«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Indépendance nationale du Québec

Pourquoi la grande histoire du Québec ?

Pour faire comprendre le choix légitime de l’indépendance

Chronique de Bruno Deshaies
jeudi 29 mai 2014
1 473 visites 2 messages

Nous ne voyons pas comment, dans la théorie de l’État,
on pourrait glisser un « nouvel animal » comportant
tous les avantages juridiques et politiques de l’État fédéral
tout en conservant la souveraineté pleine des « États-nations ».

(Charles Leben, « Fédération d’États-nations ou État fédéral ? » 2000.)

Le travail le plus important à accomplir par les indépendantistes consiste à substituer au réflexe d’acceptation du fait accompli du fédéralisme canadien/canadian une prise de position claire sur les exigences des assises de la souveraineté nationale de l’État du Québec. Car le remplacement de l’agir (par soi) collectif est le fléau principal de la nation annexée. Tel est le cas de la nation québécoise. Les déchirements que provoque cette dépendance collective sont subtils. En fait, il ne peut y avoir deux identités nationales dans « une seule (État)-Nation ou unité internationale groupant ou recouvrant des États membres […] et à qui revient exclusivement la souveraineté externe » (Les Normes, Chapitre troisième, division 8, section 4).

C’est ici le cas de la présence de l’armée canadienne en Afghanistan. Une décision unilatérale du gouvernement canadien au nom de tous les Canadiens. À l’encontre des pacifistes Québécois-Français, le Canada est allé de l’avant au sujet de son intervention militaire en Afghanistan. Les Québécois devraient savoir que « les guerres renforcent la nation démocratique » indépendante qui est majoritaire (ce qui est aussi le point de vue de la sociologue française Dominique Schnapper (La communauté des citoyens. Sur l’idée moderne de nation. Paris, Gallimard, 1994/2003 (coll. « Folio Essais », p. 70). Et c’est le gouvernement canadien qui récemment a pris la décision de rapatrier ses troupes au Canada en mettant fin à cette mission d’intervention internationale.

Il ne faudrait pas trop pavoiser sur la liberté des individus dans la société canadienne at large. Le tandem individu/société soulève des contraintes de part et d’autres. Il n’en n’est pas moins vrai en ce qui a trait à la cohabitation entre une nation minoritaire et une nation majoritaire dans un même État-Nation.

Commentaire de Madame Ginette Provost

Ces remarques préliminaires me sont venues à la suite de la lecture du commentaire, du 21 mai dernier, de Madame Ginette Provost, au sujet de ma dernière chronique intitulée « Ce peuple de la Nouvelle-France... ». http://www.vigile.net/Ce-peuple-de-la-Nouvelle-France et aussi sur ma chronique du 10 mai où il s’agit de la question du « référendisme ».

« Il s’accomplit une action humaine qui mûrit peu à peu sous la multitude des actes individuels. » (Pierre Teilhard de Chardin) Menu déroulant sur Vigile.net.

Cette pensée de Teilhard de Chardin associe les actes individuels à l’action humaine considérée sous un angle collectif, soit l’effort d’une pluralité d’hommes et de femmes à agir d’une certaine manière, de se comporter, de penser, d’agir, etc.

Dans son commentaire, Madame Provost nous fait la description de la trajectoire historique des Canadiens-Français. Voici des extraits de ce qu’elle nous raconte.

Sous l’Ancien régime, régenté par la Coutume de Pari (le droit coutumier anglais s’en est inspiré), la terre appartient à qui la laboure. Ce principe est entré en vigueur avec plein appui juridique après la peste bubonique qui priva des centaines de milliers de fermes et d’entreprises de leurs propriétaires.

[L’auteur résume les étapes de la colonisation par Israël et de la reconnaissance internationale de l’État d’Israël, en 1948, « après l’action systématique des sionistes ».]

Or, au Québec, nous avons fait la même chose, non pas les Français mais nous, Québécois, le peuple resté seul sur place.

1. Nous avons défriché, dépierré, drainé, irrigué, bonifié, labouré, hersé, semé et mis en production et en valeur une des terres les plus ingrates du monde. […]

2. Nous avons travaillé pour les Anglais et les Loyalistes à la construction des canaux, des chemins de fer et de leurs entreprises. […]

Nous avons conquis toute l’Estrie, par achats comptant des terres des Loyalistes, de même qu’une foule d’entreprises appartenant à des Anglais ou des Loyalistes dans tout le Québec.

