«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

« Il est temps que le PQ assume, une fois pour toutes, une posture claire dans ce débat-là. Ne pas le faire serait une grave faute historique »

Pour en finir avec le jovialisme politique du PQ


Candidate du PQ en 2012 et en 2014, écrivaine, auteure de « Après Charlie, Laïques de tous les pays, mobilisez-vous ! »


On le sait, on l’aura tous compris, après la débâcle électorale de 2014 et la victoire mi-figue, mi-raisin de 2012 (qui annonçait déjà l’échec qui allait suivre), le PQ joue un peu sa survie politique lors des prochaines élections. 2018, ça passe ou ça casse, estiment plusieurs militants ! Alors, il faut gagner !


Je veux bien. Je suis même enthousiaste à l’idée d’un retour du PQ au pouvoir, tant il est vrai que notre État, cet outil essentiel à l’émancipation de notre peuple, a été mis terriblement à mal par une machine libérale usée par le pouvoir, en panne d’idées et grugée jusqu’à l’os par la corruption. Mais comment gagner ? Là est la question ?


« Il faut s’ouvrir », préconise Paul St-Pierre Plamondon. Encore là, je veux bien. Il suffit de s’ouvrir aux communautés culturelles, aux jeunes et aux entrepreneurs pour retrouver « le chemin des victoires ». Est-ce à dire que nous étions « fermés » ?


Étrangement, ce discours sonne exactement comme celui d’André Boisclair. Vous vous souvenez qu’aux élections de 2007, l’ADQ avait avalé tout rond le PQ ? Y a-t-il un lien de cause à effet entre notre « supposée fermeture » et les résultats électoraux ? A contrario, le gagnant de la dernière élection a-t-il été le champion de l’« ouverture » ? Certainement pas. Sauf à confondre « ouverture » avec clientélisme. Sur ce terrain-là, le PLQ est indétrônable !


Quelques éléments récurrents concourent à faire gagner le parti libéral. Un électorat stable constitué d’allophones et d’anglophones. La donne migratoire avec un affaiblissement démographique des francophones. La fragmentation du vote francophone. Le taux d’abstention non négligeable. Voilà des données objectives qui expliquent la main mise libérale. L’idée, ici, est de faire ressortir l’absurdité d’un système qui garantit au PLQ à la ligne de départ quelques dizaines de comtés sans qu’il ait à bouger le petit doigt. S’ajoute à cela, le financement souterrain d’une machine bien huilée qui mérite d’être étayé par des enquêtes autant policières que journalistiques.


 


Il suffit de...

Revenons à cette fameuse débâcle de 2014. Que nous dit-elle au juste ? Qu’une bonne partie de l’électorat fidèle au PQ, terriblement confus par une campagne électorale désastreuse, a boudé le scrutin. La suite est connue. Le PQ a perdu quelques châteaux forts.


Le déclenchement précipité des élections, l’arrivée sulfureuse de Pierre Karl Peladeau et la sous-estimation des impacts du débat sur la Charte sont autant de facteurs qui ont nui à la formation politique. Alors que le PQ donnait l’impression de partir en élection comme on s’en va à la chasse aux papillons, le front anti-Charte l’attendait de pied ferme.


Ce front-là ne s’est jamais véritablement calmé. Pas même après le 7 avril. La fronde s’est étendue au sein même du Parti québécois. Elle se maintient, encore aujourd’hui, dans une certaine mesure à travers la confusion entretenue par Paul St-Pierre Plamondon qui consiste à faire croire que la Charte des valeurs a servi de lance-roquette contre les communautés culturelles. Voilà de quoi nourrir allégrement le front anti-Charte. Ces « communautés », soi-disant « sympathiques » au PQ, l’auraient donc déserté en 2014, c’est cela ?


Ce vide discursif n’est que la traduction d’un autre vide plus profond, cette fois-ci, politique. Je crains que ce positionnement ait un effet démobilisateur sur les militants.


Et finalement, il suffit de quelques mesurettes homéopathiques, ici et là, pour lever le grand « malentendu » créé par la Charte. Il suffit d’un peu de repentance pour remettre les compteurs à zéro et revenir à une forme de « cohabitation heureuse » entre les communautés culturelles et cette entité historique qu’on ose même plus nommer de peur de froisser ceux qui pourraient potentiellement s’y reconnaitre... un jour.


Est-ce une communauté nationale ? Une communauté de destin ? Une communauté politique ? À ce chapitre-là, il est curieux de constater que l’analyse qu’on nous propose cultive les passions tristes à l’endroit de la nation, concept expurgé du champ lexical. Ce vide discursif n’est que la traduction d’un autre vide plus profond, cette fois-ci, politique. Je crains que ce positionnement ait un effet démobilisateur sur les militants.


 


Le Québec n’est pas un parking

Clarifions une fois pour toutes. Le Parti québécois a-t-il erré avec la Charte ? Certainement pas dans sa volonté d’agir. Après un long et déchirant débat sur les accommodements religieux, il était temps de sonner la fin de la récréation. Le moment était donc venu de redéfinir les termes de la convergence vers notre noyau historique.


On peut, par ailleurs, reprocher au PQ, sa partisanerie, son incapacité à faire des compromis avec les autres formations politiques et notamment avec la CAQ, d’avoir brouillé le concept même de laïcité, l’appellation de la Charte, son ambigüité face au crucifix à l’Assemblée nationale, l’extrême étendue de l’interdiction du port des signes religieux aux universités, par exemple, ou encore aux hôpitaux à caractère confessionnel.


On peut aussi faire valoir que le PQ n’était pas suffisamment outillé sur le plan de l’argumentaire intellectuel vu la complexité, l’étendue et la délicatesse du débat. Bref, il est vrai que le PQ a commis des erreurs. Sachons les reconnaitre. Mais gardons-nous de jeter le bébé avec l’eau du bain.


La laïcité n’est pas un Goulag. Le Québec n’est pas un vaste parking où chacun peut y déposer ses bagages sans rien modifier de soi et de son rapport au monde. La volonté d’étendre la neutralité politique des fonctionnaires à la neutralité religieuse était une exigence légitime. Elle le demeure d’ailleurs.


Interdire le port des signes religieux pour les enseignants et les agents de l’État en position d’autorité régalienne reste un impératif. L’État qui interdit à ses fonctionnaires le port de signes religieux ostentatoires n’est pas un État raciste. C’est un État qui place l’exigence de la volonté commune au-dessus des particularismes religieux. Il est temps que le PQ assume, une fois pour toutes, une posture claire dans ce débat-là. Ne pas le faire serait une grave faute historique.


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