«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Pour en finir avec ces accusations de nazisme contre les Québécois

Tribune libre de Vigile
dimanche 21 novembre 2010
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En lisant une contribution récente de Robin Philpot sur l’idée farfelue d’affubler une rue de Montréal du nom de Mordecai Richler m’est remontée en mémoire la longue liste de nos accusateurs d’être des nazis au Québec.

M. Philpot nous rappelle un épisode fameux de cette saga qui remonte à la victoire du PQ en 1976. Selon Richler, la chanson thème de la campagne composée par Stéphane Venne et intitulée "Demain nous appartient" lui aurait rappelé les airs chantés par les jeunesses hitlériennes. S’il avait été le seul à ergoter ainsi, tout le monde aurait compris qu’encore une fois, l’alcool aidant, Richler avait lâché son fou sur la place publique. Mais il n’était pas le seul à délirer ainsi.

Dans sa préface à "Duplessis, son milieu, son époque" publié récemment chez Septentrion, Denis Vaugeois rappelle que deux professeurs de McGill, Ruth Wisse et nul autre qu’Irwin Cutler (vous avez bien lu, l’ex-ministre fédéral de la justice lui-même !) ont raconté à peu près les mêmes âneries dans le magazine Commentary. Malheureusement, ni l’un ni l’autre n’a daigné expliquer en quoi la chanson leur rappelait les Hitlerjungend, l’affirmation leur semblait suffisamment évidente pour qu’elle se passe de démonstration. Ce n’était toutefois ni la première ni la dernière fois qu’elle allait être proférée.

Lors de la création de la Caisse de dépôt et Placement du Québec sous Jean Lesage, Mlle Judy LaMarsh, alors ministre de la Santé et du Bien-être sous Lester Pearson s’était objectée, alléguant que cette démarche pouvait conduire au nazisme. Sa déclaration se lit comme suit :

« La puissance d’un gouvernement [celui de Québec] possédant autant d’argent serait effarante. En contrôlant les capitaux d’investissement, il serait en position de dominer les affaires. On risquerait de déboucher sur une sorte de national-socialisme, tel qu’il s’exerçait en Allemagne nazie. » (Cité par Pierre Duchesne dans Jacques Parizeau – Le croisé, tome 1, p.283, Québec Amérique, Montréal, 2001).

Le lien entre la chanson de Venne et les jeunesses hitlériennes pourrait à la limite être matière de goût, mais comment diable peut-on en établir un entre la Caisse de dépôt et le nazisme ? Pas plus que les trois gogos mentionnés plus haut, Mlle LaMarsh n’a daigné faire ce lien.

L’une des grandes caractéristiques de l’Allemagne nazie est la concentration entre les mains du führer des pouvoirs législatifs, administratifs, judiciaires et même de la presse et de la culture en général. Il faut comprendre que selon Mlle LaMarsh, l’argent permet cette concentration de pouvoirs et risque d’aboutir aux excès nazis (antisémitisme, guerres à outrance, etc.). Ce qui donnerait une idée de la conception du pouvoir de cette dame. L’accusation de Mlle LaMarsh ne visait pas de dangereux séparatistes, Jean Lesage n’a jamais fait partie du lot, Lévesque n’était pas mêlé à ce dossier et il était de toute façon fédéraliste à l’époque, tout comme le Jacques Parizeau d’alors, qui a eu l’idée de cette Caisse.

Ce qui fatiguait visiblement cette chère dame, c’était l’outil d’émancipation économique des Québécois qu’elle pressentait. Et en bonne représentante du colonisateur, elle ne pouvait le tolérer. Cela ne l’autorisait certes pas à dire n’importe quoi, mais il faut quand même signaler qu’elle est toujours considérée comme une modèle pour les femmes du Canada anglais, ce qui en dit long sur la culture "canadian", surtout quand on compare cette déclaration à celle de Jacques Parizeau le soir du référendum.

Et le dernier référendum nous ramène d’autres accusations de nazisme. Les tribunaux ont condamné pour libelle un bon « Canadian », R. Lafferty. Il avait comparé Jacques Parizeau et Lucien Bouchard à… Adolf Hitler, rien de moins. Il n’a même pas cherché à faire le début d’une démonstration de ce qui pourrait constituer une forme d’association entre le PQ et le Parti nazi, pas plus qu’entre Parizeau et Bouchard d’un côté et Adolf Hitler de l’autre. Encore là, nous devons rester sur notre appétit pour tenter de comprendre d’où peuvent bien provenir semblables accusations, sinon de la malice de ceux qui les profèrent.

(...)

Si jamais Pauline Marois au pouvoir commence à déployer son plan (CEGEP français pour les immigrants, citoyenneté québécoise, etc.), il faut s’attendre à nous voir comparer à nouveau à l’Allemagne nazie par tous ceux qui défendent le plus meilleur pays au monde, les « Canadians », coast to coast. Ces accusations, pour fantaisistes qu’elles soient, font mouche à l’occasion.

C’est en racontant qu’Yves Michaud avait tenu des propos antisémites que Lucien Bouchard l’a fait condamner à l’unanimité par l’Assemblée nationale. C’est vrai qu’à ce moment-là, M. Bouchard n’était pas encore lucide, mais il a quand même réussi à berner l’Assemblée nationale. En croyant couvrir Yves Michaud d’opprobre, l’Assemblée nationale s’est couverte de ridicule, et comme il s’agit de notre Parlement, nous y passons tous aussi.

Il nous faut donc rester vigilant et répliquer chaque fois que des accusations de nazisme, d’antisémitisme (dans l’esprit "canadian", il s’agit vraisemblablement de synonymes). Car ce mantra, même s’il commence à être usé de partout, nous sera servi ad nauseam par tous ceux qui veulent nous assimiler et nous mettre au pas.

Finalement, pour revenir sur le nom d’une rue pour un Mordecai à Montréal, je suggère celui de Mordechaj Anielevicz, l’un des dirigeants de l’insurrection du ghetto de Varsovie contre les nazis en 1943, héros Juif et Polonais. Il a combattu en héros, préférant la mort à une reddition. Cela rappellerait que Montréal est l’une des villes qui a accueilli le plus de survivants des camps de concentration des nazis (la deuxième au monde selon certaines sources)

L’orthographe de son prénom a toujours été un mystère pour moi (il a parfois été francisé en Mardochée !), mais il y a certes moyen de trouver à Montréal un érudit juif pour bien l’écrire. Ce serait bien plus approprié que d’affubler une rue de la métropole du nom de Mordecai Richler, le Philip Roth des pauvres, violemment anti-québécois dès qu’il avait pris un verre de trop, c’est-à-dire à peu près tout le temps.

Louis Champagne, ing.

Commentaires

  • François Tremblay, 26 novembre 2010 11h51

    J’apprécie votre article et nombre d’événements mentionnés dans votre article d’une grande lucidité me reviennent en mémoire. Je vous dis merci pour cela et pour mettre en évidence le fait que ces accusations de racistes dont on nous étiquette chaque fois que l’on défend notre nation et sa survie, relèvent d’une action concertée et vicieuse que je qualifierais d’impérialiste. Il est vraiment temps devant cette incapacité du ROC de comprendre nos aspirations de créer notre propre pays.

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