L’arme de conquête a été la Caisse populaire, fondée précisément pour acheter des propriétés et des domaines. Comme les zionistes [sic] en Palestine à la même époque.

3. Nous [les Canadiens et Québécois-Français] avons constitué les infrastructures et organes d’un État, tout en contribuant à la construction de l’État central, centraliste et unitaire d’Ottawa. »

En 1960, année charnière, Jean Lesage pouvait parler de l’État du Québec. Qui l’a fait taire ? Ames & Co sans doute.
[…]

La bourgeoisie en pantoufle du Québec, présente en 1837-38, traîtresse, fait aussi partie de l’oligarchie. C’est cette bourgeoisie qui contrôle le parti libéral fédéral et celui du Québec.

L’oligarchie, c’est maintenant ce qu’il est convenu d’appeler le Canadian Establishment, formée des descendants du Family compact et constituant une dynastie ni plus ni moins. Plusieurs auteurs les ont décrits en détails et vous le trouverez sur l’Internet sous le titre simple de Canadian Establishment.

Cette oligarchie détient deux pouvoirs : le pouvoir économique par l’entremise de la Toronto Stock Exchange et le pouvoir politique par le gouvernement d’Ottawa, les deux se tenant comme les doigts de la main.

Cette opinion globale est impressionnante. Cependant, elle est à plusieurs égards anachronique par absence de synchronie. Pourquoi ? Parce que dès la DÉFAITE FONDAMENTALE de 1760 les Canadiens sont désorganisés et subordonnés. Par ailleurs, on ne peut réduire les possibilités de l’agir par soi collectif d’une nation « à un seul aspect », soit l’occupation d’un territoire (si ultimement ce territoire appartient à un autre État et « le tout soumis à l’action et aux lois d’un gouvernement souverain). Voir Les Normes, Chapitre troisième, division 2, section 2.3.

Israël et la colonisation intégrale

La référence à l’histoire d’Israël est assez étonnante. L’idée est la suivante : « Je ne pourrais vous donner en détails toute l’histoire de la progression de ce principe qui part du statut de possédant de facto vers celui de possédant de jure. » En clair, Israël a procédé systématiquement à l’opération d’une colonisation intégrale de la vie d’une société-mère et l’agrégation des territoires de la colonisation à celle-ci.

Maurice Séguin décrit ce type de colonisation en ces termes : « C’est une nation, un tout organique intégral (gouvernement et peuple) qui se projette à tous les paliers, dans tous ses rouages, pour former un autre tout organique intégral (gouvernement et peuple). » (Les Normes, Chapitre sixième, division 3, section 2.1)

Est-ce la même chose pour le Québec ?

Le contexte du changement d’empire, en 1763, fait des Canadiens des sujets britanniques avec les conséquences des effets de la colonisation intégrale que souhaitaient l’Angleterre et l’Occupant sur place.

Donc, deux conclusions à retenir de cette explication en ce qui a trait aux Canadiens :

Défaite fondamentale
« Le terme « défaite » prend tout son sens quand la nation vaincue ne peut plus, dans son ensemble ou dans sa majeure partie, retrouver la maîtrise de sa vie (pour toujours ?) »

Dépendance à une nation majoritaire. Dans ce cas, la nation minoritaire est en grande partie désorganisée et subordonnée par la présence de la nation majoritaire, politiquement, économiquement et culturellement.
(Les Normes, Chapitre sixième, division 5 et division 10)

La notion de nation minoritaire, au plan politique, s’applique aux Canadiens bien qu’ils soient démographiquement majoritaires, en 1760, après la Conquête. Ils peuvent être considérés comme groupement mineure, compte tenu de l’occupation et de leur soumission à un nouveau gouvernement, britannique, dans ce cas. La nation majoritaire canadienne est subordonnée militairement et, de facto, politiquement. Les premiers British Americans qui s’établissent à Montréal prennent le contrôle de l’économie. Cette annexion place les Canadiens dans une situation de subordination politico-économique.

