«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Pourquoi nos héros ne sont-ils pas héroïques à 100% ?

lundi 16 juillet 2012

C’est une boutade cruelle. Elle va comme suit : « Pourquoi doit-on savoir exactement d’où on vient ? Parce qu’on ne veut absolument pas y retourner. »

Je l’avais en tête lorsque j’ai constitué, à la demande de l’équipe de L’actualité, le livre électronique (il faut dire « livrel ») où je regroupe les textes que j’ai commis au cours des décennies et qui traitent de « Des histoires du Québec » (c’est le titre) qui m’ont titillé l’envie d’écrire. J’y traite des penchants québécois de John Kennedy, du Général de Gaulle et de la CIA, du drame familial qui a déchiré les progressistes québécois entre les rivaux Trudeau et Lévesque et a façonné notre réel, des péripéties du référendum de 1995, du « cas Lucien Bouchard », jusqu’au printemps érable.

Ce tour d’horizon m’a forcé à poser une question difficile : pourquoi nos héros ne sont-ils pas héros à 100% ? C’est normal, on ne fait pas de parade pour l’équipe qui s’est bien battue pour la Coupe Stanley. On fait une parade pour celle qui a gagné. Célébrer les Patriotes, par exemple, c’est célébrer l’équipe qui s’est bien battue.

Voyez Maurice Richard. Le symbole du Canadien-Français qui se bat. Mais il y a cet épisode, essentiel, où il est suspendu du jeu en 1955. La victime d’une immense injustice. Il y a émeute, à Montréal. Un événement précurseur, disent les historiens, de la Révolution tranquille. Mais Richard, dans une déclaration radiophonique lourde de sens, ne se limite pas à appeler au calme. Il « accepte la punition ». Il se soumet.

En politique, où sont les victoires des trudeauistes ? Le bilinguisme canadien est en déclin. Le multiculturalisme est en recul. Les « valeurs libérales » n’ont plus la cote dans le Canada-de-Harper-Avec-Portraits-De-la-Reine. Les « autonomistes » québécois à la Claude Ryan et, en trompe-l’œil, Robert Bourassa ont aussi les mains vides.

Où sont les victoires indépendantistes ? La loi 101, la protection du consommateur, l’émergence d’une classe d’affaires québécoise, l’équité salariale. Oui, oui. Mais comme l’écrivait Pierre Foglia après la démission de Lucien Bouchard, on l’avait embauché pour qu’il vienne réparer la plomberie (faire l’indépendance) et il a tout rénové, sauf les tuyaux…

C’est d’ailleurs pourquoi j’ai – et je crois pouvoir dire « nous avons » — un faible pour la figure de Jean Lesage. Puisqu’il ne voulait pas la souveraineté, (ou la transformation du Canada en un pays bilingue, ou l’autonomie) on ne mesure pas ses réalisations à ces étalons-or. Puisqu’il est allé plus loin que ce qu’il représentait à son arrivée en 1960, chacune de ses réalisations est un dépassement.

Surtout, et mieux qu’Adélard Godbout (merci pour le vote des femmes) et beaucoup mieux encore que Maurice Duplessis (au bilan globalement mais pas totalement négatif) il exprime, non la survivance ou la résistance, mais la puissance.

Physiquement et politiquement, lui et son équipe changent la tonalité, puis la réalité québécoise. Éducation, Caisse de dépôt, relations directes avec de Gaulle (de Gaulle !, on rit pu !). Et surtout, s’arroger le droit de contrôler la puissance électrique. Puis construire, en français, le plus beau barrage du monde.

Un sain débat est en cours, entre historiens, sur la fixation que nous avons des années charnières de la Révolution tranquille. La grande noirceur n’aurait été ni aussi grande ni aussi noire qu’on veut bien nous la représenter. L’irruption de la Révolution tranquille serait, dans l’histoire québécoise, davantage une inflexion qu’une rupture.

Peut-être. Mais nous sommes dans l’ordre du symbole. Jean Lesage et l’équipe du tonnerre sont forts de la faiblesse symbolique des Papineau, Maurice Richard, Duplessis, Lévesque, Bourassa et compagnie. Ils ont la victoire complète. Ils ont gagné leur Coupe Stanley. C’est à eux qu’on veut ressembler. C’est comme eux qu’on veut gagner. Encore plus qu’eux, en fait.

Et lorsqu’on croit humer, dans l’air du Printemps érable de 2012, des parfums de Révolution tranquille, la foule s’enivre, non simplement du désir de combattre, du désir d’exister, mais du désir de gagner.

À vous de voir, ensuite, si on se dirige vers « la plus belle saison » de notre vie ou si on se dira, encore une fois « à la prochaine fois ». Une chose ressort clairement, je crois, de ce recueil où l’humour a aussi sa place, comme dans la vie : au Québec, on ne s’ennuie jamais.


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