la totalité de la propriété de ce navire amiral de l’économie du Québec.

Au lieu de l’application bête et méchante des recettes ( douteuses ) du privé à une société d’État, il existe d’autres moyens d’améliorer la motivation des employés pour augmenter la productivité et ainsi augmenter la richesse détenue par tous les Québécois. C’est un travail fascinant qui doit être fait constamment par des gestionnaires convaincus qui sont en phase avec l’évolution des technologies, l’évolution du produit vendu ( 98% des revenus résultent de la vente d’électricité, note 3 du Rapport annuel ) et l’évolution de la demande. Motiver est un art et il existe d’autres arguments que le congédiement arbitraire pratiqué frauduleusement par certains gestionnaires d’entreprises privées et de syndicats.

Tous les gagne-pains doivent être protégés et développés autant dans le privé que dans le public. C’est la dignité de la personne et l’harmonie dans la société qui sont en jeu. Une privatisation additionnelle chez Hydro-Québec nous apparaît être un leurre auquel il ne faut pas mordre.

Commentaires

  • François A. Lachapelle, 28 mai 2014 12h10

    Merci Jean-Claude Pomerleau pour nous rappeler le dossier extrêmement accablant de la privatisation à la pièce d’Hydro-Québec. Il faut lire le dossier couillard donné en référence.

    Les libéraux sont inspirés par une idéologie intégriste de néo-libéralisme. Cela pour réussir est synonyme de prédation du bien public pour récompenser les zamis, les fournisseurs occultes à la caisse du parti et à une prébende secrète de 75 000$ dans le cas de Jean Charest.

    Le nouveau PM du Québec, Philippe Couillard, est dans le même sac d’avantages secrets qu’il cache. Comme Lysiane Gagnon en a déjà parlé, où Philippe Couillard a caché son salaire et autres avantages reçus lors des 4 années à travailler en Arabie saoudite de 1992 à 1996 pour un total qui dépasse les 4 millions ?

    Faut-il imposer le détecteur de mensonge à Philippe Couillard pour croire son silence actuel ? Le dossier fiscal de Philippe Couillard doit être exemplaire pour que sa crédibilité comme PM dépasse sa spécialité en neurochirurgie.

  • Michel Bélisle alias Didier, 28 mai 2014 11h43

    Il est remarquable de constater qu’à mesure que la souveraineté perd du terrain au Québec, la privatisation de son côté gagne du terrain.

    On ne peut que constater une victoire de plus en plus évidente du Système en ce 21e siècle, surtout du fait que le Système a réussi à faire passer ses idéaux à la jeune génération, ces idéaux étant l’identité unique de producteur-consommateur devant répondre aux besoins du marché pour sa survie en négation de ses racines nationales et ethniques, la sélection naturelle des plus aptes à répondres aux besoins du marché, le chacun pour soi, l’individualisme, le "au plus fort la poche", la langue anglaise comme langue universelle, la culture américaine comme culture universelle et ainsi de suite...

  • 27 mai 2014 21h47

    « La privatisation est loin d’assurer une garantie de succès dans le dossier d’Hydro-Québec. »

    C’est plutôt le contraire qui se révèle de la privatisation à la pièce déjà commencé sous le gouvernement Charest. Démonstration :

    http://dossiercouillard.com/hydro-quebec.html

    JCPomerleau

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