Malgré tout, après 1760, deux Canadas cohabitent. Cependant, la société canadienne (française) est décapitée de ses dirigeants et de sa bourgeoisie ainsi que du support et de de sa Métropole naturelle et française. C’est la perte essentielle de l’agir (par soi) collectif par la Cession du Canada à l’Angleterre. Un général anglais gouverne la nouvelle colonie britannique habitée par une ex-colonie française. Le gouverneur James Murray, après 1763, aura à pacifié la situation du mieux qu’il pourra. Mais, il n’est aucunement question de remettre aux Canadiens le gouvernement du territoire de la nouvelle Province of Quebec, soit la XVe Colonie américaine que l’Angleterre aimerait peupler de Britanniques.

Maurice Séguin explique dans Une histoire du Québec. Vision d’un prophète (Montréal, Éditions Guérin, 1995, 215 p. Collection « Bibliothèque d’histoire » sous la direction d’André Lefebvre), ce qui suit :

La conquête de 1760 et la cession de 1763 entraînent un changement d’empire. C’est la fin de la projection et de la protection françaises. La cession du Canada à l’Angleterre met un terme au processus qui a fait naître le Canada français, l’a développé et lui a valu tout ce qu’il est. C’est la fin de la projection française : il n’y aura pratiquement plus de colons, de capitaux, etc. pour soutenir et alimenter directement cette jeune nation d’Amérique. Le Canada subit une désorganisation politique et économique. Il est, au sens fort du mot, déstructuré. IL N’Y A PLUS D’ÉTAT COLONIAL FRANCO-CANADIEN. IL N’Y A PLUS D’ÉCONOMIE COLONIALE FRANCO-CANADIENNE. Des Canadiens continuent d’exister sous une autorité politique anglaise. Des agriculteurs et des marchands canadiens survivent dans un système économique anglais. C’est également la fin de la protection française : il n’y a plus de territoire réservé par la force militaire française à l’activité des seuls Canadiens. Des militaires canadiens surnagent dans une armée anglaise. Le Canada (français) n’a pu se développer normalement que dans le contexte de l’Empire français, par la projection et sous la protection française. Cette projection et cette protection cessant, quelle qu’en soit la cause − parce que la France n’est plus intéressée ou parce que l’Angleterre la contraint à céder −, le Canada, comme ensemble organique national, est profondément « révolutionné ». Le traité de Paris de 1763, qui sanctionne la cession du Canada, ne peut protéger que des individus dans leurs libertés individuelles ou dans la possession de leurs biens individuels. Ce traité ne peut garantir aux Canadiens cet immense privilège qu’ils possédaient sous le régime français d’être les seuls au Canada, de s’appuyer sur une métropole naturelle, de jouir d’un État colonial apte à devenir un État national souverain (p. 9-10).

Ce passé, il est encore en nous. Ce que reconnaît Madame Ginette Provost. Toutefois, elle s’aventure trop loin lorsqu’elle affirme : « Voilà ce qu’il a été convenu d’appeler conquête territoriale de facto, en créant le fait accompli. » Occupé un territoire (dans le sens de le peupler), c’est une chose ; le gouverner, en est une autre. Or, le gouvernement d’eux-mêmes et par eux-mêmes leur échappe depuis 1760. Même que les quelques gains qu’ils ont pu faire par la suite ne compensent que très partiellement ce qu’ils ont fondamentalement perdu : « Être maîtres chez eux ». Ils ne peuvent plus « être les seuls au Canada ». Dans les faits, le pouvoir fédérant est contrôlé par la nation majoritaire. En revanche, la nation québécoise, minoritaire au Canada, doit se contenter du pouvoir fédéré qui lui a été accordé, non comme société distincte, mais plutôt comme « une province comme les autres ». [Déclaration du Premier ministre du Canada, Louis Stephen St. Laurent, en 1954, au moment de l’adoption de la Loi créant un impôt provincial sur le revenu au Québec. (1)]

État, nature, société

Posons au point de départ quelques notions concernant la géopolitique et la Grande histoire.

GÉOPOLITIQUE ou GRANDE HISTOIRE ?

http://www.vigile.net/IMG/arton62768.png

« Étude des rapports qui unissent les États, leurs politiques et les lois de la nature, ces dernières déterminant les autres. »
« Une conception plus saine dans les rapports entre la nature, la société et l’État permettrait d’établir les fondements d’une véritable étude de géographie politique. »
(Grand Larousse encyclopédique en dix volumes, Tome V, (1962) p. 449, biblio. p. xii.)

