«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Pour une élection sur les projets et les pouvoirs du Québec

Tribune libre de Vigile
lundi 4 février 2008
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Texte publié dans Le Devoir du lundi 11 février 2008

L’électrochoc de l’élection de 2007 amène enfin le Parti québécois à
s’interroger sur son cadre stratégique. Les propositions fusent :
gouvernance souverainiste (Larose), référendum à initiative populaire
(SPQ-libre), référendum rapide suite à une campagne souverainiste
(Monière), pacte électoral pour autoriser la réalisation de la souveraineté
(Bariteau). Plusieurs de ces propositions ne s’attaquent qu’indirectement à
la question principale qui pollue notre vie démocratique : la schizophrénie
entre la nation et le pays, avec ses impacts néfastes sur la situation du
français, la cohésion nationale interethnique, l’incapacité de procéder aux
investissements énormes requis en éducation, en santé, en développement
durable, l’emprisonnement de notre État dans l’espace canadien à l’heure de
la mondialisation.

Jusqu’à maintenant la démarche souverainiste s’est caractérisée par son
absence de détermination. Dans huit élections sur les dix auxquelles le
Parti Québécois a participé depuis sa création, donc sauf en 1970 et 1973,
il a fait campagne sur une plateforme électorale visant la gouvernance
provinciale, parfois assortie d’une promesse de tenir un référendum,
parfois d’un engagement à ne pas en tenir un ou d’en tenir un en autant
qu’on soit sûr de le gagner !

Nous avons maintenant, grâce aux protagonistes du référendum à initiative
populaire une autre variante de l’étapisme, une autre échappatoire. Il
faudra que le Parti Québécois soit élu et qu’il passe une loi sur les « 
référendums ». Puis on attendra le temps qu’il faut que 500 000 personnes
en demandent un sur la souveraineté. Et si un référendum était demandé à
l’initiative du West Island pour séparer la province de Québec en deux ou
pour demander une « meilleure » intégration du Québec au Canada ? Entre-temps, qu’arrivera-t-il de nos projets urgents, sans le rapatriement des
pouvoirs collectifs dont nous avons besoin pour les réaliser. Je suis
totalement d’accord que « le Québec doit investir massivement dans
Télé-Québec pour en faire une véritable télévision nationale ». Alors
comment fait-on en attendant le « référendum du peuple » dans une province
qui ne peut même pas soutenir correctement ses écoles, ses universités et
ses hôpitaux, quel que soit le parti au pouvoir ?

Un vote pour le Parti, un vote pour le Pays.

Il faut congédier l’étapisme référendaire à la Claude Morin ou nouvelle
vague. Il y a quelque chose de fondamentalement faux pour un souverainiste
de s’engager à faire « bon gouvernement » dans le régime fédéral, surtout
tel qu’il a évolué depuis le référendum de 1995. Pour un souverainiste, la
seule façon pour le Québec de se donner un bon gouvernement, c’est de se
donner un vrai gouvernement, un gouvernement complet.

Il faut avoir le courage, prendre le risque, de faire campagne là-dessus,
à chaque élection. D’abord, d’un point de vue d’efficacité électorale, un
parti indépendantiste se place en position de faiblesse en situant ses
engagements électoraux dans le cadre fédéral actuel où le Québec est
étranglé financièrement, plutôt que dans le cadre d’un pays et du
rapatriement des pouvoirs qui vont avec. Peu d’engagements électoraux des
politiciens provinciaux peuvent maintenant se réaliser sans une
participation financière d’Ottawa qui a le gros bout du bâton. Il reste
alors le quémandage (de nos propres impôts) à Ottawa, attitude pernicieuse,
dévalorisante et dangereuse pour l’avenir.

Mais il y a plus grave. Les périodes électorales sont les moments où la
discussion politique est la plus intense, là où les citoyens écoutent et
participent le plus à l’échange des idées. Or, une option qui n’occupe pas
l’espace public à ce moment-là est vouée à la disparition, surtout si on
laisse les adversaires en parler négativement, sans réplique. Faire des
élections de gouverne provinciale a suffisamment nui au progrès du Québec
vers sa souveraineté nationale. D’une façon ou de l’autre, la prochaine
campagne électorale du Parti québécois doit absolument viser une gouverne
nationale, une gouverne qui présuppose le rapatriement des pouvoirs.

Gouverne souverainiste ou gouverne de pays ?

