«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Philippe Leclerc : candidat contre un Québec français

« Le PQ est de retour ! » lançait Pauline Marois en novembre dernier. On y a presque cru. On allait enfin récolter les fruits d’interminables « saisons des idées », de sempiternelles « discussions nationales » et le Parti Québécois, après une quinzaine d’années d’hibernation la plus totale où on était plus occupé à vouloir gérer une province qu’à se battre pour l’indépendance et la langue française, se ferait de nouveau le héraut de la cause du peuple québécois. Presque un an après cette déclaration et à l’occasion d’une élection partielle, le vieux parti nous offre encore une fois un candidat en boîte, un poteau coloré appelé Philippe Leclerc, qui serre des mains dans Saint-Laurent tout en se faisant le champion du multiculturalisme à la canadienne.

Début août, j’écrivais un texte où je dénonçais la confusion identitaire et linguistique touchant certains individus lorsqu’il était question de groupes musicaux vivant ici mais refusant à la fois de parler notre langue ou de s’exprimer artistiquement dans celle-ci. Je parlais d’un contact Facebook ayant affirmé sa fierté d’un groupe comme Arcade Fire, quand bien même ce groupe représente précisément le contraire des objectifs d’intégration et du français comme langue commune que nous désirons atteindre. Ce contact Facebook, c’était précisément Philippe Leclerc, quelques jours avant qu’il ne soit consacré candidat du PQ dans St-Laurent.

Philippe Leclerc avait écrit, sur son statut Facebook :

« Je suis si fier d’être Québécois lorsque j’écoute la musique de compatriotes créateurs tout à fait géniaux, Arcade Fire. Quels ambassadeurs à l’échelle mondiale dont nous devons nous enorgueillir ! »

Rien de moins. Des « compatriotes » qui, pour plusieurs, ont de la difficulté à dire deux phrases en français même après une décennie ici et qui chantent exclusivement dans une langue étrangère. Des « ambassadeurs » qui, à l’étranger, donne l’image de Montréal comme étant une ville anglophone et qui contribuent à son anglicisation en propageant cette croyance. S’enorgueillir. Rien-de-moins.

Après que je lui ai souligné le fait qu’on pouvait difficilement qualifier de Québécois des gens qui, précisément, ne possèdent ni la langue ni la culture québécoise, Philippe Leclerc s’est lancé dans une campagne de dénigrement, y allant de la traduction du « shame on you » anglais (traduit en français mot à mot, évidemment, avec le tristement révélateur « honte à toi ») dans plusieurs langues, soi-disant pour montrer son ouverture d’esprit face à la fermeture de ceux qui considèrent qu’un Québécois constitue autre chose que quelqu’un qui habite ici sans même se donner la peine d’apprendre notre langue.

Évidemment, Philippe Leclerc s’est fait démolir – avec raison – par plusieurs autres débatteurs. Akos Verboczy lui a fait remarquer que ce groupe aurait pu se rencontrer à Amsterdam ou ailleurs et qu’il n’a rien de québécois en tant que tel. Siegfried L. Mathelet, lui, a pondu une réplique assez savoureuse :

« S’il s’agit d’encenser cette réussite par une manœuvre d’appropriation nationale, c’est une nationalisation du succès qui relève de la plus plate propagande multiculturelle. Multiculturelle, cette fois, parce qu’elle oublie tout de la trame historique d’une culture de convergence et du statut historique qu’y occupe la langue française. Elle fait donc la promotion d’un nationalisme, en un sens, acculturé parce qu’il n’a plus conscience de sa propre trame historique. »

Multiculturalisme à la canadienne. Le terme est lancé. Surtout que Philippe Leclerc n’hésitait pas, récemment, à afficher sur son profil Facebook une photo du mot « Nous » composé de dizaine de façons de le dire dans des langues différentes, lançant effectivement le message selon lequel le « nous » québécois n’a pas le français comme langue commune.

Comme l’écrivait Philippe Perreault, du Mouvement Montréal français :

« Son « nous » contribue à l’hégémonie déjà puissante de l’anticulture qui lamine les pluralités nationales. Son « nous » exclut le collectif pour laisser place à l’individualisme et à l’atomisation de nos sociétés, symptôme grandissant de la perte de l’intérêt politique du bien commun pour laisser place à la fragmentation et à l’intérêt particulier. »

Un candidat du passé

Cette façon mollassonne de considérer la société québécoise est en droite ligne avec la période sombre des années de Lucien Bouchard, lorsque celui-ci avait affirmé qu’il ne pourrait pas se regarder dans le miroir si le PQ renforçait la Loi 101. On en est encore à l’étape de l’affaire Michaud, de l’argent et des votes ethniques de Parizeau et des grandes dénonciations de souverainistes qui oseraient affirmer quelque chose d’aussi « honteux » qu’il y a une langue commune au Québec et que cette langue, c’est le français.

Sous couvert d’être le secrétaire général des Intellectuels pour la Souveraineté du Québec (IPSO), Philippe Leclerc, qui a fait le choix d’étudier en anglais à l’université Concordia (et qui profite donc du sur-financement des universités anglaises au Québec) a donc tout le loisir de propager ses vieilles idées d’une indépendance désincarnée, dénationalisée, n’ayant rien à offrir au peuple québécois sinon une pâle copie du multiculturalisme canadien encourageant les ghettos et nuisant à la cohésion sociale garantie par une langue et une culture communes.

On aurait vraiment envie de lui demander : pourquoi l’indépendance, alors ? Pourquoi vouloir que le Québec soit un pays si c’est pour « s’enorgueillir » de gens incapables de s’intégrer après plus de dix ans passés ici ? Pourquoi vouloir un pays si on ne rêve que de multiculturalisme, de multilinguisme et d’une atomisation toujours plus croissante de la société en individus désolidarisés, déconnectés et repliés chacun sur leurs ghettos respectifs ?

Non, le PQ n’est pas de retour. Il s’agit de la même continuité d’un parti ayant peur de s’engager fermement pour le français et préférant faire de la vieille politique avec quelque poteau sympathique s’activant pendant un mois à serrer des mains, à jouer à la pétanque avec l’âge d’or et à promettre mer et monde tout en continuant, insidieusement, à détruire notre capacité à bâtir une société nationale cohérente et française.

Avec tous ceux qui ne souhaitent que notre disparition, partout au Canada, avons-nous besoin en plus d’un Philippe Leclerc méprisant notre désir d’établir une société cohérente et francophone et valorisant ceux qui ne respectent pas notre désir de survie ?

L’indépendance, c’est en français et pour le français qu’on la veut. Toute autre conception constitue au mieux une euthanasie volontaire, au pire un suicide organisé.


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