Le graphique ci-devant m’a été inspiré à la suite de la lecture du commentaire de Ginette Provost au sujet de ma dernière chronique. Il a été vu par la suite par diverses personnes. Afin d’alimenter la discussion, je signale le point de vue d’un chercheur en phytogénétique qui a pris connaissance de ce schéma et qui m’a fait parvenir son point de vue sur ces concepts qui touchent à l’espace et au temps de l’activité humaine. Voici ce qu’il m’a écrit.

Le 24 mai 2014

Dans cette trilogie, j’ai toujours pensé qu’Homme et Société se chevauchaient.

Pas que cette trilogie soit embêtante, mais elle sous-entend ces chevauchements.

Ici,

1- J’imagine que le temps modifie continuellement la signification des trois ensembles isolés et purs des mathématiciens. Pour qui ces ensembles ne se chevauchent pas, puisqu’ils sont absolus ou encore parfaits, par définition ?

2- J’imagine aussi que le concept d’absolu ou d’infini de l’influence religieuse agissant, en soi, sur une personne, sur la population d’un État et sur la Société globale puisse aussi être source de distorsions de la pensée.

3- J’imagine finalement que la Nature terrestre ou cosmologique génère aussi des flammèches difficilement réconciliables.

Tu as bien raison de vouloir que l’observateur (Historien ou Géopoliticien ou Religieux ou Généticien, etc.) délimite avec précision et selon des normes établies la population humaine, son temps, son lieu naturel et surtout social.

Le commentaire de Ginette Provost à ton dernier Vigile fait allusion aux autochtones, aux colonisateurs, aux populations loyalistes et aux lois qui régissent les sociétés dont elle parle.

J’ai bien aimé sa perspective de colonisation par les Anglais, les Français et par nous les Québécois. Son précédent de l’État d’Israël fait exploser toute analyse. Elle rejoint ma version du Seigneur Joseph Papineau, celle du colonisateur de la Nature qui travaille en harmonie avec les sociétés autochtones.

Réaction

Ce commentaire doit être pris comme il se présente. En effet, il y a chevauchement et interactions entre les aspects envisagés. De ce fait, toutes ces relations rendent la situation complexe par la présence de l’homme qui est au cœur même de l’activité humaine. Car c’est lui qui fait les choix. Donc, il est ouvert à la discussion dans le même esprit que suggère infra le géopoliticien Yves Lacoste. Il faut « lutter pour que Vive la nation ».

La géopolitique ou la Grande histoire ?

En terminant son analyse du sort de la France dans l’Union européenne, le géographe et géopoliticien français, Yves Lacoste, conclut que les Français doivent s’assurer à la fois une représentation collective et une représentation personnelle de leur rapport à l’idée de nation. Finalement, il résume sa pensée où il se donne les allures d’un combattant :

« Il nous faut donc discuter, expliquer, commenter, discourir, réfuter. Raisonner, publier, parler haut et clair, et lutter pour que Vive la nation… » Voir Vive la nation. Destin d’une idée géopolitique, Paris, Fayard, 1997, p. 330. (Cité par Bruno Deshaies : http://www.vigile.net/Une-urgence-nationale#forum mercredi 31 août 2011.)

Le sens qu’Yves Lacoste donne au mot géopolitique.

« Rivalités de pouvoirs ou d’influences sur des territoires, rivalités pour le contrôle ou la domination de territoires de grande ou de très petite taille, rivalités entre des pouvoirs politiques de toutes sortes, et pas seulement entre des États, mais aussi entre des tribus, des mouvements politiques ou religieux... ».
Yves LACOSTE, La géopolitique : une histoire contrastée.Dossier : La géopolitique mode d’emploi. 2008.  

