«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Pourquoi le nationalisme

Mathieu Folco

Tribune libre de Vigile
vendredi 21 février 2014
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De la pauvreté coiffée de détresse, on en voit partout à condition de se détourner de son richissime et égoïste nombril, quoique certains réussissent à s’aveugler en ne possédant que le deuxième de ces adjectifs. Essayer de comprendre cette problématique de façon globale et d’y trouver une explication commune semble hors de porté, à première vue en tout cas, car les humains se caractérisent par leur libre arbitre et il ne saurait être question ici de remettre en cause l’individualité de chacun. En premier lieu, il parait donc plus qu’ardue d’essayer de faire un lien entre tous les miséreux de la terre. Nombres d’individus parleraient même de fantasme idéologique, le spectre communiste aidant, d’autres détourneraient la conversation de peur qu’elle n’aboutisse à leurs portefeuilles. Mais ceux-là, en bon démocrate que nous sommes, laissons-les parler et agir, et profitant de notre liberté de pensée, poursuivons une ambition toute humaniste qui est de démystifier cette désolante pauvreté.

Alors, par rapport à l’injustice de la précarité, que peut-on affirmer de prime abord ? Que j’ai gagné à la loterie des naissances une place relativement heureuse dans une famille québécoise et que j’aurais pu me retrouver enfant orphelin de parents brûlés à Mégantic ou encore enfant soldat en République Démocratique du Congo. Voilà pour l’injustice. Ensuite, on peut aussi dire qu’il y a plus de pauvres que de riches. Mais bon, cela est banal, historique, mondial et même imaginable comme étant la peine à perpétuité de l’humanité.

Ainsi, les personnes empêtrées dans la misère et que la Banque Mondiale compte par milliards ne semblent pas vouloir cesser de se multiplier. Par « vouloir », je sous-entends, comme Larousse lui-même, qu’il y a de la volonté dans cette condition. Mais j’y reviendrai dans quelques lignes. Avant tout, clarifions une autre caractéristique ; la pauvreté est variable. En effet, elle n’est pas identique d’un individu à l’autre, ce qui n’enlève rien à son impacte réel car elle est belle et bien vécue et ressentie comme toute aussi affligeante. Enfin, cette dernière remarque s’applique aussi à l’ensemble de la planète, même si les conjonctures sont encore plus hétérogènes. On souffre en Côte d’Ivoire, mais on souffre aussi aux États-Unis.

Puis, permettez moi d’affirmer, dans une perspective collective, qu’ayant constaté ce que continu de démontrer l’histoire, la division se dénicherait partout où le malheur se situerait et son corollaire, la volonté de ne pas se diviser serait nécessaire pour en terminer avec la pauvreté. Pensons comment la lutte peut être féroce pour maintenir ou acquérir une place dans l’échelle sociale ; ne voulant subir les foudres de ceux du dessus de peur de chuter, on joue du coude pour rabaisser ceux à nos côtés ou plus simplement les autres déjà dans un pire état. L’idée, c’est de faire ce que l’on se fait faire, ou de ne rien faire et de se retrouver par terre écrabouillé par les quelques-uns qui montent et les moins chanceux qui tomberont. Mais une telle logique ne règle rien et n’est pas acceptable pour un humaniste. C’est ici que l’on rejoint la proposition initiale qui concernait l’aspect volontariste des pauvres et dès lors que je qualifierai de victimes complices du sort qui leur est fait. Enfin, j’enligne une première cible, la croyance fataliste que la femme et l’homme contemporains peinent à digérer, malgré le fait que nos sociétés soient perverties à l’anomie. Cette foi désespérante paralyse la marche de celles et ceux qui désirent un monde juste où tous vivraient libre et dignement.

En effet, affirmer que « c’est comme ça, Dieu en a voulu ainsi et vaut mieux endurer sagement d’ici au paradis », ou encore prétendre « qu’en Afrique et ailleurs, ils sont pauvres parce qu’ils n’ont que des terres de sables » et que le mieux que nous puissions faire, nous peuples riches, est « de leur partager nos richesses, notre expertise, bref d’être généreux », n’est qu’idée préconçue par les tenants du pouvoir afin de pas éveiller les questionnements, pire les contestations. Les abrutis qui la font leur se voilent l’esprit devant le tragique qu’à engendrer le colonialisme et dont la mentalité et les pratiques continuent les ravages aujourd’hui. Voilà pour la deuxième cible. Ne nous laissons pas tromper par une parure plus raffinée.