La récente proposition de Gérald Larose ne vise qu’indirectement cet
objectif. Un vote pour le PQ à la prochaine élection serait un vote pour
une « gouverne souverainiste » faite de gestes de souveraineté :
citoyenneté et constitution québécoise, renforcement de la loi l01, mise
sur pied d’une caisse d’assurance emploi du Québec, nationalisation de
l’eau, préparation de la reconnaissance internationale du futur Québec
souverain.

J’en suis, mais dans la mesure où ils se situent dans la légalité telle
qu’établie par la constitution canadienne de 1982 (que le Québec n’a
toujours par reconnue), ces gestes pourraient aussi bien être posés par un
parti fédéraliste. L’abolition du poste de lieutenant-gouverneur qui fait
applaudir les foules est un bel exemple ; pour vraiment l’abolir, il faut
modifier la constitution du Canada, alors on le mettra plutôt au
garde-robe ! Des gestes qui ne requièrent pas de modification à la
constitution canadienne ne permettent pas de rapatrier au Québec un seul
des pouvoirs du fédéral. Penser que l’accumulation de tels gestes pendant
un mandat de quatre ans suffira à faire avancer la souveraineté vers un
moment majoritaire me semble très risqué. À la fin du mandat, le
Gouvernement du Québec n’aura pas plus et peut-être moins de moyens qu’au
début puisque la centralisation à Ottawa se sera poursuivie.

Pour une démarche qui donne des résultats.

Il faut cibler la vraie question, soit le rapatriement des pouvoirs dont
le Québec a un urgent besoin pour résoudre ses problèmes concrets. Entre
1990 et 1994, l’échec des accords du Lac Meech et de Charlottetown a mis en
évidence clairement le refus global du Canada-anglais face aux aspirations
du Québec, pendant que l’appui des Québécois à la souveraineté augmentait
en flèche, jusqu’à un sommet de 67%. Cette croissance spectaculaire
démontre qu’il est possible de résoudre cette question. Si Robert Bourassa
avait alors accepté les propositions du rapport Allaire ou la main tendue
de Jacques Parizeau, le Québec serait souverain depuis 15 ans. Imaginez
tous ce que les Québécois auraient accompli.

Reprendre la promotion de la souveraineté sans la concrétiser dans des
projets qui requièrent une gouvernance nationale serait une grave erreur.
Cela a été démontré à l’élection de 2007 lorsque le chef du PQ, mettant de
côté le programme de son parti (sauf l’obligation référendaire), s’est
interdit de traiter de la langue et de la culture, de la lutte à la
pauvreté, du déplacement des activités économiques, du défi démographique
et de bien d’autres questions importantes où on aurait besoin du coffre à
outil d’un État souverain. Le résultat a fait paraître le Parti Québécois
comme un vieux parti à court d’idées. En fait, c’est toute la campagne
électorale qui, dépourvue de grands enjeux, fut véritablement « 
provinciale », presque folklorique.

Un des principaux obstacles d’une solution de notre question nationale est
la lassitude, le renoncement et la peur de l’échec qui se sont développés
depuis quarante ans. Aucune solution ne semble pouvoir s’imposer, ce qui
amène une majorité de la population à rejeter tout nouveau référendum qui
se tiendrait dans les mêmes conditions.

Il est par ailleurs significatif de constater le désir très majoritaire de
la population, que les partis politiques qu’ils élisent règlent cette
question. Lors d’un sondage en 1999, interrogé sur l’opinion suivante : « 
Que le Québec soit une province ou un pays, ce qui est important, c’est que
cette question soit réglée une fois pour toutes », 70% se sont dit d’accord
avec cet énoncé, dont 48% entièrement d’accord. Tout laisse croire qu’en
2008, le résultat serait semblable.

Toute nouvelle proposition de solution de la question nationale lors de la
prochaine élection doit être crédible parce que menant infailliblement à un
résultat qui ne dépende que de la volonté majoritaire du peuple québécois.
Il faut avoir le courage de mettre des enjeux nationaux qui nécessitent un
rapatriement des pouvoirs d’Ottawa, au cœur de la prochaine élection et de
toutes celles qui suivront.

***

Gilbert Paquette
Vice-président des IPSO

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

Commentaires

  • ouhgo, 7 février 2008 16h33

    Monsieur Paquette, vous dites, fort à propos : "Et si un référendum était demandé à l’initiative du West Island pour séparer la province de Québec en deux ou pour demander une « meilleure » intégration du Québec au Canada ? "

    La Partition ? Ils vont la faire ! Si on les laisse encore tricher.