« Le défi de la prochaine décennie consiste à convaincre les Québécois de la valeur de l’indépendance pour développer une conscience nationale forte, une unité nationale solide et une assise étatique dotée de la souveraineté politique tant à l’interne qu’à l’externe. »

Maurice SÉGUIN, pour sa part, tente d’expliquer universellement dans Les Normes la légitimité de la Grande histoire des hauts phénomènes d’ordre politique, économique, culturel ou social. De Vie et conditions de vie (individu et société) à la Sociologie du national (rapports entre les sociétés civiles), il analyse les profondeurs des mécanismes du temps historique confrontés à des normes parce que « tout choix se fait (qu’on l’on en soit conscient ou non) d’après un mode de penser, d’après des critères… [Etc.] ». Alors, il s’explique sur les « forces » et leurs interactions (p. ex. : sous les aspects politique, économique et culturel) comme « facteurs » dont toutes les interactions marquent la Dynamique intégrale (interne) de la société, les rapports entre Le National et le Social , les rapports entre la société civile et la société religieuse : État et Église, puis La formation de nations par la colonisation selon qu’« on peut donner deux sens aux termes de colonisation et d’empire. Par conséquent, deux expressions qui « peuvent cacher deux réalités bien distinctes » quant à la « Colonisation intégrale ». Viennent se greffer les questions sur Le développement économique intégral et Le concept de l’indépendance d’une collectivité. Tous ces aspects de la réalité historique comme FAIT HUMAIN sont disposés sur « Huit grands thèmes fondamentaux pour l’individu et la société ». Ils sont des exigences fondamentales pour VIVRE dont l’« agir par lui-même » pour un individu et « l’agir (par soi) collectif » pour la société, soit « vie distincte, vie autonome ». C’est la Grande histoire  : un tout complexe, un réseau, un organisme "UN".

L’État du Québec et l’indépendance

Le degré d’annexion politique du Québec est de niveau provincial ou régional dans une union fédérale hautement centralisée. Sans être indépendant au politique, la population qui occupe ce territoire qui lui a été réservé, en 1867, a pu conserver, au moins, une partie de la gestion des grandes affaires. Par contre, elle doit admettre les limitations et les privations de son annexion politico-économique. Sous ces deux aspects de leur annexion, l’État Québec-Français est dans un état de subordination et de superposition dans la fédération canadienne. Le gouvernement du Québec ne peut agir que dans le cadre des compétences d’une nation annexée, − donc amputée des pouvoirs complets d’une nation indépendante. C’est fait majeur qui mine et domine la nation québécoise.

La géopolitique en tant que telle et l’histoire en tant que telle n’y peuvent rien changer. Mais l’explication historique dans l’optique indépendantiste peut au moins faire comprendre les limites des avantages présumés du fédéralisme sous toutes ses formes pour une nation annexée qui souhaite accéder à l’indépendance nationale.

Le défi de la prochaine décennie consiste à convaincre les Québécois de la valeur de l’indépendance pour développer une conscience nationale forte, une unité nationale solide et une assise étatique dotée de la souveraineté politique tant à l’interne qu’à l’externe.

C’est dans cet esprit qu’on peut comprendre le commentaire de Gilles Verrier à l’une des Tribunes libres de Jean-Claude Pomerleau :

« Ce qui sera déterminant, aujourd’hui comme demain, ce sont les conditions internes, soit la volonté organisée de la nation québécoise de s’emparer du pouvoir d’État par et pour elle-même. Or, ces conditions internes n’ont pas atteint aujourd’hui le niveau de développement qui permettrait aux Québécois de tirer profit des conditions externes. »
Gilles Verrier, 25 février 2013

Cette remarque est majeure. L’état géopolitique et historique du Québec est connu. Les enquêtes, les critiques du système fédéral, les réclamations du Québec dans le régime ne cessent depuis 25 décennies, le dicton « Pas de chicane dans la cabane » épuise les ressources humaines de tous les côtés de l’échiquier politique : les individus changent de camp selon les saisons, les événements et les situations. Le domaine politique est un lieu de transformations continuelles. Il faut bien l’avouer : « On ne se baigne jamais deux fois dans la même eau. » Mais en plus : qu’un individu se range dans l’école indépendantiste, dans l’école impérialiste ou dans l’école fédéraliste, il n’accepte pas tout (ordinairement) de la doctrine globale. Ces vire-voltages affectent la société au point d’atteindre un désœuvrement (2) collectif vis-à-vis les politiques, les gouvernements et l’État du Québec.

EN VUE D’ENVISAGER L’AVENIR, IL FAUT CHANGER DE NORMES. Ce sont les normes implicites à l’optique indépendantiste qu’il faut faire prévaloir dans la société civile pour parvenir à sortir de l’indécision, de l’inaction et de l’inertie collective.