Bien sur, Radio-Canada et tous les médias à la solde d’intérêts globalisants n’en parlent pas et même déforment la réalité. Mais la vérité, c’est que partout sur la planète, il y a pillage, escroquerie et milles autres saloperies. Les nations riches, les multinationales, les banques, toute la bande en quête de profit à tout prix bradent les ressources naturelles et exploitent les peuples étrangers sans scrupule, sans parler des leurs qu’ils leurrent. Mais ne soyons pas crédule. C’est ainsi que fonctionne le système mondial. Les puissants le deviennent et le restent en effritant les tissus sociaux, en divisant les gens, en faisant régner le chacun pour soi par l’entremise d’incessantes ingérences, de manipulations et de fourberies. Car, si vous ne le saviez pas messieurs dames, vos taxes et impôts, même vos placements et fond de retraites, les dirigeants que vous élisez et les médias que vous écoutez alimentent tous la machine sanguinaire de l’impérialisme qui écrase ceux qui ne se conforme pas. Si les paroles de Lévesque qui disaient que l’État est le plus grand parmi nous reflèteraient la réalité, nous serions obligés d’admettre que l’humain est un dangereux psychopathe qui se fiche éperdument du bien-être d’autrui en autant que ses désirs soient assouvis.

Je refuse cette conclusion, car cela reviendrait à soit désespéré quant à l’absurdité de la vie ou à se vautrer dans le cynisme. Au contraire, le pouvoir est aux mains de ceux qui n’en ont rien à faire de la dignité humaine. Si les gens savaient ce que leurs gouvernements font et autorisent, les peuples s’appuieraient les uns sur les autres et mettraient fin à ce zoo planétaire contrôlé par des prédateurs. Oui, quelques-uns devront perdent des privilèges injustifiables, ils se défendront becs et ongles, mais une vie digne pour tous ne peut être acquise sans effort, ni sans compromis. La liberté, la justice et la responsabilité s’opposent à la soumission, l‘iniquité et à l’indifférence confortable.

Vous l’avez compris, c’est de la conscience national dont il est question ici, de nationalisme, du droit reconnu internationalement de tous les peuples à l’autodétermination. C’est-à-dire, le pouvoir de prendre ses décisions librement, de construire une nation souhaitée et conçue par les citoyens qui y vivent selon leur culture et dans le respect des droits et libertés universelles de chacun. Il faut savoir penser la nation comme un socle commun qui rallie les citoyens derrière une identité, une histoire, un territoire, un environnement et des valeurs à préserver mais aussi à défendre. Et ça y’est, comme depuis toujours me direz-vous, solidarité nationale et internationale (l’une ne peut être sans l’autre sinon vient la contradiction qui mène à l’autodestruction) sont de mises plus que jamais avec la globalisation. Nos responsabilités internationales s’étalent jusque dans nos choix de liqueurs, lorsque l’on sait que Coca Cola assassine des syndicalistes Colombiens , c’est dire combien il est crucial de réfléchir à notre rapport avec le monde. Le nationalisme-impérialiste pratiqué de nos jours par le gouvernement américain et les autres puissances industrielles et financières, navigue à contre courant de ce droit à l’autodétermination des peuples et est donc contraire aux valeurs qui justifient le nationalisme : la solidarité, l’amour, la liberté, la justice, le partage, nommez-les.

Nous devons rejeter le nationalisme-impérialiste, de la même manière que nous devons rejeter le projet de gouvernement mondial souhaité par divers courants, mais dont les racines semblent jaillir des cercles les plus élevés du pouvoir. Croire que la dispute s’estomperait où la totalité se formerait, c’est ignorer la violence et les souffrances que les peuples subiront jusqu’à ne plus exister, en fait jusqu’à ce que le pluralisme culturelle s’homogénéise si nous décidions de pousser à fond ce projet. Imaginons-le se réaliser et on s’y approche considérant les avancées fulgurantes de l’interdépendance économique et des contraintes qu’elle impose, mais ne sous-estimons pas la volonté de puissance. Qu’en serait-il ultimement ? Un gouvernement mondial dirigé par des technocrates, élu par des représentants de représentants de représentants, bref coupé de la réalité quotidienne de la populace, qui siègeraient dans une assemblée mondiale et décideraient, armes et soldats à l’appuient évidemment, des décisions les plus cruciales pour l’avenir de l’humanité. Despotisme à souhait, et exaucé !?

Mentionnons enfin le rêve communautaire, certes enthousiasmant et attrayant, petite vie de quartier ici et là, autosuffisance et jouissance libertine, mais comment concevoir une telle vie, dans l’harmonie, alors que rôdent et chassent les rois des temps modernes à la conquête du monde. Bon, on pourrait joindre la bande des « anartistes », permettez la contraction facile d’anarchiste avec artiste, car par insignifiance et fantaisie, ces faux anars inoffensifs se soumettent aux dictats des connards.

Étape par étape, il faut donc commencer par cesser de faire le jeu des exploiteurs et unir les forces nationales afin de se réapproprier les leviers du pouvoir, ce qui permettra d’améliorer la vie du peuple, des travailleurs, du prolétariat comme dirait l’autre, de tous ceux qui peinent juste à survivre, qui crèvent de faim, de maladies guérissables, de froid, d’agressions, de ceux qui n’ont pas la chance d’être né dans une chaude maisonnée, un paisible quartier, mais dans un pays étranger. Collectivement nous sommes plus fort, plus aptes à imposer la juste part. N’en déplaisent aux profiteurs actuels, Abraham Lincoln et combien d’autre sont derrière nous. La démocratie c’est « le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple ».

Vive le Québec libre ! Vive la liberté !

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