    Ce Monsieur Allen E. Nutik, avoué partitionniste anglophone montréalais, ne perd pas de temps : il milite avec acharnement pour obtenir d’Ottawa la séparation territoriale de l’ouest de l’île de Montréal du reste du Québec !

    Depuis le référendum volé, il consacre tout son temps à calomnier le Québec en se disant victime de nettoyage ethnique comme minorité linguistique. Il réclame de rattacher le plus de municipalités anglophones possible du Québec au reste du Canada. Il est venu en débattre encore aux Francs-tireurs de Télé-Québec ce 6 février. En tout cas pour Montréal, cette « minorité opprimée » pourrait facilement cabaler quelques allophones pour gagner facilement un référendum sur le sujet. Pas sûr que nos géopolitologues professionnels réussiraient à faire valoir l’inconstitutionnalité ou l’illégalité d’une telle partition du territoire du Québec, étant connus leurs antécédents de facilité à violer toute loi référendaire.

    Antérieurement, le Canada avait pris ses précautions face aux sempiternelles menaces de sécession du Québec. Il l’avait soigneusement dépossédé de ses immobilisations et ressources majeures : aéroports, communications ferroviaires et maritimes, forces armées par le collège militaire de S.-Jean, et la plupart de ses grandes usines de transformation des ressources naturelles et de la petite et moyenne industrie, sans parler de la bourse de Montréal dernièrement.

    À l’exemple de ce pays, ne serait-il pas prudent de transférer d’urgence nos énergies vers cette catastrophe nationale qui nous guette ? Avant même que nous ayons pu nous entendre sur notre identité, sur nos gestes de souveraineté, sur la réforme scolaire ou sur le droit de parole des belles-mères, M. Nutik aura réussi à clôturer du côté de l’Ontario toute la communauté anglophone du Québec, emportant avec lui toutes ces institutions largement subventionnées par le gouvernement du Québec : nombreux médias, collèges, universités, hôpitaux, incluant cette éléphantesque partie du CHUM qui serait en train de germer aussi à nos frais. Nous priverait-il aussi de quelques cerveaux ?
    Vous le signalez, M. Paquette, et l’avertissement mérite d’être renouvellé puisque le triste Sire prend la peine de s’afficher à téléquébec sans vergogne. Quels sont nos recours ? Stéphane Dion ? Justin et Alexandre ? Charest et sa pratterie ? St-Pierre et Beauchamp ?

    Les indépendantistes sont émasculés, sans pouvoir par leur faute, à s’arracher les micros d’assemblées délibérantes au lieu de faire un pays…
    PAINTED THEMSELVES IN THE CORNER !

  • Érik Poulin, 6 février 2008 04h35

    « Jusqu’à maintenant la démarche souverainiste s’est caractérisée par son absence de détermination. »

    Entièrement d’accord avec vous ! Mais pourquoi ne pas mentionner le Parti Indépendantiste dans votre texte qui lui ne souffre pas d’un manque de détermination ?

    Ce qui a tué le projet "péquiste", c’est l’incapacité de présenter un projet de société mobilisant l’attention et l’intérêt des Québécois.

    « Les périodes électorales sont les moments où la discussion politique est la plus intense, là où les citoyens écoutent et participent le plus à l’échange des idées. »

    Venez au rencontre du Parti Indépendantiste. Vous allez voir qui s’en brasse des idées. Des idées axées sur l’avenir et sur l’action directe.

    « Il faut avoir le courage de mettre des enjeux nationaux qui nécessitent un rapatriement des pouvoirs d’Ottawa, au cœur de la prochaine élection et de toutes celles qui suivront. »

    N’est-ce pas ce que le Québec tente depuis trop longtemps justement. Pourquoi ne pas rompre avec les anciennes stratégies qui ne marchent pas ? Le rapatriement des pouvoirs est également une démarche d’étapisme que vous décriez pourtant dans votre texte.

    Il faut congédier l’étapisme référendaire à la Claude Morin ou nouvelle vague.

    Le temps est venu d’être courageux et de proposer de nouvelles stratégies, comme le Parti Indépendantiste le fait. Des stratégies qui nous donneront une réelle chance de réussir et non pas de frapper un mur qui affaiblie le Québec à chaque fois. Ne voyez-vous pas que notre rapport de force envers le Canada s’amenuise de jour en jour ? Il faut agir et au plus vite.