L’indécision sur la finalité de l’action est manifeste quand les souverainistes fervents agitent le hochet du discours de la nation à la croisée des chemins ou qu’ils proposent un référendum ou qu’ils nous parlent d’État-Nation sans préciser leurs intentions. Et si l’indépendance, c’était le pays. Ce n’est pas plus clair. Un pays indépendant peut-il se résumer au vivre ensemble ou à des projets de gouvernement qui proposent des formulations d’un pays hypothétique sur papier ? Quand ce n’est pas tout platement d’écrire la constitution d’un Québec indépendant sans expliquer le concept de l’indépendance d’une collectivité et de défendre ce que c’est l’indépendance de façon réaliste ? Trop d’idées confuses sont sur la table. La population n’est pas dupe.

L’inaction commune causée principalement par la division continuelle des forces souverainistes, l’incompréhension tenace sinon les rivalités de clocher à un point tel qu’on peut presque penser qu’il y a autant d’indépendances possibles qu’il y a d’individus. À chacun sa petite idée de l’indépendance collective et de la souveraineté de l’État. Tout le monde veut un pays mais chacun le veut avec sa couleur personnelle. Myriam Revault D’Allonnes remarque ceci au sujet de la démocratie : « Le politique divise parce qu’il perdure par ce qu’il divise. (3) » Encore une fois, la population n’est pas dupe.

L’inertie s’exprime, d’une part, par la déception, le découragement, la lassitude, l’incapacité d’agir et même le sentiment d’incuriosité ou d’inintérêt s’installe presqu’en permanence. « On ne veut plus rien savoir ! » D’autre part, elle est favorisée (sciemment ou inconsciemment) par un grand nombre de péquistes qui admettent sincèrement les avantages (limités) du fédéralisme compte tenu des possibilités que le régime d’union fédérale peut offrir à une nation minoritaire. N’est-ce pas que le fédéralisme, sous forme d’union fédérale, comporte de multiples avantages ? Il y a ce rêve d’accroître la souveraineté de l’État provincial du Québec dans un tout confédéral (ou confédération d’États) sans trop de nuisances ou parvenir subrepticement par le biais de la gouvernance souverainiste provinciale à réaliser la souveraineté de l’État du Québec. Le souverainisme à la « québécoise » a été renouvelée à l’été de 2013 dans le document « La souveraineté pour tous » (4). Que dire de cette noble phrase : « L’aspiration à l’indépendance, c’est la synthèse entre un enracinement historique et la volonté d’accéder à l’universel. »

Le temps est venu de sortir de l’ornière du souverainisme multiforme et confus.

L’élection générale du 7 avril a mis fin à ce discours souverainiste et référendaire.

Pour faire comprendre le choix légitime de l’indépendance nationale du Québec, il est nécessaire de s’appliquer avec urgence sur l’explication des fondements de l’indépendance avec un nouveau regard et un nouveau langage, − sans compter une nouvelle histoire. Par exemple, des phrases comme celles-ci : « L’indépendance du Québec, c’est le déverrouillage de notre avenir collectif. » Ou bien : « Tant que le Québec fera partie du Canada, la langue française sera toujours vulnérable. » C’est insignifiant et inutile. Un indépendantiste doit savoir ce que l’avenir qui veut réaliser c’est l’indépendance du Québec. Un indépendantiste doit savoir que la situation de la langue française est en dans un contexte politique, économique et démographique difficile, c’est pourquoi il souhaite réaliser la création de l’État souverain du Québec qui disposera de tous les moyens à la disposition d’une « vraie » nation souveraine reconnue comme une unité politique internationale.

L’indépendance dépend de nous tous, bien sûr, mais surtout de toute une élite qui a confiance en elle et l’assurance nécessaire d’expliquer que pour une société, le bien fondamental, c’est l’agir (par soi) collectif. Évidemment, les rapports entre les sociétés sont inévitables et nécessaires. MAIS IL Y A QUAND MÊME VIE COLLECTIVE DISTINCTE, VIE AUTONOME. D’où cette conclusion de Maurice Séguin :

Malgré toute l’insistance sur la nécessité et l’utilité pour une société de collaborer avec les autres, il n’en demeure pas moins que la notion de vie d’une société se rapporte essentiellement à la notion d’agir (par soi) de cette société.

– Explication
Pour toute société (quelle que soit sa fin), à côté de l’inévitable contact,
de la collaboration nécessaire,
on retrouve cette exigence fondamentale
de l’agir (par soi) collectif,
de l’action et de la réaction autonome,
de la réserve collective,
de la séparation (ou du « séparatisme »).

Bâtir un pays sur cette prémisse, c’est s’assurer de faire l’indépendance nationale du Québec. Il n’y a pas de cachette là-dedans. Le Québec est mûr pour réaliser ce bond qualitatif compte tenu de l’ensemble de ses atouts géopolitiques, de son expérience historique collective et avec toutes les ressources humaines capables d’agir pour son mieux être collectif à titre de nation indépendante. Ce sera la fin de l’indécision, de l’inaction et de l’inertie. Enfin, la preuve qu’une collectivité nationale a pris conscience de sa réalité nationale distincte dans le monde. Ainsi sera compris la portée de la portée de l’indépendance nationale du Québec.

VIVRE, C’EST AGIR
AGIR, C’EST VIVRE

NOTES

(1) Problème constitutionnel des pouvoirs exclusifs des législatures provinciales. Présentation des deux versions du préambule de la loi de Duplessis en 1954 et en 1955 avec le titre qui suit : Loi modifiant le préambule de la Loi assurant à la province les revenus nécessités par ses développements.

(2) Sentiment de déception, de découragement, d’indécision qui a pour conséquence l’incapacité d’agir ; sentiment d’incuriosité, d’inintérêt, de lassitude ; synonymes : inaction, inertie.

(3) Dans Dépérissement de la politique. Généalogie d’un lieu commun. Paris, Éd. Aubier, 1999. Flammarion, Coll. « Champs », 2001, p. 136.

(4) Bruno Deshaies, « De nouvelles élections comme d’habitude. La démocratie au Québec est-elle une illusion électoraliste ? » Chronique 409 Dimanche 16 février 2014. Indépendance nationale du Québec 409. Visites : 562 + 5 messages (27/05/2014) Analyse critique du « Plan pour un Québec souverain » du gouvernement Marois. Ce document contient beaucoup de lyrisme.

Commentaires

  • Michel Bélisle alias Didier, 3 juin 2014 19h12

    Reste à savoir si la jeune génération veut encore d’un Québec souverain.

    À lire absolument l’excellent article de monsieur Mathieu Bock-Côté :

    http://blogues.journaldemontreal.com/bock-cote/politique/les-jeunes-quebecois-veulent-ils-encore-du-quebec/

    Je retiens une phrase en particulier du texte de monsieur Bock-Côté lorsqu’il parle de la jeunesse québécoise :

    "Plus nous sortirons de l’histoire, plus nous serons libres"

    Cela, c’est d’après l’actuelle pensée-Système mondialisante.

    La liberté individuelle est maintenant considérée comme le bien suprême.

    Et cette liberté individuelle ne doit pas avoir d’entraves d’aucune sorte. Même les déterminismes comme la nation, l’ethnie et la culture sont devenues aux yeux des jeunes des entraves à une liberté complète.

    C’est le résultat ultime, et à quelque part sublime, d’une société de la compétition pour la survie, du chacun pour soi et du "au plus fort la poche" comme celle qui s’est établie, en particulier dans les 25 dernières années.

    Ce nouvel humain, sans autre identité que celle de producteur-consommateur devant répondre aux besoins du marché pour sa survie, compétiteur et individualiste à l’extrême, ne sera peut-être pas adaptable à un projet de société quelconque et pas davantage à un projet de pays, malheureusement.

  • Monique Chapdelaine, 2 juin 2014 20h03

    Voici une chronique qu’il faut absolument relire. Très intéressante, très pertinente. Elle nous amène à distinguer l’essentiel de l’accessoire dans notre lutte pour l’indépendance nationale du Québec. Je ne souhaite qu’une chose : qu’un très grand nombre de personnes la lisent, la comprennent et la relayent.

    Je lance un appel à tous. Je suis à la recherche du livre Histoire de deux nationalismes au Canada de Maurice Séguin. Merci à l’avance à toute personne qui me dira où je peux trouver un exemplaire.

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