    Y’a ceux qui rêve et y’a ceux qui agissent !

  • Claude Jodoin, 5 février 2008 04h55

    Monsieur Julien,

    Des intervenants de votre calibre - portés vers l’ACTION et pas seulement des
    mots, encore des mots, toujours des mots - sont absolument essentiels
    sur un site comme Vigile. Merci,

    Claude Jodoin Ing., Boca Raton, É.-U.

  • Georges -Étienne Cartier, 5 février 2008 03h23

    Fondamentalement ( mot fort !) D`ACCORD avec votre propos.

    Notons seulement que pour ce qui en est des propositions de Gérald Larose, tout serait dans le ton, le tonus : LE "NON VERBAL" .

    Rédigées et poussées avec pusillanimité, en s`autocensurant comme d`habitude, pour "sauver la paix sociale" et éviter des proçès, en respectant à l`avance une interprétation molle et lâche de "la légalité" pour complaire au "gouvernement des juges", elles seraient en effet mortifères !

    Au contraire, sur un terrain bien préparé, avancées avec audace conquérante "CULOTÉE", et sans reculer devant une provocation implicite, en prenant pour repère de la "légalité" une interprétation du DROIT "FONDAMENTAL" aussi osée, aussi décentralisatrice et confédérale que possible, on testerait en rafale les limites de l`État Canadien qui ne saurait rester froid, on laisserait aux juges l`odieux de dire "NON" ET À L`INSTITUTION, au "système", DE SE DISQUALIFIER DANS L`ESPRIT DES GENS .

    À la condition d`être fermement décidés à exploiter sans vergogne ni crainte révérencielle le cas échéant tout refus, toute rebuffade, il y aurait là un gain, selon moi certain, à faire.

    Sans comter que votre proposition et celles de Larose ne sont nullement mutuellement exclusives : au contraire !

  • Frédéric Picard, 4 février 2008 22h02

    Encore une fois, monsieur Paquette, vous mettez le doigt sur le bobo. Nous assistons à un drôle de tour de magie. On transforme les mots. Certains croient faire des gestes de souveraineté à l’intérieur du cadre constitutionnel canadien. Or, le mot le dit, souveraineté veut dire acquisition d’une juridiction exclusive. Jamais plus les politiciens québecois ne doivent être impuissants et blâmer, bêtement, Ottawa.

    D’autres, vénérant à ce point la pureté de l’indépendance vont la mettre derrière une cloche de verre. On veut la mettre derrière un référendum, une initiative populaire, une élection à double, à simple majorité, picotée à pois jaunes. On tient des discours hermétiques et dogmatiques pour sanctifier la pureté de l’indépendance. Pendant ce temps, on y touche pas.

    Toutes ces tactiques sont identiques. Elles séparent la gouvernance du combat pour l’indépendance. Elles exigent un "saut de la foi" de la part des québécois.

    La plupart des indépendances, au 20e siècle, se sont faites à partir d’un état de facto. De Ghandi, à la Slovénie en passant par l’Irlande. Le prochain membre des nations-unies, le Kosovo, en est un exemple patent.

    Merci !

  • Denis Julien Lotbinière, 4 février 2008 17h51

    Je ne comprend vraiment pas cet acharnement à vouloir diriger le Québec/ province alor que les dernières 40 années nous ont démontré que cela nous conduisait dans un véritable cul-de-sac.

    Combien de fois ais-je dit sur VIGILE que tout cela avait eu pour effets de nous démobiliser, de nous démotiver et je dois carrément le dire, de nous dégoûter de militer.

    Vous avez raison monsieur Paquette. Comment pouvons nous penser que l’option indépendantiste puisse progresser quand nous la mettons nous-même dans le placard de façon régulière ?

    Comment pouvons-nous penser faire adhérer le peuple québécois à un projet de société qui n’est jamais autre chose, dans la pratique, qu’un demi projet de société avec notre demi- état québécois, notre demi-pouvoir, notre demi-budget.

    Si nous n’avons jamais le courage de proposer le choix électoral de l’indépendance, je crainds fort que nous soyons condamnés à nous contenter d’éternels demi-résultats. C’est la triste image du chien qui courre après sa queue !

    J’avais pris une certaine distance par rapport à VIGILE. Votre intervention monsieur Paquette, est tellement rafraîchissante que je me devais de la souligner. Voilà pourquoi, je suis sorti de mon silence.
    Merci monsieur Paquette !

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